‹ Histoire de la RussieChapitre 95 sur 269 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

péraments inintelligibles aux Russes , les soldats et le peuple se passeraient de leur concours pour délivrer seuls la Russie de l'oppression et de la honte dont le règne de Pierre III humiliait la nation.

Ces paroles et ces menaces confondirent en peu de jours les plans républicains de Panin et de la princesse Daschkof. Catherine, informée par Grégoire Orlof de l'évanouissement de ce rêve, dissimula sa satisfaction dans ses lettres à son ami et à Panin ; elle leur promit qu'une fois impératrice par la sédition des soldats et par le fanatisme du peuple, elle saurait bien donner d'ellemême à l'aristocratie russe et à la nation les garanties contre le despotisme que des casernes ne voulaient pas comprendre en ce moment.

Pendant ces conspirations et ces contre-conspirations si habilement menées de front à Pétersbourg du fond de la retraite de la tsarine à Péterhof, ses agents agitaient tous les jours le peuple par des bruits mensongers que le lendemain dissipe, mais qui entretiennent le peuple dans une perpétuelle agitation. Il faut agiter les masses qu'on veut remuer un jour.

Tantôt c'était le tsar Pierre qui méditait de faire répudier leurs maris par douze femmes des plus illustres familles de sa cour licencieuse d'Oranienbaum, et qui préparait les nouvelles noces de ces femmes avec ses favoris ; tantôt c'étaient les Tartares de Crimée qui campaient aux frontières de l'empire, prôts à envahir les provinces aussitôt que le tsar aurait désarmé Pétersbourg en conduisant l'armée russe dans le Holstein ; tantôt

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c'était le sacre des empereurs à Moscou, que l'empereur dédaignait de recevoir de la main du clergé russe : dédain impie, qui affranchissait de droit les Russes de l'obéissance à un prince allemand et luthérien.

Chacun de ces bruits donnait aux esprits une commotion favorisée par l'absence de Pierre III, retiré à Oranienbaum, au sein de sa cour militaire et de ses familiers, odieux aux Russes. La flotte et l'armée , rassemblées au bord du golfe de Finlande, sous sa main, n'attendaient plus que son ordre pour marcher et pour voguer vers le Danemark.

Les ambassadeurs des cours étrangères, unanimes à blâmer cette expédition perturbatrice et capricieuse du tsar, et surtout le baron de Breteuil, ambassadeur de France, désespérant de retenir le tsar, se tournaient vers la tsarine, invoquaient son avènement, trempaient dans les conspirations qui s'ourdissaient pour elle, lui faisant offrir, au nom de leurs cours, les subsides nécessaires pour embaucher les troupes et accomplir la révolution.

Tout conspirait à la fois dans la capitale pour la plus sûre des conspirations, celle des esprits et des cœurs. Le tsar et ses ministres, renfermés à Oranienbaum dans les plaisirs et dans les préparatifs du départ , étaient les seuls qui n'eussent pas le pressentiment de leur danger. A Pétersbourg et à Péterhof, on n'avait plus d'incertitude que sur l'occasion , le jour et le mode plus ou moins sanglants de la révolution.

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