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LIVRE QUATRIÈME

Il ne manquait plus à la révolution imminente qu'une occasion et qu'un homme d'État : l'occasion ne devait surgir que d'un hasard; l'homme d'État était trouvé dans le comte Panin.

Mais, de même qu'à l'avènement de Pierre III Panin avait voulu restreindre le despotisme traditionnel des tsars, en déférant l'installation du monarque au sénat et en limitant le pouvoir absolu par des lois, de même, à la veille de la révolution contre le t6ar, il voulait circonscrire et légaliser la révolution, en ne donnant que la régence à Catherine, et en proclamant le tsarewitz empereur à la place de son père détrôné. Imitateur des institutions républicaines ou représentatives dont il avait vu le modèle en Suède et en Angleterre pendant quatorze ans de sa vie diplomatique, Panin se flattait toujours de les importer par degrés dans sa patrie. Le sentiment de sa propre supériorité d esprit et d'éloquence sur les favoris et sur les soldats dont il était entouré lui assurait aussi plus d'ascendant durable sous un gouvernement libre que sous un despotisme arbitraire. La longue minorité d'un tsarewitz de cinq ans lui promettait aussi un plus long règne d'homme d'État sous cette minorité que sous une impératrice maîtresse absolue du choix de ses ministres.

La princesse Daschkof, dont Panin était éperdument amoureux, sans obtenir d'elle d'autre retour que des confidences politiques, partageait les opinions presque républicaines de cet homme d'État. Elle les transmettait par des billets confidentiels à l'impératrice, qui feignait de les approuver. Panin et la princesse Daschkof avaient rédigé de concert un plan de constitution par lequel le sénat et les nobles, déposant Pierre, proclameraient l'impératrice régente, mais limiteraient son pouvoir par des restrictions, des consentements et des lois orga-

niques, bases de la souveraineté nationale êt barrières contre le despotisme des tsars.

La lecture de cette constitution dessilla les yeux de Catherine : elle comprit que l'empire allait lui échapper au moment même où elle conspirait le crime pour l'empire. Sans rien révéler de son mécontentement à la princesse Daschkof et à Panin, elle chargea Orlof de les déjouer dans la capitale, tout en paraissant obéir à leurs inspirations.

Orlof, dont la princesse Daschkof ignorait les relations secrètes avec la tsarine, s'offrit comme un simple instrument de sédition militaire à la princesse Daschkof et à Panin, sans rien leur laisser soupçonner de son intelligence secrète avec Péterhof. La princesse et Panin, heureux de rencontrer dans Crlof un complice inespéré et puissant dans les casernes, lui ouvrirent les conciliabules des nobles et du clergé, engagés par eux dans la conjuration.

Orlof, devenu nécessaire à ces conjurés de la noblesse et du clergé qui ne pouvaient rien sans les troupes, protesta éncrgiquement devant eux contre une demi-révolution qui n'aurait d'action sur les troupes qu'autant qu'elle aurait pour mobile et pour cri de ralliement le nom d'une souveraine adorée, contre le nom d'un souverain indigne du trône. Il s'éleva contre ces demi-mesures qui perdent les conspirations comme les empires, en diminuant la passion publique qui fait le succès de ces grands mouvements; il déclara, au nom des soldats et du peuple, que si le clergé et la noblesse persistaient dans ces tem-

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