‹ Histoire de la RussieChapitre 86 sur 269 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

traient la Russie, cnGn parla paix promptement rétablie avec le roi de Prusse, et par la reddition sans rançon des prisonniers prussiens faits pendant les dernières guerres. Le portrait du grand Frédéric, inauguré avec pompe dans ses appartements, annonçait à la Russie et au monde quel modèle de génie, d'activité et de civilisation le nouvel empereur se proposait d'imiter.

La première impopularité qui assaillit son gouvernement fut la conséquence d'une de ces imitations du grand Frédéric, dans ses efforts pour combattre les superstitions presque idolâtres des Russes. Il voulut toucher aux propriétés abusives des couvents de moines, qui stérilisaient les provinces, et faire enlever des églises les images miraculeuses des saints, chères aux crédulités des paysans; il exhila larchevCque de Novogorod, qui défendait, au nom du clergé, ces pratiques. Il donna aux vaisseaux récemment construits des noms de héros au lieu des noms de eainls, qui les protégeaient, selon le peuple, d'une vertu divine; il fit bâtir dans sa forteresse d'Oranienbaum un temple luthérien, et il assista luimême à la dédicace. Il s'entoura de soldats allemands formés à la discipline prussienne par le grand Frédéric, ce maître de la guerre moderne; il se forma une garde personnelle de ses compatriotes du Holstcin, appelés à Pétersbourg comme plus incorruptibles dans leur dévouement que les Russes. Il licencia la garde noble, qui avait jadis détrâné Anne et porté Elisabeth au palais. Enfin, il introduisit dans les régiments des cardes d Ismaïlof et de Préobrajenskoï l'exercice prussien, minutieux et sévère, odieux aux soldats.

Ces changements dans l'exercice, dans l'uniforme, dans la discipline, humiliaient et froissaient les Russes. Ils commençaient à voir un étranger dans leur souverain. La guerre qu'il méditait contre le Danemark pour arra-

cher à ce royaume le duché indivis de Schleswig et l'annexer au duché de Holstein, son État héréditaire et personnel, acheva de lui aliéner les cœurs des patriotes russes.

Le roi de Prusse, Frédéric, lui déconseilla en vain cette guerre, ainsi que ces nouveautés minutieuses et blessantes, de nature à offenser l'orgueil national des Russes ou la superstition des popes. Pierre, mesurant la servilité des Russes à son dédain pour eux, s'obstina à l'œuvre de Pierre le Grand sans mesurer ni la diversité des temps ni la différence de génie de son aïeul avec sa propre médiocrité. D'ailleurs, Pierre le Grand était Russe, et Pierre III était Allemand; les peuples qui subissent la tyrannie domestique se révoltent contre la réforme étrangère. Pierre III devenait aux yeux des vieux Russes un ennemi public introduit dans le palais des tsars par la loi de succession.

L'impératrice, ménagée au commencement par lui, maintenant négligée , bientôt outragée à mesure que son mari se croyait plus affermi , vivait reléguée dans la solitude à Péterhof. Elle n'en sortait que rarement, pour recevoir dans les cérémonies publiques, tantôt des honneurs affectés, tantôt des affronts.

Le jour de la célébration de la paix conclue avec la Prusse, Pierre, assis à côté de sa femme pour contempler le feu d'artifice, appela la comtesse Woronsof, sa maîtresse, la fit asseoir à côté de lui, et ne s'entretint qu'avec elle.

Quelques jours après, ayant porté à table la santé du

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