LIVRE PREMIER
guéda. Il menace de mort cette infortunée princesse, qui lui reproche ses ingratitudes et ses infidélités. Son fils Isiaslaf détourne le piignard dont Wladimir va percer sa mère. Il se contente de l'exiler avec son enfant dans le gouvernement de Vitepsk.
Tour à tour aussi crédule que Julien et aussi politique que Constantin, Wladimir rassemble à Kief des théologiens mahométans, catholiques romains, grecs et juifs, pour décider quel Dieu il donnera enfin aux Russes. Le paradis de Mahomet le tente, mais la sobriété musulmane le repousse. « Le vin, dit-il, fait la joie des Russes, * nous ne pouvons nous en passer. ■ Les catholiques l'indignent par l'obéissance à un pontife, homme absolu et infaillible. « Retournez à Rome, leur dit-il, ce n'est pas d'un pape que nos pères ont reçu leur religion. » Les juifs le scandalisent par leur dispersion sur la surface du globe. « Vous voulez donner le ciel aux autres, leur dit-il, et vous n'avez pas même de patrie sur la terre 1 » Enfin il cède aux séductions de parole d'un philosophe grec qui lui embellit les traditions bibliques et les dogmes de l'Évangile de toute la poésie de son climat. Les félicités éternelles des justes le ravissent, les supplices sans fin des méchants le glacent d'effroi. « Recevez le baptême, lui dit le missionnaire, et vous aurez le paradis pour royaume. »
Il rassembla ses boyards pour leur soumettre la question.
• Ne nous décidons pas sans voir, lui dirent-ils. Tout
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homme trouve sa religion la meilleure. Envoyez des commissaires dans tous les pays, afin de juger quel est * celui de tous les peuples qui honore Dieu d'un culte plus digne de lui! »
Les ambassadeurs partirent et firent leur rapport au retour. En Bulgarie, ils virent des temples rustiques, semblables à des chaumières, desservis par des prêtres indigents, célébrant les sacrifices dans des vases de cuivre et de bois; en Germanie, des cérémonies sans luxe et sans pompes; à Constantinople, au contraire, la vue du patriarche célébrant les mystères dans un costume royal sous les dûmes de Sainte-Sophie incrustés de pierres précieuses et sur des parvis pavés de marbre, au son des instruments de musique, aux chœurs alternatifs d'une armée de moines, aux parfums des encensoirs d'argent, éblouit leur piété sensuelle et leur parut le témoignage de la divinité du culte grec; la simplicité nue des mosquées des mahométans les scandalisa; la sobriété des cérémonies de l'Église catholique les refroidit.
« Tout homme, dirent-ils à leurs compatriotes, qui a goûté le miel se détourne de ce qui est amer; c'est pourquoi, maintenant que nous avons savouré la religion des Grecs, nous n'en voulons pas d'autre. D'ailleurs, ajoutèrent-ils, si cette religion n'était pas la meilleure, Olga, notre sage princesse et votre aïeule, l'aurait-elle adoptée? »
Le prince et le peuple se précipitèrent comme des troupeaux dans les fleuves pour être baptisés en plein courant (988).