‹ Histoire de la SavoieChapitre 14 sur 36 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

LK POIDS 1)K CKNQUAKTK A.N;5 DE UÈCLNK.

Um A 1631

J.a vie de riuiUiaDité est ainsi laite qu'il n'y u pas, en politique surtout, de successions longtemps vacantes. T. a perte de ces deux grands esprits, Antoine Favre, François de Sales, fut profondément sentie par le prince et par la nation ; mais la gravité des événements contemporains en atténua l'impression durable. D'autres acteurs, plus jeuaes et plus vigoureux, occupaient la scène du monde.

Richelieu, qui sacrifiait tout à Tunité du pouvoir, attaquait les Protestants à Tintérieur et les soutenait au dehors. Depuis roccupation de la Valteline et la convention de Suze \ le duc de Savoie ne devenait lui-même qu'une arme de guerre au service de la France contre TEspagnol ; cette situation parut intolérable à CSiarles-Emmanuel qui voulut brusquer Tattaque de

*' Richelieu entre au conseil oomme minbtre dirigeant , le avril 1634 ; la Valteltac est enTnhie le 18 mai; ki oonvention le 9axe est «gaée le 91 octobre.

Gênes , prix de son alliance ; Lesdiguiëres fit tout manquer par ses lenteurs calculées*. Il

avait pour mot d'ordre : empêcher les Espagnols d'écraser le duc et surtout le duc de prendre Gênes. On j^avait par expérience que la nécessité seule retiendrait le prince dans la coalition de 1023; Tambassadeur de Venise ne cessait de rappeler à (Iréqui combien peu il fallait compter sur le due, dè^^ qu'il était viclorieux; Cîiarles-Emmaiiiiel , consterné, s'aperçut avec douleur que la inéliance de ses alliés lui faisait perdre Toccasion sûre de rendre Tltalie aux Italiens. Déplorable condition de quiconque met rintérèt à la place du devoir.

Hector Milliet, successeur d'Antoine Favre en Savoie, dirigeait de Chambéry les missions diplomatiques de ses collègues. Le président Guillet de Monthoux négociait à Berne l'accès^ sion des Gantons protestants dans la coalition

' La campagne de 1625 se fit sur les deux versants des Apennins el dans la riviftre <i*^ H^nes ; elle eut été désastreuse «ans la solidité des troupes de Savoie auxquelles taules les relations contemporaines rendent jostice \ c'est à leur téte que Victor-Amédée» prince do Piémont, dégagea rarmée francopiémontaise nu ronibnt do Monestè; à Savorgnano le duc, malgré son Age, se jeta eu j^leiiio ni<''!ée comme un soldat de forlune el ne dut la vie qu au dévouement du secrétaire d'£tal Grotti, qui se fit taer en le conmnt de son corps. A La Versa, rescadron de Savoie, condoit par le baron d'Hermance sur les canons espagnols masqués par un bois, vouiuf attaquer par te côié le plus glorieux. c'e<;f~à dirt- i<:ir l'inaccessible, et, eoniuie ▼ingt ans plus tard Cuudc a. i iibuurg, perdit les deux tiers de 800 eifeetif dans cette folie héroïque. Au siège de Verrue, le marquis de Cillan sauva le régiment de Mauricnne par ses charges désespérées. — Lirt^ RohnrenXc fArchivio storico. IX) ^et Uouche {Hist. de Provence. X , chap. xvr), Corbeilini fStorie nUUtari^. Silbou (Mém» sur les dernières guerres d'italiej , et la rHaUon manuserite des Aieh. de cour sur k nég$ de Fsmif .

* Les doenmente attestent tons que, de 16S4 à 16S7, la France et la Stroie «lirait «De aetioii polilî^oA eomnime. En

Le sénateur Druyset courait de Neufchâtel à Soleure et de Lucerne à Fribourg, pour obtenir des Cantons catholiques que les passages du Jura et du Jorat fussent fermés aux troupes es-

Êagnoles*; en Italie, les colères de Charlesmmanuel, les confiscations elles supplices par lesquels il terriliait le Piénuont^, le rappel de Lesdiguières, la réduction de l'armée française, l'amitié dont Louis XIII donnait à Victor-Amédée des preuves sensibles, n'apportaient aucun espoir de paix. On apprit soudain la signature du traité de Mouçon (5 mars 1626) qui, gros d'équivoques % sacrifiait Venise et Charles-Emmanuel sans servir Richelieu. Le vieux duc se jeta sur Gênes, comme im lion irrité qui veut au moins une victime; le complot de Vachero avorte, Vescalade des Piérnontais échoue ^; les Génois tentent d'enlever Nice et Montalban par un coup de main ; le duc , à l'aide des galères royales de M. de Guise, attaque sans succès l'île de Corse; Tabbé Scaglia, clxassé de Paris par

Guillet reçoit Vordre de se cortformer à tout ce que hn mandera le maréchal de Bassompierre, ambass. de Frauce à Berne.

* SENAT. Armoire VI. Papiers en liasse ( Lettres et dépêches de 1634 à 1630).

* ÂR. IIURIN. RelaxUm» âdU raporesagUt del marehesato

* Les GrIsoDS restaient souverains dans la Valteline, sauf U

cas où les Valtelins se diraient ]ét>vs dans leur religion ; le pns^îrîgo était interdit, sauf le cas d'une guerre di^s Turos sur le Uanube. Un h Uil que liiclielieu avail poussé Fargis à celte entente imprévue avoe Olivarès (De Flassan. BisL de la Diplom. française), sauf à le démentir ; mais les documents publiés réceniment (Avenol. Corresp. de Richelieu, H. 90)t prouveni que le cardinal-miaislre fut le premier trahi.

* César Vachero, fils d'un gentilhomme de Sospello, (^tait le chef du parti populaire : Dreyss { Chron, univ. 55G } en fait à tort un marcliand. Gênes lût sauvée par Doria et les nobles (1637).

la haine de llidieUcn, lui recnilc dos ennemis à lia Haye et à Madrid; en mai 1628, il décide Chai les -Emmanuel à rompre. L'invasion du Montferrat fut un coup aussi hardi que Tinvasion de Saluées en 1588. Le duc comptait sur les guerres civiles de France ; son illusion fut courte. La capitulation de La Rochelle (30 octobre) permet au cardinal de concentrer toutes ses forces au pied des Alpes. Louis XIII frandût le mont Genèvre en plein hiver et, le 0 mars 4629, force, Tépée au poing,^ les barricades du Pas de Suze, brillante journée qui fit aux deux armées un égal honneur'.' La trêve du 11 fut suivie par le traité d'Aveiilane (20 mars); les Français évacuent le Piémont; le marquis Spinola et le comte de Colalte l'envahissent aussitôt avec 35,000 Plispano-Tudesques et s'eiforcent de séduire le duc plutôt que de le vaincre.

La peste s'était abattue sur l'Europe dans les derniers mois de 1628, et, pendant toute cette année 1629, elle fit en Italie, en France, en Savoie des ravages dont nos plus terribles épidémies contemporaines ne donnent au'une faible idée. L'incurie, l'ignorance, la lâcheté des vivants faisaient de celte contagion la terreur

• RicUelicu y risqua tout; ses soldats n'avaient que six coups à tirer; on se battit è l'arnie blanche. Le vieux duc, les poiv leurs do sa litière tués, faillit ùtre pris. Troi^ armées abordaient les Alpes: In roi ol It? cardiniil an rentre, droit sur Turin; le duc de Guise et lo maicclial d'K&;iréc$i par r<iice et le col do Tende ; l'ornuîc de Lyon par le Hugcy et le pont de Grësîn. Le froid était vif, la peste tuait cinquante lioinnii s par jf»ur. Av.nît l'invasion, le duc fit rt'pamlio à Paris un libelle du I oiiif( d'^f^iié où il rpfiisnit au roi lo droit de sf-» mèlor des aiiaucs d Italie {"Advis d'un bon Franfoys au Royj; de même, le cabinet de Madrid jeta à profusion en Piémont des manifestes contre Charlos, Louis et Richelieu; on froissait, on brusquait l'opinion, et cependant, des deux partis, on y faisait appel.

(les peuples. Eu lace du mal iu visible qu'apportait le vent, qu'on respirait dans le souille, qu'on s'inoculait par le toucher, par la parole, presque par le regard , tous les liens se brisaient; les plus saintes alVecliuns s'évanonissaient impuissantes; quelques actes héroKjues firent encore plus ressortir la honte universelle. La crainte de mourir jetait les foules dans de scandaleux excès; trait rommuu de ces vastes calamités ; il semble qu'en abusant de la vie on découragera la mort. En Savoie, le carnaval se

Îrolongea jusque vers la fm du mois de mai WQ, On ne rencontrait le soir par les chemins que des troupes de masques dont plusieurs furent saisis par le fléau en pleine débauche sans que leurs amis cessaslsent de chanter^ . La peste, arrêtée au pied des Alpes par Fhiver, avait repris à la fonte des neiges; fa contagion éclate à belley en février, i Gnambéry en mars, à Rumilly en avril, à Annecy le lundi de Pâques Les mesures de salut public prises dans ces malheureuses cités devinrent aussi terribles que le mal qu'on voulait écarter. Chacun s'enferma; les villes restèrent désertes, Therbe j ioussa dans les rues que ne hantaient plus que les mureurs de portes, les archers du guet et de grandes bandes de loups attirée par l'odeur des cadavres laissés sans sépulture. T.es paysans désertaient les villages , se réfugiaient dans les bois, sur le somiiiet des montagnes. Une année de 2)cste amenait une année ae famine^ laquelle, à son tour, ramenait lapcsle ; cercle fatal dans lequel on tourna longtemps.

' î.eUrcs du baron Louis de Sales.

- On a ron'^prvé dans celle ville le souvenir du dévouemeoi du premier i») adic, Hector de Fessigo^.

La peste n'avait point arrêté les troupes royales au Pas de Suze; elle ne ralentit pas davan* tage les allées et venues des diplomates. Le sort de lltalie dépendait une fois encore du duc de Savoie, et ce prince versatile ne pouvait manouer l'occasion de mentir une fois de plus à la France tout en rusant avec l'Espagne ' ; il ajourne le ravitaillement de Casai, laisse les Espagnols entrer dans le Montlerral, les Allemands occuper le Mautouan, puis, dépêche à Richelieu un gentilhomme de Savoie, M. de MoîJti;dcuu, pour demander quel prix mclUa le nnnistre au maintien des traités. Tréhuchant d*un allié douteux à de dangereux amis, Charles -Emmanuel, comme il lui arriva souvent, fut enveloppé dans ses propres linesses. Spinola, peu disposé à s'aventurer sur le sahle mouvant de la diplomatie piémontaise, profite de l'embarras où cette démarche précipitée jette le duc pour lui dicter les coiiduions d'une alliance devenue forcée ; il saisit les gages qu'on lui refuse, se r-mcentre sur le Tanaro et blo(|ue Mantoue. Ricbclieu, pour sa part, plus vite dégagé de la guerre cévenole qu'on ne l'espérait a Turin, exige l'exécution du traité d'Aveillane et, refusant (raccepterdes conférences au Pont de Beau voisin, déclare qu'il ne traitera qu'à Lyon. En août, le cardinal , faute d'argent, licencie trente régiments; il regrette alors d'avoir pris une attitude si lière et sollicite l'entrevue qu'il venait de reiuser; il était trop tard; le

* Frà Paolo, ajoutait en parlant de Gharles-Éramnnuel allié de Venise : On pourrait s'aider de la Savoie s'il y avait qnd- ^ue tûreté à traiter avec le Savoyard; mais son inconstance fftnd Us forma les plut imprévues, et ses seuû caprices épui" smtieM m qwîques mois 1$ trésor de Saint-Uare,

prince Victor, s'étant assuré qu'il ne pouvait

sauver la Savoie de l'invasion, avait quitté Ghambéry et s'occupait en toute hâte de mettre en état de défense les passages des Alpes.

Vai 1029, après la prise de MoiiLauban, cumnie eu 1628 après le siège de la llochelle , Richelieu se rapproche des Alpes; il fallait, à tout prix, sauver Casai et Mantoue. Le carduial avait pour principe de ne menacer qu à bon escient; il lève, sans bruit, sous la })ique des soldats, dans le Lyonnais et le Dauphiné, la taxe arbitraire des gens aisés; après quelques mois d'économie, il peut solder 12,000 vétérans; son agent à Turin, Mazarinî, le tient informé des menées italiennes et du lii^sentimeut qui éclate entre les clieis des coalisés, le génois Spinola, rautricliien Colalte; tandis uue le duc rejette l'une après l'autre les offres cle paix de Créqui et de M. d'Ernéry, Richelieu investit le col du mont Genèvre et occupe les avenues de la Savoie ; quand tout est prêt, il lève le masque et parle haut. Le duc, toujours irascible, tombe dans le piège et rompt le premier. La campagne de 1630 se fit sur les deux revers des Alpes; en Piémont, l'arméè royale s'attarde à des sièges, ne force pas la route de Mantoue et campe a dix lieues de Turin pendant que Spinola attaque Casai; en Savoie, Richelieu flatte les goûts chevaleresques de Louis XIII par une rapide invasion et de faciles conquêtes.

Le 14 mai 1630, vingt ans, jour pour jour, après l'assassinat d'Henri IV, le maréchal de Cfréqui investit Ghambéry; on ferma les portes; les Français tirèrent quelques coups de mous* quet et entrèrent en pourparlers avec Hector MiiUet, premier présiaent du Sénat, comman-

dant général, du lait de sa charge, en Tabsence du pnnce Thomas. Le 15, MM. Sainte-Golombe et deButtet, députés par la ville, se rendirent au camp du roi, à Barraux, et obtinrent une capitulation flatteuse ^ Le 17 mai, à huit heures du matin, Louis XIII fit son entrée selenneUe, complimenté par le Conseil de ville, le Sénat et la Chambre des comptes; les syndics en robe de satin violet, les magistrats en toges de pourpre et en toques fourrées d'hermme. Le 18, le roi remplace les Chambres souveraines par un Conseil suprême de dix membres, chargé de la justice et des finances. Le dauphinois Claude Ëxpilly en fut le chef; il mérita par son activité et sa courtoisie tes éloges que Victor-Amédée lui adressait quatre ans plus tard à Turin : « Dieu, veuille que les juges que j'ai mis en Savoie y suivent votre exemple^. » La Savoie, désintéressée de la politique et foulée par le Piémont, ne renouvela pas ses résistances de 1536 et de 1()00. Le prince y faisait des levées de troiif)es, en tirait de gros revenus, mais se préoccupait fort peu de tout ce qui n était pas utile à ses projets militaires Le Sénat avait ofctenu par ses remontrances la suppression du tabellion ' en échange

' Publiée par Griliet (Dici. hist. II. 50). Un article stipulait qite la justice smmrainût'exereira à Chambéry et nonaiueurs*

« Boniel de Catilhon. Vie Ûe Claude Expilly. 1660. Le Conseil siégea treize mois ; ses Archives soot confondues avec celles

de la Chambre des comptes h Turin.

2 En 1628, les impôts de Savoie avaient produit 2,833,532 livres, et, d'après le rôle général des commissaires des guer- • res, la dépense tofale de rarmée y avait été, non compris les blé», ustensiles et lugoiiKMits militaires à la charge des commiinantt's, de l,248,23ti li\ res. (AR. CH. G. Rouleau 298.)

* £dii du 7 janvier 1626 ; suppression faite tant pour le

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d'unsubside extraordinaircpoui*fraisde guerre; mais le commerce était nul^ les fréquents passages de troupes afFamaient le pays, la peste désolait le Faucigny et le Genevois*, et, à part les gentilshommes que séduisait rexistence brillante et agitée des camps, ou les soldats, déshabitués du travail par une vie de pillages et de faiiiéaiilise, la Savuie n'aspirait qu'au repos. Un graveur célèbre, fils du peintre de prédilection de Philippe IV* et qui naquit au moment où les grandes guerres de la ])éninsule italique prirent fin, a buriné sur le cuivre Tantithèse qui, au XVIP siècle, frappait tous les yeux : les misères de la guerre en face des bienfaits de la paix. Ici, un vieux partisan, tout écloppé, chargé de sa ferraille do guerre et dont l'arquebuse n'est plus qu'une béquille, regagne * péniblement, à petites étapes, le village d'où il partit, vingt ans plus tôt, pour se mettre à la solde de Charles-Emmanuel , et on il ne trouvera peut-être qu'une maison incendiée; là, seul au milieu d'un cliamp fraîchement labouré, libre et confiant, le semeur^. L'amertume et la stérilité du présent ; l'espoir dans l'avenir. Telles étaient les pensées qui dominaient toutes les autres au milieu de la lassitude universelle.

Aussi, lorsque l'armée française se présenta

soula'jempnt des peuples que pour une no}ivrUr hrpe accordée à S. A. par ses sujets. (Sénat, Reg. X.VXllJ, luiio 92.)

* Un anèt du âënat du 18 mai 1629 enjoint aux juges du Genevois de ooiUinuer à rendre la jvutiee nonobstant la contagion et, poar ce» de so déplacer entant qae besoia sera.

s Giuseppe-Maria HeteUi (1634-1718), fila d'AgosUao (1&07- 1660}» de Bologne. — Mag. pUt. XXXV. 59.

* Biblioth. imp. — Cabinet des estampes, (Ecole i(aHenne,J,

devant Chambéry, ce fui sans débat ni appréhension qu*on reproduisit dans la capitulation les termes identiques de celle accordée par Henri IV le 21 août 1600. La Savoie n'étaiidéjà plus considérée comme un Etat étranger, sujet aux avanies ou aux rigueurs de la conquête; elle fut assimilée purement et simplement aux autres provinces du royaume; le Sénat seul changea de nom; les juridictions inférieures ne cessèrent pas de rendre la justice ^

Bassompierre et Ghâtillon, avec dix mille hommes, prirent possession des provinces. Annecy capitula après Téchange de quelques coufs de feu le 23 mai, et Rumilly le 24. Leurs garnisons se replient, à travers les Bauges, sur la forte position de Conflans, que le prince Thomas évacue à son tour devant le mouvement offensif des Français. Evian ouvrit ses portes le 7 jmn, Thonon le 8, sous la menace du l'eu. Louis XIII force, en personne, les châteaux de la vallée de l'Isère -, prend la ville de Montmélian (18 juin), bloque la citadelle et, malgré la peste ^ , s'avance , avec le gros de l'armée , en Maurienne, d'où Créqui menace les Piémontais d'une attaque de flanc par les cols de la Made-

< SENAT. R. XXXV, folio 7. — Arrêt du conseil d'Etat, du , 16 juillet 1(331, rappelant ce qui s'est passé en Savoie lors de Toccupation française, à propos de la cause des prieurs de LémeDC etd'AboBdaÎDce.

- Le cardinal ût remarquer au roy, estant en son logis à Saint-Pierre d'Alhîgn y, que de son cabinet on distinguoit d'une seule veiie la fumco de ses canons qui battoient en uiesnie temps Montm^sD, Charbonnières et Lœnilte. (Anbery. Bist, d€ BkheUeu. L 128.)

3 De juin & décembre 1630, il périt en Maurienne 3,403 individus sur une population de 40,545 habitants. Archives de la ehancellerie épiscopale de Saint->Jean de Maurienpe.)

lène et de la Vanoise. Le prince Thomas battait en retraite, lentement, par la Tarentaise ; dès que les grand' gardes françaises panirent à Bozel, il passa dans lè val d'Aoste, sans essayer de défendre les défilés du Petit*Saintp-Bernard. Trente -quatre jours avaient suffi pour la conquête de la Savoie; elle coûtait m hommes à 1 armée royale; mais riiéroïsme ne se. mesure pas au nombre des morts.

Lorsque le maréchal du llallier somma la ville de liumilly d'ouvrir ses portes et, pour décider la capitulation , annonça la reddition de Ciiambéry: Hé! quand même! rèpondiTeni simplement les syndics; — E quapoë! L'artillerie royale les foudroya pendant deux jours ; il fallut se rendre à discrétion; Tusage brutal du temps condamnait les villes prises * . Rumilly fut sauvé par la présence d'esprit et la hardiesse de ir()\> su mis, M"<-'^ de Peyzieux de Salagine, dont du Hallier accueillit la prière en accordant à leur maison et à leur enclos le droit d'asile. Les Savoyens ont de si nobles annales qu'ils sont prodigues de leur gloire et la conservent mal. A deux siècles à peine de distance, les dévouements de leurs pères ne se retrouvent plus que dans la tradition. Les archives municipales de Rumilly, de Sallanches, deGu-

* La guerre de trenle ans avait endurci le siècle ; tout devenait permis. î.ire les récits de Schiller où l'historien n'emprunte rien au poêle. — Waldsleio rétablit le règne du soldat, et lui livra le peuple, biens et vies, hommes, femmes et enfaols. L'horreur du sac des villes et les affreuses joies qui auÎTent l'assaut, furent renouvelées tous les jours sur des villages ouverts et des familles sari'* défense. — L'écho de ces plaintes sans nom, d'Allemagne et d'Ualie, arrivait au cœur des Alpes. Les bourgeois de Rumilly furent donc bien hardis. Lire la spiritoelle et mordante chanson patoise du médecin Béard»

ses^ de Thônes, d'Aiguebelle, de La Rochette, de Thonon sont muettes sur tant de faits hé» roiques qui vont s'éteignaiit peu à peu dans robscurité légendaire des récits du foyer.

Créqui traverse la Maurienne et rejoint Farinée française du Piémont (6 juillet) ; douze jours plus tard, les Allemands prenaient d'as-

sauL M au loue et livraient à d'inouïs outrages cette ville infortunée (18 juillet)*, (iliarles- Enuiianuel, avur vraiment italien y lui anéanti par les cou[>s redoublés de ces désastres : la Savoie perdue, l'Espagnol désertant la défense du Piémont, l'Allemand saccageant la Lombardie. Ecrasé sous le poids do sa propre impuissance, il parlait d'abdiquer quand il mouj'ut presque subitement, au camp de Savillan (vendredi, 26 juillet 1630), d'apoplexie, disent les uns*, ou du poison % ou de la peste\ Sa mort fut le salut de la dynastie.

Travaillé, dans sa petitesse, d'un besoin terrible de s'étendre, de grandir et de grossir, le duc Charles-Emmanuel P"* eut tous les défauts de ceux qui accusent la fortune d'erreur et essaient de la corriger. ITuii naturel irritable, il se fit insinuant et souple ; petit et mal fait, il poussa la bravoure jusqu'à la témérité, Toriginalité jusqu'à l'élégance ; ne pouvant être fort, il futspirituel ; n'ayant pas la beauté, il se donna le charme. Le portrait de la galerie de Turin (deWignoto) offire l'idée juste de son impé-

* En vnir Ip'î navrants détails dans Michelct {Eiit.dtFtance.

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