CHAPITRE VI
LES TRAITÉS DE LYON ET DE SALNT-JULIEN CONSOMMENT LA DÉCADENCE POLITIQUE DE LA SAVOIE. — CHARLES-EMMANUEL SE FAIT PRINCE ITALIEN.
4598 A iôiO
Depuis dix^huit ans, Philippe^ II, héritier des rêves de Cbarles-Quint et rien que de ses rêves, s*épuisait i ramener les Pays-Bas, TAllemagne, TAngleterre, la France sous le jou^ espagnol et la foi romaine ; Teffort fut si grand cnie rEs]pagne en est restée brisée. La liberté de Tesprit, l'équilibre des peuples, triomphent avec Elisabeth et Henri IV ; à trois semaines de distance, l'édilde Nantes et la paix do Vervins confirment la double défaite de la coalition austro-espagnole. Le duc de Savoie, instrument dédaigné de cette coalition vaincue, tombe avec elle. Il va essaver un instant de lutter contre sa mauvaise iorLune: puis, las d'alliés équivoques, il s attachera, niais trop tard| à la destinée d' Henri IV. Là encore^ Toc-
casion s'évanouit dans ses mains ; Ravaillac lui fera perdre ritalie, comme M. de Sillery lui arracha Genève , la comtesse de Sault la Provence, Lesdiguières le Dauphiné, Aldobrandini la Bresse et le Bugey.
Le testament de Philippe II cause à Charles- Emmanuel un désappomtement aussi vif que son isolement i Vervins. Cette politique soupçonneuse ne crai^ait plus de s y révéler dans une suprême ironie : le roi ' léguait au jeune Philippe III FEspagne, Tltalie et les Inaes; à sa fiDe ^ée, Finrante Isabelle, la Franche- Comté et les dix-sept provinces des Pays-Bas ; aux enfants de sa fille cadette, Tinfante Catarina- Michèle , duchesse de Savoie, morte le 6 novembre 1597, uu crucifix et une image de Notre-Dame de! Pilar. Déçu du côté de l'Espagne, le duc n'avait plus d'espoii" que dans le pape. Avec ce travers des gens qui règlent uniquement leur conduite sur fintérêt, Charles se crut nécessaire à Clément VUl parce que la cour de Rome Tavait seule défendu aux conférences de 1598 : il comptait, dans Taflaire du Mai'quisat, sur un jugement de préférence. Se faisant un argument sans réplique de la conversion du Ghablais et des excès de la propagande dans les vallées vaudoises, il ahuse des manèges habituels à sa diplomatie, remplace François d'Arconnat par trois Ttaliens des plus roués, calomnie Sillery, dépense en cadeaux cent ouille écus de bagues; et fatigue le pape à ce point que, après un an de pour- . parlers, il renonce a servur d'arbitre. Charles piqua le roi dlionneur en remettant alors le
« Mort le IS leptombre im.
dilîéreiid à bii discréLiou; puis, il insiste pour venir plaider sa cause en personne, faisant a ses agents i application du proverbe : Traduiore^ traditorc. Son confident, M. de Roncas, esprit subtil, sollicite à Paris Fagrément du j oi, écrit à Turin que le r oi seul désire le voyage, et force, par ce double jeu^Tavis du Conseil Le séjour
* Le 25 mars 15Î19, le roi écrivait an duc : •: Si vous me d/sirex toir, comme vous tnm$% escript et me l'a dit Ronetu dt toitfêpwrt, aoyei queje n'en a y pas moindre ayse quevoni. Tenez doocques qoand il v>iu plaira. Je me contenteray de ▼ons- rofommnnder de rochef la délivrance de la comtessf d'Eatremoul, lo souiiigcment de ceui de Genève, etc. f Lettres inédites de Henri IV, publiées par le prince Galitzio. Paris. 1860. Tome Ivr. 988). Voir, ponr les détails : Sully. Mémoires. IIÏ. 380. — Malingri. Contin. desMim. deBoyrin sur les guerres du Piémont. Livre XIV. — Le duc quitta Chauibéry avec uu U'ain magnifique -, sur les avis de Roncas. il congédia le gros de sa Ironpe à Lyon et continna lentement son ▼oyage, accueilli sur lo route par plus de curiosité que de sympathies. Le 14 décembre 1599, il entrait à Fontainebleau. Il avait mis quatorze jours à s'y rendre de Chambéry, par le Bourgel où il s'embarqua, le lac, le Rhône, Lyon, d'où il gagna Roanne pour descendre la Loire jjasqu'à Orléans, et, de là, reprendre la chevauchéf . On di-.iit df: lut romrnc àn âne de Guise t II n'y a pas de cœur qui puisse tenir contre les char^ mes et l'expression de son regard et de son sourire ; il persuade Mont dê parler. Il arrivait avec le désir de plaire: le roi se tint en garde contre ses séductions, et ne vit pas sans dépit les îibéralit(^s dont il comblTit les dames et les soTpi'neurs de la rour. Le samedy premier da lUOO, le duc do savoye fit aux dames de magnifiques présents et principalement à Henriette d'Entragae8,qui tient auprès du roy la place de Gabriélle d'Estrées. > (Journal du règne d'Henri lY.) — Le duc parut au bal avec uu pourpoint brodé de diamants qu'on estima six cent mille écus, et répondit au roi qui lui demandait d'où il avait tant de rieliesses : Je Hre de Savoye ce que je peut el é» Pié^ mont ee que je veux. — (J. de Serrée* Recueil des choses mi' mnrnbtes. 111. 239.) L'tJlt^gant savoyen , fut V\me des bals et des chasses; mais tandis que ses gciiliNliomiues et lui-même se ruinaient en folles dépenses, deux ou trois rusés diplomates, restés dans rombre. étudiaient la eonr el la ville , prenaient note des mécontents, se glissaient parmi les intrigues. Le da€ devint l'ami de Biron et dératcina k peu de fleurs de
^ France du duc de S'dxoie aboutit à la convention du 27 février 1600; ii s'obligeait à opter, dans le délai de trois mois, enbne la restitution de Saluées et la cession de la rive droite du Rhône ; mais il signa avec la conviction qu'il n'aurait pas le chagrin de tenir sa parole. Laissant à Paris Mgr Berliet, archevêque de Tarentaise, chargé d'entretenir les dispositions de ses alliés secrets, il envoie à Madrid le chancelier Belli pour y faire pressentir la rupture. On riait, à la cour, de so]i insuccès et de son départ : Il ne rap^ porte eyi Savoie, disait-on méchamment, que la boue de Paris. — Soit^ eut-il lïmprudence de répliquer, mais la boue de mon manteau s'effacera plies vite que les traees de mon passarje. T.e temps marche phis vite que ne le croient les liommes; le délai d'option arrivé, le duc, surpris qu'un mouvement insurrectionnel n'eût pas déjà éclaté en Frnnc'p , se trouve pris au piège entre le roi qui réclamait l'exécution du traité de Par is et le comte de Fuentès, gouverneur espagnol du Milanais, exigeant la remise de Pigneroi et de Montmé-
lys que le mareschal avoil encore dans- le cœur (Archivfîs l urieusee». Tome IL Vie et mort du murécnal deBironj ; k mots couverts, il s'engagea vis-à*vi8 le parti des seigneurs. On croit aisément ce qu'on espère; il se flatta de renouer les trames rompues en 1589 et, malgré sa finesse, se laissa prendre aux vanteries de traîtres qui calomniaient la France pour se vendre plus cher. Dans c«t espoir de remuer les cendres inal éteinteh de la Ligue, il lui échappa de répondre à Lucinge, un jour que cet lionnête homme mettait en balance le temps perdu, Targent dépensé, cl le néant du résultat : Je ne suis pas venu icy pour recueillir mais pour semtr, 11 s'irrita pourtant de jouer si longtemps l'insoudaace el se vit raillé par la narquoise bonhomie du roi, les respects affectés de Sully. Ses allures d'homme de plaisir masquaient mal ses liaisons avec les agents d'Espagne et les mécontents parisiens; on disait, en le voyant yélemiser e» France, ^u'il faudrait le £aire sortir par édit.
îian avant de livrer un homme et un écu. Henri IV ne lui laissa pas le loisir de se tirer de ce mauvais pas par Tune de ces volteface qui, au XVir^ siècle, valurent un si triste renom à la politique de la Maison de Savoie. L'ambassadeur de France poursuit le duc, de Ghambéry à Turin, et le presse de prendre un parti; le roi s'avance jusqu'à Lyon, concentre ses troupes dans la vallée de la Saône, et autorise Pioncas à tenter un dernier essai de conciliation. Roncas, qui seul avait le secret du maître, laisse à Lyon ses collègues, Mgr Berliet et le marquis de Luliins, réaiger consciencieusement des notes que le duc désavouait aussitôt \ et passe les monts. Le 5 août, Char'les expédiait encore deux lettres, Fune à Luilins pour lui dire de signer une proposition définitive, l'autre à Montmayeur, gouverneur de Bresse, où il se déclare prêt â monter à cheval. Mais, dès le 2 août, Henri IV avait quitté Lyon pour Grenoble, laissant cet adieu aux députés de Genève : Mes prédécesiBetirs ont mis le due de Savoy e en paurpoînct: je le mettray m chemise. Devinant les projets de son adver* saire, le roi écrivait au cardinal d'Ossat :
fc Je scais, de science sûre, que M. de Savoye ne veut fjup tromper; après tant de cascades et de mocqueries manifestes on ne le peut croire en rien ; il ne demande qu'à ij^aitqier Thyver ; c'est pourquoi j'advanceray toutes chose». >
11 hésitall pourtant ù laisser dei i ière lui tant de jjruuiiluns et de mécontents ûuut sa seule
' Traités publics Àiiiclc> prv'muiés aux voioiai8t»airfi> du roi, les ?8 et 30 juillet 1600.
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présence contenait reffervescence. Pour parer au danger le plus pressant^ il emmène avec lui Biron et brusque Tinvasion. Le maréchal , chargé de prendre possession de la Bresse,
Ï>révient la ^mison de Bourg de l'heure de 'assaut', puis, ne voulant rien laisser au hassurd, retai'de Tattaque d'une nuit. Les soldats, croyant la partie remise, n^étaient plus sur leiurs gardes ; les coureurs de Farmée française escaladent les remparts, ouvicnt les portes, et le comte de Montmayeur , déconcerté parce (pi*ïi crut à une trahison de Biron effaré luiiiiénie de son succès , fut hlasmé ou d'intelligences ou de lascheté, car, sans donner ua coup d'épée, il se jeta dans la citadelle où commandait Bouvens qui tint ferme. Les capitaines piémontais passaient devant les Français, le drapeau à la main, criant: Vlva il re Biron! Le courage inutile de quelques bourgeois, nui se firent tuer a Tune des portes, valut à la ville dix jour^^ de pillage
Le même jour (13 août 1600), Lesr]if^ui«!'res met If pétard aux portes de Montmélian et force la garnison à s'enfermer dans la citadelle. Grillon investit Ghambéry avec deux mille hommes ; il se serait logé comme en pleine paix dans les &ubourgs sans une mépnse de nuit qui fit heurter ses troupes. Le comte Chabod, gouverneur de Savoie, n'avait que 300 soldats et ne pouvait résister a TartiUme; aussitôt que
' VîMorio **'vj. Meiiioric rrrowliic. Tomn I. 127. H(Mi!rv<»gtiu. Meiii. dilla )iua vila. Edit. du 1048. Amuterdaui. -~ De Tboa. Hist, me* fmporit*
* AR. TI}RIN. Procédwru cùnirê U eomu it Mùmwa^tur» inculpé dê tratuton mioirt a numifêsiê, (MSS.)
3 AR* Ml^N. ^ BoDrg. ^ l«f«s Bm. iftif. de la réunw»n
lu l'oi parut devant la ville (21 août), il demanda troî? jours pour délibérer , espérant être secouru dans Tin ters'alle; uiiiis los habitants ouviirent les portes'. Chabod siî retira dans le cliàteau, d'où il sortit soixarde heures plus tard, vies et bagues saiivrf;. fitmhoiirs hatlanf^ en- H(*l(ines au vent, avec iict-nce de passer en Ta- 1 i'n1:iisr. Henri IV fait son entn^'e soleunellc à Chanibéry au milieu des acclamations, confirme dans leurs charges les officiers de justice et de finances, ratifie les privilèges des syndics, et se borne à remplacer le Sénat par un Conseil suprême qui, du 25 août 1600 au 20 mai dWl , expédia les affaires, au dvil et au criminel, sans lenteurs, équivoques ni partialité. Le 22 août, M"»« de Sully eut Vidée de faire chez so)h hôtesse une assemblée deeprincipales dames (le la ville, où le bal fut tenu avec la même liberté et gaieté que s'il y eût un an que le Roi en fXt le maître. Le duc Charles pressentait ces dispositions quand^ malgré l'avis contraire du comte d'Albigny, il indiqua Moûtiers au lieu de Chambéry pour le rassemblement général des milices et des barons de Savoie. I7armée royale prit Mvolans, ((ui se rendit avant d'être battu, et Connans, qui capitula la brèche faite. Le 8 septembre, le roi qui voulait s'assurer de la Maimenne et ne point laisser d'ennemis derrière lui avant d'attaquer la Taren taise, deve- Tiue, comme en 1536, le centre de la résistance, rallia ses troupes et mit le siège devant le fort de (^luubonnières. Il faut lire, dans les Mémoires de Sully, le récit hna^^é de cette rapide
^ AH. MU^. de ChainlMîrv. ih Livre blam. — Sully. Ménm" fêt, III. 454% — B9hm9* Èiit, nm. tll. 1G.
campagne, dont la bonhomie du roi, les allures décidées de Sully et le manque absolu de discipline des ofiiciei^ et des soldats forment les traits caractéristiques. Humbert de Saix se défendit mal à Charbonnières et capitula, malgré le colonel Bindi qui rompit la trêve à coups de canon, tandis que son chef continuait à battre lu chamade sur Fautre bastion; Sully, émerveillé de la fraîcheur des femmes d'Aiguebelle, les sauva de la rage des soldats. Lesdiguières,
Csionné pour la guerre dè montâmes et les dis coups de main, envahit laTarentaise avec un millier d'hommes résolus et rejeta Tarmée ducale dans le val d'Àoste après vinçt combats où le succès lui fut chèrement dispute. Le capitaine italien Rosso, bien servi par le patriotisme des Tarins, défendit le col d*Aigueblanche, n'évacua le fort do Saint-Jacqucmot qu'au troisième assaut, et lutta pied à pied sur la route du Saint-Bernard ; ses barricades du détroit du Saix, de Villette, d'Aimé, de Rellentre, furent enlevées à l'escalade. Lesdiguières, irrité qu'on osât tenir devant lui , se vengea en soldat brutal; il incendia les châteaux et brûla les archives. 11 ne restait plus au duc de Savoie que les trois citadelles de Montmélian. Bourg et Sainte-Catherine, bloquées par Créqui, le maréclird de Birou et îe comte de Soissons. Les deux dernières étaient défendues par d'honnêtes gens et de braves soldats, MM. de Bouvens et de Lucinge; si le duc en avait eu de tels à Ghambéry, à Montmélian, à Aiçuebelle et à Conilans, nul doute qu'avec des milices aussi dévouées que celles de ïarentaise, la campagne de 1600 ne fût devenue sérieuse, au lieu d'être une guerre de parade.
. I^'attaque de MontméHan fut résolue, grâeB à rinsistance de Sully, qui trouvait fort ioapradent de laisser au centre de la vallée de Tlsère un nid d'Italiens et de malcmtentSy dont la délivrance servirait début au duc* ; ce fut au grand déplaisir des courtisans qui le hlasmùient verlement de ce trop de zèle d'aller battre une dtwdélie dont quelques mois de hlocus viendroient alscmca l à bon t . Montmélian passaitpour imprenable de vive force*; leti gentilshommes étaient de cet avis; ils préféraient les bals do (liiarnbéry et de Grenoiile aux campements malsains dans les niai iiis do l'Isère ; le roi. installé à Grenoble, monail joyeuse vie, y attirant tout ce que la province comptait de femmes aimables et de cavaliers élégants. La marquise de Verneuil restait Finne de ces letes; en voyant le roi si tendre, elle ne croyait pas au sérieux dos négociations qui allaient faire de Marie de Médicis une reine de France. Sully tint bon, il ouvrit la tranchée avec des milliers de paysans ramassés dans toutes les paroisses, puis alla, de sa personne^ la nuit, recoimaitre le point qu'il
* Le duc écrivait de Mirallorè«, le 2ti juillet, û Jacques de Brandis: J'etpère d*ettfe bien toit là avec trots mille EsfoignoU
et autant d'Y falians ; les galères sotif arrivées pleines de grains et d'argent. — Et le 20 septembre : Seray bien tost à vous avec lest graina, chevaux et argent (AH. TURIN. Corrcsp.dcs i>rincesj.
* Les historiens ont beaucoup exagéré les diilicuités njatérielles du siège dé Montmélian ; défaut habituel àceui qui parlent des lieux qu'ils n'ont pas vus. Monimêlian est sur le sommet d'une haute montnfjnc, dit Matthieu {Uisioirc de Francp so?/.v te rèqne Je Henri IV. livre m}: se-i fuasts sont des prècipicea de tous côtés, — il est placé sur un grand et effroyable roc, proche de la rivière d'Isèrct dit un autre (Philippe de Uurauii* évéque de Chartres, dans ses Mémoires sur l année 1600). — Cette montagne ne paroit acce:i^ib!e qu'aux oyseaux du ciel . ajoute un troisième (Mézorai.ifrreae chronologique), d'habitude prasexact|«t à %u Ton aura décrit VÀrehsaMOtà Pierre^h4êti.
laliail battre ' . On iivLiit tiré plus de cent volées de canon sur ht rue taillé au ciseau en croyant rompre îe ravrliu. La citadelie, défendue par une forte gariiisoji, ses magasins remplis, avait pour coinmandaut Jacques de Brandis, auquel lotit nianquaU, dit le comte de Saluées, même lecoirr<frfe ^ Il devait son grade à des intrigues de femme et lit payer cher au duc Charles une heure de faiblesse ; présomptueux comme tous les iîij puissants, il se vantait de faire des vignes d'Arbin lo cimetière dcf^ Franc ah. Sully avait juré de réussir ; il installa des pièces de gros calibre sur les pentes de la montagne et décida le roi à visiter les travaux d'approches. En passant à découvert, du quartier-général de Fran^ cin aux tranchées, le roi reçut une volée de mitraille qui le couvrit de sable et blessa quelques hommes d'escorte ; Henri IV se signa et oully lui dit en riant : Ahl sire, c*est de bati cceur que vous faites ces croix ; c*est à ce coup que je vous recognois bon catholique ! Après plusieurs semaines de rudes fatigues, on sV
* î.es constructeurs de la l itadcllc, profilant dcp accident» du terrain, avaient combiné leurs défenses avff tnnt d'art qwe les assaillants, k défaut des moyens dont disposent aujourd'hui nos offieien du ^îe, étaient fore^Fs en quelque sorte de Uler les mu» poar distitigÎBer le rocher do la maçonnerie.
* En 1597, le duc avait nommé le comte de Montmayeur
j^ouvernciîr dr^ In T^rrsse ; et lieutenant général de la cavalerie dera les monts et gouverneur de Montmélian, Maurice-Jacques, baron de Brandis, des comtes de Montmayeur, frère du précédent (Arch. da Sénat. Reg. XXVII. 880). La disgrâce méritée de ces deux hommes ne tint pas contre les sollicitations de la bell»^ î.iiciaiif ; le -^O nt)tM IHOfi, le «Inc onlonTin b maiu-lovéo du séquestre mis sur les biens du comte de Montmayeur; le 15 septembre 1607, il lui permit de rentrer en Savoie, avec toute xa famille, et abolit les procédures faites à l'occaBion de la reddition du Château de .Montmélian par son fi^re. (Reg. XXVIll. foUo248--XXlX. 43.)
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perçut que la citadelle pourrait tenir iiidéfimment ; les murailles étaient à peine entamées, la garnison perdait peu de naonde, laissait Sully brûler sa poudre sans lui répondre que par quelaues volées sur les groupes d'officiers qui paraaaient le long de Flsère ou sur les enfants perdus qui se hasardaient trop près le long des remparts. Toutefois, Brandis, effrayé du bruit, selon Timpitoyablo expression des jour* naux du siège S demande une trêve, puis uûe seconde, se ménageant toutes les occasions d'entrer en rapports avecTennemi. Sully ne se trompa point a ces ouvertures ; sa femme et M™^ de Brandis échangèrent des cadeaux, puis des visites; bref, on ne marchanda pas les conditions-. Brandis, sans prendre conseil de ses officiers, capitula le 14 octobre, se réscivant seuiement de ne livrer la place que le 16 novembre, s'il n'était pas secouru avant cette époque, et de sortir avec les honneurs de la guerre, balle en bouche, mèche allumée, guidons au vent, Henri IV fit aussitôt annoncer aux garnisons de Bour^^ et de Sainte-Catberine la reddition de Montmelian , et écrivit à MM.de Bouvens et de Lucinge des lettres flatteuses pour les sommer de cesser une résistance désormais inutile. Ces deux gentilshommes lui tirent, le même jour, les nobles réponses
* JlK, TURIN. Àrchivio miiitare ; Juuruui du siège de Moutméliao, rédigé par des oifiders de Savoie. (HSS.)
* Brandis fit ineércr daoa la capitulation des stipulations qui Urent rougir de lionta les oflieiers français chargés de les rédiger. Art. 6. — Le roy acquittera lacreavre de vingt mtÛa^raa
que h dit Brandis dif nvrrir mvire Je duc tJe Snvoye. — Art. 7. — Leroy dotate une saia eyardtiJùur tous /ti biens dudit Brati" dit tit dans Us provinces que tiennent U$ troupes. (AR. TURIN. Ffovtfiesi i^ii»4€là Us monts; cowmtiinumiUtoiftt.j
lAOO
cjLi'on va lire, clans des termes presque identiques, tant il est vrai que pour rendre le même sentiment vrai il n'y a qu'une expression juste.
« Sire, disait Bouvens, auand ceste place me fust remise, je fis délibération de m'y ensevelir et d*y rendre le devoir d'un homme de bien ; je ne regrette sinon que Y. M. n'en veut point faire la preuve par la force. — Sire, disait Georges de Lucinge» lorsf^ue M. le duc de Savoy e m'a donné cesle place en c^arde, il a den croire
droit ensevelir. S'il irt'pst min pensée d'afnirtioii, c'est de n'avoir pu vous eu donner de plus fortes preuves >
Le roi visitait les provinces; d'Annecy, Use rendit à une lieue de Genève, reçut les députés de la ville et promit, en saluant railleusement la fumée des canons de M. de Lucinge, qu'il les délivrerait de cette aainte gênante (le fort de Sainte-Catherine); il revint à Faverf^es, et remonta la vallée de Beaufort pour reconnaître les passages des Alpes. La tradition et de naïfs récits ont conservé le souvenir des prouesses du bon roi Henri, qui s' amusait fort*, tout eu écrivant à la marquise de Verneuil des billets aussi tendres que spirituels ^.
Le 7 novembre, on eut Tavis que Charles^
< AR. TURIN. Information^ sur le faitderoceniMtiotid» 1< Savoie, ran 1600. (Maixo. mss. 938.)
* « le jour dixième d'octobre, Henry de Borhon. roy de France, a estt^ en grande compaignie de princes et aufres gens d'armerie. Le jour onzième, il est allé au Cormet; il (ai- 90it nmmii temps, le dmsièfM i\ ett rtparli eondwtmt DCCC personnes et ayant faiet force des siennes al granâitsimei folies» d (Registres do la cure de Beaufort.)
• Voir dans lo Journal du Règne (Edit de Cologne. 1720. le*". 297) celle écrîip df Keaufort et qui conimeni'e ainsi : ifon cmur, nous arrivâmes hier en ce iêew; la nuit fermante.
laisser entror Y
ostre Majesté il m'y fi\u-
Emmanuel quittait le Val d'Aoste et passait les Alpes. Il y avait tantôt deux mois que ce prince avait, suivant sps propres expressions, mis les hottci^ pour monfrr à cheval et vityder cepaïs (les Espa<j)wls qui y tenaient garnison en s'y permettant mille excès ^ Le 9, une seinaine avant le terirîc lixé pour la reddition de Montmédian, Brandis »;ul l'iiidignilé de livrer à Sully la î.^nrde d'une jxjrlc de Fa eitadelle et de permettre qu'on y installât ( !ré(jui comme ^mnverneur. Le ii, des frnx allunu's sur les cimes des Al])es, dt^puis le Cormet de lloselyn et Montvalezan-sur-Séez jusqu'à Nàves, Randens et Bonvillaret, apprirent aux habitants de la vaîlce de Flsère que l'armée Idspano-piéraontaise entrait en 'larentaise. Lesdi^ières, qui occupait Moûtiers, avait Tordre d'amtiser Ven* nemt, sans risquer d'engagements sérieux, parce qu'on ne aoit pas se battre contre des désespérés. L'armée de secours, qui ne comptait que 1,000 Savoyens et 2,000 Yaldôtains sur 2^,512 combattants, ne rencontra point sur la route les sympathies qu'espérait le duc ; seul, il eût mieux réussi; mal accompagné, il ne fut pas secondé par les Tarins. Les français gardaient le pas du Saix ; ils laissèrent le prince installer à Villette son quartier-général, puis l'abordèrent de flanc et de front par des précipices à pic, et lui firent éprouver des pertes sensibles, sans pouvoir le déloger. Une neige épaisse rendit bientôt tout combat impossible et ferma la vallée de Saint-Maxime,
« Vofram PREUVES. DocaiDent8n«GXXXVIIUGXL,tnM8
lettres inédiles du duc, rc]atiyes à la ntnation des ValdôtaiM pendant l'invasion do la Savoie par Henri IV, tLma méliaft» méats dont les comblait Charies-Ëminanuel.
Km ^4 —
les cols d'Arèches, de la Louso el du Dormet, mieux que n'aurait pu le faire Lesdiguières. Dès que le temps s'éclaircit (15 janvier 1601), le duC) informe de la capitulation de Brandis, reprit en toute hâte la route d'Aoste.
Henri IV Tenait de rencontrer, à Ghambéry, le cardinal Aldobrandini qu'il emmena à Lyon. Ce diplomate avait i)our mission d'écarter, à tout prix, les Français de lltalie. Le maria{[e du roi allait se conclure ; Marie de Médicis s'endbarquait à livoume ; il fallait obtenir l'échange de Saluées avant que Talliance florentine ne vînt ofirir aux Français de nouveaux motifs d'intervention dans la Péninsule* Les plénipotentiaires du duc de Savoie rei>renaient un à un les arguments de 4599, ce qui contrariait la politique romaine ; les conférences, avortées à (llianjliéry, se rouvrirent à Lyon où M. d'ArcoiUiai l 'I René de Luciiige suivirent Aldobraiitliai. Celui-ci, décidé à sacrilier le duc, insistait pour Téchangede Saluées contre la Bresse; les Savoy eus opinaient pour la simple restitution du j\îarqujsat. Les capitulations successives du fort de Sainte-Catherine * et de celui des Allinges, suivies de l'inutiie diversion du Saint-Bernard, ruinaient 1 ime après l'autre
* Lucinge, rokvt^ dn son commnndetiicnl par le duc [ il monrut en 1629, aictievèque do I^icosie), y fut remplacé par son lieutenant, Pierro Charue, qoi capitula, le 6 décembre 1600, ponr le eas où il do serait pas aecouru avaot le 16. A peine la garnison piémontaîf^c out-cllo dvacur If fort, que les Genevois l'y ruèrent, sous les yeux des français ravis, avec ttne telle furie quà peine pouvait-on dire le Undemain : icy fut le fort di h Catherine (J. de Serre. HeeueU det thons mémorobkss etc.) Ce manquement à la promesse du roi de ne rien démolir pendent les conférences faillit tout rompromettre ; Henri s'en lira par un bon mot< et Genève iUumina huit jours de suite.
les dernières chances du duc Charles que raillaient aujourd'hui ses obligés de Paris
M. de Bouvens tenait seul à Bourg ; sa position était désespérée ; le Légat comprit que sa capitulation imminente donnerait aux exigences du roi une force irrésistible et qu'il fallait tout brusquer. Le 8 janvier 1601, le duc prescrit à ses ministres de signer la paix sans nul retardement ; le il , il le leur interdit ; le 12, il autorise Lucin^e à accepter Téchange, le 13, d'Arconnat à offrir la restitution ; le 14, veille du jour où il lève le camp de Villeite, il leur
Erescrit de s entendre au préalable avec Tamassadeur d'Espi^^^iic^ ^ Le 16, à l'issue d'une séance orageuse, Sully prit à part le Légat et lui confia, sous le sceau du secret, que l'armée royale n'attendait que la rupture des conférences pour passer le Mont-Cenis ; la terreur d'un retour offensif des Français en Piémont coupa court aux hésitations du cardinal ; il déclare aux ministres savoyens <^u'il a pleins pouvoirs, s'engage par serment à iaire ratifier le traité, et oTbtient leur signature pour V échange du Marquisat, le 17 janvier. Cet expédient singulier jeta le duc dans une sorte de rage; il fut vingt fois au irunnent de tout rompre, et manda près de lui les faiseurs de paix, mxxrlés traiter suivant leurs^mérites^, M. deéouvens, à cpii
' En ICOl, îiprès l'aclicit Jo Monliiiélian, on frappe à Paris la réplique Ue la médaille du Marquisat eu 1588, avec la devise : Opportuniùs.
* Archives de cour ù Turin (Pièces diplomatiques ; — tn#* tractions aux ambassadeur s. J — Le mariage d'Henri IV et de la fille des Médieis avait été célébrr^ à Lyon, le 9 novembre 1600. M. d(; Roncas et le chancelier P.clli sN'laical fait illusiou sur la sincéritt' des engagements de rEspaguc.
3 Guit'henou a monté avec finesse les complicalious do ce§
l'on lit savoir In \)v voulut l icu eut(îiuire
jus(|n'n ce qu'un biJlel <lucal Teiit déchargé de sa iriissioî! : il itljair^sa le pont de la citadelle de Bourg, le U niai-s ; Us csloimt à la veille de se manger les uns les autres^ après tard de pilai" nés besles.
Le préambule du traité de Lyon , dans sa forme dédaigneuse, ne permettait aucun doute sur les dispositions d'Henri IV; les clauses de cet instrument diplomatique , dans leur netteté, ne laissaient point ouverture à ces chicanes italiennes, dont on avait fait la déplorable expérience de 1563 à 4574.
c S. M. iiu linant au (li'sii' SaSaiiitelé, désiraiil esparçnerle suny humain el vivre enaniitir avec ses voisins, même uver le seigneur duc, pour la moximité qui
estenlrc eux; cU* Le duc cède au roi les provinces
de Bresse, Bugey \ Valromey, et la baronniedeGex*; tout le cours du Rhône depuis la sortie de Genève et, en Savoie, sur la rive gauche, les villages et juridictions d'Aire, Chaussy, Avully, Ponld'Arlod, Seyssel, Ghana», la Balme de Piènre-Ghàte), afin do eonsen*er à la France
conférenrcM fSavoie. II. 778); mais il fauf se reporlor aux documents iHploniatiques pour opprfVior ro que dut f lre la situation fausse des deux sa voyons enlre la duplicité de Turin et la perfidie de Madrid. Consulter surtout les Mémoires (inédits) de Lucingc ssur ta négociatiùm de Lifon (une copie & JMontpellier, une aulro à Turin).
* On débattit longl' Mips la question de n nîr si le petit Bugey. entre la cime Uu Munt-du-(>hat et je liuiers (mandements de Saint-Gcnix, d'Ycnne, do I.oisicux et d'Entrr mont; — bailliage de Novalaise) qui avait de tout temps défendu du Bugey pour la justice et la religion. sui\;<i( le sort de la rive droite du Rbôno.(Guiciienon. Savoie, il. 781.)
* Pour maintenir pins siVpment la Bresse sous la main dn roi et l'assimiler plus rapidement , on Jo réunit à la Boureo- ^ne ; puis, dans le bnt de so'usirâire la prbvinc^ à certam^^ influences, on la fit ressortir à lii cour (tes Aidés de PàHs, ifa lien de la comprendre dans la CTëAéraUté delyon.
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les gués et plissages (jusque-là, le fleuve avait appartenu à chaque merain, par moitié, dans tout son cours). Cependant, le duc conserve le pont de Grésiu, sous le canon du fort de TEcluse, el les paroisses de Léa, Lancran, Chézery, Maigrccoinbes le long de la montagne dite le Grand-Cresl-d'Os, roule pour aller en Bourj^ogne; il lui est interdit d'ctalilir lo îonp^ du nouve dos pf''ji«ies ou des redoutes, «-i il paiera ( eut niilliî r.rus. Kii rctoiu' de cette cessiou, le roi fait abandon au du( du Maripiisat de Saluées avec les pinces de Cenlal, Déiuuul, Roques paiviôres, et restitue Iùus les lieux occupés depuis 1588, à la condition que le duc évacuera Gliàleau-Daupliin et fera sauler les l edoutes de Bèchc-Daupliin »
Comme tous les traités de surprise, celui de Lyon ne sailsiil persoime : Les Italiens blârnorc nt la désertion de la France; on railla le duc d! avoir échangé ses gentilshommes bressans contre moitié moins de paysans piémoniais, ét l'on accusa le roi d'avoir fait un marché de juif. En Savoie, le traité de I .yon produisit la môme impression douloureuse*^ dont avait souffert la France en 1559 et en 157}. Le patriotisme a plus de sensibilité que de logique , et la cession d'une province équivaut, pour un peuple, à l'amputation d*un membre. La séparation des
Erovinces d'outre-Rhône complétait le démemremenl fatul iuaumu'é par la séparation de Genève en 1530. La Savoie n'exislait plus ; d'Etat souverain, olI»' lorabait. à la condition vulgaire de simple dé[)cndance du Piémont. Adieu les rêves de Joly dWllery, d<; Charles de Uochette et de Chabod de Jacob! La pré-
* Perpéiuilé de lu tradition qui assurait aux Allobro^es le libre passHge du fleave et la possessioD de territoires sur sa rire droite. Voir les CammttUmrti de César el IwÀxnales de Tseîte.
* Recueil officiel des Trtdtét fubUa» Tome I, page 194.
diction de René de Luciiige se réalisait ; pays . ouvert i Tinvasion^ rétréci sur toutes ses frontières, la Savoie n'avait plus pour destinée que de servir de gage à chaque rupture ou d'appoint à chaque partage. Quant aux provinces annexées, elles so rattachèrent sans arrièrepensée à la Franco -, épuisées par vingt années de misère et cVangoisses, elles avaient hâte créchapper aux avonturcs et de vivre en paix.
L état de la France, après le traité de Lyon, peut seul faire comprendre le rôle de la Savoie et la politique de ses princes, même dans ce qui est relatif à riiistoire essentiellement loca- IC;, c est à dire au^: habitudes religieuses, administrativos et sociales. Les Ligueurs du l^aris, les ministres espagnols, les cardinaux italiens, croyaient avoir en Savoie, dans leurs mains, un peuple aussi fanati(|ne (jireux-niemcs, aussi ardent à la guerre sainte; ninis il n*en possédaient que le prince. Cette erreur de jugement fit dévier la politique. Les quarante années de guerre qui venaient de désoler le royaume, avaient enfanté des soldats heureux, des seigneurs impatients, aussi dangereux que les services qu'ils avaient rendus. La cour de Madrid exploitait ces dispositions' auprès de l'ambition du duc de Bouillon^ des lâches complaisances du comte d* Auvergne, de !a grossière vanité du maréchal de Ihron. Ce dernier, deux fois surpris en flagrant délit de trahison, fut enfin livre à la justice du Parlement (juillet 1602). L'Espagne, et surtout le duc de Savoie, perdaient avec Biron le seul point d*ap-
« Voir k lettre écrite par Henri IV à M. de Sillerf ]e 14 août 1600 (leiire$ vndditÊS. Paris. 1800).
pui sérieux Œu|ils eussent conservé en France. Lorsque Philippe III et Charles-Emmanuel
écrivirent à Henri IV pour le féliciter de la découverte de cet audacieux complot, le roi lU répondre qio'il leur en savoit cVauianl plus de fjréqxCil connaissoit tou te la part qu'ils avoieni prise à ces madiinations.
Le duc Charles et le cou île de Fuentès ne se tinrent pas pour battus. Les documents originaux démontrent que, jusqu'en 1610, le duc de Savoie ne cessa de comploter le démembrement du royaume ; même après le traité de Brusol, il demeura enchaîné à cette dévorante chimère, eo user vaut pour proî^ramme illusoire la lettre mi'il avait écrite de Chambéry, le <S mars 1580, an roi «VEsoî^t^ne Le maintien de la paix.euio[)(M'jui(j , en \^)i)2, dépendait de 1r France, dont l'îiliitude énergique et la politique conciliante taisaient hésiter la coalition austro-espagnole. Il fallait qu un coup inattendu rejetât l'Europe dans le chaos en forçant Hemi IV à sortir de la défensive; à la faveur d'une guerre générale, tout devenait possible.
Dans l'attente de la prise d'armes de Biron, le 'duc de Savoie n'avait pas licencié ses troupes ;les Espagnols entretenaient en Lombardie, sans nécessité apparente, des forces considérables; tout était prêt. La mort de Biron ne fit
âu'ajourner l'occasion;, au lieu d'entrer en ourgogne ou d'attaquer Lyon, on résolut d'enlever Genève.
Ici, la plupart des historiens ont obéi à leurs pi opres inspirations plutôt qu'à l'exacte vérité.
* Pabliée dans les Mémoires du duc de Nevcrs. Edition de 1665. Tome I, pige 847.
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Les éciiviiuiS protestants attribuent au pape la prénic(iitalioii exclusive de l'entreprise et un rôle actif dans son exéculion; les écrivains de Savoie, en particulier le marquis Costa, représentent les Savoyens comme ayant apporté dans ce coup de main la pamon d'une entre-prke nationale. Injustice d'un côté, erreur de l'autre. Ce fut, avant tout, un acte désespéré de Fambitieux Charles*Emmanuel obéissant aux suggestions de l'Espagne. La combinaison des* alhances et le mouvement de l'opinion publique étaient tels^ en 1602, que la Maison d'Autriche restait l'umque appui du Catholicisme, tandis qu'Henri I v était devenu le seul espoir de la liberté de conscience dans le midi de l'Europe et de la liberté politique dans le nord. Lutte contre les petits-IUs de Charles-Quint, maîtres dn tiers du monde et protecteurs de Home, c'était accepter les principes de la ivélDuiinlioii ; Henri IV hésitait. En brusquant l as^aut de Genève, on le forçait à prendre parti, et les alliances se dessinaient nettement. Philippe' fil laissait régner le duc de Lerme; ( laide i une, ràme damnée de Sandoval, gouvernait en son nom, et Fuentès duigeait a son rnprice les fantaisies politiques de Caldeione. Fuentès, fort ambitieux lui-même, ne jetait son atni Charles de Savoie sur terre de France que
Ï)our se préparer à Taise un trône italien, Mian ou Naples. Charles-Emmanuel, pour sa part, n'avait point cessé de considérer Tieiiève commc^ une ville nsnrpée par la rébellion; ses engagements de 15H0, à Nyon, de 1508, à Hermance, n'étalent, à ses yeux, que des nécessilôs de position; les arguties de Févêque Alardet en 1500, du président MiUiet en 1508, de
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Cliaries de Rochette en i590, restaient au sein du conseil et dans la mémoire du prince comme ces projets qu'on ajourne pour en mieux caresser l'espoir. C'est à Genève que le duc comptait déchirer In traité de Lyon.
Ces idées n ('itaieiiL donc point nouvelles, et le cabinet d(^ Atadrid, rappelant les anciennes promesses de Rome et la ])rotection intéressée dont la France couvrait Genève', ne né^ïlifrea rien pour surexciter la fiévreuse impatience du duc Ciiarles. Les correspondances diplomaticpies (it ]cs Archives de Turin ne laissent plus de doutes sur les vrais motifs de l'attaque et le parti f(u'il fallait en tirer '. On reprit et l'on étudia tous les projets d(» surprise imat,ànés sous le règne de Cliaries 111; les aventuriers qui tàtaient le terrain depuis vinjjt ans lièrent des amitiés dans la ville, et le cabinetde Turin fut assailli de propositions^. Cette vaste conspiration ne resta pas seiu'ète. Dès le mois d'août 1598, au lendemain de; la sii^nature de la paix *, M. de Tbthéon, ambassadeur d'Henri IV, avait apporté aux syndics de Cienève une lettre de ce prince qui contenait ces mots significatifs :
' « Ce qui importe à la vilicUe Genève imporloil au^sy à la pouronne de Fra .icc, non pour affection qu'on porfast i cesto ville dont rhërésie est contagioaso, mais parce que c'ciftoil le
snni pnssap:c que la France cust pour faire venir les Suisses s'il s"eii présputoit occasion f Lettres dn cardinal d'Ossat, — An roi ; de Home, le 18 jaiivicr 1601. — livre vu, 554.)
^ AU.TrKl N. /l/fflfm- de Gencie,fMazzoXX\. prima parle.j
^ Luco citato.yiém.ct Ilapp.des agents secrets, de 1598 a 1603.
* Genève était conipriâe dans le traité de Vêrvins in globo parmi les alliés des Ligiteft suisses; mais le marquis de luUin , le cordinn! SMobrandlni et ranibassn l nir i'Espagne avaient insisté pour t\\ni son norri n'y fût point ér'rit. ( Arrh. de cour. — Me maire au Pa^ie. Aili, itarie \\\*, Ma::;if) v.
« Vous sçavez quel dessein a le duc de Savove duquel il ne démordra jamais, quoy que il dissimule, ayant longtemps jà dévoré votre liberté en espérance. »
En août 1601 , le cardinal d'Ossat, de la part du roi, sollicite le pape d'admonester le due de Savoie sur les mauvais traitements que ce prince et ses ministres préparent à ceux de Genève. En octobre, Lesdiguières en avertit les syndics'; François de Sales ne faisait pas mystère des opinions dont il subissait l'influence et s'était exprimé, sur la conduite qu'il était urgent de tenir, dans un mémoire resté célèbre :
€ Genève est devenue la sentine et Tégoût des embrasements et des rapines, l'asile des hommes les plus pen'ers et les plus criminels de l'Europe : elle est 1 origine de tous les malheurs qui ont affligé jusqu'à présent la France et la Savoie...... Quant aux procédés qui regardent parlK uliri^'uient Ijf flr'-'lr>'r(in)( de Ijenève, V. A. a en main plus d'expédiciiis que jr un saurois penser ; et ce n'est m de mon gibier ni de mon humeur )»
Le P. Chérubin, chef influent des missions des capucins en Savoie, venait d'obtenir du
pape de célébrer à Thonon un jubilé solennel, au mois de mai 1602, en action de grâces delà conversion duGhablais. Toutes les populations, à quarante lieues à la ronde, y prirent part ; quantité de Genevois s'y rendirent par curiosité''*, il y eut, pendant plusieurs semaines, beaucoup d'agitation, de voyageurs et d'étran-
* Registres du Cùiisoii de Genève, — 11 octobre IGOl.
- Œuvres de saint François de Sales. Edition de Didot. 1821. tome XIY. pages 57 et 79. (Mémoire au duc, en son conseil, en décembre 1596.) — Voir chapitre VU.
* Regiiires dn eonseil ; 4 jnin IS&i.
gers dans toute la région du lac ' . Les écrivains protestants , soit qu'ils aient ignoré le sens exact des cérémonies du jubilé, soit ^u^ils aient voulu croire que les vœux mystioues cachaient un serment atroce, ont considéré le bref de Paul V et l'agrégation des pèlelins à la coufi'éiie ihj Notre-Dame de Compassion coiiiiiie les preuves irrécusables du complot couLre Genève ^ Los gens prévenus donnent aux faits les pins simples des proportions étrnî!cres et imaginent après « onp des rapprociiemeiiLb souvent aventurés. Il est. possible qu'on se tlattàt de ri.mdre la rut i version de Genève plus prompte et de simplifier sa
* Le jubilé dura du 12 ra.ii au 15 juillet. Il vint à Thonon plus de cent mille pèlerins des provinces voisines. Plus de 180 processions ne craignirent pas de traverser la ville de Genive €t à*y loger, avec Ta permission des magistrats ; les nues étaient de 500, les autres de 1,000 et jusqu'à 3,000 personnes de tout sexe. Entre relies qui passèrent par Gencve, celle de iNaDîua se présenta avec la croix à la porte de la ville, à laauelle on fit insuite ; maiâ le magistrat, en ayant eu avis, ordonna qu'on la laissât passer moyennant qu'on eonvrtt la croix et les autres marques plus apparentes delà religion catholique. Celle (le Boîlpy y passa aussi et donna 'ios m;!rqnes d'une grande dévotiou. Celle dti 3Iontluel en Bresse entra dans la ville le crucifix découvert, et on ne lui fit aucun déplaisir que de l'obliger à le couvrir et à le porter baissé. La procession de Saint- Claude entra avec 000 pénitents on habits bbncs, le cierge à la main, suivis de soixante pr^iros en chape portant des calices et reliquaires, suivis de la noblesse et d'une foule de peuple, chantant les litanies. On leur accorda le passage parla Tille et le logement, ù la condition qu'on voilerait croix et bannières et qu'on ne chanterait priint. llist. des missions dpr, Capucins de Savoie d'après les- mss. de 1057 et 1680 — Chanibiiry. 1867. — page 97.) Ce récit est d'accord avec les registres du Conseil de Genève; voir notamment les délibérations des 13 avril , 18 mai et 35 juin 1603.
* MeleMor Goldast (Salustii, etc.. Carolus-Àllobrox. 1603}. r.aherel fHist. de Vl-qlise de Genrce. II. 475), et les récitations de l'abbé de Baudry (1652) et de l'abbé Fleary (1604).
conquête en Venveioppaiit des manifestationd passionoées du culte catholique ; mais û ne faut pas toujours rendre la religion complice de la politique. Charles-Emmanuel s'est beaucoup plus servi du clergé qu'il n*en a suivi les inspirations ; un historien fort impartial résume ainsi les résultats pratiques du jubilé au point de vue temporel :
« Le duc résolut de profiter de celte circonstance uour faire passer, suus prétexte de dévotion, dans le Faucî}i:iiy et le Chablais, un grand nombre de soldats
d'une fidélilé éprouvée, auxquels ou ordonna de se rendre individuellement dans les différentes villes qu'on leur indifjua, et d'y paraître uniquement occupés des solennités relii-ieuses, en aUendant les ordres que leur ferait passer M. de liernolière, gouverneur de Bonne ' .»
Le lieutenant du duc en Savoie, d'Albigny", inarcjuis de Pianezze,cnnUnuait de tenir les Genevois eu haleine poui' les lasser })ar de continuelles alertes ^ Vers le milieu de Tété de 1602, craignant qu'Us ne pussent une garnison ber-
' Comte de Suluces. Hisf. milit. \\\ ch. XXXll. 47. Ce» officier, que les Genevois appellent tirunanlieu, et dont le vrai nom i>artiU être Brignolet, était un Picard, lieutenant au régiment do la val d'Isère ; il avait imaginé un plan d'csca lad dont l'audacieuse simpliril"- ^ i iisit le dur. Des aventuriers de tous pays se concentrent à Thonon, à La Koclm. à Saint-Julicti. à ikiuuc ; quelques capitaines vinrent de lorl loin puur ue pas manquer ce coup de fortune. D'AtUgnae partit en poste de Parie pour se trouver è resealade.
< Charles de Simiane d*ÀIbi|fny .seigneur des Gordes, Dauphinois qui , de chef de la Ligue qu'il était en 1588, s'était donné au diic^ de S^ivoicef se monira dès lor» mauvais Fran"
çoys, (Le Duchat. Mémoires.)
' Complot du bastion du Pin , conspiration Ju capitaine Abraham» tentative de M. de Biouay. machine iiiteraole de don Julio, etc. TURIN, Affaires de Qeni vc. Ma.ixo XIX.}
noise S II so^eva quelques diffîciilié8 .de détail au sujet de Tachât des blés et de la possession des villages do Thonex, Valeii y, etc; afin d'engager une négociation qui lui permit d'envoyer à Genève des agents sûrs et de s'entendre avec le syndic Blonoel qui était dans les intérêts du prince*. Charles de Rochette, président au Sénat, chargé de régler à Famiable tous ces différends, lit punir sévèrement les moindres désordres, ailecta envers la ville les soins les plus empressés, et, soit qu'il fut sinc^'re, soit qu'il Ht boa marché de sa conscience, réussit à calmer les inquiétudes des magistrats. « Si nous mettons en regard les faits et les paroles, S. A. nous ménage force traîtrises, disaient les syndics.- - Que je sois damné, s'écria M. de Rochcttc, que la colère des saints et saintes du paradis tombe sur moi et ma famille si je ne dis la vérité! Mgr le duc veut la franche paix et vous V aurez comme il la veut ! »
Dans les premiers jours de décembre, tout est prêt. Le duc Charles ])asse incognito le Mont-Cenis, traverse la Savoie et se cache à Saint-Julien. L'année de d'Albigny, iorte d environ quatre mille honnnes, se composnit de Napolitains, d'Espagnols, de Piémontais , de vieux Li<jfueurs réfugiés, et de quelques gentilshommes de Savoie Les chefs étaient le
' Le Sômars 1002, s vndics écrivaient à Borne : c Continuez-nous votre loyale uirocfion, car il y a grande opparenre que ce jubilé de Thonoii ne serve à l'entreprise; ils employéroBt pour ce bat la levée faite en Milanais , pour laquelle ils disposent dëj&lenrB étapes. » (Irchives 4« Berne.)
* Arch. de Berne. Àff. de Gmhe» — Hif^ tnilU. III. 47.
' Le régiment du baron de la val d'Isère k Bonne ; la compagnie des gardes de d'Albigny ù l.a Roebe avec mille Espa-
Picard Brignolet, le jésuite écossais Âlexander, le PiémontaisSémori', le Bressan d'Attignac*, le Provençal Donat de Trez, les Dauphinois de Galiffet, de Bernardy, de Goncière ; les deux seuls Savoyens qui prirent part à l'escalade furent Jacques de Ghaffardon et François de Sonnaz^ Ils choisirent trois cents soldats d'élite, résolus, bien armés, munis de pétards, de claies, d'échelles à coulisses, et que Ton fit communier au départ; sage calcul, car nul ne fait volontiers le sacrifice de sa vie s'il n'a au cœur une passion, que ce soit religion, fanatisme ou uberté.
Dans la nuit du 11 au 12 décembre 1602 % nuit noire, sans neige, mais froide et brumeuse, les hommes de l'escalade traversent le village d'Etrembières d'où un petit groupe de cavaliers ' semble étudier la route, les bruits vagues de Tombre, et les lumières do Genève qui s'étei-
guols; iOO iS'dpolitûius et 500 cavdliei.s à Buiiaeviliu ; 4,000 Piémontais dans les villages, depuis Thonoo jasqa'à Seyssel (Turin : Arehith militare det teeolo XYII,}
* Sémori avait inventé des échelles ingénieuses ; peintes en
noir, s'eniboilant les unes dans Ici autrey, munies à leur sommet de roulettes recouvertes de drap pour glisser silcn' ieusenicnl le long des muruillcs, ces échelles solides et légères furent mystériensement apporti^es de Turin. On les conserve à Tarsenal de Genève.
- Pierre de Rovorc^e, soijçneur d'Atlignac» maislro de camp d'infanteiie du dur de S;ivoic, avait été le second de don Pliilippin dans son duel avec (Jréquy.
^ Registres du Conseil de (ienèvc (13 décembre 1602. — Liste des prisonniers de la nuit;.
' Le calendrier f^rëgorien, qui date do 158-2, ne fut adopté oKiciellenient à Genève qu'en 1701, dunl le preoûiier jour compta pour le 12 janvier ; le véritable anniversaire do l'escalade est le 23 décembre, t'évéque Cl. deOranierétaitmortle lOseptembre; saint François fut sacré à Tborens, sans éclat, le 8 décembre^
gnent Tune après Fautre. Vers minuit, Brîgnolet arrive sous les murs de la ville, entre la porte de la Monnoie et le boulevard de TOye, devant la plaine dePlain-Palais. M. de Sonnaz monte le premier ; Tescalade réussit; d'AIblgny prévenu aonne aux troupes le signal de mar* cher en avant, et le duc, certain du succès, dépêche aussitôt les courriers chargés d'annoncer à Rome, à Madrid, à Paris, la prise de Genève'. Mais Brignolet, à l'heure décisive, manque d'audace et de coup-d'œil ; il hésite à descendre dans les rues de cette ville endormie, et laisse ses hommes blottis, doux heures dui^ant, dans les angles dos tours. Surpris par une ronde de bourgeois avant que le pétard n'ait enfoncé les portes, ils luttent en désespérés coiilro un ])ouple do liéros en chemises, armés d'outils, do marteaux, di» pertuisanes, et succombent sous le nombre, grâce à l'inertie^ des troupes régulières que le comte d'Albigny n'ose pas lancer à l'assaut, i.e duc s'enfuit
* Les conlciuporuius utliiiucul (|uc, daus la certitude du succès, et arec rinleatioD arrêtée de faire de Genève sa capitale, le duc avait déjà loué des mariniers de Nice et de Gènes- pour la flotte du Léman, destinée à attaquer Nyon. Versoir, Laumnvo fArrh. de cour. lUst. manusc. du P. Lama). On chargea .1 i umi, le 11 décembre 1002 (vieux style) soixante quintaux de cierges do cire blanciie (payé 309 ducatons et 13 florint en plus pour lesilits flambeaux de Genève), dit le trésorier Emm. Dyan (Arch. do In Ch. des comptes. — Rouleau CCXCVI.) à destinatioQ de Gcnévo. Et l'on a la preuve que tout le clergé de Savoie y était convoqué pour célébrer les fêtes de Noël dans la collégiale de Saint-Pierre.
* « Tant que l'opiiiioii dura que ceux des écbelles esloient maistres de la ville, les Espagnols faisoient rage de rrir^r : Vire Efpagiir ' ViUe gagnée! en sonnant la jo'io. Mais, quanti on les pnu d ailur au secours, le ne^ leur saigna ; ils dirent quê leur grondeur ne cmporioit pas d'entrer autrement que par la porte. » (Lettre de du Fresoe. 1& janvier 1603.}
à franc éirier, couvert de coiiCus'kmi, hb laissant ponr adieu ;'i (l'Albigny qii\iii mot grossier, ot pah un [K)ur les braves fjiril vient de
perdre. Cinquante quatre soliiats ou nobles avaient été tués ; oîize furent pris sur le lieu diT combat^ trois autres dans les maisons on ils s'étaient réfugiés; la plupart blessés ^ Les (ienevois perdirent dix-sept hommes. Le conseil d'Etat, cédant trop vite à rindignation populaii^e, ne saisit pas cette occasion de répondre aux assassinats de 1572 ot aux massacres de Ternier, de Bonne, de Gex, d'Annemasse (4590 à 1507), par un sublime pardon ; la victoire fut souUlce. Des bruits de trahison et de sinistres rumeurs firent craindre aux magistrats qu'on ne massacrât les prisonniers et
2u*on ne saisit les suspects ^ Chaffardon et 'Attignac, mis a la torture, n'avouèrent rien ; mais on allait criant par les rues que le duc avait promis à ses soldats de leur livrer la ville pejidaut deux jours, et, après une procédure sommaire, le syndic, Dominique Ghabrey, lut la sentence qui condamnait les treize * à être pendus. Les historiens de !a Savoie et du Piémont ont taxé l'arrêt du Conseil d'aU entai for-
* Brignolet se lil tuer de désespoir.
* <: Comment se fail-il qu'estant bieu adveriis de toutes ftarit
ef le soir mesme par erprès, on n'avoit pris aucune précaution et que, sans la misérirordn do Dieu, nous estions perdus? (Re-
Sistres du Conseil. 13 et 14 décembre 1602.) — L'entreprise que \, Àlbigny tenta sur Geoàve doq «ois après le jubilé . qui émit été projetée avec tant de jugement, ménâgéo a?ee un si grand secret et si hnorensement commencée, échoua par une disposition qui nous est inconnue. » ()}i$s. des Copucins./ôtct.^
' î.a lisîc porte 1 \ prisonniers, il n'y eut quo 13 exécutions; $an$ doute l'un d'eux uourut de se:» blessures dans la inaUaée.
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mel contre le droit de la (juerve^ car Genève était en hostilités avec le duc '-, cl les <fevÂilshora' mes ne s'étaient rendus que sous la promesse d'être traités comme prisonniers de f pierre^.
Mais le duc lui-niArno avait admis Fétat de paix entre la Savui*' ri Genùve, conformément a l'art. 32 du traité de Vervins et à Tart. '24 du traité de Lyon, dans sa dépêche du 7 septembre 1(301 aux villes de Berne, Zurich, Bàle et SchaiTouse ; et le président de Ivncliette Tavait juré, en son nom, sur son salut éternel ^
î.e récit bref, ému, de l'escalade, écrit le 12 décembre, à huit heures du matin, par le secrétaire d'Etat-', est incomplet comme toutes les narrations do témoins oculaires qui négligent rensembio ])our insister sur ce qu'ils ont vu ou fait. Les détails de rexécution y peu
< Marquis Costa, ifémoires hittoriguet, II. 125.
* Comte de Saluées. Hist, miUiaire, III. 60.
> L'abbé Frézet. Hi$t, de la Maison de Savoie, II. 495.
* GuieheBon affirme qu'Attignar. Sonnai et Chaffardon furent
cruellemeiif e^lrancflcs. quoi qu'ils eussent capituft' les armes à la main, s' entant rendus^ la lie sauve, à Canal, premier syndic. fUistoire généalogique, III 301. Edit. de Turin, rna.) Par malheur pour la version do Gutchenon, le vieux svndic Canal avait été taé l'un des premiers. Les conseillers Bndé de Véraoe et Fabri promirent <;8n'« droit il pst vrai, la vie à Sonnaz et à d'Attignac; le» autres se rendirent à discrélion. M. de Vérace, désolé de n'avoir pu sauver M. de Sonnaz, se démit de ses emplois et passa le reste de sa vie hors des aflTaires. M. Fabri insii^ta pour qu'on no (îoniiAt pas In qupstion, dît Lrti. — La légalité de l'arr»'? est indiscutabit.» ; mais le Conseil eut tort de livrer à la torture ces martyrs d'une méchante cause; il eut tort de ne pas laisser au moins une nuit entre le combat ot le supplice ; il manqua de sens politique en frappant indistinctement les Savoyens et les étrangers, et de courage en cédant à r<^meutt\
^ Ptiblië puur la |<rertlière fois, le 12 décembre 1867, par M. Gaberel (in-39 o\iC\îtien avec bois, raiîssime}.
connus , font honneur à MM. de Somiaz et d(; Chaffardon ; je les transcris sur un document original'; c*est une page que la Savoie doit être fière d'ajouter à ses souvenirs de chevaleresque fidélité. Les vertus politiques sont toutes de relation ; le traître de l'un est le héros de Fautre; mais Timpartiale histoire applaudit à quiconque sut bien mourir conune à quiconque sut bien vivre.
ï Sonas avoit eu la jambo cassôf; dans In mesléc ; il fut poi1/' dans une chaist^. 11 cstoil résolu, parlait peu et reco^uoissoit le péril oùDall)ii;iiy les avoit meschaniment eutrainés. ChaiVardon os! 'it de petite taille, cheveux rouges, et donnoit du cuura<j;e à ses compapnoiis d'infortune. Dattignac, homme de haute stature, hurloit, voyant qu*il falloit mourir. Les autres estoient conduits attachés deux à deux. Lorsqull eurent esté introduits dans le Conseil, Ton posa la chaise où estoit Sonas, les autres à genoux. Sonas requit qu'il lui fut permis de disposer sommairement de ses biens à ses sept enfans, ce qui luy fut permis et escripl par le secrétaire d'Estat. CliafTardon fît aussy des dispositions à ses bastards. Ensuite M. le premier Syndic prononça leur sentence, savoir : que Messieurs ayant vu leurs procès, interrofrals et réponses, les ont jugés ronpables d'avoir attente uiw horrible et dainnaL'l" Irahisuii, punr épandre le sani; innocent de ceux qui ne denianduient que de vivre en paix, desquels ils n'avuient jamais reçu aucun déplaisir. Tellement qu'on ne pouvuit procéder contre eux comme gens de guerre, vu la paix qui avoit esté jurée et rejuiée par leur prince , mais comme voleurs de nuit et brigands, méritant tout au moins d*estre rompus par la roue. Toutesfois lesdits seigneurs voulant user de commisération et de bonté les condamnent tous d'estre menés au prochain boulevart du lieu
' MaDusciil protestant de IGû'), des Archives de Genèvei dont quelques passages ont été publiés en 184ô*
proche dmiuel ils avoient commencé d'evécuter leur meurtrière etdanmable entreprise pour estt e là pendus et estranglés jusques à ce que la mort s ensuive, pour servir d'exemple à d'autres scélérats qui pareils cas atroces voudroient commettre et perpétrer dans les temps à venir. On leur octroya deux neures de l'horloge pour se préparer à la mort ; les treize se iamentoient fort en allant au supplice. Le gibet estoit dressé dans le boulevart de TOye contre le mur et soutenu de trois piliers. Le premier que l'on pendit fut Sonas qu'on leva par le milieu du corps, sa jambe rompue ne luy permettant pas de monter i'éclielle, et îe bourreau Tabazan luy passa la corde autoiir rlu col. Ensuite M. le pasteur Pinault fit la prière; après quoy Stmaz lut (étranglé; il avoil en sa teste un nonet de velours qn'^n luy avoit laissé après qu'on luy eust osté son casque. Chaffardon suivit courai^eusement, osia son i)onel de drap violet; M. le pa>leur Goularii lit la prière. Dallignac suivit, et comme on le jctoit au bas de l'échelle il cria au bour» reau : attends î aUmds t Puis suivirent cinq qui estoient jeunes , et un autre qui, un peu avant de monter Téchelle, récita le psaume LI, et comme M. le pasteur de LaFaye le luy interprétuit, il dit qu'il entenaoit bien le latin et, estant sur l'échelle, il dit qu'il louait Dieu de la grAce qu'il luy avoit faite de l'avoir amené à ce port salutaire pour reconnoislre ses faules, raril estoit coupable de tous les vices et nieschaiicetés <{u'ou puisse imaginer en un jeune homme. Ensuite Ton amena les quat f y derniers dans une charrette, plus ou moins blesséSf OUI furent aussy exécutés ; deux jours après, l'on osta les corps du gibet ' . »
La délivrance de Genève fut célébrée dans toute TEurope comme une défaite décisive de
* Rien ne justifie l'allégalion de LoM fSloria ginevrinaj, parlant de traitein«nl8 barbares exercés parla populucc. Le 13 dér^mbre, le Conseil décida que les corps seraient enterrés ; le Conseil des soixaDte révoqua oette déciaioiiï les 67 tôles des morts et des eiéeutës firent exposées sur les remparts, les corps . Jetés aa Rtidae.
• la politique austro-espagnole; Henri IV, apprenant de M. de Cliapeaurouge que les aventuriers saisis dans In ville avaient été jugés comme bandits, s'écria : Ccsi bien fait! si mon frère de Savoy e Vavoit prise, il ve rauroit pas gardée longtemps! Le lendemain di.^ l uscalade, la population se pressa dnns le temple de Saint- Pierre et y chanta le psaume CXXIV qu'on répéta depuis à chaque anniversaire ^ Jamais les Genevois n'ont accusé les Savoyens de cette surprise, et, à part les susceptibilités calculées de certain parti, nul en Savoie n'a pris le désastre de Biignolet pour une défaite nationale ^ Ce grand ckssein manqué fit pendant quelque temps V entretien de tùute l'Europe ^. L'impression fut partout la même; je n'en citerai d'autre preuve, de la part des diplomates, qu'une lettre du cardinal d'Ossat, alors ambassadeur de France à Rome, à M. de Villeroi :
« Du faict de Genève, dont vous veniez de recevoir le mémoire, je m*en esinerveîlleroîs <i r'cstoient d'autres que M. de Savoye et les Espagnols qui eussent fait l'en-
* Les fêtes commémoiativcs de i'£secilâde furent célébrées dans les rues ou renfermées dans le cercle des familles saîvant les terni». En 1754, après le trailé des limites, en . pendant roccupntiou des trois puissances, on snpprimn inutc fête extérieure; en 1785, par égard pour le roi de Sardoigne, on renonça aux sermons du 12 décembre. Rétablies en 179:i, supprimées en 1605» les fêtes publiques reparurent en 1830. eu 1847, 6D 1859* en 1807 et en 1868 avee un nouvel éclat.
* On rima plus de cent chansons sur TEscalade; la plus anrîf^nnocslle fameux chant du : Ce qu<^ laino Je maîlr ' de bataille (en 68 strophes^; la pius mordante est celle: Voz atro Genevaisans (de 1730 à I740j où le Savoyen a le beau rôle. La rime de ces ehaâsons railleuses popularisa le mol nott?eao de
* Vie de saint François de StUes^ par M arsolUer. Edit. de Didot. I. Bô&l,
Ireprisc, mais de reux-ry je no nrt'Miierv*;ill(îiav' jamais,
auelque chose qu'ils laissent contre la paix et contre le evoir de bons voisins. Cependant relie entreprise m'a fait penser qu'eux ne pouvant ignorer que le ruy ne leur laisseroit jouir paisiblement de leur usurpation, si elle leur fust réussie, ils pouvoient estre disposez à la guerre ouverte mais qu'ils vouloient pour Thonneur du monde <][ue le roy la leur commen^ast^ et pour une telle occasion. Les duc de Savoye et comte de Fucnlcs la désirent si follement qu'ils y constituent leur souverain bien, sans regarder à dommage, perte ny ruyne *. »
Heiiri IV, iuluiiaé de tous les détails, avait dit : C'est un meschant tour de M. de Savoye, qui croyoit qu'il n'apparf ient qu'aux courtauds de tenir la foy -. L<* vulgaire en jugea coimiie les princes; les iiiéinoires do Lestoiio contiennent cette mention piquante ' :
€ L'entreprise sur Genève faillie par le duc de Savoye resveiUa les plaintes des Francoys contre S. Â. et les Hespagttols; on en fit rouler plusieurs discours sur la presse contenant tes particularités de tout ce qui s'y passa avec le juste loyer des traîtres et conspirateurs. »
Si Ton pouvait metire en doute l'importance européenne de ce coînljal, livré par quelques centaines (rhonimes, à la clarté des toi'ches, sur les murs d'une petite ville des Alpes, il suffirait de lire les innombrables dépêches qu échangèrtvni à ce sujet tous les cabinets. Les deux impétueux courants qui se partagent et se disputent le monde se heurtaient contre son étroite enceinte avec la violence des flots
* Home. Tî janvier 1603. (Edition do Paris. 1627. — JJvre