‹ Histoire de la scarlatineChapitre 13 sur 72 · DÉVELOPPEMENT SPONTANÉ · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT SPONTANÉ

latine spontanée est toujours liée à ce qu'ils appellent une constitution gastro - érysipélateuse. Elle surviendrait, suivant eux, plutôt en automne et au printemps que dans les autres saisons, surtout par un temps humide et variable, et par le vent d'ouest ou de midi : elle serait souvent précédée d’érysipèle, d’érythème, etc. Enfin, Fischer ! croit avoir remarqué qu’elle est rare chez les enfants avant l’âge de cinq ans.

Grüner * dit que l'abus des écrevisses et des fraises peut donner lieu à la scarlatine. Jo. Frank pense que c’est par erreur, et que cet auteur a voulu parler de l’urticaire.

Coxracron. — Le caractère contagieux de la scarlatine, admis par l'immense majorité des pathologistes, est nié par Lentin, Tourtual, Dewees, Dœhne, Reich, Gœden, qui, comme nous le verrons, ne pouvaient l’admettre sans être en opposition avec les idées qu’ils ont émises sur la nature de cet exanthème. Il est toujours possible d’objecter que la cause de l'épidémie, quelle

(1) Gründl. Darstellung des Scharlachfiebers, Prag, 1832, p.16. — (2) Programma de febre urticatà à caneris fluvialihbus , etc. lenæ, 1774.

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que soit d'ailleurs sa nature, a seule produit le développement de la maladie. Mais la contagion est démontrée avec la dernière évidence, lorsque des individus atteints de scarlatine émigrent et transportent la maladie dans un canton où elle n'existait pas auparavant.

L’essence et la structure du contage scarlatineux ont été l’objet d’une foule d’hypothèses.

Navier ! admet un miasme particulier qui, suivant les circonstances, détermine tantôt la scarlatine, tantôt la suette, les aphtes gangréneux, la dyssenterie, etc. « Ce miasme, dit-il, a la plus grande analogie avec celui de la rougeole. El est âcre, caustique, tend à provoquer des symptômes de putridité, et se transmet des animaux à l’homme. » Cette dernière particularité, qui parait bizarre, n’est peut-être pas sans fondement. L’épidémie observée et décrite par Vavier, vers 1753, avait été précédée d’une épizootie, dont le caractère principal était la chute du poil et le renou— vellement de l’épiderme.

Depuis cette époque, la scarlatine a coïncidé assez fréquemment avec des épizooties meurtriè-

res caractérisées par les mêmes symptômes. On

(1) Sur plusieu’s maladies populaires qui ont régné à Chälonssur-Marne. Paris, 1753.

en a principalement fait la remarque en Allemagne, en 1803, 1811, 1813 et 1815". D'un autre côté, nous verrons plus loin que la scarlatine s’observe chez les animaux. Quant à la propriété du principe scarlatineux de produire quelquefois la suette, la dyssenterie, etc., c’est là une allégation qu’on ne peut admettre, ces diverses maladies offrant des caractères bien tranchés, et n’ayant entre elles aucune affinité.

Suivant Cartheuser”, la cause prochaine de la maladie serait l’exaltation d’une impureté âcre et spécifique du sang, dont la production serait due à une qualité vicieuse de Pair, au refroidissement du corps, et quelquefois, chez les adultes, à une suppression d’évacuations sanguines habituelles. « Ce principe morbifique est, dit-il, de nature hétérogène salino-sulfureuse, très-volatile, très-mobile, ce qui explique la facilité avec laquelle la scarlatine se transmet par contagion. »

Plenciz* a émis, sur la cause prochaine de la scarlatine, une idée qui a été reproduite par Gœden, et, de nos jours, par un chimiste célèbre. La cause physique de cette maladie serait une es-

(1) Most. Geschichte des Schariachfiebers, 1826 , t. 11, p. 126. — (2) Fundamenta pathologiæ et therapiæ, Francof., 1758, L1r, p.666, — (3) Tractatus de scarlatinà, Vienne, 1762, p. 62.

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pèce de corpuscules vivants qui jouiraient de la faculté de se propager comme la semence des végétaux et des animaux. Ce qui prouve, selon Plenciz, la justesse de cette assertion, c’est que ces animalcules, introduits artificiellement dans l’économie par l’inoculation, reproduisent constamment la scarlatine, de même qu'une graine déposée dans le sein de la terre reproduit toujours une plante de même espèce que celle qui l’a portée. Most a critiqué cette opinion : « Si la scarlatine, dit-il, est due à la présence d’animalcules dans les tissus, pourquoi ceux-ci affectent-ils plutôt les jeunes sujets que les vieillards? Pourquoi se développent-ils surtout dans le Nord, tandis que les pays méridionaux sont si favorables à la production des infusoires ? » Ces considérations nous semblent avoir peu de valeur : car chaque espèce d'animaux a des habitudes particulières et des goûts qui lui sont propres. La meilleure ob- Jjection que l’on puisse faire au système de Plenciz, c’est que, malgré la perfection de nos microscopes, personne n’a encore vu ces prétendus semina animala.

Bruning' pense que le contage scarlatineux

(1) Constitutio epidemica Essendiensis sistens historiam febris scarlatino-miliaris anginosæ, Vesal, 1760, p. 13.

est dü à une transformation du contage miliaire. Cette opinion est d'autant plus hypothétique, que l'existence de ce dernier est maintenant révoquée en doute par beaucoup de médecins. On ne peut nier cependant qu'il n’y ait, comme nous le verrons dans un autre chapitre, une certaine aflinité entre ces deux maladies.

JF'üthering a cherché à établir l'existence d’un principe particulier qui se fixerait d’abord sur la muqueuse du nez et du pharynx, et gagnerait ensuite l'estomac par l’œsophage, les poumons par le larynx et la trachée, les oreilles par la trompe d'Eustache, les yeux et même le cerveau par les fosses nasales : théorie que Hartmann avait déjà proposée pour le typhus. L'effet primaire de cette matière morbifique serait celui d’un poison sédatif, et elle agirait surtout sur le système nerveux. Cette dernière propriété a été aussi admise par Coventry‘.

Darwin * suppose que le contage scarlatineux est produit chez l’homme malade par certains mouvements animaux des extrémités vasculaires, et, qu'absorbé par l’homme sain, il se mélange avec la salive et s'arrête aux amygdales, dont le

(4) Dissertatio de scarlatinà cynanchicà, Edinburg , 1783, p. 35. — (2) Zoonomie, trad. de Kluyskens, Gand, 1811, p. 452.

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mucus fixe une partie de ce principe délétère, tandis que l’autre descend dans l'estomac, où elle est probablement décomposée par la puissance digestive. Ce contage, qui peut aussi s’introduire dans l’économie par la voie de la peau, est, suivant cet auteur, disséminé, et non dissous dans l'air : de manière que, pour que l'infection ait lieu, il faut s'approcher beaucoup plus près des malades que dans la rougeole, dont la contagion est plus volatile et plus expansible dans l’atmosphère. Cette fixité du miasme scarlatineux explique pourquoi la scarlatine est plus souvent sporadique que l’exanthème morbilleux.

Hufeland" place la cause prochaine de la scarlatine dans un principe contagieux atmosphérique, mais susceptible de se transmettre d’un individu à un autre, et qui a cela de particulier, qu'il affecte d'une manière spécifique la gorge et la peau, qu'il affaiblit spécialement l’action du système absorbant, et qu’il ne diminue pas la réceptivité de organisme autant que le font la variole et la rougeole : de sorte que la maladie peut reparaître plusieurs fois chez le même individu. Enfin, Ræschlaub” pense que le contage scar-

(1) Enchiridion medicum , trad. Jourdan , Paris, 1838, p. 162. — (2) Lehrbuch der Nosologie, Bamberg, 1801, p. 229.

CONTAGION. Gi

latineux agit en désoxydant les tissus ; Titius ‘ le regarde comme une dégénérescence du vice scrofuleux; Pfeufer *, comme un produit de la peste; Schmidt * lui suppose une nature alcaline et une prédilection marquée pour la muqueuse du tube digestif; Raspail” attribue l’exanthème au travail sous-cutané d’un insecte dont le virus, infiltré dars le derme, donnerait lieu, suivant les circonstances, à la scarlatine, à la rougeole, à la variole, au muguet, et à la suette miliaire, insecte qui, selon lui, pourrait bien être un acare fouisseur, mais qu’il n’a, du reste, jamais vu, etc.

Quelle que soit, du reste, la nature du contage scarlatineux, on a dit qu'il était très-volatil °, peutêtre même plus diffusible que celui de la rougeole’, et qu’il était susceptible d'être transporté à d’assez grandes distances par les vêtements {Hildenbrand), les meubles, les lettres (Jo. Frank) , et

(1) Diss. de scarlatinàâ ; observationes et meletemata quædam, Viteb., 1796, p. 13.—(2) Der Scharlach, sein Wesen und seine Behandlung, Bamberg, 1819, p. 7. — (3) Encyclopædie der gesammt. Med., Suppiementband. — (4) Histoire de la santé et de la maladie , Paris, 1843 , t. 11, p. 389. Manuel annuaire de santé, 119 tir., 1845, p. 217.— (5) Thomassen à Thuessink, Annales de littérature médicale étrangère de Kluyskens, t. vi, p. 239. — (6) Richter, Specielte Therap. , t.11, p. 443. — Darwin dit le contraire. Voyez plus haut, page 59.

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mème par une tierce personne qui lui servirait de véhicule sans être atteinte !.

Mais la transmission médiate du principe morbifique est un fait extrêmement rare, et qui doit fare supposer, chez les individus qui en reçoivent l'influence, une réceptivité toute particulière.

Il parait que le virus de la scarlatine conserve pendant fort long-temps son activité. Benedict * cite un cas où des enfants furent pris de la maladie après leur retour dans une chambre où était mort un scarlatineux six semaines à deux mois auparavant, et que l’on avait cependant nettoyée avec tout le soin imaginable. L'observation d’Hildenbrand est encore plus extraordinaire : « Un habit noir que j'avais, dit-1l, en visitant une malade affectée de scarlatine, et que je portais de Vienne en Podolie, sans l'avoir mis depuis plus d’un an et demi, me communiqua, dès que je fus arrivé, cette maladie contagieuse, que je répandis ensuite dans cette province, où elle était jusqu’alors presque inconnue *. »

On n'est pas d'accord sur l'époque à laquelle la scarlatine est le plus susceptible de se commu-

(1) Compendium de méd. prat., 1846, t. vir, p. 479. — (2) Geschichte des Scharlachfiebers, Leipzig , 1810, p. 4.— (3) Ueber den ansteck. Typhus, 2e Aufl., 1815, p. 118.

niquer par contagion. Fischer dit que l’exanthème ne fournit de contagion que lorsqu'il est parvenu à sa maturité, c’est-à-dire pendant la période de desquamation. Seifert * prétend que la contagion ne se développe jamais au début de l’éruption, qu'elle commence à se produire lorsque l’efflorescence est complète, et qu’elle est surtout engendrée au commencement de la période de desquamation. Cependant un fait observé par le docteur Potier prouve que la scarlatine peut se communiquer aussitôt que l’exanthème a paru. Il s’agit d’un enfant nouveau-né, dont la mère fut, le lendemain de l'accouchement, prise de cette maladie, avec complication de gangrène de la jambe droite. L'enfant, isolé immédiatement du sein maternel, n’en contracta pas moins la maladie, qui fut très-intense, et qu'il supporta fort bien, tandis que la mère mourait le quinzième jour *. Suivant l'opinion générale, la scarlatine peut se transmettre pendant toute la durée de la période de desquamation, qui, comme on le sait, peut se prolonger fort long-temps; et c’est à tort que Neumann‘ a limité à trente-cinq jours

(4) Gründliche Darstellung des Scharlachfiebers , Prag., 1832, p. 16. — (2) Nosolog. therapeut. Bemerk. über die Natur und Behandl. des Scharlachf., 1827, p. 26. — (3) Dictionnaire de médecine , Paris, 4844, t. XXVInx , p. 174. — (4) Rust’s Magazin der auslænd. Litteratur, ete., t. Xv1r, D. 74.

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la puissance d'infection des scarlatineux. Struve ne pense pas que les cadavres des sujets qui ont succombé à cette affection puissent la propager ; Thomassen à Thuessink * reste dans le doute à cet égard.

Ixocuzarron. — L'inoculation de la scarlatine, entreprise, dit-on, avec succès par Stoll, et vainement par Petit-Radel, a été conseillée en Allemagne par Berndt”, Fritze et Lehmann; et, en France, par M. Ffiquel d’Amboise". Ce dernier, après avoir piqué avec une lancette les plaques scarlatineuses les plus apparentes, a inoculé aux bras d’un grand nombre d’enfants non encore aiteints le fluide retiré de ces plaques exanthématiques. Au bout de deux à trois jours, il a constamment vu se développer autour des piqures un cercle rouge disparaissant le cinquième jour. L'immunité a paru acquise pour ces enfants, aucun d'eux n'ayant contracté la maladie, bien qu'ils eussent des rapports fréquents avec des scarlatineux, et une seconde inoculation n’ayant eu aucun

(1) Untersuchungen und Erfahrungen uber die Scharlachkrankheit , in-8°, Hannover, 1803. — (2) Ouvrage précité, t. VI, p.238. — (3) Rust’s Magaz., t. Xxt, p. 64. — (4) Bulletin de PAcadémie de médecine, séance du 9 septembre 1834.

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