IL
da barbare et le met en fuite lui -et ses compagnons»
C'est de cet événement, qui devait tenir une place «i iitipoptanle dans la vie du czar Pierre, qiie date la pensée bien arrêtée et mûriô dans cet esprit entreprenant de délivrer le trône de Russie, d'une milice insolente doot les exigences tyranniques rappelaient celles des prétoriens de TaBcienne Rome« Car, une chose digne de remarque, c'est que le qnoderne empire Russe présente presque, à sa naissance le même spectacle que l'empir-e Romain dans sa décadence. Pour civiliser la Russie il fallait rompre avec le passé, et la destruction des Strélitz était le point le plus important à poursuivre et à atteindre. Le esiar Pierre, malgré les retards auxquels la prudence le contraignit, se garda. bien d'oublier le serment de vengeance formulé par hii^ en £ice des autels et entre les bras de sa mère épouvantée; on sait comment il tint la promesse qu^il se fit i lui-même à eette heure suprême, où se décida sa destinée.
Après la mort de son frère Fédor Mfchaëlowitz, décédé sans postérité et sans testament, Pierre, enfefit, vit l'empire livré à tous les ^ malheurs résultant d'une swM^ession incertaine. Le second fils d'Alexis^ Iwan^ iepsbiait devoir monter sur Je trône; mais déshérité par la nature, faible de corps et d'esprit, ce jeune plioce ne pouvait trouver d'appui que dahsla princesse Sophie, sa sœur, qui aurait bien voulu régner en son nom. Aussi les chefs du clergé et les grands se réunirent-ils pour l'exclure du tr^ine; ils y appelèrent son firèréPlerve dans Fespoir de gouverner à la place d'un enfant de 40 ans. Cest alors que l'ambitieuse Sophie ameuta les Strélit2 toujours prêts à la révolte quand il s'agissak de disposer de la couronne et de la vendre. Après plu-
sieurs journées de meurtres et de carnage^ an parvint à apaiser la fureur de la soldatesque. Trois souverarM régnèrent alors à la fbis^ mais ia princesse Sophie exerça en réalité le pouvoir.
Cependant le jeune ezar, Pierre M içbaëlowkz^ -entouré à dessein d'hommes corrompus^ d^étrangettf sans mœurs et perdus de réputation^ puisait dans celte affireuse société des leicons funestes qui influèrent sur le resté de ses jours. Mais^ tout en lui communiquant leurs vieës^ ces étrangers dissolus lui apprirent à mépriser la barbarie et les préjugés de ses sujets ; ils lui disaient la gloire que d'autres nations ataient su tirer des arts et de l'industrie. L'adolescent^ attentif k aes récits; formait déjà mille projets de rénovation. Ainsi ^ ce qui devait causer sa perte prépara la grandeur de son pays et hi sienne. On sait la part que Lefort prit à la direction de ces idées^ alors confuses^ mtfis qui^ méditées depuis par cette puissante intetligenee, devaient changer la faee du plus vaste pays de l'Europe..
En 1687^ grâce aux soins de Lefort, Pierre formait ht première eompagnie d'infanterie que Fan eût vue en Rusde, armée, habillée, et faisant l'exercice à Pallenfftnde. Lefort en fut le capitaine, tandis que le ezar y entra coftime simple soldat. D'abord composé de cin-^ quante hoftfmes, ce corps le fut bientôt de deux tnillei puià de troisy et forma deux régiments. Ce fut le noyau de l'itifanlerie Russe. Une petite citadelle avait él^ construite, elle fut assiégée plusieurs fois, et ces troupes de nouvelle formation s'exercèrent ainsi à Paltaque et^ la défense des places.
On'asrfure mêûie que le czar voulut absolument faire de Vnn de ces sièges autre chose qu'an simple exereîce, qu'il y eut un engagement sérieux, des morts et
(kë hh$$^$y et que Pierre joua son rôle daos ee combat réel.
A celte époque Sophie commençait à prendre de l'ombrage : uu jour elle vit son jeune frère assister au CQQ3eil.et y attaquer ifton favori^ le comte Gallitzin*. Il 9e lui en fallut pas davantage pour exciiter une seconde sédition. Mais Pierre, cette fois était sur «es gardes'; il s'était établi^ avec ses régiments fidèies^ au oouvent de la Trinité. Son attitude fière et imposante fit réfléchir les conjurés qui, saisis de crainte, ne cherchèrent plus qu'à dissimuler leurs projet». Pierre fit enfermer Sophie d^s un monastère pour le reste de ses jours et mettre à mort le phef des Strélitz et les principaux meneurs qui l'avaient suivi» La retraite d'Xwau, qui se démit du pouvoir, suivit de près cet.événenieiit et Pierre, devenu ipaître absolu, ne fut plus arrêté dans sas projets de réfiorroe.
Un jQiUr le jeune prince visitait un magasin ; ses regards tombèrent sur une chaloupe anglaise hors de service et reléguée parmi des objets de rebut. Le czar se fait expliquer l'usage des voiles qu'il y voit attachées, et .ordonne que l'embarcation soit réparée et mise en état de naviguer devant lui^ On court arracher à l'oubli et à la miaère un vieux marin hollandais, appelé jadis en Rxissie par Alexis. L'étranger se met à l'œuvre ; bientôt la chaloupe, radoubée, porte ses mâts et ses voiles et £lotte. sur. l'Isonzo en présence du czar émerveillé. Le^ prinoe embarque aussitôt, et apprend fecilement à dlrjger le bâtiment; mais il ne lui sufBt pas de le conduire sur une simple rivière, il le fait transporter sur mx lac. Enfin il donne des ordres pour la construction d^n navire auquel viei)i>ent s'ajouter deux frégates. En 4694, il se rend à Arkhangei et fait route, sur
la mer Blanche, avec un convoi de bâtiments anglais.
Il parut dès lors ebncentrer toutes ses pensées sur la marine; la navigation et le commerce, voilà les sources où il voulut puiser la prospérité et la gloire de son empire. Avec l'impatience des imaginations violentes, il prodiguait les ordres, et avant qu'on eût pu construire un vaisseau de ligne, il avait déjà nommé Lefort amiral.
Cependant une flotte était, un an après, mouillée dans la mer Noire. Curieux de savoit* ce qu'elle pouvait faire, et désirant aussi voir à Pœuvre les ttoupes de terre qu'il venait de créer, il déclare la guerre à la Turquie. Par malheur, les navires, pesants et mal dirigés, ne purent suivre l'armée d'opération ni l'aider dans les travaux du siège d'Âzof. La place, mal attaquée, put résister longtemps, et les Russes furent contraints de battre en retrsCite après avoir perdu trente mille des leurs.
Il ne se lassa pas; il appela de la Hollande et de l'Allemagne des ingénieurs, des matelots et des canonniers; il arma une flotte plus nombreuse, où l'on voyait deux vaisseaux de guerre dont il s'était réservé à lui-même la direction. Alors on régularisa les attaques, et Azof fut réduit à capituler.
Ce succès transporta de joie le jeune prince; la rentrée de son arni^e dans Mospou eut lieu d'une manière triomphale, et lui-même^ caché dans la foUle, mêla ses applaudissements à ceux de la multitude. Rien n'avait altéré' la sérénité et l'éclat de la fête; car, de la ville d'Azof, il avait envoyé l'ordre d'enfermer dans un couvent la princesse Eudoxie, son épouse, dont il ne privait plus tolérer l'opposition aux réformes, introduites
par lui dans son <;mpîre. Ajouton» qu'Eudoxie, aigrie par la jalousie que lui causaient les infidélités tropnotoires de son mari, s'était préparé cette fin malheureuse : puis, entourée de prêtres et d'hommes coHniiîié par leur attachement aux anciennes, idées, elle ^Vtait créé un parti qui, dans un moment donné, pouvait devenir redoutable.' Il lui importait. Si lui, avant de part^^ pour un de ces voyages qui remplirent sa vie, de ne pas laisser aux mécontents un point d'appui.
C'est en ce moment qu'éclata une nouvelle conspiration de Stfélitz. Averti par un des conjurés qu'une réunion des principaux d'entre eux doit avoir lieu la nuit chez un des chefs^ il envoie son capitame des garder pour les arrêter; bientôt, ne pouvant contenir son impatience, il part lui-même suivi d'un seul domestique , se présente au milieu des conjurés, qui restent glacés de frayeur k son aspect, et leur ordonne de se lier euxmêmes les pieds et les tnains^ Il est obéi sans hésitation. Le lendemain , on tranchait la tête aux conspirateurs, dont les cor|is restèrent exposés sur le lieu du supplice.
C'est par des exécutions aussi prompites^ aussi audacieuses, que le ozar Pierre épouvantait ses ennemis et raffermissait son pouvoir. Le cruel civilisateur devait employer souvent encore ces moyens terrible**
Toutefois le vainqueur de tant de séditions ne se se«^ tait pas encore assez fort pour dissoudre cette milice redoutable des Stnélilz ; il dut se conteifler dé l'éloigner de Moscou.
* Ne pouvant résistera son ardeur de voir et' d'apprendre^ il traversa ses États et se rendit en Holkmde. Il voulait, «on pas se montrer ou entendredes^hardngue^ études compliments, mais observer et connaître par luimême les arts et l'industrie des nations policées. C'est
ajiisi qu'il, parcourait seul, pendant des jours entiers, avec des regards^ ^tonnés, les rues- de cette populeuse cité d'Amsterdam^ visitant de préférence et avec une attention scrupuleuse les établissements de la marine. On sait qu'il se fit inscrire sous le nom de Pêter-Mù chaëlof sur le registre des charpentiers^ èr Saardani, le plus considérable des chantiers de construction de la Hollande^ et qu'il vécut là pendant plusieurs mois, d^abord ignoré^ puis reconnu par ses rudes compagnons dont il repoussait les respects. Vivant de la nourriture des ouvriers, portant les mêmes vêtements, raceommodant ses habits et ses bas de ses propres mains, il travailla très-activement à la construction du vaisseau le Saint-Pierre^ qu'il fit partir pour Arkhange|.
Cependant le charpentier n'oubliait pas qu'il était ciapy et du chantier où il maniait les outils de sa nou« velle profession ^ de la même main qui avait tenu la hacfae, il signait des règlements d'administration et de police et dei ordres à ses généraux pour faire marcher ses armées. En même temps il s'^efforçait d'obtenir de la Hollande des marins et des vaisseaux pour les^envoyer en Russie où ils auraient servi de modèles aux flottes qu'il voulait créer pour aider à ses projets dceonquête; par malheur^ la Hollande, épuisée par une guerre trop longue que termina la paix de Ryswick, n^ put contenter les désirs du prince.
Détourné de l'idée qu'il avait eue d'abord de se rendre à Paris^ où Louis XIV, comme il l'apprit, ne l'eût pas vu avec plaisir, Pierre se rendit en Angleterre : une eaeadré venue à sa rencontre le conduisit à Londres où il vfCHilut encore vivre ignoré.
H visita tout ce qu'il y avait de remarquable, se mit en relation avec les bomtoes les plus distingués dans les
arts et dans les sciences, et en gagna plusieurs qu^il fît partir pour la Russie sur une frégate dont le roi Guillaume lui fît présent. Désireux d'étudier, comme en"Hollande, la construction des navires, il s'était log^ dans une maison modeste, chez des bourgeois, près du chantier de Deptfort, où il prit en même temps des leçons de mathématiques, de navigation et de chirurgie.
Dé Londres il revint à Amsterdam, puis il se rendit à Vienne et allait partir pour l'Italie quand une dépêche, qui lui annonçait une nouvelle révolte des Strélitz, le rappela à Moscou.
Quatre régiments de cette milice indomptable avaient marché sur la capitale; mais reçus vigoureusement et défaits par le général Gordon, ils avaient été contraints de se rendre- A son arrivée, le czar trouva les rebelles en prison. Les exécutions recommencèrent. Ce qui se passa alors ne peut être en rien comparé à tout ce que l'histoire nous a transmis de plus effroyable en ce genre. Chez les nations civilisées et chez les peuples sauvages, dans l'antiquité et dans les temps modernes, on ne vit jamais un monarque ordonner les plus cruels supplices, les préparer et aider lui-même à leur exécution, obliger sa cour h y assister avec lui. Le premier jour, H coupa cinq têtes de sa propre main; le lendemain, il recommença avec plus d'acharnement encore, et pendant un mois entier, ces scènes de barbarie ne firent que s'accroître.
L'historien Lévêque nous a laissé à ce sujet de curieux et d'horribles détails : « Le jour dp la sixième a exécution, dit-il, fut remarquable par le nombr^e des (( victimes et par la dignité des exécuteurs. Au lieu de a. billots, on avait étendu, sur la place, de longues ce poutres sur lesquelles trois cent trente rebelles eurent
— ton — a la tête tranchée. Tous étaient de l'ordre de la noce blesse^ et tous furent frappés par des mains nobles. « Les grands, qui avaient assisté au jugement, furent <c obligés d'exécuter eux-mêmes la sentence qu'ils a avaient prononcée (I). Romodanowskî, autrefois coma mandant dès quatre régiments rebelles, frappa quatre « des coupables. Mentschikoff se glorifiait d'avoir (( abattu plus adrditement que les autres un plus grand C( nombre de têtes. Chacun des Boïards et des grands c( eut sa victime. »
La plus grande partie des Strélita pérît ainsi; d'autres furent pendus aux portes, accrochés le long des murs de la capitale. Les plus compromis durent expier leur défaite sur la roue où ils périrent lentement. On était arrivé au mois d'octobre, à l'époque des premières et des plus fortes gelées. Les cadavres restèrent sur le lieu des exécutions, et, pendant cinq mois, la population de Moscou jput jouir de cet horrible spectacle. C'était à travers les potences, les roues et les cadavres qu'on entrait dans la ville.
Cependant le bras du czar semblait s'être lassé et sa vengeance pai^aissait assouvie; mais il restait ehcore des révoltés ; on lès emprisonna afin de les réserver à d'autres exécutions. En effet le czar n'hésita pas plus tard à se les faire amener dans son palais pour les immoler lui-même au milieu d'orgies sanglantes. Le grandmaréchal de la cour de Prusse,* Printz, alors ambassadeur en Kussie, rapporte dans ses mémoires, déposés aux archives de Berlin , que, dans un grand festin , Pierre P' fit paraître dans la salle une vingtaine de Stré-
(I) Lefort et Blumberg furent les seuls qui refusèrent d'y prendre part, g'excusant sur les usages de leur nation.
lilz, et qu'à chaque verre qu'il vidait il fil tomber une de ces téle^. Le grand-niarépbal Printz ajoute cpie le czar luiproposa d'exercer son adresse à son tour; oa était au dessert ! Et voilà l'homme qui se donna mission de civiliser la Bussie ! Çhei certains peuples d'Afrique, qu'on appelle cannibalea^ il est arrivé à dés souverains jjésireux de plaire à certains envoyés de l'Europe, d'offrir à ceux-ci des nègres prisonniers de guerre comme un mets délieat et de haut goùl. Il est vrai que les voyageurs de qui nous tenons ces détails affirment que ces peuples et Içurs rois ne sont pà» chrétien» !
Vers la même époque, les Cosaques se soulevèrent li
Azof ; la révolte comprimée, on amena à Moscou quatre*
vingt-quatre des chefs; ce fut le czar qui les exéoiita
lui-même. Depuis, ses successeurs ont reçu le titré de
père de leurs peuples, sans doute reconnaissants.
La princesse Sophie, le secret moteur ou du moins l'objet de toutes ces conspirations, fut épargnée; mais devant le monastère où elle était renfermée ^ on fit dresser trente potences et l'on y attacha jusqu'à deux cents victimes.
Quelques années après, en 4705, l'indignation et le désespoir firent éplater, aux extrémités de la Russie, un soulèvement qui fût devenu d'un dangereux exemple si le cz^r ne l'eût réprimé avec son activité et sa rigueur habituelles. Le fils de l'un des chefs des strélitc immolés par Pierre, Sfenka, s'était réfugié dans les contrées voisines de la mer Caspienne. Son ressentimeni était accru par le fanatisme et la .superstition, sa haine pour le meurtrier de son père s'était envenimée au spouvenir des changements introduits par le czar dans la religion et dans les lois de l'antique Moscovie. Il parvint à gagner à sa cause et à enthousiasmer par des
réchi extraordinaires k plupart des habililnts de cçs contrées lointaines. 11 s'empara du pouvoir, fit décapiter I|p goiiverneup d'Astrakan; de tous les étrangers, de tous les officiers trétus à l'européenne , aucun ne fut épargné, tout fut massacré par les insurgés. Stènka avait envoyé des députés aux Cosaques dti Don. Déjà ceê mioiens ennemis des Russes se mettaient en marche pour le soutenir, quand le général Schéremétofî, s'à- VftDçant à la tête d'une armée régulière, mit eh fuite ces ffaysaus révoltés, entra dans Astrakan, et n'y trouva pius que des gens soumis et tremblants.
Le général Russe fit saisir les plus coupables, environ trois dents malheureux, et les envoya à Moscou pour s'y fajre trancher la tête. C'est par ce système de châtitneim aussi prompts qu'inflexibles que Pierre affermissait son pouvoir et faisait subir à k Russie la régénération qu'il avait méditée si longtemps pour elle. I&àlbières a dit avec raispn qu'il devint le bourreau de ses sujets pour les civiliser.
C'est alors que toutes les anciennes troupes furent licenciées et reformées, d'après des cadres tout noUv^ux^ sur le pied des armées européennes. Le calendrier Russe fut rapproché de celui des autres peuples ; tous le» hlbitantsde la Russie furent obligés de se raser et de dtfitiger pour des habits courts les longues robes ^'ils avaient si longtemps portées. Les femmes, retirées dans l'intérieur des maisons à la manière orientale, parurent dès lors dans les cercles, dans les salons ; elles eurent la permis&iota de voir leurs maris avant de les épouser. Le patriarche Adrien vint à mourir, et le czar n'osa pas encore se mettre précisément atox lieu et place du ehef de l'Eglise Russe; mais il se garda bien de lui donner mai successeur afin de ne pas perpétuer unpou-
voir augmenté par la véqération des peuples -et qai pouvait devenir dangereux.
En même temps le ezar faisait de louables efforts pour améliorer le eommeree et l'industrie; il fondait deg écoles de marine et de mathématiques, lançait par toute l'Europe une espèce de manifeste dans lequel il faisait un appel aux militaires, aux artistes, aux industriels qui pouvaient lui apporter des talents, utiles ou des .con* naissances spéciales, La Saxe et la Silésie lui fournie* saient d'excellents troupeaux et des bergers habiles. Il faisait explorer par des hommes de l'art les parties de ses Etats où se trouvaient des mines à exploiter. Il envoyait partout des ingénieurs et des géographes pouç lever des plans et dresser des cartes. Sujr tous les points de son vaste empire, il créait des mapufe^ctures d'étoffes en tous genres, des fabriques d'arnjes et d'outils. En 4699 il instituait l'ordre de Saint-André et en décorait les officiers qui s'étaient distingués en combattant ks Turcs.
Nous ne ireproduirons pas après Voltaire, ce serait une témérité insensée ^ l'histoire des démêlés de la Suède et de la Russie; on préfère la lire dans ces pages brillantes, et nous voulons éviter les redites. Rappelons seulement qu'à Narva, Pierre P' n'était qu'au début de ses innovations. Le siège de la place était mal j^onduit, les ingénieurs et l'artillerie manquaient. Pierre était aUé au-devant d'un convoi qu'il attendait avec une vive impatience, et son absence fut une des causes de la défaite de ses troupes mal commandées d'ailleurs par le duc de Croï.
Mais Pierre ne comptait obtenir des supqè*qu'à force de persévérance et de sacrifice^ ; il avait le pressentiment de l'avenir , et, connaissant toutes ses ressources, sa
sentant assez de courage et de pouvoir pour soutenir la lutte commencée^ il eut le droit de s'écrier après Narva : (( Les Suédois nous apprendront à devenir leurs vaince quenrs. ^) Et il fît alors d'incroyables efforts. Bientôt ses armées battirent les Suédois deux fois en Livonie et une fois sur le lac Peîpous. Les Russes^ il est vrai, avaient toujours été supérieurs en nombre, aussi Pierre fit-fl cette réflexion : a Grâce à Dieu, nous voici parvec( nus à vaincre les Suédois, quand nous sommes deux (c contre uil, peut-être les battroiis-nous un jour à « nombre égal ! »
Les campagnes suivantes ne furent pas moins heureuses, le czar y montra autant d'activité que de courage. « A Nienschanlz , voulant reconnaître s'il n'ar- <( rivait pas qtielques secours aux assiégés, par la mer, a il s'embarque presque seul sur une chaloupe, passe a sous le canon de la place qui le foudroie, va jusqu'au « golve de la N«va et revient rendre le courage à ses « troupes qui le croyaient perdu. Quelques jours plus « tard, monté sur trente barques, avec MentschikofF et (( deux fégiment^ de ses gardes, il ose attaquer deux « vaisseaux deiigne et les prend à l'abordage (1), »
(( Ce n'est pas ainsi, dit Lévéque, que combattent les « puissances maritimes; mais c'était ainsi , et par le (( même courage, que les flibustiers les bravaient c( toutes. ))
Le czar, un des officient les plus habiles et les plus braves de son armée , dirigea la plupart des sièges et conduisit tous tes assauts; c'est lui qui donnait lé plan de la tranchée, c^3tait encore lui qui y entrait le premier. On avait pris Dorpat d'assaut, il parcourait les
(I) Biographie universelle, — Pierre /*^ par Michaud jeune.
rbe»^ Pépéeàla mdin^ réfA^imant te piHage; deUx âol^ dais refusaient de l'entendre, il les tua deMfBainrUitè foulç d'habitants s'étaient réfugiés à l'Hôtel de Ville j il y entra, et jetant son épée. sur la table, il ditt « Qe n'eft ce pas de Totre sang -qu'elle est teinte, c'est de cekii (c de mes soldats que J'ai versé pour vous sauver iâ (( vie; )> Ce même, homme^ qui jamais n'avait été plus intrépide et plus généreuix, souilla sa gloire en ÎBJtl*' riant grossièrement et en frappant au visage lelirave JHoro, commandant de la place, qui avait fait une raa^ gnifique défense. «
Tous les efforts de Pierre, tous ces avantages obtenus tendaient évideHMnent k établir la {raissance -Ruaae mot la Baltique; ce projet devint plus manifeste quand on le vit jeter aux bords de la Neva les fondeuestade Saint-Pétersbourg. C'est pendant cea travaux iàipop^ tants^ accomplis sur un territoire humide et maigjnn, où périrent plus de 44^0,000 ouvriers par les fialigues^ la disette et les exhalaisons peitilentieUes,quia Pierre, désirant la paix afin d'achever son ouvrage, fil k Charles^ XII des- propositions qui furent accueillies avec le^kw profond dédain. Cet enfant gâté de la fortune se préparait alors à envahir la Russie et d^à les dépouiller de cet empire étaient partagées d'avance entre les principam lieutenants du roi de Suède ; le générai Sparr s'était réservé le gouvernement de Moscou. Charles XU r^Mndit à un envoyé Français qui iui présentait le» propositions du czar :^ Je ne traiterai de la paix que dans a Moscou^ » Pierre, à cette nouvelle , s'erra : <c Mon « frère Charles fait l'Alexandre^ je tfldierai, moi, de «e <( pas être Darius. »
Alors s'ouvrit une campagne, non moins mémorable que celle de|i8i2, et qui semblç avoir servi d'emaaple
aw; généraux, de t'efiipereur Alexandre, qudnd Hs eurent h vepouâsftvh [eur.toBr une mvaRioti redoutable.
]L<'arfq(^ suHédoise pMsa sur la g4aee Ja Vi^tùle et la j^résfna au mois de janvier 17-08. Aussitôt \eê troupes rii44^9 ^ retirent devant elles, comme elles firent plus tard dôvant le» Fr^yaçais ^près qu'ils eurent passé le Niéo}^. Le» RuMes brûlaient leurs magasins, détrui- •aienjt tf>ute3 les provisions, dévastaient le pays et se gardaient bien de hasarder une balaîMe. Ils n'attendûrent les Siuédots qu^à MohileIT et h Dobro^ dans des positions formidables où ris leur firent essuyer de grtiyl^ perte». Charles ne persista pas moins à s'en tow^ff^ de plus en pluis dans des contrées désertes.
Or mit eommeut le roî de 8uède, séduit par les prom^se« du C5bef des Cosaques, Mazeppa, se dirigea vers l'll£raipe« On sait aussi comment finit cette malheurittise eampagUjÊ.
X'4iB des revers lea pltts oonsidérables essuyés par les «Tinée» suédaîses^fot celui de Perevolotehna, où l'un des Heiit^iaiits de Charles Xll^ Lewenhaupt, fut défait et ahaudonna aux Russm sept mille oharriots chargés d'argent et de wnsitions, neuf cents prisonniers et qpiaraiiteH]uatre drapeaux. Ce qu'41 y ^t de plus remar^ quaMe dans celte victoire et tfe qui contenta le plus la ezar Pierre qui avait lui-»-méi»e dirigé ^es troupes^ c^esl que eellas^ci étaient îaférieures en nombre à l'aplMmi. Aussi k czar dit-il dans son journal que cette viotaÎTC fut la mère de «elle de Pultawa.
LfCS Rasaes ne cessèrent de suivre et de harceler les Saéd(>t»J4iique sous les mur» de Pullâwa où se livra la batailla qui décida du sort des deux Empires et dans laquelle le ezâr Pierre se montra aussi brave soldat que général habile. Dans le combat ses habits, ^ou chapeau et
la selle de son cheval furent criblés de halles. Après la bataille il invita à dîner les généraux Suédois prisonniersy et lés remercia avec courtoisie de lui avoir appris à les vaincre. Il voulut boire à la santé de ses maîtres / le général Keinschild lui demanda à qui il voulait bien donner ce tilre : a C^est à vous^ Messieurs les Suédois^ (( répliqua Pierre. — En ce cas, dit le général Reinsce child, Votre Majesté est bien ingrate d'avoir autant (( maltraité ses maîtres. )>
Toujours préoccupé de son idée de s'établir fortement sur la Baltique, il avait écrit du champ de bataille, de Pultawa à l'amiral Apraxin : a Grâce à Dieu, voilà (( la pierre fondamentale de Pétersbourg solidement « établie. )) Bientôt les Suédois lui abandonnèreat le reste de la Lîvonie et ses troupes s'emparèrent de ^bourg et de Riga dont il ne devait plus se dessaisir.
Désormais respecté de l'Europe, salué du titre de très-haut et très-puissant empereur par l'ambassadeur d'Angleterre, Pierre poursuivit avec ardeur les travauxrelatifs à Pétersbourg. Ily (U construire un vaisseau de ligne de 54 canons auquel il donna le nom de PultavHif En même temps on établissait un grand nombre d'autres navires dans la Baltique et dans la mer INoire, on creusait partout des ports, on ouvrait des canaux*
Ce fut alors qu'entraînés par les intrigues de Charles XII, resté pour ainsi dire prisonnier à Bander, les Turcs déclarèrent la guerre à la Russie, persuadés qu'ils avaient en elle leur |)lus dangereux ennémi% Pierre chercha en vain, des alliés parmi les rois de l'Europe, chacun d'eux craignait déjà les agrandissements de la Russie. L'hospodar de Valachie lui inspira une confiance qui devait lui être funeste : Pierre négligea de faire suivre son armée par des convois de
vîvres et de munitions^ et bientôt il fut entouré sur les bords du Prutb, avec quarante mille bommes exténués, par cent cinquante mille Turcs. Sa lettre au sénat de Moscou révèle h la fois et son inquiétude en présence de cette situation désespérée et la force de son caractère :
(( Je vous annonce, disait-il, que, trompé par de (( faux avis, et sans qu'il y ait de ma faute, je me trouve (( ici enfermé dans mon camp par une armée Turque « quatre fois plus forte que la mienne, les vivres coupés, (( et sur le point de nous voir taillés en pièces ou (( prendre prisonniers, à moins que le ciel ne vienne à (( notre secours d'une manière inattendue. S'il ar- (( rive que je sois pris, vous n'avez plus à me considé- (( rer comme czar et seigneur, ni à tenir compte d'au- (( cuD ordre qui pourrait vous être porté de ma part, ((?pas même quand vous y reconnaîtriez ma propre (( main; mais vous attendrez que je vienne moi-même « en personne. Si je dois périr ici, et que vous receviez (( la nouvelle de ma mort bien confirmée, alors vous <( cboisirez pour mon successeur le plus digne d'entre