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LIVRE QUATRIÈME

rait ainsi, un à un, des défenseurs à une princesse qu'on ne le soupçonnait pas même de connaître.

De son côté, la princesse Daschkof, jeune femme, belle, intrigante, lettrée, éloquente, héroïque de courage, jalouse d'avoir été supplantée par une sœur sans talents et sans beauté, la princesse Woronsof, dans la faveur espérée du tsar, formait à Péterebourg, dans sa maison, un noyau d'opposition et de parti dont elle était l'âme.

Ces trois conspirations marchaient parallèlement sans se connaître et même sans se soupçonner : l'une tramée par l'ambition de Bestuchef et de Panin ; l'autre inspirée par l'amitié de la princesse Daschkof; l'autre échauffée par l'amour de Grégoire Orlof. La tsarine seule en tenait dans sa main les trois fils soigneusement distincts, se réservant de les confondre le jourde l'exécution. Jusquelà, il convenait à sa sûreté que la découverte fortuite de l'une ne fît pas découvrir les deux autres. 11 lui convenait aussi de laisser croire à chacun des trois meneurs de ces intrigues d'État qu'il était le seul confident de l'impératrice, et qu'à lui seul appartiendrait, après le succès, l'honneur et la reconnaissance du salut de la souveraine.

Les complots de ce genre, fréquents et presque habituels chez les Russes, comme on l'a vu dans les renversements de Menchikof, de Munich, de Biren, de l'impératrice Anne, sont la vengeance de la servitude sous les États despotiques. La résolution des soldats, la discrétion des courtisans, la dissimulation grecque des hommes d'État, qui formaient le fond du caractère russe dans la capitale, en assuraient le secret.

La séduction personnelle des charmes, de l'esprit et de l'éloquence de la tsarine, chef invisible de ces trois complots, ne laissait pas douter que la flamme de la sédition militaire ne se communiquât électriquement aux soldats et au peuple à l'aspect inattendu d'une femme

belle, d'une mère éplorée, d'une héroïne intrépide, apparaissant comme l'image vivante de la Russie, et demandant protection contre l'étranger. La nature, qui est le premier complice des conspirations de ce genre dans les yeux et dans le cœur des soldats, conspirait avec la tsarine. Les années qui venaient de s'écouler depuis son mariage, à quatorze ans, avec Pierre III, avaient accompli au lieu de flétrir sa beauté. Ses larmes, plus supposées que réelles, n'imprimaient à ses traits qu'une beauté de plus, la mélancolie sur la jeunesse. Le portrait que les diplomates français résidant alors à Pétersbourg font de la tsarine atteste l'empire de cette jeune mère sur les yeux de son peuple.

« Sa taille, disent-ils dans leurs récits, est souple et noble, sa démarche fièrc, sa personne et son maintien remplis de grâces. Son air est d'une souveraine. Tous ses traits annoncent un grand caractère. Son cou est élevé, et sa tête fort détachée ; l'union de ces deux parties est, surtout dans le profil, d'une beauté remarquable ; et, dans les mouvements de sa tête, elle a quelque soin de développer cette beauté. Elle a le front large et ouvert, le nez presque aquilin ; sa bouche est fraîche, et embellie par ses dents ; son menton un peu grand et se doublant un peu, sans qu'elle soit grasse. Ses cheveux sont châtains et de la plus grande beauté ; ses sourcils bruns ; ses yeux bruns et très-beaux : les reflets de la lumière y font paraître des nuances bleues, et son teint a le plus grand éclat. La fierté est le vrai caractère de sa physionomie. L'agrément et la bonté, qui y sont aussi, ne paraissent, à des yeux pénétrants, que l'effet d'un extrême désir de plaire ; et ces expressions séduisantes laissent trop apercevoir le dessein même de séduire. Un peintre, voulant exprimer ce caractère par une allégorie, proposait de la représenter sous la figure

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