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LIVRE TROISIÈME

Le père de Stanislas Poniatowski était un aventurier lithuanien qui, de la condition servile dans la maison princière de Mizielky, s'était élevé jusqu'à la faveur du héros de la Suède, Charles XII. Attaché ensuite au roi de Pologne Leckzinsky, beau-père du roi de France Louis XV, il avait soustrait à ce roi le titre d'abdication en sa faveur du roi son rival, Auguste II; il avait rapporté ce titre au roi Auguste de Varsovie. Ce prince, en récompense de celte fraude, avait fait épouser à Poniatowski une princesse de l'illustre famille des Czartorisky, descendants des Jagellons, cette souche royale de la Pologne héroïque. C'est ainsi que les Poniatowski devinrent les neveux et les protégés des Czartorisky.

Le fils du favori de Charles XII, Stanislas Poniatowski, avait reçu de la nature et de l'éducation, à l'exception du génie et de l'héroïsme, tout ce qui charme les yeux et séduit l'imagination des femmes : une figure gracieuse, un regard profond, une élocution facile, un caractère aventureux, un cœur plus féminin que mâle, une ambition que la fortune de son père et que des prophéties de famille avaient accoutumée à aspirer aussi haut que ses rêves. Il avait, pour parler toutes les langues, cette aptitude innée des hommes du Nord, aussi souples de langue que les échos de leurs forêts. Ses études et ses voyages en Allemagne, en Italie, en France, l'avaient façonné, et presque effacé de toutes les mœurs polies de ces différents peuples. On ne pouvait reconnaître, comme dans tous ses compatriotes, à quelle race du Midi ou du Nord ce jeune cosmopolite

appartenait. C'était un homme de salon plus que de patrie. Ses légèretés de jeunesse à Paris, sous le règne dissolu de Louis XV, l'avaient fait renfermer pour dettes dans une prison de débiteurs sans caution. Madame GeofTrin, veuve d'un riche manufacturier de glaces, et patronne des hommes de lettres et des étrangers célèbres du temps, avait généreusement racheté sa liberté de ses créanciers. Il avait voué à cette femme opulente, prodigue de ses richesses, une reconnaissance et une amitié qui ne s'affaiblirent point sur le trône.

L'ambassadeur d'Angleterre à Pétersbourg, Hanbury Williams, l'avait mené comme ami en Russie, et introduit à la cour. Les conseils licencieux du ministre anglais lui firent porter les yeux sur la grande-duchesse, comme sur une conquête digne de sa séduction et de ses perspectives de grandeur. L'ambition de devenir le protégé d'une future impératrice de Russie arbitre de la Pologne, enhardit, autant que l'amour, les regards et les aveux du jeune Polonais. La grande-duchesse y répondit en femme avide d'intrigues occultes et de plaisirs dérobés à l'aridité de son existence. L'impératrice Élisabeth, soupçonnant dans ce beau Polonais un successeur de Soltikof, lui fit insinuer le conseil de s'éloigner de Russie. Poniatowski était trop prudent pour résister, trop épris pour ne pas songera justifier son retour. Il sollicita du comte de Bruhl, ministre du roi de Saxe et de Pologne, un oaractère diplomatique auprès de la cour de Russie, qui le couvrît du droit des nations contre les ombrages du grand-duc et contre les proscriptions arbitraires de l'impératrice Élisabeth.

Le grand chancelier Bestuchef, jaloux de l'ascendant de Soltikof, et redoutant moins un étranger qu'un Russe dans la faveur de la grande-duchesse, appuya secrètement auprès du comte de Bruhl les sollicitations de Po-

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