‹ Histoire de la RussieChapitre 96 sur 269 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Les assassins ne manquent jamais aux conspirations chez les peuples encore voisins de la barbarie. Le sang, qui flétrit justement ailleurs, illustre dans ces temps et dans ces climats.

Un capitaine aux gardes, nommé Passek, était venu à Péterhof se jeter aux pieds de l'impératrice pour lui demander son consentement au meurtre de son mari, s'engageant à le poignarder en plein jour à la tête de ses troupes. Demander un tel ordre à une épouse, c'était se désarmer soi-même. Passek fut désavoué avec une horreur décente, sinon sincère, par l'impéralrice ; mais ce soldat féroce, prenant sur lui seul un crime qu'on ne pouvait pas lui commander, s'associa à un de ses camarades aussi féroce que lui, nommé Bachekakof.

Us s'embusquèrent dans les roseaux, non loin de la petite maison inhabitée que Pierre le Grand s'était construite dans les îles marécageuses pendant qu'il bâtissait Pétersbourg. Pierre III venait s'y promener fréquemment les soirs d'été , seul avec sa favorite Woronsof ; les deux assassins les attendirent. Le hasard sauva la vie de l'empereur de leurs coups.

Par les conseils toujours modérateurs du comte Paninf on s'arrt ta à un plan d'enlèvement nocturne de l'empepereur dans sa maison de campagne d'Oranienbaum , qu'il habitait presque sans garde, avec la confiance d'un souverain dont la nombreuse armée campe dans les villages autour de sa résidence. Un groupe choisi et non suspect de nobles conjurés, sous la conduite de Panin lui-même, familier du palais, s'introduisit dans les ap-

parlements, sous prétexte de les admirer, pendant une absence de Pierre III, reconnut les escaliers, la chambre, le lit, les corridors, les portes secrètes, et s'assura ainsi de la promptitude et du silence dans l'exécution.

Les conjurés, revenus à Pétersbourg, convinrent de se porter par détachements et par diverses routes en nombre suffisant, une des prochaines nuits, à Oranienbaum ; de pénétrer de gré ou de force dans le palais, mal gardé par quelques Allemands de la troupe de Holstein ; de monter à l'appartement du tzar, de l'enlever s'il se laissait surprendre dans le sommeil , de le poignarder s'il tentait de résister, de convoquer le clergé et la noblesse pour ratifier le lendemain ga déposition ou sa mort, et de proclamer à sa place l'impératrice Catherine, sa veuve, restée en apparence étrangère à l'événement.

Pour mieux attester son innocence dans une entreprise d'où pouvait résulter la mort de son mari, Catherine, scrupuleusement absente de Pétersbourg pendant les derniers jours qui précédaient l'événement, se renferma plus étroitement que jamais dans la solitude et dans le silence de Péterhof ; mais présente, quoique invisible, par Panin, par la princesse Daschkof et par Orlof, à tous les conciliabules de la capitale et des casernes, elle était à la fois le centre , l'âme et le but du grand mouvement préparé dans l'ombre.

Un de ces hasards qui trompent les combinaisons les mieux ourdies et qui assurent le succès des conspirations par le désespoir même des conspirateurs, faillit faire avorter le crime au moment où il était le plus fortement conçu.

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