‹ Histoire de la SavoieChapitre 8 sur 36 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

CHARLES -EMMANUEL LIVRE EE^ ALPKS AUX GUERRES DE RELIGION. — LE COUP d'ÉTAT DE THONON EST l'NE RÉPLIQUE A l'ÉDIT DE N^ViS'TES.

Lorsque Emmanuel-Philibert iiiourul à Tulin*, le 30 août 1580, abandonnant enlin l'absolu pouvoir aux impatiences de son fils, Tétai

' Les récits de Morosini, Boklu et Brnniùnie, coniplèfent à merveille le beau porirail d Kaioianuei- Philibert par Jacopo Ârgenta fMQfléed« Turin). Cetlo téte fine. mAlo et fiëre. inspire les TTî^mes sympathies que le détail do sa vie. It rivait à la bourguignonne, simple nu milieu du faste. Fort jaloux de son secret, employant de préférence des hommes du iiers-état, jamais de prêtres, peo de nobles, saaf pour les missions d'appardt, il appréciait par-dessus tout la diserétiOB. OmanUntmôiaetonli s ses dL-i^A'-lics, il répondait en |>orf?onne à la plopart, fatiguant parfois, à tour de rùle, ses trois secrétaires et les ren- Toyant rompus de lassitude ; il ne souffrait pour son service particulier qu'an vieux valet espagnol qui ne savait pas lire. Lee relations contcmporninns le représentent peû do miniilr,> à table, peu d'hcnrcs au lit. Il ne s'assied pas; discute debout ses affaires ; traite avec les ambassadeurs et donne des ordres

en se promenant» téte nue et le toquet h la main >oos le soleil

de l'Europe était tel que pouvait le souhaiter un prince ambitieux. £n Angleterre, Elisabeth fait abus de despotisme; en AUemamie, Rodolphe II n'a que des vertus; en Espagne, le duc d'Albe prépare la conquête du Portugal; en France, le duc d* Anjou s'illusionne celle des Flandres ; partout, riiilolérance et la terreur passionnent les esprits ou courbent les niiiUitudes. Charles-Emmanuel, roi des Alpes, avait dix-huit ans, des ministres éprouvés,

If plus ardent. Il .^o moquait des démonslrations exag^n'cs do politesse qu'on imitait des Ësp.ignols, eU quand li alliriuail une chOM, il ajoutait en sanriant : parola dieawUwre 0 wmdicor" tegiano. Violent et obstiné danâ sa jeunesse, h ce point que ses soldats Tavaient appelé sciantn f^.rro, briso-fcr, il était devenu patient et doux par le seutiment de sa responsabilité vis-à-vis d^an peuple dont il éiall Texemple. La justice sommaire qo'il avail dù faire, de sa main, en 1554, sur le comte de Waldeck, "'^ndral dos roîtres,lui laissa un remords tf>l qu'il n*iipp!i'fii,i ?a peine de mort, cetfe peine irr e par n ble. ùisai{-\[, que lorsque son Conseil lui en imposait la nécessité uu nom du salut pubttc.

11 y avait deux lioiomosen lui: le geniilliomine cbevaleresque qui, h treize ans, suppliait Chfule>-Oii'"i do ra(iineitre comme volontaire dans snn arnif^c d'Af» i'iuo ; qui. à dix-huit, sans autre armure qu un pourpoint de velours , ciwtrgeaii les eavaliers de VElert^or de Saxe ; qui. à vingt-neuf, commandait Tattaquede Saint-Quentin contre l'avis de tous sos capitaines : el le prince législateur qui sut, à trentr-dcu^t ans, ordonner de uouveau sa vie en même temps qu'il lormuit son peuple à «rautres mœurs. Dans ce XVh siècle , où resprit le moins romanesque sacrifiait uns féeries. Emmanuel-Philibert eut. comme tous les princes, ses embli^mes et ses médailles. En France, le croissant d'ar>;ent de Diane remplaçait la salamandre du roi François, puis faisait place aux devises italtenoes h double sens. En Savoie, il y eut de la gravité jusque dans les jeux d'esprit ; trois ni<'dailles marquent trois époque^ f^Tii^ la vie du prinre, autant d'étapes dans les progrès de son peuple. Chacune de ses devises est une révélation de sa pensée. En 1558, une m^in tenant l'épée nue : spoliatis arma tupertunt; en 1560, des faisceaux d'armes rerouverts : conduniur non retnndiintur ; en l.'S74, une tnlipe : perficior ; ce fut le dernier mot de sa vie: on ne se console. des douleurs de ce monde qu'an 99 rappnidhant de Dieu.

une bnllante armée, des ambassadeurs pleins de ressources ; mais un orgueil insensé lui dévorait le cœur'. Cinquante ans de règne vont user son audace, épuiser ses calculs, ruiner son peuple, sans lui oûiir d'autres occasions que de douteuses aventures et pas un succès.

Lyobard , iMilliet , Cliabod , confidents des pensées d' Emmanuel-Philibert, avaient dirigé les actes du Conseil à l'étranger pendant les six années qui s'écoulèrent entre la mort de la duchesse ifilarguerite et celle de son époux. La présence du maître suffisait à retenir les impatiences; dès qu'il Ait mort, il sembla qu'un frein s'était brisé. Les sages cédèrent la place à des présomptueux , et , dès le mois de septembre 4580, la politique de neutralité mt abandonnée pour les déceptions de la conquête. C'est ici que se marque le vice des gouyernements où tout repose sur le génie aun homme ; à Tesprit organisateur et perspicace d'EmmanuelrPhilibert succède le caprice d*un jeune étourdi, et la Savoie retombe de la prospérité dans les désastres.

Le premier acte de Charles-Liiirnaimul fut de rompre avec Genève. L'Espagne, dont le prestige était immense, tremblait pourtant que quelque événement inattendu ne vînt Iraver-

* C'est daDS les particularités du noire première édacation qu'il faut rechercher le germe de dos penchants , la racine de

nos pastitioos. Le j«!une duc put pour maître lo sngaee Pancirolo, le doux et savant Delbùnp.ù qui Ronsard dédiu sa Poi^n'que, le sévère Andrf^ Provana; mars Nostradnnius nvaii jonché son berceau de timc^ prophctiquei? et piédit au myai héritier de SaToie. aé comme Annîbal et César sous le signe du Sagittaire, une éclatante fortune et des moissons de lauriers. La soliicitade de sn m^rf> ne put le défendre di W vils flattiurt qu$ Dieu suscUe jpour ^fdn Us roù.

ser les plans de PhUippe II ou inteiTompre lès brutalités du duc d'Âlbe; sou inquiétude , de

1560 à 1580, avait été qtie la machine* ne se disloquât avant d/étre en mesure. On redoutait par dessus tout, eu 1580, une tentative de la Savoie sur Genève ; car Berne en preïidrait prélexfe pour s'emparer de la Franche-Comté ou du Milanais, provinces que l'Espagne serait hors d'état de recouvrer, avouait Granvelle. Ces terreurs n étaient point encore dévoilées; Genève, seule en face du duc de Savoie «|ue semblait soutenir le colosse espagnol, se crut à la veille d'un assaut et jeta le cri d'alarme. De tous pays, les Réformés répondirent à rappel de la Home et capitale du Calvinisme ; le roi d'Espagne et îo pape, également surpris de cette prise d'armes, résolurent d'enanérintii^ à tout prix l'objet, et c'est ainsi que l'ambition du àuc Charles fit éclater Forage longtemps conjuré par son père. Il se trouva qu'une étrange fortune intéressait, en Franco, catholiques et huguenots au maintien de la républi-* que. La playe de Cateau-Cambrésis , comme disait Montmorency, avivée par les restitutions deibl^j était toute saignante ; Henri III comprenait que la conquête de Genève aurait détruit Fœuvre de 1536; d'autre part, les rela* tiens commerciales et militaires au duc de Savoie avec les Cantons* inquiétaient les ministres du roi, comme les liaisons de la régente

* On pariait de la dynuàtic des Valois. {Hém, du cardinal dê GranwUi. Tome Vil, pageSSl.)

* On (rooTd, en 15S0. «ne dépense de 4.633 éeus d'or, valant 16,874 lims dacalcs et 12 sols, que M. de Chfllillon fal chargé du pnyer à la seule ville de Fribonrg pour pris du rt*

nouveltemmt de l'alliance. (AR. CU. C.)

Yolande avec les Bourguignons avaient, un Siècle plus tôt, préoccupé Louis XI. Par d'autres motifs que le cabinet de Madrid, on redoutait que les gens de Berne, en retour de larges compensa fi* dis dans les vallées italiennes, du côté des Gnsojis, ne fissent eux-mêmes, quelque jour, le sacrifice de Genève. Les Archives du Grand-(]onsoil fournissent la preuve que la cour de France oftrit aux Genevois de remplacer le protectorat de Berne par le sien.

^ Méfiez-vous de Watleville, Tavoyer de Berne, leur disait H. de Hautefort, ambassadeur de France ; car il a esté élevé enSavoye et il est un peu Hespagnol et par conséfl[uent mauvois françois; «t qui n*est pas bon firançois ne peut estre amy de ceste ville. »

Ces insinuations, un instant traversées par la conduite équivoque des aventuriers français qui s'étaient donné pour mission de tenir garnison sur les remparts de Genève, aboutirent cependant aux traités de 1579 et de 1584 qui associaient Henri III à Tindépendance de la rebelle obstinée^ Les faits justifiaient d'ailleurs les précautions des Genevois, qui s'applaudirent maintes fois d'avoir fait Donne garde sur leurs remparts. En 1581, des bourgeois de Thonon et des aventuriers étrangers, Duplan, Vivalda, Compois^ échouèrent dans un coup de main sur le port; en 1582, le comte de Raconis rassembla les milices à Thonon, et deux escalades avortèrent le 11 avril

t tes curieux de rapprochements historiques pourront noter eette singulariié de voir, à trois siècles de drstance* la politique

française d'équilibre d^^fen ir-, contre les princes de la Maison do Savoie, In copitaio do8 Frotestaots 00 1580} la capitale des CalboUqaes ou 1368.

et le 2 mai. Aussi le Conseil surveille-t-il avec soin les voyageurs et les marchands qui ira* versent la Savoie en exécution du traité de 1570; leurs interrogatoires remplissent plusieurs volumes ; il est tenu note, jour par jour, de leurs impressions et de leurs récits ^ L'Europe se préoccupait des desseins du duc Charles ; la reine Elisabeth écrivait septembre 1583) aux Gantons confédérés : Après avoir mûrement réfléchi aux enircprises que le duc de Savoy e mon cousin projette contre Genève et aux moyens de terminer ce grave débat,., la cause de Genève est celle de VEvangile^... Et Lesdiguières disait à son tour aux syndics ; Prenez-ji (farde; plus le duc est bénin dans ses propos, plus soïi épée est proche de vos épaules! Le feu duc avait pour seuls alliés sincères les Suisses et les Vénitiens; son fils se jette élourdiment aux bras des Espagnols, tant il est fasciné par la passion de Genève. Dès 1582, les impôts extraordinaires, les réquisitions^ les taxes imprévues, les exigen-

' Le 7 septembre 1582, Henri de N:îv;n n- olTrait son épf'-c à Genève. En 1583, la ll('publiqun cnipi uiila 30,000 écus h Bâie pour se préparer à la guerre qu'elle prévoyait. Lo !•* mai I583* Nicolas Lefert, revenant de Piémont, raconte aux syndic» ses entretiens avccio duc Cliarles Inn de -un pns<;n.c^e 'i Chanih(!ry, les familiarités du prince, ses efforts pour lut laire lire et l'tudier un long mémoire sur ses droits contre Genève. Ce mémoire intitulé : Droits et prétmUioJis des ducs de Savoye sur la ciic de Centre cl (J('pcndancc<!, a été pjhlit' pûj- M. Jules Baux, sous le titre de ; Manuscrils de la ville de Bourg, dits de Guic/ienon (1852 — Documents, page 34.) Fait cariiciéristique, les princes de Savoie ne reTeodiquent jamais rien qu'en vertu d'un titre; il n'est pas d'invasion brusque ou d'empiétement prt'm^dité qu'ils m' motivent par de? droits aotéricursi; un de leurs procédés favoris est l'appel à l'opinion, même lorsqu'ils ont tort et qu'ils le savent le mieux.

• * rubliée dans l'HUt. de l'Eglise de GcnCvo. II. 410,

ceô des ^ns de guerre, soulèvent d'unanimes réclamations*. Pendant dix-huit ans, Teffort du prince va se concentrer dans 1rs camps et aux ambassades, laissant les institutions de son père se soutenir d'elles-mêmes, et n'intervenant en Savoie que pour la livrer aux horreurs d'une guerre sauvage.

Les seuls actes du gouvernement qui intéressent pendant cette période la vie civile du pays sont la réforme du calendrier, sur les indications du médecin Lilio, proclamée dans toute la chrétienté par Grégoire XlIP, et l'achèvement de la rédaction des coutumes du val d'Aoste, décrétée par Emmanuel-Philibert en 4572. Ce code, (inivre du sénateur-évéque Gotofred Ginod , qui y mit une sorte d'ardeur filiale, est, à mon avis, le plus remarquable des essais législatifs de la Savoie. La clarté du style, la lof-ifine des divisions, la sagesse, le libéralisme de certaines dispositions (titre v du livre IV : des prescriptions; — titre ix dn livre V : des lestaments ; — titre v du livre vi : des taiUesJ sont dignes de nos codes modernes, et le livre m, consacré aux limites, fontaines, ponts et chemins, bois, rimères et torrents, résume notre code forestier, qui n'est pas à l'abri de critique, et le code rural que nous ne possédons pas encore. En 1572 et 1574, les syndics des paroisses, les députés du clergé et de la noblesse, furent convoqués et exhortés

' Supplique des syndics et bour;i:L'(Ms de Bourg sur les exi^ geoees <&$ gens de gaerre. — lô83< (.irchives de Bourg.)

* Des lettres-patentes, datées de Turin le 31 aoAt 1582, ordonnèrent» pour rétablir la concor lancc, qu'on sauterait dix jours d'octobre, datant le 5 du 1'». I.'édit fut publié k Cham- , béry,par an huissier et trois trompettes, le 4 septembre 1583. '

à ne riennéglij^er dansFétude de ces coutumes, et i ne rien nxer par écrit qui ne fût arrête entre les trois ordres. Après quatorze ans de débats contradictoires et de travaux approfondis, le recueil des coutumes fut approuvé par patentes du 12 août 1586, comme faU m Vassemblée des trais estais, gens d'Mise, nobks, praticiens et œutunUers, Le baron de Fenix, chargé de publier ce code, le fit à Aoste, le 3 septembre suivant, mais avec moins de respect pour les droits populaires que ne le marquaient les patentes ducales. Il constate dans son procès-verbal ^ , que tous les habitants de la valloe ont été convociués, qu'ils se sont assemblés, qu il est tenu de lire un à un les articles du Recueil, ulin qu'on les conipm e au manuscrit et que chacun puisse être ouï en son contredit; mais il ajoute que cette lecture durerait plusieurs jours, au grand dommage des coutumiers, qui ne peuvent rester campés dans les bois dix à douze jours; que, d*ailleui^s, il leur servirait de peu d'y prêter T oreille, puisque si quelqu'un y voulait roi i li ed ire , il ne le pourrait, le tout étant déjà approuvé par Sou Altesse; qu'il est plus simple de s'en rapporter à sa parole de genlillioninie et de temr le tout pour publié. Le prévôt Loys d'Avisé proteste au nom du clergé, le baron de Vallèse au nom de la noblesse, le syndic de Cogne au nom du tiers -état, contre l'étran^eté du procédé. N'y aurait-il pas là matière a un singulier et brillant tableau si Amédée Thierry prenait la plume 1 La même année (1586), le duc fait

* RmiiU det eoutumet du duché d'Àostt, pagt 881. In* folio. Rioiulot, impriiDoiir I Â<»«te. uaA.

imprimer à Tmin, par Nicolas 13evil;\C(Hia, sous la direction de César Cambiano, les Statuts de 1430, mais, micltis in locis emendata^ avoue Cambiauo. L'esprit hostile aux libertés provinciales qu i présida à la révision du code d'Amédée VllI fut sans doute un des motifs qui

Provoquèrent le sans-gêne du baron de Fcnix ans sa mission au val d'Âoste. Le Dauphiné était alors violemment remué par le procès des tailles; si les insurrections sociales de Romans, de Moirenc, de Grenoble, ne se propagèrent pas en Savoie (1580 à 1583) ; si le cornet des montagnards ne répondit pas au tambourin des villageois du Graisivauuan ^ c*est que des troupes espagnoles et piémontaises occupaient en nombre la Savoie et la Bresse depuis la fin de 1579. 11 fiuit trouver dans Ja proximité des troubles du Dauphiné le motif, inexpliqué jusqu ici, qui rendit, soudiiin, les milices nationales suspectes au cal)inet de Turin, et, dans la présence des soldais étrangers , la cause du calme politique du pays.

Lorsque, en 1585, le duc Cl la ries partit pour aller épouser à Sarragosse l'infante Calarind- Michèle^ il s'écria qu'il brusleroit ses bottes plus tost que de n * avoir pas Genève au reto ur. Ce mariage devait, dans sa pensée, lui en ouvrir les portes. Le duc prodigua aux ministres espagnols et aux favoris du prince toute répargne de son père ; il distribua pour cinq cent mille écus de cadeaux ou de pensions, et fit plus de dépense en ce voyage que ne mon*

* Je prends ce nom lei qu'il est L-crit dans les Icttres-palentes et Icâ t^diU âigaéi» par cette priuceobe. (Recueil de Bally et Àrdiimdecoar.y

toit la dot de sa femme * . Le vieux roi ne lui accorda que des avantages négatifs % et le contingent espagnol qui servit en Savoie, de peur d'une guerre des paysans, y joua le rôle d'une garnison de Philippe II. Les préparatifs militaires ne discontinuaient pas ; les recettes de Savoie n'y sufiisaient plus^. On impose les provinces de Savoie , Genevois et Faucigny pour deux années, sous le titre d'aide et suIjvention, afin de terminer les forlifications de FAnnonciadc, et la proviiun^ de iîresse pour celles du fort Saint-Maurice L'édit de Turin (10 septembre 1585) renouvelle les privilèges accordés en 1561 aux soldats des milices ; le duc force le Sénat à Tenregistrer. Les défenses d'exporter les grains, les chevaux et le? armes sont de nouveau publiées ^ £n 1586^ il assemble tous les mois les réserves des provinces pour exercer les hommes au maniement des armes ; il renforce les épaulements des bastions de Montmélian, et lance dix-sept petites galères à Ripaille, Evian et Thonon* ; il fait à Paris d'activés démarches pour obtenir

* Giiichenon. Hitt. ginéal. Tome II» page 986.

* L'épëe de Franeoîg au prince, iioe corbeille de vieux bijoux à la princesse ; niais !;i dot de cinq cvni mille ducats ne fui jamais payée ; on la rc( niiuUooiiue dette de rËspagne par le traité des Pyrénées (1057) y comprisles intérêts aeewamés depuis } 585 ; le roi Victor en fit abandon par le traité de Turin (25 octobre 1703).

' Le compte du trésorier Bruno ai * use» pour 1581, un déficit

de 114,316 livres 18 sols et 5 deniers.

* SENAT. — Reg. XXllI. 179. XXIV. 183. Curieux détaiU.

^ £n 1585, on faisait passer les blés à l'étranger , la nuit, par les rhemlns détournés, en les cachant dans des tonneaux

(Recueil de Bail} . 1, page 150).

* àR. ch. C. — Compte du trésorier Dyan. Rouleau 249.

la netitraliié de la France, se rapproche d'Henri III et met à son service quelques-uns de ses plus vaillants gentilshommes ^ .

A toutes les époques de crise , quand le prince a cessé d être justicier pour devenir ambitieux , l'histoire note le relâchement de la discipline dans l'armée et des mœurs chez le peuple. La Savoie n'échappe pas à cette loi générale. Les soldats traitent les habitants comme s*ils étaient en çays conquis, et Taudite ur de camp Jean liibod reçoit en vain les pouvoirs les plus étendus pour réprimer leur licence. Les gentilshommes se prennent de querelle, se livrent de véiitables combats, et le duc lait supprimer les procédures*. Les prêtres eux-mêmes abandonnaient le soin des paroisses pour courir les champs à la chasse \ l.a protection publique cessant, depuis que le duc Clharles s*était atïiché comme le représentant exclusil' fi'un parti et qu'il faisait céder la justice à ses préférences*, chacun cliercba à se protéger soi-même. On lance édit sur édit, arrêt sur arrêt, pour défendre le port d'armes, abolir les anciens permis'.

' Le marquis de L<i Chambre cl plusieurs autres. (Reg. du ^(•nat. XXIV, folio 196.}

* SEiNAT. — Reg. des arrêts, XXiil et XXV II. — Abolition des procédures faites contre les quatre frères de Mouxy pour

le meurtre du marquis d'Aix et de ses serviteurs. De même pour Bernard de Forax, Scipton de Cordon et d'autres, convaincus d'boniicides.

3 SENAT. Reg. XXI 11. Alldii.» du prêtre Guirod d'Annecy. Reg. XXIV. 195. Meurlic commis auv une femme, à la chasse, par on chanoine de Bourg, qni tirait le renard.

* Heff. XXIIL S7I. Snrsis à tons procès eivUs et criminels contre les sujets de S. A. employés à son service particulier.

» R. XXIV. 917, — Bdit du 30 fëyrier 1584.

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Tandis qu'on se montre facile pour les criminels et prodigue pour la noblesse, le clergé et l'armée', les juges exécutent les édits de proscription dans toute leur rigueur et réduisent sans pitié le délai que les bannis sollicitent pour mettre ordre à leurs affaires-. Par une contradiction qui n'est qu'apparente, le duc, impitoyable pour les hérétiques du Ghablais, se montrait indulgent pour les religionnaires français réfugiés à Nice, qu'il refusait, il est vrai, de tolérer plus de trois jours sur son territoire, mais qu'il faisait traiter à petit bruit, avec douceur et modestie, évitant qu'on les incommodât^. Il n'attendait rien de Genève; il espérait beaucoup des Provençaux.

l a mort de Marie Stuai L, exécutée par ordre d'Elisabeth, le 18 février 1587, fut acceptée par les catholiques comme un défi des protestants. Le roi d'Espagne jura d'eu tirer une éclatante vengeance et le duc de Savoie se vanta qu'il raserait (icuùvc en représailles. II confie à René de Lucinge la mission de détacher Henri lll de ralliancc suisse et de le décider à une rupture avec Elisabeth *, il oilre au roi de

' En \':S2, In iluf exempte de toutes tailles sur la paroisse de Talloirr un barbier du duc d'Anjou, natif de ce lieu et qui y possédait des biens considérables. (Reg. XXIII. 274.) Chabod de Jacob et le secrétaire italien da cardinal Gajetan reçoivent, en 1527, des sommes considérables pour f eroîesf fMreft. ' {AR. CH. C. Rouleau 251.)

* Reg. XXI. — Jeanne ('rpr\de\, de la paroisse de Dou\ aine fondaninée au liannissement pour cause de religion, demande quatre mois pour vendre ses biens ; le Sénat, par décret, lui accorde quinze jours. — Un vieil homme des AlUngefli F. Court, demande trois mois, on Ini accorde trois semaines, etc.

^ Lettre écrite par lednc an comte de Boglio, le 13 soyembre 1585.

jeter quelques régiments piémontais et espagnols dans le marquisat de Saluées pour le

lette, qui tiennent le Dauphiné au nom d'Henri de Navarre. Le roi devine le piège et refuse, tout en protestant avec véhémence contre les progrés de Fhérésie*. La peste ravageait les provinces ; elle sévit à Ghamnéry avec une telle mtensité que le Conseil d'Etat et le Sénat sortirent de la ville et allèrent siéger à Myans. Un règlement général, daté de 4587, contraignit les ecclésiastiques , Luiuiiio 11 élail d'usage dans les calamités pul)lu|ues, à pieîidre leur [);u t descharjj^es coHiuHiues malgré tous privilèges contraires"-. Sollicité par deux désirs simultanés, Genève et le marquisat, Charles-Enananuel comptait saisir d'abord la ville. Ce n'était pas Taftaire de Philippe 11 (pii, poursuivant ses propres desseins, voulai! aborder de liane le Dauphiné par la «grande citadelle des Alpes. Sixte-Quhit, de son côté, répétait au duc par ses agents secrets qu'il lallait avant tout cacciare

* Dans une ielire du 12 mai 1.'88, Henri III, en écrivant à René de Lucinge de dire à éou uiailre qu'il n'avait beboin de personne pour défendre le Marquisat, ajoutait à propoa d'Ilisabeth ; Laissci-moy vous dire ên familier que e* est perdre ses pcyytfs et plumes à mon frère de Savoye que de m'escrir$ et vouloir aisgrir contre cette femme d Angleterre laquelle je hais éeêia fku fw la morf, la ré(»ulanf pour «raye filk a enfer, sanguinaire autant que Us tyranx payens Tiberius et Nero. Singulier rnntrasto! Le 1 avril 1603, Henri IV »M nvait, en apprenant la mort de cette ni*>mc Elisabeth : Cette perte irré' parable me semble d'un ennvy et d'un déplaisir extrêmes^ n'o* tant ineprtmeitre de Irmtver autant de qenérosité, de cordiale affection envers moy. et de ferme résolution à diminuer nas ennemis communs, en son successeur.

' En 1564,1e S^-'nat, à cause de la peste, siégea successivement à Aix et à RumiUy ; en 1587. il m transporta à Myans, à tfontmélian, pais à Saint-Pierre d'Âlbigny.

mieux défendre contre

i barbari d'Itàlia, et jeter les hérétiques hors du Piémont avant de penser à brûler ce nid de chenilles qu'ils avaient à Genève. Pour couper court, Philippe II, Tavare, fit passer à son i^endre ouatre mille lansquenets et un fort sid>side en doublons de huit ecus d'or*. Le duc n'hésite plus et se jette à corps perdu dans cette aventure. Aux premiers jours de l'automne de 1588, les troupes hispano-piémontaises remontent la vallée du Pô et attaquent le Marquisat sur sept points à la fois.

La possession de reiiclave française de Saluées (leveiiait en elTet indispensable au duc de Savoie sous le triple point do vue politique, militaire et luiiiiaercial. C'est de là seulement qu'il pouvait surveiller les Vaudois, en correspondance incessante avec Genève ; Pignerol , Saluées et Conl étaient les trois portes

clé de la vallée du Pô, de Turin, de la Lombardie; enfin, circonstance capitale, le pertuis du mont Viso ouvrait aux aï'rncps françaises ime voie fLicile , au commerce étranger une route sûre et courte fort préjudiciable aux péages de Savoie^ En 1588, Tintérêt international

* — Tatto fà faiio a persua^ione di papa 6isto di savuta del re eatîoUeo, perché non potestero passar gli hereiiei a far nido in Italia corne già n' erano apparent i segni. — Jfonumenta Hist. pat.; Scriptorum. I. (Cambiano. Istorico discorso.)

* AR. CIT. C. Re(;u des mains de S. A. en doublons d'Espagncj 238,322 livres ducales. {Compte du trésorier £. Dyan pour X588— 1589. — Rouleau 354.^

* Dès 1457, Louis» marquis de Sslueefb avait résolu de s'affrancliir des péages du MODt-Cenis et des routes dangereuses du mont Genèvrc on établissant une communication directe entre ses vallée? alpestres et la vnllf^n du Rhônft. En 1475, il conclut avec Louis XI un traité de commerce, ratifié par le yienz roi René, qui râlait le mode d'approTiilomie-

des Al

et provençales , la

Ï)réoccupait beaucoup moins les princes que e désir immédiat de fortifier sa frontière ou de détourner à son profit une source de revenus; la question du m ml Viso, les pièces le prouvent, fut d'un puids ôpral à cplui de la question rrli|iieiisi* ou de laqneslioii politique.

Envahi ic 27 août, le Marquisat était con([iiis le 5 décembre, après de rudes combats à Carmagnole, llevel, Château-Dauphin, et aiissy, dit Jean de Serre, ]>/^/r le nioïen des donhJoH>< d'Espagne qui ?oas voloijent de toutes parts et tiroient jHus juste que halles d'arquebuse. L'invasion du Marquisat, en pleine paix, produisit aux Etats de Blois une vive émouon. T.ouis d'Ângennes y proposa de surseoir à toute querellf^ jusqu à ce que l'honneur de la France eût été vengé ; le parti vendu à l'Espagne paralysa ce mouvement. Un mois plus tard, Tassassinat du duc de Guise et de son frère consomma la rupture de Charles et d'Henri ; le roi est assassiné à son tour, et le duc de Savoie, ami de Mayenne et soutien des

ment du Marquisat en se^s de Provence et le tarif des impor*

lations des laines et cuirs, à la eondition que le marquis ferait percer lo mont Viso. Co perlais, ouvert par Ips in^'dnieurs italiens Martino et Baldassare eulre llistoias et Crisulo, vers 1480, resta fort fréquenté jusqu'en 160i, tant que le Marquisat demeura français. Lorsque va pays redevint italien, le chemin du Viso fut à peu près d 'laissf'.et le commerce du sel se flt désormais dans la liiiuto vallée du par la Maurienne et la Tarentaise. Il paraît môme que, h deux reprises, en 1629 et en 17i8, la main des hommes ne fut pas étrangère à niinodccc beau travail, ainsi (luo l*;' coiistatèrcut les habitants dv5 deux versants du Viso, en 1670, 1760, 1803 et 1864. — Méni. de l'Àcad. dd^ h. 1. 137. (3^ série). Arcli. royales. Diplôme de Vempereur Frédéric III à Louis II de Saluées (21 janvier 1480;. — Lettres-patentes de Charles VIII et do Louis XII sur le transit «In p^rtuis [27 novembre 1495 et9 novembre 1499.) — Voir tome 1^»^ page 491.

Ligueurs^ ne ménage plus rien. H «b^t^ons le territoire de Saluces'tout vestige de Tadmi* nistration française; puis, frappant une médaille à sa propre gloire, aveclaaevise: Opportunè, il se retourne sur Genève qu'il attaque de sa personne.

L'édii public (jui dénonça les hostilités, fut un déni de justice. Par lettres -patentes du 4 juillet 1589, le duc saisit et contisque toutes les créances des banquiers, marchancls et bourgeois de Genève sur des sujets savoyens, piémontais ou loiiibards'. Jusque là, la guerre acharnée qui s'était faite sur les bords du Léman était tacitement al);iiidunnée, d'un commun accord, aux cliefs de partisans que soldaient les cours. L'acte du 4 juillet déchira les masques. Après l'invasion du Marquisat, Henri 111 avait adhéré à rolh'e des Cantons protestants de renouveler [varlaL^e de '1536; son agent le plus actif était le baron de Sancy qui joua, en 1589, le rôle de La Renaudie, à Lausanne, en ]5C)0. Il réunit à Genève quelques milliers de réfugiés et de bandits, les solde avec l'argent de Berne et de Venise ^, franchit i'Arve,Ie2 avril i589, saisit au château de Saint-Joyre les preuves de F escalade concertée par le baron d'IIermance, incendie le prieuré de Contamine et recule eu Gbablais à

* Les débiteurs no jinvfront que les trois quaris (Ji- leur dette aux oÛicieiai dcb iiuauce» ducales; remise leur est accordée da dernier quart s*ilg font, dane le délai de quinze jours, la révélation de leur situation passive vis & vis des Genevois. (SENAT. Registre XïVII, folio 26.)

* En 1580, (îenève comptai» seiilement 13,000 habitant'^ ef 850 soldats. 11 y a, aux archives do (îenève et h celles de Venise, de nombreuses lettres inédites de Guitry, Sancy, Lesdigaitees, Sillery, et d'autres, sur la guerre de Savoie.

Farrivée des Espagnols. Thonon capitule; Ripaille se rend malgré les succès des cavaliers de MM. de Sonnaz et de Viry. Le duc prend le commandement en juillet , bat les huguenots & CoUonges et construit en deux mois, comme une menace permanente, en vue de la ville dont il a juré la perte, la citadelle de Sainte -Catherine, qu'il munit de ses meilleures troupes , de ses plus résolus capitaines, 'armée creuser des ligues de blocus, il rejoint k Chambéry le cardinal Gajetano, chargé de négocier rélecliou au trône de FraiiCt' d\iu prince catliulique. ^1. de Lurbigny, successeur de Sancy, proiite de son absence pour enlever, par une série de hardis coups de main Versoix, Bellegarde^ Gex, TEcluse ; don Amé de Savoie reprend 1 offensive avec les milices du Genevois et du Faucigny, rallie Olivaros sous les murs de Genève et met à feu et à sang les deux rives du lac, de Nyon à Saint-Gingolph Le blocus de Genève, de 1589 à 1591, rappelle le siège d'Anvers par le duc d'Albe, de 1584 à 1585; le coup-d œU, la hardiesse , Tinébranlable confiance dont Marnix fit sur l'Escaut un si merveilleux usage, servirent d'exemple aux syndics de Genève, défenseurs de la même cause en face des mêmes ennenus.

L'entrevue de Chambéry exerça sur les événements une influence décisive ; en détournant de Genève le duc de Savoie, elle brisa, sur ce versant des Alpes ^ l'avenir de sa dynastie.

' AR. TURIN. Mémoire secret rédigé p.ir J.-F. Berliet, yrésident au Sénat, sur la guerre de 1589 contre le Dauphiné et contre Genève. Ou y voit que les rénts lamentables des contomporftiiiB ne ml point exagérés.

Philippe II, inquiet de la conquête possible du Léman, avait prémédité de jeter son gendre à la poursuite chunérique du royaume a Arles ou de la couronne de France, Charles-Emmanuel devenait ainsi, dans ses mains, un instrument solide, maniable, excellent pour battre en brèdie la candidatm^e des princes lorrains à la succession d'Henri III et pour faire hésiter à la fois Parlementaires, Huguenots et Ligueurs.

« Le cardinal Cajelano lui représenta que depuis firès d'an an la ville de Lyon appartenait à la Ligue ; que le duc de Nemours lui en livrait les portes; que le Daupliiné et la Provence n'atlendaicMit ([u\\n signal pour se soulever ; que l'Espagne avait dans les parlements d'Aix et de Grenoble des intelligences assez sûres pour enlever l'assentiment des pouvoirs publics aussi Dien que la sympathie des populations ; que Genève tomberait tôt ou tard dans ses mains ; qu'il pouvait ajourner sans crainte cette conquête pour frapper de plus grands coups, et que Theure était venue de prendre une résolution vigoureuse. Le niémontais Panigarolo, évèque d'Âsti, agent secret au duc à Pnii\ confirma les assertions du cardinal. Un conseil de cabinet où siégeaient le comte de Uaconis et le marquis de Saini-Rambert, delà niaisiui dur-ale, le marquis de Trellort, le comte de Martineni;o, le baron dcFaverges, le trésorier général Dyan, les itrt'sidcntsVellietet Pobel, les sénateurs Chabod et Empereur, le maître des comptes deLespigny, le secrétaire intime d'Olivaros et deux prêtres italiens, arrivés la veille, délibéra sur la proposition du cardinal et l'accepta. Charles -Emmanuel publia aussitôt le manifeste à la noblesse française dans lequel il revendiquait la couronne de France comme petit- (ils de François I" par sa mère, à Texclusion d'Henri de Navarre que sa religion mettait hors laloidePËtat*. »

* AR. TURIN. — MSS. CorrajMmdanee du duc ChofUs

Ce brusque changement de politique s'àccuse en Savoie par de nombreuses mutations dans le personnel administratif et judidaire^ Les commandements militaires les plus importants sont confiés à des hommes sûrs, prêts a suivre le duc partout où le conduira le caprice de sa politique ; les garnisons de Montmélian ^ de tSiarbonnières, de Myolans, de Pierre-C^âtel, de Bourg, de l'Ecluse sont doublées ; le prince

Ïiousse la précaution jusqu'à choisir lui-même es capitaines des portes de Chambéry% et il nomme lieutenant de son frère en Savoie J ean de Montfalcon, catholique exalté, espagnol que quiconque. Ces soins pris^ le duc essaie de séduire à sa cause le J^arlemeiil dtî Grenoble. Chabod de .lacoij obtint de parler à cette cour souveraine, toutes cbaniLii^s assemblées, en sa qualité d'ambassaduar, et fit à ses membres la proposiLion catogoi ique de rattacher le Dauphiné à la Siivoie pour y reconstituer le royaume des Alpes :

€ La nature a fait des Dauphinois et des Savoyiens un seul et même peuple, dit-il dans un discours profon**

wm U Conseil d* Etat, 1588 à 1613. Liasse xix. — Le roi ne se

décida à se servir du duc de Savoie que lor&C[u'il eut perdu tout espoir de faire abolir 1,i loi saliquc en faTeur tîc l'infante Isabelle» née d'£li%>ai)^Ui, ùïle d Henri U, sa troisième femnie. Les Etats-Généraux ne sauvaient pas la France ; les assemblées délibérantes sont exceUentes pour le contrôle; mais c'est pitié quand elles gowoerwnt,

* S£NàT. Registres de 1587 à 1590.

* Glande Ghevrier est à la porte de Montmélian, aux gages de cinquante écn<; le mois; Jehan Ravassol h felle de Maclu^, l'ierre Cloz à celle du Reclus dont il occupe la maison forte ; le marquis d*Àix eommande les troupes bourgeoises de la ville et le capitaine Verdet de Grandchamp tient le châteaa a?ec cent donze hommes d'armes. fArckivti mumeipales.J

dément étudié ; quand vous leur aures donné un même maître, ils seront encore ces indomptables Âllobro-

Sas qui furenlla gloire des Celtes, la terreur de Rome, enouez la chaîne des temps, rattachez-vous à l'ancienne dynastie de vos rois \ i

Ghabod était d'humeur à jouer en Dauphino le personnage de Honivard, Y Erasme savoyen, à Genève, et à remplir la tâche que Marnix de Sainte-Aldegonde, un autre enfant de la Savoie, illustre à l'étranger, oublié dans sa patrie, s'était donnée en Hollande. T.n sentiment unitaire des Dauphinois reni[»urUi sur l'esprit de parti et F amour-propre provincial ; le parlement remit à huitame jxinr délibérer, puis fit répondre à Chabod que, les Etats-Généraux, ayant seuls le pouvoir de discuter les questions dynastiques, la cour se déclarait incompétente. Tandis que Chabod écliouait à Grenoble , l'évéque de Riez et le président Jeannin, agents du roi d'I^spagne, entraînaient le vote du parlement d'Aix.

<i Trois conseillers, dit Guichenon, députés pai celte Cour an nom des Ligueurs de Provence, vinrent déclarer au duc (^ue, s'il les pouvoit affranchir de la demi* nation firançaise, ils le reconnattroient à l'avenir pour leur comte et seigneur. L'ambassadeur d*£spagne et le Légat du Pape , présents à raudience» se déclarèrent autorisés à appuyer cette offre au nom de leurs Cours. »

Le duc, s' éloignant à regret du blocus de

* Archives de cour, et registres du parlement de Grenoble. — Ce discours célèbre tramt le secret, déguisé depuis h dessein, de rorigine gallo-romaine de la Maison de Savoie et

continue les traditions de ces princes toujours prêts à invoquer le souvenir des royaumes de Bourgogne et d'Arles en attendant qu'ils ie fissent les héritiers dos rois d'Italie.

Genève où il se crevait assuré du succès % passe les Alpes et emploie huit mois (3 avril — i8 novembre 1590) à la marche^ trop lente pour son désir, qui le conduit de Samt^-iulien à Aix en Provence. Une année s'use à de stériles discussions avec les Parlementaires, à de désespérés appels d'hommes et d'argent ; ni Madrid ni Rome ne tiennent leurs promesses; puis, le patriotisme des Provençaux se réveille ; ils s'indignenL à la pensée que \c duc de Savoie prend des allures de maître dans ce pays où n'ont pu tenir les Allemands de Bourbon ni les Italiens de Charles-Quint. La i) elle comtesse de Sault lui suscite une opposition passionnée, insurge Aix. et délivre Marseille '\ Gharles-

• U laisse dans son ramp don XmMéo, son Irèro, avoc 14,000 soldats de Id milice savoyeiiaci une ligne de fortins garnis d'artillerie enveloppait la ville; des barques arméea croisaient sur le Inc. Kn pr('vision dfs affaires provenf;a]os, ses diplomates les plus a» tifs, Chabod de Jncob , Jérôme de Lambert, Charles de Hochette, avaient dissous par de persuasifs arguments Is cercle soupçonneui qui menaçait la Savoie dans le bassin du Lëman. Le 1 1 octobre 1589, le traité de Nyon renouvelle dans des termes identiques les accords conclus avec Berne, en 1570, par le duc riulibert; tout se fil eu si grande hftte qu'on ne prit pas le temps de rédiger de nouveaux articles ; il s'ensuivit ce résultat singulier que l'art xxTt ^Traités pubUcfi. Tome I*"". 96) comprenait et réservait dans ralliance tous les anciens alliés df.s Bernois , ensemble tous aussi leurs bourgeois et combourgeois , c'est-à-dire la ville de Genève, que le duc, au même moment, pressait avec fureur. Enfin, le 16 décf mlire 1590,1e traité do Sien tnrraine les difTéremis avec l'évèque et les Vallésans qui, en témoignage de bouue amitié, oiïrenl au duc les reliques de Saint-Maurice. Genève, une fois encore, restait livrée ft sa seule énergie. Dans le compte du trésorier Dyan pour 1589-1590, on note la dépense de 18,000 ducats pour les fortifications délia Catarina, 3,330 livres pour la marine du lac de Genève, 3,116 pour la construction de galères à Thonon.

* Aussi ardente que reuliàousiasme aveclci^uel, un an plus tAt^ Im Provençam avatent aeciieilU le duc. *~ Il entrait par

Emmanuel, las de s*épuiser au milieu d'ennemis insaisissables, bat en retraite sur les Alpes ; il s'y heurte contre un lutteur moins chevaleresque, qui rompit toutes ses trames et sauva peut-être, à lui seul, Tunité française.

Lesdiguières, plaçant au cœur des Alpes sa base d'opérations, se porte tour à tour sur la Savoie, sur la Provence, sur le Piémont, frappe partout des coups inattendus et inaugure, avec quelques milliers d'hommes , une série de manœuvres rapides où l'audace suppléait au nombre. Après de feintes attaques sur la vallée delaDurance, le rusé dauphinois se jette tout à coup dans la vallée de l'Isère et menace Chambéry. Don Amé lève en toute hâte le siège de Genève, accourt à marches forcées et se croit sûr de battre rennemi qui recule en désordre. A Pontcharra, Lesdiguières s'arrête, retranché derrière le torrent de Bréda; puis, masqué par les bois de la Chapelle-Blanche, il bat en deux jours, malgré la disproportion des forces (7 septembre 1501), les 14,000 hommes d'Olivaros et du marquis de Saint-Rambert et les 2,000 Italiens du comte de Belgiojoso ^

les villes, dit rs'oslradamu&, aux cris de : ViveSuvoye! Vive la mtite! La Joyo du peuple fut si démesurée que ne sçaaroH aurune plume, tant ^;oit-ollc bien coupée, l'exprimer ny dire. — Voir les détails dans l'Histoire de Provence, les Archives du Parlement d'Aix» ÏHist. géiiéaL (II. 729.) et Us Mémoires de Suliy (II* 133. EdiL de 1768).

* Guichenon rapporte que les Savoyens et leurs alliés s'entendaient peu; puis, que les Français ménagèrent fort quiconque put crier en leur langue : Vive Savoye ! tandis qu'ils ne firent de quartier ni aux Allemantls, ni aux Espagnols, ni aux Italiens. Videl, dans sa Vie de Lesdiguières (IV. cli. 8), affirme, avec peu de sens, que son héros ne perdit que 40 hommes et

Î^rit ou tua 3,000 Piémontais. Quelle que soit la vivacité de 'amoii*'-propre national, de pareilles exagérations font, sourire.

L*armée d Espagne s'enfeniie k Ghambéry, les Genevois se vengent sur le Chablais et le Faucigny des terreurs du blocus, et Lesdiguières, profitant de la surprise causée par le combat de Ponteharra, passe en Piémont , prend Cavour et Briqueyras, franchitla cbaîne des Alpes

Êar des cols réputés inaccessibles, rentre à tnançon^ et apparaît sous les murs de Grenoble le jour où le marquis de Treffort menace la ville. Le ducdeNemours et le marquis de Saint- SorUn% quoi qu'ils eu8$mt la brigue lapins forte et les meilleures chances au milieu de dix ou douze partis qui se disputaient Vinfliience^ n'avaient pas mieux réussi à Lyon et à Vienne que don Amé à Genève» Olivaros à Pontchàrra et le duc Charles en Provence. En 1502, tandis

rFarmée combinée guette ses mouvements s la vallée des Alpes, Lesdiguières remonte les vallées du mont viso, prépare la révolte des Vaudois et menace le Piémont. Il prend Exiles, malgré la vive résistance du comte de Sonnaz, mais échoue à Fcscalade de rignerol que sauve la comtesse de Piossasque. Le duc, en même temps, perdait et reprenait Ântibes. Les résultats des campagnes de ^591 et 1592 furent immenses; au nord, Genève dégagée; an midi, le duc forcé de se replier sur le Var et de concentrer ses troupes en Piémont. Reprenant partout roiï'cnsive, Lesdiguières, plus impétueux encore que l'impétueux Charles-Emmanuel, le forçait à rompre ce front d'attaque

' Ces eou^iiis de C!inrîc s-Enimoiiuei étaient en même temps des princes lorrains, comuie fils d'Anne d'Esté, vcuvede François de Lorraine, doc de Guise» mariée eu secondea noces à Jacqnea de Savoie.

qui, quelques mois auparnvrnit, menaçait la France, de Genève à Âigues-Mortes.

<ï C*étoit le dessein du roi (FK^pagne, remarque Guichenon, qui, jaloux du duc, l uiviloit à de uouveîles conquêtes afin qu'il a!»an«lonnàt colles qui paraissoient assurées, et Uattoit saus cesse son ambition sans la satisfaire. »

La guerre continue pendant six ans dans les

Alpes, tenant en haleine ces provinces, amon-

celant des ruines. En 1593, la ville de Saînt- Genix fut prise par les Huguenots qui roccu- Çèrent pendaul quatre mois et y brûlèrent les églises. Les frères Pellisson, dévoués aux Français, servirent de guides aux entreprises que Lesdiguières tenta le long du cours du Khône pour enlever l'iorroGhàtel , Seyssel, le fort de FEcluse. Le inaïquis de Treflbrt le força à battre en retraite, fit quelques courses en Dauphiné, et mânqua la surprise de Romans où le duc de Savoie avait de chauds partisans. Nemours, découragé par son frère Mayenne de l'espoir de se faire roi en épousant l'infante Isabelle, imagina de se créer , du Vivarais au Jura, une principauté dont Lyon serait la capitale. Mais jps bourgeois de Lyon, plu^ //hs- que lui, remarque Snlly, se souciaient peu de recevoir une garnison espagnole ; pressés par le prince, ils se déclarent subitement pour le roi (7 février 1594). Nemours s'échappe à travers les rues, sous le plus sot déguisement, ~ souvenir qui valut nombre de coups d'épée aux mauvais plaisants. Cette série de revers fut le coup de grâce pow* les ambitions du duc de Savoie; Charles-Emmanuel, malheureux et ridicule, ne pouvait plus réussir en France.

Déjà, lors de la réunion des Etats' chargés de Télection d'un roi, le duc de Savoie avait été robjetde violentes attaques ; les pamphlétaires et les clironiijueurs ne gai'dèrent plus de mesure dès qu'on le sut vaincu et que l'abjuration d'Henri de Navarre (25 juillet 1593) eut rallié les partis. On lit à son «dresse, dans la Satire M^ippée :

IV Celluv la diiii se saiislairt' lie ik»us .imjÏi' soiibtrail . le Manmisai de Saluées par fraude etlrahison, au danger de le rendre tostau double si nous avions un peu de temps pour prendre haleine. Cependant, il aura ce

Slaisir de se dire roy de Chypre et de tirer son antiquité e Saxe*. — Charles-Emmanuel, dit un contemnorain ' estoil lors tenu par aucuns Fun de nos plus judicieux, adroits et avisés princes. Anticipant les aavanlBgi s nu'il se proposoit de ses alliances avec l'Espagnol, il escnelloit ses grandeurs sur les degrés de ses amis plus que sur ses propres moyens et se fanlasioit l'élection à la ronronne des Romains et ia superintendance de la cbrestiûuté. »

Les événements de Paris, en rayant le duc (Charles de la liste des candidats ru trône, le rejetaient au nombre des alliés de l'Espagne, . ennemis de la France. La Savoie en souffrit

* Ouverts In 2»! jaiivirr 1593. — On voyoil nuit el j<nir dans les rues de Vàdb, dit le Journal de VEsloikt les ngeiiis des prétendBDts qui vont visiter lea dépuli's et briguer leurs sulTrageSt et surtout ceux des deux Charlos de Savoie (le duc et Nemours). — Les Archives d»* rnur rei:; *! mont le texte, ('crif lio };i main du duc du Savoie, des instrui t ions sciTùtcâ qu'il donne à ses agents k Paris ; so préoccapotion est de se faire acrepler comme le chef des catholiques , ayant plus mdu dcsenrkesà la religiim romaine que le rot d'htpagne, dit-il.

* Harangue de M. d'Anbray pour le tters-élat.

* Hitturre i» la emquttU des paît deBrt$te et de Satoye, par le eieur de la PopMmUte* — » Lyoti. 1601. IiHlS.

uatre ans de [>ius. Lus S( ridais d'Olivaros et u comte de Bel^^injoso prenaient leurs quartiers dans les villes 1*'S villages, s'échelonnant depuis le Mont-(^eiiis, d'où ils donnaient la main aux armées du duc, jusrpi'à Rumilly, où ils trouvaient les premiers détaclicments du marquis de Saint-Rambert. Ces troupes indisciplinées, toujours sur le qui-vive, mais ne cherchant pas l'ennemi et n'ayant qu'à se défendre de quelques coups de main isolés , occupaient leurs loisirs en pillant ceux dont ils avaient mission de protéger le territoire. Le 8 août 1590, noble Jean Chifllet avait reçu des lettres decapUmte de campaijnepour chaslier les mor raudeurs et pschappc^ des camps. Cinq ans plus tard, le 8 août 1505, deux bourgeois deChambéry, députés par le conseil de ville, portent au comte de Martinengo, à sou quartier-général de Moutmélîan, une supplique des syndics dénonçant les soldats italiens, logés aux faubourgs du Larith et de Montmélian, qui hrusîent, robbent, gastent et saccagent les maisom des lieux drconvoisins, à belles troupes, V enseigne déployée, à tambour sonnant, vont par les vil" lages et brutalisent pis et pis que V ennemi*,

\/d campagne de 1597 se (il en Savoie. Joyeuse, d'Epernon, Mayenne, s'étaient offerts à Henry IV ; la Ligue agonisait : il ne restait plus dii roi d'Espagne que cette grande ligne militaûe, à lu fois route d'étapes et front de

* Le romU^ do Marlineugo, liciiti nant-général en Savoie, avait pour suppléant le marquis de Treffortet. à son défaut, Ghabod de Jacob, grand-mattre de rartillerîe. Le marquis d'Aiz commandait h Chambéry, et le trésorier général Dyan avait la charge d'intendant dos fortificationa decèb les montSi (SENAT. Reg, XXYIL 15», ItiO, it)8.}

dtaddUes, qui s'étendait de la corniche de Nice aux dunes de Flandre, en traversant les Alpes et le Jura. Lesdiguières eut pour mission de couper cette route qu'allait suivre le duc our sauver Amiens où se concentrait Teffort e la ^^uerre. Déjà les Italiens de Charles bivaquaieufc à Saint-Claude, attendant le comte de Salinas dont les tètes de colonne débouchaient au Monl-Cenis. I^esdiguières franchit les Alpes, malgré la neiiîo, par les cols du Galibier, et devance les Kspagnols de (quelques heures en I\laurienne ; il les poursuit Tépée dans les reins jusqu'à Bramans et Lanslebourg, à travers les montagnes, les torrents, les poiiLs rompus. J.educ, secondé par l'initiative vi£,^oureuse de Tinfante Catarina qui attacjue la vallée de Pragelaz, masse ses troupes a Rumiily, jette quelques détaeiiemeuts sur les rives du Rhône et dans les Bauges, du Chàtelard à Seyssel, fait appel à la noblesse ' et vient ramper sous Coniiaris. Il permet ainsi aux contingents espagnols, rebutés au Mont-Cenis, de franchir le Petit-Saint-Bernard et de passer en Franche- Comté, à l'abri de son front défensif, par la Tarentaise, Faverges, la vallée des Usses et celle du Fier ^

Tandis (jue le duc organise la protection de la route d'étapes du roi d'Espagne, les cavaliers dauphinois courent la vallée de Tlsère sans

' L'ëdit du 12 janTier 15D8 enjoint aux gentilshommes qui

n'ont p 1-^ f-lit deux mois di3 campngne, en 1597, avec l'équipage rf'glenientairo, de se consigner nii quarfior-gëndral ou de produire des lettres d'exemption dans le délai do trois semaines.

* Le comte d'Avalos prit cette roufi', en mai 1597, avec 3,000 arquebusiers d'Âragou et lut suivi d'autres renforts. (Archives manicipalesde Saiot-Maurfce, Moûtten, FayergeSt Annecy.)

* trouver l'occasion de tirer le pistolet. Lesdiguières attaque La Rochette, petite ville fermée de murailles, l'emporte d'un coup de pétard, et rompt avec beaucoup de peine les barricades que les habitants avaient élevées dans les rues , voire presque d'un pas à VaU" ire, et qu Us défendirent comme de vieux soldats. D(! là, il se porto à la Chapo Ile-Blanche, descend sur Montmélian et coupe le pont^ Le duc arrivait par Fréterive; il passe l'Isère sous le caiiun de (lhamousset, et y construit un ravelin. Lesdiguières se liàte de Fattaquer avec deux petites pièces d'artillerie qu'il loge dans la plaine, sans gabions ni plateforme ; la poudre manque ^ ; il fait vider sur les casav{ues de ses geii^ d'armes tous les fourniments et toutes les bandoiières et Ton en recueillit assez pour tirer quelques coups, après quoi l'on forga la redoute Vépée aux dents et le pistolet au poiiKj. C'est en passant risère â la nage à la suite du combat, que don Philippin , bâtard de Savoie, perdit cette écharpe, couleur de cheveux $of^ qui lui valut plus tard sa ouerelle

avec Créqui et, à six semaines d'intervalle, deux

* Videl. Histoire de la vie du connétable de tesdiguièret. — Edit. de Paris. 1638. — On y trnavo de reiagéruiion. des

ineiaclitudes, mais quantité de détails carieox. Lire le trsit épiquL' du capitaine Trydrn, tué d'un coup d'arquebuse lorsqu'il aUûchâil le pétard, eu pleii) midi, tout seul, à la porte du fort de Chamonsset ; etc.

s Les services administratifs étiiient encore « i état rudimeniaire ; les eonvois de munitions s'embonrbaieDt dans les marais de riflére ou étaient enlevés par I«ts eonrem de l'ennemi ; le

pain venait do Grenoble, comme le prouve je procès du char- »reux de Saint-Hugon (Archives du Parlement de Grenoble.), accusé d'avoir empoisonné les rations qu'on portait à l'armée du roi*

coups d'épée dont le second le tua'. T.es incidents militaires de cette campagne sont trop coiiijus pour (]ue j'y insiste. La petite armée finuphinoise s'empare ries flenx tours de Charbonnières-, du fort bùti sur le tertre de Chamousset, et incendie le château de Montmayeur. Le marquis de La Chambre s'était enfermé avec une centaine d'hommes dans le château de Lœuille^ ; voyant les ponts l utnpus et le duc peu disposé à hii porter secours, il capitule après ti'cnte coups de canon, au moment mf*me on T.esdi{j;uières , manquant de poudre, allait quitter la place. Le duc rétablit le pont de Montmélian sons le canon de la citadelle et attaque, pendant six jours consécutifs, la forte position des Dauphinois sur la colline des Mollettes et les pentes boisées de la Chapelle- Blanche. Puis, tandis que Lesdiguières se retranche au confluent de Bréda avec Tlsère, ,C!harles-Emmanuel construit à Barraux, sur la rive opposée, le fort de Saint-Barthélemy^.Dans

' AR. TURIN. Relation manuscrite du dnrf de don Philippin avec Créqurf, le i juin 1Ô99 ; c'est un véritable roman de cape et d'épée.

* Od troiiTeaa Sénat (Reg. XXVI II), des lettres de grâce au nom de Hierôme Gaignone. de Chieri, accusé d'avoir fait évader le cupiloine Numel . lequel diail détenu ù Montmélian pour avoir livré contre son devoir le fort de Charbonnières au sieur des Diguicres.

* Ân-dessuâ de La Rochelle ; il lut rasé eo 1G30. Oo déplore la ruine totale de ces fières dtadelles. Lœnille > Salnt^aequemod. Saintc-Caiherine, l'Annonciade, Montvalesan* que chaque

siècle prit à tâche de jeter bas.

* Ce n'était alors ifi nne redoute en terre avec des ravelins palissades. Sa consirucUon coûta seuicment 24,776 livres. |AR. CU.C. Rouleau de 1597.) Vdr dans Videl (f. 199) le récit de l'attaque, qui dément de ridienles légendes. 11 fut bâU sur

remplacement d'nn donjon que le comte Amédée prit sur les Dauphinois^ vers 1393, et qu'il rasa au nireau du sol.

la nuit du 15 mars 4598, ce foH,h peine achevé, est enlevé à Tescalade ; c'était la revanche de la défaite de Créqui', pris en Mauricnne un mois plus tôt. La paix de Vervins lit manquer à Lesdiguières le projet qu il avait formé de saisir le duc-.

Pendant que Charles-Emmanuel négociait en Provence, escarmoucbait dans les Alpes, puis, forcé de rentrer sur son territoire, tenait tête dinicileuient aux coups de boutoir deLesdiccuicres; pendant que la Ligue perdait Tune aciers Tau l i e toutes ses villes et que les chefs de la noblesse se ralliaient à Henri IV; pendant que Philippe II subissait le double mécompte de la reprise d'Amiens et de la soumission du duc de Mercœur, la guerre continuait, avec des alternatives de succès et de revers, mais toujours ardente et impitoyable, sur les deux rives du Rhône. Les maux que la Savoie avait soufferts, durant ces neuf campagnes stériles, de i589 à 1598, n'étaient rien auprès des excès commis autour de Lyon et de Genève. En 1591, Sancy, fort habile à surprenr dre les convois de doublons qui passaient à Bàle ou à Besançon, et qui réussit aux attaques

' Crf'tpii avait battu le dur an rombat de S.n'nt-André ; mais, après la reprise de Chai bon nière<î, trompf^ par une ruse de guerre, il s'attarde sur les bords de I Arc. se débat contre des forces Aupërieur^s aux combats d'Àrgenliae, d'Epierro, de euines. et enûn, bloqué de toutes parts, n'ayant p!us que deux rcnts hommes, après trois jours de défense en rase campagne et une nuit passée dans la neige jusqu'il la ceinture, il se rend épuisé. (Guicheoon. II. 333.}

* c Apprenant que le duc galantisoit proche Chasteaublanc • une parente du comte de BrandiSt gouverneur dn fort de Moot-

mélian,pî qu'il y passoit à son occasion des jours et des nuits, il s'ostoit préparé à luy faire ce bon oUico de ryenferiner tout eu |ikiA. > (Yidel. I. %0^.)

de Versoix et d^Evian, ne put tenir devant les régiments d*01ivaros et, sous de méchants prétextes, prit congé de Genève. Le grand Conseil ne faiblit pas; Ton trouve dans ses registres, à propos du départ des Français, cette mention hautaine :

« Il a esté arresté que, puiscfue MM. de Sancy et de Guitry se retirent d'icy, prétendant qu'ils sont pns assez forts, on ne les chagrine point en leur disant adieu. »

Les diversions de Lesdiguières leur permirent, grâce aux contingents bernois, d'assurer

la défense de la ville ; niais ils durent renoncer à tenir la campagne et assistèrent, du haut de leurs remparts, aux dévasl allons du pays de Gex ut du Chablais. Les chroniqueurs catholiques et les prolestants turent unanimes à flétrir les ati'ocités qu'on y commit.

t Tout ce qui s'estoil passé jusques là n'avoit esté que miel au respect des dégâts, violements, incendies et tueries voire incroyables nue les P^spagnols de don Olivaros commirent au dicl nailliniïc de Gex t)ii tous les villages de marque furent brusiés. Ils ne sont pas les seuls qui portent la folle enchère de ceste misérable guerre ; toute la paovre Savoye s'en ressent ; aussy ne doit sçavûir S. A. bon gré à ceux de son conseil i^ui lui firent quitter le parti de la France et suivre de si pires amis Qu'Espagnols ^ i — Les pldnes furent incen-* diées, les vallées devinrent désertes ; la population qui put échapper aux massacres se réfugia dans les épaisses forêts qui couvraient alors les pentes des Voirons, du Salève et du Jura, sur les deux rives du Léman*. —

I le catholî(fue Savoyard. Drief diseoufs de la gwrre esmeue entre le roy de France et le duc de Saooye.

* Voir, aux Piîcc:: justilicalii es d(! l'iiistoii-e de M. rinlici^l, le Vray recueil des horribles carnages perpétrés par les troupes du duc de Savoye^ etc.

€ Le bastard de Suvoye y entra environ la Ail de iiiin avec une armée d'iafanterie et cavalerie espagnoles, gens comme ils sont extraicts de Sarrazinset ae Moresques, ne sachant ce que c*est qu'humanité comme le témoignent leurs propres histoires des Amériques et

déportemonts des Pays-Bas Outre le dégast des

maisons dr ( onx de Genève, tuant avec cela autant de paovres payï^ans sujets naturels dudict seisrneur duc qu il.^ j)euvent attraper, sans aucun esgard d aai;e ni do sexe. Le vieil et décrépit n'v a point esté espargné; les femmes vieilles et jeunes forcées jusques au mourir ; les petits enfants arrachés du sein de leurs mères et leurs paovres testes escrasées ; coupant vignes et arbres pour réduire ces paovres pays en désert inhabitable comme ils ont désia bien avancé *. »

La France, la Suisse, Venise surtout prirent une prande part à la défense de Genève contre les armées espagnoles ; Venise, Bâlo, Genève étaient, au XVI- siècle, les trois abris de la pensée humaine; cette solidarité de Tesprit, sentie plus que comprise, ralliait autour de ces villes les mêmes défenseurs, en petit nombre, mais passionnés ; le piémontaîs Mercurin de Gattinara, le florentin Machiavel, les savoyens René de Lucinge et Joly d'Allery, le français d'Ossat furent, d'un bout du siècle à Tautre, les avocats de ces nids d'aigle que pourtant ils aimaient peu. Le marcjuis de Saint-Sorlindans le Lyonnais % le marquis de Treifort' et le maré-

^ Mémoires de la Ligue. Tome IV. page 260.

* Saint-SorUn marche sar Lyon -pom dégager Nemoara* traitant le pays avec des inhumanités plus que^ barbares et

brutaux déporteruents. — Lettre des comnh de Lyon à d'Ornano; 30 septembre 1593. (Péricaud. Documents pour l' histoire de Lyon.)

^ On cnleiiuail les notables dans des coffres ou ilaua dus t4)fiiieaii7 jusqu'à ce queleara parents on amis eussent payé la

^ m — 159MW8

chai de Montmorency* dans la Bresse et le Buguy, se livrèrent de part et iVaiitre à de terribles représailles, irnlignes de ^'ciitilsbommes, et que le inaréehal de Biron renouvela, dans les mêmes provinces, en 1595 et en i()00*. On a peine à ei oire que «le tels attentats aient pu se commettre chez uu peuple civilisé, au milieu de populations chrétiennes, sous les yeux et par les ordres de cavaliers accomplis. Les partisans du boa vieux temps peuvent récuser certains proifi^ès modernes ; ils ne nieront pas que les sentiments de justice et d'iiumanité aient fait un pas immense, et que le droit d'autrui soit miîMîx compris, la vie humaine plus respectée, aujourd'hui qu il y a trois siècles.

Le traité de Vervins (2 mai 1598) vint enlin terminer la guerre et rendre à la France ce qu*elle possédait en 1559. Henri IV, après avoir signé, dit au duc d'Epernon : De ce coup de jflume, je viens de faire meilleure besogne que je n'en emse fait de longtemps avec les plus

rançon fixée. Et, le plus grand moyen de voir et respirer dans

ces .îorfr5 de prisons, c'est l'embouchure du tonnelet et le trou de la serrure dM coffres. — Lettres des consuls de Lyon an roi.

' Le 8 novninbro 1504, Us gens rj^ M. le conncstablc de Montmorency prindrent Monllucl en Savuyc et le pillèrent, d aulHnt que le marquis de TrelTort et Balansun avoyenl prins le Chastelard en Dombes et massacré font ce qu*il8 y trourèrent dedans. fCAron. anony m. maniue.-- Archives du Rhône. Section Xli.)

* En 1586, Henri IV acmpta Monilael de tout impôt, pendant sir ans. pour c('t'**n r«'V rr-batir les tn'îisons. En 1600, il y eut des paroisses doni tous les habitants avaient disparu (Dompierre en Dombcs) : d'autres (La Vraudière) où, dans les villages incendiés, il ne restait qn'un senl être fiTant. (AR. CH. c. dn Dijon. Dénombrement det temt du marquée de Yarambon, 1603.)

vaiUantes éj^éeê demanohlesseK Quelques jours avant, le roi avait mis fin aux guerres de religion par Fédit de Nantes (13 avril 4508).

Le traité de Vervins replaçait aussi le duc de Savoie dans cet état de neutralité dont il n'aurait pas dù sûi Lir ; la question du Marquisat de Saluées était réservée ; on la soumit à Taibitracée du Pape Clément VI 11 qui promit de se proiioncer dans le délai d'un a^'^ Ce fut une faute, qui engagea le roi, incontinent après la paix, dans mie guerre qu'on aurait pu éviter ; mais la diplomatie espagnole comptait trop sur les agitations mal apaisées du royaume pour permettre qu'on réglât ces affaires sans s'v ménager la possibilité d'un retour. M. de iiothéon vint à Cliambéry recevoir pour Henri I V le serment du duc Charles ; on le combla de caresses, de chevaux barbes et de chaînes d'or ; il ne se laissa pas séduire à ces amorces et sollicita le prince de régler son différend avec Genève. Le duc se trouvait vis-àvis de Philippe il, de ileinn IV et de Clément VIII dans une position tellement i'ausse,

* Girard. Vie du duc d'Epernon. Tome I•^ ~ Bodin. la Ri" publique. Livra V, chap. 1".

* Art. -24 (In traité. Traités publics. — PliiJippe 11 n'avait fait, à Vervins, aucune resei vo en faveur do son gendre et de ses pelils-fiis de Savoie; ii ne pardonnail pas au duc les défaites de PoDtcharra, des MoUettes et de Barraux, sa déception de Provence, ses pourparlers de Bourgoin. Averti par les légats Calatagirone et Alex, de Médiris , Charles-Emmnnue! se liâta d'envoyer à Vervins le marquis do Lullin, qui. grâce aux pressantes solUeitations de ClëmentV]II,réu8sitàTainereles répugnances des plénipotentiaires françaiSt Bellièvrc et Sillerjr. Ce ne fut que sur la lettre écrite par le duc nu roi : Qu^il le rendroit à l'avenir plus content de Iny et de ses actions que le temps et les occasions passées ne luy en avaient donné le moïen, (Dnmoiit. JtégoeiatiwM de France, Y. 561.)

m-xm

— suspect aux uns, l'obligé des autres, — ses finances étaient si compromises et son armée si mal en ordre, après neuf ans de guerre, ([u'il diU ajourner ses projets. 11 promit et jura tout vc qu'Hoiiri IV lui lit dicter. (^harles-Emrnaiiiiol se couuaissait à la cour de France de puissants eiuiomis : le parti de la ^nierrc, Lesdiguières, lUron, d'Oniano ; le parti protestant, nosny, Daplessis-Mornay ; mais la question du Marquisat le |)réoccu])ait plus encore. II mène à Tlioiinii . en grand a])pareiî, le Cardinal-Lé<^^at, lui donnant en spectacle* L^s conversions tuuu il hic uses du Clliablais, et confie à ses eoDseillers Cliarlesde Rocln tle. Antoine Favre, Chabod de Villeneuve, ]\Misal)ène, le soin de fouiller dans les Arcliivt s de 'l urin, de Nice et de Chanibéry tous U s titres ' sur lesquels la maison de î*^avoie appuyait ses prétentions à la souveraineté de Saluées ; on les recueillit en quantité si considérable qu'il fallut, i)our les porter à Rome, en charger quatre mulets

La conversifm du Chablais est l'un des faits les plus importants et les plus discutés de cette époque. Depuis FinvasiouDemoise de 1536, ce pays avait désappris la religion catholique; le ministre Viret dogmatisait à Thonon, Fespiit de Genève avait fait table rase de tout ce qui rappelait culte romain. La liberté de conscience, proclamée en 156i, y fut compromise

' C'pst s-ius (loulr à cello occasion, el pour faciliter les recherches, que le duc, par letlrcs du 21 novembre 1598, donna rordre. à tous les particuliers qui araieot été chargés de délégâtions pour son service, de réhUégrér aux Archives de la Chambre des comptes les titreSs contrats et parchemins ^ii'on leur avait confiée. (Rogislre XXYlll, folio 42.)

' CnîTibinno. Isloric^ (fiscorsn. — Pierre Mathieu. ÏJisloirt de I raucc ci des ciiou:i advenues aux provinces étrangères, I.

par les guerres de 15B9, et, lorsqu'il fallut donner des gages aux cours de Rome et de Madrid, le duc n*hésita point. En 1594, François de Sales s'était chaîné seul d'évangéliser la province ; dans tout le feu de la jeunesse et du dévouement, il refuse la force armée que tenait à sa disposition le baron d'Hermance ; après des mois de stérile labeur, perdant patience, il se plaint enfin que le duc, distrait par d'autres intérêts, néglige d'appuyer ses efforts.

« L*on preschera pour iiéanl, écril-il le 29 décembre 1595, si les habitants fui» nt la prédication. Plaise donc à V. A. de faire convocuirr Donrgeois et les inviter par l^m de inessiours uu "^t iiat à entendre, sonder et considérer de près les raisons que les prescheurs leur proposent pour l'Eglise catholique du giron de laquelle ils furent arrachés par la pure force des Bernois. — Vostre Chablais, dit-il un an plus tard, est une province raynée. Quant à moy, j'ay déjà employé XXVll mois à mes propres dépens en ce miséirable pays, et j'ay semé entre les épines ou sur les pierres. Certes ! outre la recouverte de M. d*Avully et de Tavocat Poncet, ce n'est pas trop grand cas des autres. »

Le séuatiMir Favre avait déjà roreilio du prince ; sur non avis, Fraurois de Sales est mandé à Turin ; il y porte les idées pratiques de son ami le jurisconsulte, traduites dans un langag<^ limpide et persuasif. Depuis quelques mois, les Capucins nvaieul commencé leurs missions dans les euvii-ons do Genève , et François, redoutant que leur propagande énergique ne compromit Fœuvre toute d'apaisement et de douceur qu'il avait rêvée, crut écarter le danger de mesures trop brusques en sollicitant le périlleux honneur de ding^r seul la conquête morale du Chablais.

c Genève est cité capitale du Calvimsitte» disait-ii au duc. Il y a des gens de tous pays la venant visiter comme

un catholique visiteroit Rome. L'Angleterre môme fait venir des ministres de Genève ; en 1595, elle en fournit vingt à la France. Ses belles et magnifiques imprimeries remplissent toute la terre de moî^c liants livres jusques à en faire distribiK^r ;mix dépens du puhlir. Kii 1596, le livre de Hocliandieu a esté inijn'inié à en doiiiuT irratuitenieut pour 700 escus d'or. A tecy se rapportent les escoles où l'on voit (luantilé de jeunes gentilshommes de France, d'Alli'uiai;ii(', etc. — Il faut jtour y parer, h Tlionon des jébiiilc's, à Annecy un iinprimt ur, de bons prédicanls par les campagnes, une maison de refuge pour les arts mécaniques, un séminaire pour les belleslettres, et avec cela de l'argent et beaucoup d'argent. On k pourrait prendre sur les rerenns sriperflm de quelques abbayefi. — Que faut-il en somme? Restaurer les églises, rétablir les curés, hnilkr de laterre nu.v habUants par de bons édits, lever les offices aux hérUi^ qiieSf bailler de l'occupation à la jeunesse catholique par les armes, chasser les ministres, surtout celui de Thonon, honorer ^ijèriah'Virvt décharges et de dignités les catholiques, se monlrer libéral pour les nouveaux convertis, etc. »

A son retour de Turin, François de Sales, enfiévré , tout modeste qu'il fût, de l'approbation et des caresses du prince, persiste cependant à refuser le secours du bras séculier, et célèbre à Thonon la messe de Noèl, m prrsence de seulcrncnl sept ou hxùi vieilles pcr- S07ines ^ tandis que le régiment du comte de Martinengo heurtait aux portes pour prendre ses logements. Les ('apucins critiquent les scrupules de l'apôtre ; ils se font forts de tout terminer promptement, disant: Que Ton n'aura

* Œuvres de saint Fraiirnis de Sales. Edif. de Didot. 1821. — XI Y. 76. (Discours au duc« en son conseil, décembre 1596.)

pas de peine à ramener à Tobéissance de TEglise le petit peuple de Chablais, car il vapour

l'ordinaire, sans réflexion, où vont ses mattrès; que d'ailleurs il paraissoit par la facilité que ces prétendus réfoiinés témoigiioient à se convertir, (iu*ils n avaient pas des seniimenls arrêtés sur la religion^ — Ils ne s'apercevaient pas, dans leur zèle, qu'ils discréditaient d'avance par ces allégations l'éclat de leurs succès. Le duc utilise à la fois les violents et les doux ; mais, pas encore de rupture; la situation générale de l'Europe est trop tendue pour que Fhabile Favre cousuille d'exaspérer les Suisses. On use de moyens détournés, (ïamorecs, selon la langue expressive des trésoriers qui classent sous ce titre tout l'argent destiné à l'achat des consciences, en religion comme eu politique. Ce système d'intimidation pour les uns, de séduction pour les autres, qui, au nom de la pure morale évangélique, faisait du positif de la vie, des intérêts matériels, le motif et le prix des abjurations, était familier au duc de Savoie. Depuis longtemps il l'employait, sans succès il est vrai, contre une femme héroïque, Jacqueline de Montbel, comtesse d'Entremont, dont les vingt-six années de tortures morales comptent parmi les épisodes les plus singuliers au XVP siècle L'expérience de quelques mois ne produisit pourtant que déceptions.

* Hist. des mis'i. des Capucins, d'après leurs propres manus-

r.rils. (Chanib»Ty, 1867. Pages 20 et 73.)

* Les femmes d'atitrefrii<>. — J'jrrjueliue de Montbd, veuve de Coligny. (Paris. 1869. Diiiier, éditeur, avec xix Documents dont plusieurs iDécUts*}

t Le zèle que j'ay au servicp do V. A., disait 1 raiiçois de Sales, me t'aict osot* dire qu'il importe, et de henucoup, que laissant icy la liberté qu'ils appelleiil di' ( onscience, seiou le traih* do Nvon, elle préière iiéanuioins en tout Texercice des Catholiques ' . t>

Cette franchise déplut ; le duc, à qui l'on dé* taillait en les comparant les conversions obtenues par les Capucins et le peu de succès des prédications de Tapôtre, confie au sénateur Favre la présidence des tribunaux du Genevois, et le délègue pour déclarer aux habitants du Ghablais «ju'il est temps d'abjurer les erreurs de Calvin (1597); il adjoint à François de Sales, suspect de tiédeur % trois honmies ardents, le jésuite Saunier, les capucins Chérubin de Maurienne et Esprit de lu Baume. Ceux-là savaient comment on force les convictions et pur quels spectacles on séduit 1 oreille et les yeux : les ui ocessions d'Annemasse, Fappareil théâtral des cérémonies, les plantations de croix et les distribiilions d'aiiuiones jetèrent toutes ces populations dans une éuiulion profonde. Les violences »les capucins conh-nstaient avec la parole line (ît persuasive de i i i(n<,'ois de Sales; (lliérubiu blâmait ies conféreuees paisibles de Tiionon et les entrevues «le Genève avec Théodore deBèze; les trois prêciiem^s écrivaient lettres sur lettres au duc de Savoie, demandant le rappel de cet apôtre par trop naïf dontraimable sincérité gênaitleurs manœuvres.

' Lettres inédiles de saint François de Sales t publiées par Datta. Tome I, p.igc 170.

• Les benliments furcQt partagés sur la manière dont François arait exposé la doctrine de l'Eglise catholique ; certains assuraient que, si ce qu'il avait avancé devenait publii', il en serait désaroné. (Vie de saint François, par l'abbé Mursollier.)

im-m ^ m —

«. Il gaste plus d'ouvrage en un jour (jue nous n'en pouvons édifier dans tout U' mois; preschant en ministre plus qu'on prebslre, ^'(luhliaiit jusqups à noiinner les hérétiques ses tVt'Tes, chose si scandaleuse que les Protestants en fout trophée ' . »

Les entrevues de François de Sales et de Théodore de Bèze, dont on voulait faire un illustre transfuge, ne furent pas tout à fait indignes par le ton et par le cœur, reroar(iue M. Sainte-Beuve , de ce que fut ensuite, par la pensée, la tentative de conciliation entre Leibuitz et Bossuet. On peut aussi comparer ces entretiens aux échanges de sympathie deTevêque Rossilloii do Bernex nvec le ministre Bénédict rictet, en 171 5. ^iais j'y vois autre chose qu*une sollicitation direclc du comu' à l'esprit ; derrière la mission que Clément VIII donnait à François, so cache celle, secrète et tortueuse, que (Uiiuics- I jimuaiuel confiait aux trois gentilshommes qui servent d'escorte à l'apôtre. Les allusions du président Favre, dans ses lettres inédites, certaines dépenses équivoques inscrites à cette date dans les écritures du trésorier Roliaz. au compte de Genève, indiquent qu'on avait l'espoir d'y acheter autre ( hose

?ue le désaveu d'un vieillard. Les vovnpos de 597 et 1598 rappellent, par mille nuances, le séjour de l'évèque Abu del eu ITyCA) ^ nt, s'il n'y a pas encore de preuves positives de mancxmvres poUtiques masquées par l'afiec tueuse cordialité du saint prêtre, ou peut cependant amasser assez de présomptions pour proposer la solution de ce problème à la sagacité des

* Vie de saint François de Sales, par le cttfé do Saint- Solpice. Edition de ld54. P«ge ^n, toi&e l^.

chercheu3rs. A la quatrième visite, François de Sales, comme s'il subissait, à son insu, Finfluence des courtiers diplomatiques dont il était suivi et auxquels sa seule réputation oiu rait les portes de Genève , aborda ce coin de l'intérêt personnel où Tliéodore de Bè/e Texila par cette simple et fière réplique : Assez, Monsieur, je suis trop vieux et trop sourd pour prester l'oreille à ae telles paroles Ml est probable que les syndics repoussèrent avec la même indigna* tion les propositions qu'on leur jporta. La déception politique ramena le duc a ses premiers desseins; les calvinistes de Thonon payèrent pour les citoyens de Genève. Le cardinal Alexandre de Médicis, le négociateur de Vervins, retoui^nait à Rome ; la peste l'avait empêché de descendre la vallée cm Rhône.

« Instruit à fond de l'affaire du Marquisat, remarque

Marsolier, il poiivoit conlribucr plus que pci^^onne à la faire tourner à r avantage du duc, et !*oii ne douloit point que S. S. ne iorniâl son jugeineul snr l'avis du Léirat. 11 lui étoit donc de l;i dernière iuiporlaucp de le i^agner et c'est dans celte vue qu'il partit de Turin pour l'aller recevoir. *

Les Capucins dont François de Sales n'était

5 lus que l'auxiliaire, les évéques de Genève et e Fmourg, M. d'AvuIly, passionnés comme tous les prosélytes, adressaient au duc mes*sage sur message ; « l'assurant des dispositions où se trouvoient les peuples, à la suite d^oraisons publiques, d'embrasser la religion cafho-

* On proposait h Théudore de Bèze une retraite h son choii, quatre mille écnsd'orde pon8iOArMo.,iiODi titre d'achat mais d'mdtrnnité. f'eftr subiilité se retrouvo marqui'e éilis l'WMi dea détoitiont du Code k'Mbma, Où fat l'écho?

lique,siis étoienl appuyés de son autorité et de sa présence. » — A. Favre, pour sa pf^rt , jugeait 1 occasion pro[>ice , puisque la paix généraît3 permettait au prince de concontrér son attention et ses ressources sui* ce point unique. Quelle preuve plus forte de dévouement à Rome et à Madrid pouvait- il donner que de montrer le Chablais converti malgré les Bernois, et Genève raillée, menacée malgré Henri IV ?

c Le duc reçut à Hantacombe, de$ maôns de M. Balthazard Magnilier, curé d'Annemasse, envové exprès, les lettres de Mgr Claude et du P. Ghérumn ; après les avoir leiies, demandant de Tencre et du papier , il , escrivit au P. Chérubin, de sa main propre, sur les épaules du sieur Boursier, Tun de ses secrétaires, car il étoit au bord du lac du Bourget, presl tà s'embarquer sur sa frégate pour aller voir le cardinal de Florence que le mauvois tornps avoit arrosté à (]lianaz, petit village sur le Rhosne, éloigné d'une lieûc de l'aboaïe.

Il conduit le Légat à Ihonon^quoiqu'on ne se fût point encore amsé de pousser pat cette ville pour aller de France en Italie^ mt MarsoUier, avec une pointe de malice. Pendant plusieurs

jours, ce ne furent que longues processions, eonvorsions bruyantes, sous la pique des cavaliers et grâce à ces entraîntnnenU tumultueux où il est aisé de jeter les foules. Les prières des quarante heures servirent de prétexte ù des manifestations oix la curiosité eut autant de part que la dévotion ; de larges distributions de pains, de grains et d'argent, à Ripaille, âFilly, a Thonon, y attirèrent les paysans des vallées de TArve et de la Dranse *. Les députés de

* Le duc dit au cardinal eu lui préieutanl Françoli de Sales: i'ay apporté icy mon espée pour uconâer tes saintet entre-priMf. — AR. CH. C. Mathne du ChMsù, Maw 109,

Berne s'élaii'iil rendus à Thonon pour réclamer la libel lé de conscience pu Chablais et rexécutioii <1e< traités dei5<Vi, i570 et 1589; le duc leur rép«»ii(lil (juc les ( (inversions étaient volontaires: <|iir (railleurs il anlunserail le séjour de trois inïin^ivtiii, pourvu qu'on le Jaissdt Ciivoi/er tmîp: rajuiciiu prêcher r) Berne. La conversion du petit peuple ne satisfaisait le duc qu'à demi; il sentait bien que rien n'était moins sérieux ; les ( onvictions mieux raisonnées des bourgeois eldes gentilshommes ne capitulaient pas encore. Sur le conseil du P. Chérubin, il sf^ décide à frapper un grand coup. Le t> octobre 1598 eut lieu, a la maison de ville de Thonon, la fameuse assemblée où leducCharles, en réplique à Tédit de Nantes , commit un de ces attentats que doit flétrir Tbistoire.

Depuis un mois, le Chablais était remué par la parole ardente des missionnaires; dix mille pénitents descendus des vallées encombraient laidlle, fanatisés par les sermons, les flagellations, les prières publiques; deux mille arquebusiers campaient aux portes; le Légat, sa suite, les gentilshommes Je la garde du prince, vêtus de velours et d'écarlate, les cavaliers répée nue, les coniréries visitant les croix des chemins, formaient ini tableau imposant uù le chant des prêtres se mêlait aux clameurs des fanatiques et au bruit sounl de la multitude. C'est à ti*avers ces rnos pleines ch' rumeurs et lie menaces que troi- ( mts boin'geois ou nobles durent })asser poiu* répondre (\ Vappel du prince; désignés à la curiosité ou à Tinsulto, lis ne parvinrent pas sans péril jusqu'au lieu de Fas'^fMiiblée. Cliérnbin parla deux heures; le prince qui pendant le sermon n'avait cessé de

se toucher la barbe et de tounuenter la poi* gnée de sa dague, signes de colère, dit un contemporain, 8*écriatout à coup avec véhémence :

« Tl esl If^iii})^ que j^apprenne de vous Tne;^nip Yostrt» dernière résolution ; ([ue ceux qui poi lent la croix blanche sur le « œur passent à ma uroile (3t ceux qui prél'èrent l'hérésie de Calvin à ma sinistre, comme les damnés du jugement! »

Un moment d'hésitation dans cette foule inquiète ; puis les deux tiers environ passent à la droite du prince, salués par les acclamations des prêtres auiqueUes repondent les cris du dehors. François de Sales prend à son tour la parole et , les larmes dans la voix, avec une onction pénétrante, il essaie de toucher les im- ))rudents qui demeurent obstinés dans leur foi. Un d'eux se détache du oupe, puis un autre, et c'est tout. Le colonel du ré??imtjiit du (lhabiais, Brotty, les bourgeois .loi y et Despretz, d'autres encore, notables, hommes de loi, et

Î)lusieurs gentilshommes reslaient isolés au miieu de cette foule où le respect se mêlait à la surprise

« C'est donc vous, ennemis de Dieu et du prince, repond le duc, qui prétendez me résister? Je vous feray

voir que je suis le maistre. Ça, prenez le nom de ces oj^iniastres et que sous trois jours ils ayent vidé mes ^tats! »

Le jour même , des lettres-patentes supprimèrent le culte protestant, révoquèrent tous les offiders, magistrats ou syndics appartenant à la religion réformée, ordonnèrent qu'on brûlât les livres de doctrine , les Bibles en français, les psaumes île Marot, condamnèi eut à l'exil quiconque iw ferait pas, entre les mains

des Capucins, } profession do bon ai pur catholique*. Ces mesures extrêmes rencontrèrent une vive opposition ])armi les ministres savoyens^; rapprochement singidier, c'était à l'heure même où le Parlement de Paris refusait d'enregistrer rédit (\e Nantes. Mais le duc ne ménageait ç^lus rien ; les runseils passionnés d'Antoine 1^ avre, si persuadé que peu cThommes s'exposo't aux nécessilés tV rire vagabonds pour affaires de conscience, ceux de traneois de Sales lui môme, entraîné par le milieu violent où il vivait et peut-être aussi par le besoin de faire excuser sa propre débonnaireté^ s'accommodaient à une volonté ferme, impitoyable et quiy d'elle-même, allait au-delà de leurs combinaisons. Il avait échoué à Genève dans ce que Auguste de Sales appelle naïvement la tmtation de Théodore de J^éce; il profitait, pour emprisonner la ville dans un cercle hostile, de la terreur qu'inspirait aux Suisses l'armée du duc d'Albe ^ Les Bernois, les députés de Genève, les princes protestants d'Allemagne , les Hollandais, la reine Elisabeth, élevèrent contre ce coup d'Etat des protestations énergiques mais stériles*. L'intervalle qui s'écoula entre le

' Lettres-patentes dcâ 5, U, 12 octobre. — Euquètcs du 12 novembre 1598.

' NowseUes kUra tWtftIes dé sain$ François* I. 138.

* Corresp. de Morillon et de (rranTelle avec Philippe II.

* Les Cantons obtinrent cependant que les conférences ouvertes à Tlionon faseent reprises à Heroi^nco, puis à Genève; les pourparlcr:i du 23 novembre et le Conrhi.uiin du dr'ronibre 1598, sur la possession <hi bailliage Av. (iex et de Ja Châteilenie de Gaillard, aboutirent à des accords qui ne furent pas mieux respectés que eenx de Vervins. les plénipotentiaires de Savoie, le président Cbabod, le baron de Ternier et le eomte de Virj^i se défjsvdii^t mâli n'ayant d'ordres que pour

soo —

traité de Vervins et l'invasion d'Henn IV, fut employé, sans trêve ni merci, à pacifier les terntoires limitrophes de Genève ^ selon les expressions des historiens, et à reconquérir le Chablais à la religion de ses pères. La conversion forcée du Chablais vengeait le parti espagnol de la déception de Tédit de Nantes ; jamais les deux principes incamés dans Charles-Emmanuel et Henn IV ne s'accusèrent avec autant d'énergie qu'en cette année 15â6.

« Le duc rétaltlit, mm violenees, le catholicisme en Chablais, a dit un historien d'habitude plus exact * ; les Ghablaisiens revinrent volontiers à leur religion primitive; il ne fallut pas beaucoui) de temps pour leur faire oublier les doctrines nouvelles, peu de leur goût, et qui n*amieiiU jamais Hé adoptées génér<Umeni par eux, n

Les lettres de saint François de Sales et les registres du Sénat contredisent ce témoignage. Ce qui était vrai eu 1530 ne rétait pas soixanlo ans plus tard. En 4594, le Chablais ne conijitait guère que cent catholiques pour soixaule-dix pa roisses, et il y avait des prêches réoruli<Ts dans suixante-cinq '-. Ce pays, protestant depuis deux LiénératioTiS, avait, il est vrai, subi la Réioinie à regret, romme il subissait les Missions avec répugnance; mais, de 1530 à 1564, sous la rude domination bernoise, de 1564 à 1580 sous la tolérante administration d'Emmanuel-Philiberl, de 1580 à 1594 sous réquivoque autorité de son fils, de 1594 à 1597, pendant l'apostolat do François de Sales, de 1507 à 1600 sous les proatermoyer, « outre la logique des conseillers genevois Jean Sarrazfn ff Jean de Normandie.

* Marquis Costa. Mém, hist, 11. 113. (Edit. de Turin. 1816J

* Vie d€ saint Franfois de Soles. Tome I*', page 146.

vocations et l'arbitraire, ce? populations, si maltrait<^tis par les Kspagnols aOUvaros et les garuisaires de Martinengo, apprirent à envier la paix de leurs voisins de l'autre côté du lac, à désirer Findépendance de leurs amis de Genève. La confiscation et Texil eurent raison des obstinés, Targi ut et l'octroi de charges publiques ramenèrent le reste des consciences; mais il y eut des retours et dos sursauts dans la soumission apparente à une contrainte odieuse. La lutte sourde, rabstention , la résistance passive, tout ce qu'on crut terrassé par le coup d état de Thon ou reprit et recommença avec l'invasion trancaise. Le duc, par lettres du 20 juin 1601, invite les penples du Chablais, de Ternier et de Gaillard à se ruiidre, avec les femmes et les entants, aux sermons des capucins sous peine de punition arbitraire. Les mesure? de rii^ueur furent :ip|)uyées par la création de (nianlito de maisons religieuses, l'organisation des confréries, ot l'installation à Thonon, Kvian, Annecy, d'Ordi es puiss.uits destinés à luitcr contre les prédications genevoises et le vieux levain des hérésies. Le duc Charte? traitait de rêveries les principes formulés par son père dans le traité de Nyon; il avoiuiit n'estre que le fait d^ior bon chrestien de courir sus â ceux de Gertève, sans leur garder jamais parole ni sermerii . Il allait droit au but et, comprenant que la Rétoi me ne serait déradnée qu'à demi dans le cœur* des nouveaux convertis, il s'attachait à l'éducation des enfants. La création du collège des Jésuites de Thonon, la confiscation des bénéfices aliénés par les Bernois, l'attribution.de gros revenus aux curés, aux missionnaires, aux écoles des purois-

ses, Tassistanco oblip^atoire des ieiiiiiiés aux ofiices religieux, l'arbitraire des officiers de justice et de iinances, eurent vite resserré les mailles du illet invisible sous lequel se débattait la liberté de conscience.

Cinq ans plus tard, 1(» diocrso de Genève, comprenant une population de quarante mille habitants * , comptait iMj chanoines, 4 collégiales, 6 abbayes d'hommes, 4 chartreuses, 5 couvents de religieux mendiants, 41 prieurés, 70 paroisses^ 6 couvents de femmes et d5 maisons d'éducation dirigées par les Jésuites-. La Sainte ''Maison de Thon on et la VisitaMon d'Annecy' restèrent les plus célèbres de ces fondations. La Sainte -Maison fut iéplement établie, le 31 juillet 1601 , pour y recuedlir cmx qui, ayant tourné à Vhérésie de Calvin, ren^ traient au giron de VEgJise sans moyens d'y vivre. On leur enseignait divers métiers ou on les utilisait d'après leur profession; elle avait pour annexe une maison de refuge appelée V Auberge de Vertu^.

Les prédeuses cartes publiées par M. Ga-

* Les gaerres du XVI« siècle avaient dépeuplé ce paye. Lee

bailliages de Gex, Ternier et Gaillard comptaieiil, ea 1558, 6(500 âmes (Rc cn^ement bernoîs' : 1o tiers disparut do 1589 h IdOl. En 1694, on y trouva 9,00U àmas. — Le diocèise d'Annecy (ancien diocèse de Genève) possède, eu 186d,uno population d'environ S07»OOO habitante.

* Compte-rendn de l'état du diocèse ponrFan 1606.

Fondée dans Thumble maison de la galerie, le 6 juin 16 lu, par M'"f" de Chantai, Jacqueline Favrp, lillo du président, el M"«de Bréchard, aidées d'une servante dci.t nève, Jacqueline Coste. En 1866, il y avait 205 couvents de ett ordre.

* Le duc lui abandonna Ici- revenus de la cliAtellonie saisis nprès la rébellion du châtelain. Ces établissemcnls furent gratiûés en 1004, 160d, l6Sfip 1633» do faveurs spéciales fort iraportantes.

bereldtins son Histoire de V Eglise de Ctenève^ lu tt (juent le flux et le reflux alternatif du culte catiu)li([ue et du culte réformé dans ces contrées. \)n 1597, la région protestante du lac Léman ust (lélhnilée par la Uranse, une ligne qui va de Belle vaux à Bor^p^e, puis les Voirons, le Salève, le inont de Sion, le VVuache et le Jura. Apn' s ir>08, il ne reste, sur la rive de Savoie, que les enclaves appartenant à Genève, propriétés épiscopales tombées dans le domaine public en 1535 et constituant le territoire primitifde la ville ; Armoy, Drailkiiit, (bailliage do Thonon), Jussy, Vandœuvre, (bailliage de Gaillard), Troinex, Neydens, Yalleyri, Cnaîna (bailliage de Ternier) ; Chancy, AvuUy, etc. (mandement de Peney %

' Editinn de 1802. — 3 vol. I.'adniinis!r;ttion reli-

gieuse de Genève s'étendait aussi, dans le pays de Gex , sur le niandcmcnt de Pcncy, les enclaves de Moëns et de Genthod; dans le pays de \aad sor la paroisse de Géligny. earla de (Jaberel. — 1598 à 1687. Tome H.)

- Le territoire compictc de la République, groupé à la jonction derArvc, du Khone et du lac, est menacé sur sa frontière sinueuse par les châteaux, les villages fortifiés et les citadelles de Collongo» Choulex, Gaillard, Saint^uiieii, Ternier, Sainte- Catherine, Bernex. Les quatre paroisses restées catholiqnes sur territoire protestant, en 1536 (Juvigny, Monthoux, Annemasse, Ëtrambières), ont pour équivalent, en 15^4 , après le traité de Saint-Julien, les enclaves calvinistes de Jnssy, Yandœnvie et €hancy ; les autres tlots ont disparu sous le flot de la propagande; le centre genevois Ini-mêrae s'est resserré et comme replié SUT lai-méme. C'est que, jusque-là, Genève n'avait cess<* d'être menacée et convoitée; Richelieu, sentant que l'existence des Etats protestants était devenue nne des conditions de l'équilibre européen, prot(^gea Genève; mais Louis XIV, sur la fin de son règne, imagina do convertir ( o perpétuel asiio des protestants français. Au lieu d'y envoyer un Késident de la religion réformée, comme eeox que la eovr entretenait à Londres, à La Haye, à Strasbourg, on profita de l'occupation de la Savoie parles armées royales pour rétablir la messe dans l'hôtel de M. de Cbauvignyile 30 novembre 1679. La surprise de

Tout en confiant à la diplomatie le soin d*ob^ tenir ce que les armes n'ont pu lui donner, tout en ]>laidant, à Genève et à Thonon, sa revendication du Marquisat de Saluces en cour de Rome, Charles-Emmanuel, appauvri d'hommes et d'argent, comprend la nécessité de rétablir dans ses Etats le respect de la justice et de chasser du pays les maraudeurs et les bandits qui suivaient les armées ; en même temps il s'efforce de remplir ses cofires vidés par la guerre. J'abrège la liste des mesures prises :

— Le 20 juin 1598, à la suite des remontrances du Sénat', le duc accorde que le Sénat n*aura égard désormais aux IcUres de sursis que si elles sont fondées et réitéré'*^, qu'il passera outre aux. lettres de grâce dans le cas de surpnse el de scandale, que les officiers de Justice seront à la nomination de la cour souveraine. En septembre, il prohibe le port d'armes apparentes ou cachées ; révoaue les permis accordés pendant les troubles ; renouvelle la défense d'aller étudier ailleurs (jue dans les pays exclusivement catholiques, de se maner à l'étranger, de prendre du service en Allemagne ou en France. Le 22 septembre, il charge une commission d'établir l'état de consistance des biens et revenus des églises, couvents, hôpitaux et établissements charitables de la Savoie et d'en vérifier les comptes depuis quinze

Strasbourg, en 1681, lui un nouvel avertissement : le conflit

entre les Cantons callioliques el les Cantons protestants aurait amené un éclat sans les événements de 1715. Je ne terminerai pas ceUe courte digression sans rappeler que les tentatives de surprise on de eonversion de Genève forent» à tontes les époques, exclusivement du fait des Espagnols ou des Français: peuple de Savoie y demeura étranger. Dans les paroisses Iroutières, les vieux curés regardaient les pasteurs comme des amis et des frères ; c'est la tendance nniverseUe de ces populations sorties d'une souclie commune, que les eieitations des partis ont pu parfois émouvoir mais jamais aigrir.

* Toir le Doenment XXVII, Bitt du Sénat (Tome II).

15d8-16ÛÛ

ans. Le il prescrit an Sénat de dresser le r61e des

églises el bénénccs, de constater l'état des bâtiments, d exhorter les ecclésiastiques à les réparer et, faute par eux (le le faire, soit négligence soit méchanceîé, de saisir leur temporel et de donner les prix-faits pour remettre le tout on bon ôtnt ^rr^nfrotinn : il lui confie le soin de l'airo do sccri les inlornialions sur les mœurs des religieux èt (io livrer à leurs juges naturels ceux qui seront convaincus (le désordres *. En (tclobre, défense à quiconque n'est pas noble, prêtre ou |»ri\ilégié, de porter des armoiries; défense aux liénlieis sous bénélice d'inventaire de se mellre en possession avant la rédaction de FinTentaire en forme authentique*. Le 16 mai i^OOy création au Sénat d'une chambre criminelle de cinq membres, en raimi âe la ^antUé depracédures arriérées.

Ces bonnes inleiilioas devaient rester lettre morte tant que la sécurité imblique n'aurait pas été assurée; aussi le duc prit-il à cet éganl des mesures énergiques. Dès le 1'^' juillet 1598, Claude Rey, capitaine de justice, reçoit mandat de parcourir les provinces avec ses archers et de pendre, sans procédure ni appel, les coleurs, vagahonds, fainéants y guettetirs de chemins et autres gens sans aveu^. Tandis que , le Sénat informe contre quelques gentilshommes accusés d'avoir servi les projets de Lesdiguières*, ou seulement d'avoir eu recours à sa protection % le duc donne une preuve de tolé-

' SENAT. Registre XXVUI. Folio d6.

» Voirlt^s remontrniipps t'norgîquos dii Sénat à propos des abus qu'autorisait jusqu'alors la loi civile.

^ Lettres-patentes transcrites au Reg.XXVniduSéaat,fûliod5.

* Hercule Isnard d'Entremont, accusë de perfidie pour être venu eu armes lors de la prise des vallées, etc.

Le maître des comptes Miclial avait obtenu de I esdiguières des ieltres de sauvegarde ; ou les trouve, à sa mort, parmi

rance, fait si rare sous son règne C'est qu'il lui i'allait de l'argent à tout prix ; point de cliarges qui ne fussent vénales * ; les crimes et les délits se pesaient au trébuehet du thaiigeur*** ; et, si le prince rédni^ail les fnxes de guen'e,ilen exigeait presque aussitôt i équivalent sous une autre forme ^ L'édit de péréquation de la taille jYjQÎ 4(301)) assujettit à l'irnprit tous les sujets, d proportion den moyens et industrie d'un chacun, le fort portant le faible, comme il est dit par les édits de 1584 et 1596, sauf que les nobles de moins de cinquante ans de date n'en sont pas exempts, avec répétition des quartiers libérés en d598. Il faut reconnaître cependant que Gharies-Ëmmanuel ne recourut à ces

868 papiers. Ses biens sont aussitôt saisis ; sa Tenve et ses

r^nfants n'obtiennent grflee que moyennant nne finance do 1,800 6 ns d'or. L'ûvocnt an S^'nat, Rufiio, qui cependant nvait une charge dans la maison de l' Infante, fut aussi poursuivi à raison de certaines sauvegardes présupposées remues par luy du tifUT des Diguiêret. (Reg. XXvII, folios 163, 185, 197.)

* Jnm^ et Andrey Testa sont admis à occuper Tolfice ào. noiaii i , malgré qu'ils ne soient pas de la religion catholique. (Reg. IXViil, foUo 93.)

* Sauf celUs de sénateurs qui ne le devinrent, un instant, qu'en 1670. Mois les offif O> (V» rmpn''P> ot (]r> jndiValiirc, les emplois les plus élevés cominG les plus médioc res, s accordaient à qui payait le pins. Voir le chapitre X.

* Lettres de gr&ce au sieur du Chastcllet, convaincu de félonie, pour B,000 éCQS d'or soleil; h deux paroisses dn pays de Gex pour pareille somme. Voir le procès de Claude Le Noir etdesesbelles-aœars remette et Lucienne Bailatier. (AR.S£M.>

* L'édit de 1508 décliarge la Savoie do tous arrérages dus pour quartiers cxlraordinaires, contributions de guerre et dérimes ; quelques mois plus lard, un nouvel édit frappe les provinces «Ton détime de froment, pour l'entretien des troupes, k raison d'un moudurier pour chaque livre de taille. Le mondafier était un siiième du veisseî de frnmtrUj ie^oel à Cham* Itéqf, équivakit à 81 litres un quart.

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