PÉRIODE D'INVASION
Période d'irritation de Hufeland. — Période végétative de Pfeufer. :
La scarlatine se déclare en général d’une manière brusque, ordinairement le matin, dit M. OIlivier-Mairy ‘; le plus souvent le soir ou la nuit, prétendent MM. Cazenave et Schedel*?; surtout après le repas, selon Reich; à toute heure du jour suivant M. Rayer *. Au nombre des accidents fébriles qui en marquent le début d’une manière à peu près constante, presque tous les auteurs * ont noté des alternatives de chaleurs passagères et de frissons légers, quoique ces derniers soient regardés comme rares par MM. Rilliet et Barthez. Le pouls, suivant la remarque de Corvisart,
(1) Nouveau Journal de méd., chir., pharm., ete., décembre 1822, p. 297. — (2) Abrégé pratique des maladies de la peau, 5° édit. , 1858, art. Scarlatine. — (3) Neue Aufschlüsse über die Natur und Heil. des Scharlachfiebers , in-8°, Halle, 1810, p. 112. — (4) Dictionnaire de médecine en 15 vol., Paris, 1835, p.537. — (5) Stoll, Reich, Cappel, Gardien, Mondière, Blache, Guersant, Rayer, etc.
PÉRIODE D INVASION. Si
serait tumultueux dans cette période. J. Frank ‘ lui a assigné un caractère encore plus tranché, qu'il nomme obscur, et qui serait tellement spécifique, qu'on pourrait le plus souvent, même en fermant les yeux , reconnaitre à ce seul signe une scarlatine latente. Cependant, suivant la plupart des pathologistes, le pouls n'offre rien de spécial, et ses caractères sont ceux qu'il présente au début de toutes les fièvres exanthématiques. Différents symptômes annoncent un trouble plus ou moins prononcé du système nerveux. Les malades sont inquiets, moroses, fantasques, 1rritables; ils sont plongés dans un état de somnolence et même de coma, ou tourmentés par linsomnie. (Ce dernier état parait plus fréquent chez les adultes, tandis que le premier s’observe surtout chez les enfants) ?. Ils accusent une courba= ture et une faiblesse générale, des douleurs à la région lombaire, dans les articulations, surtout dans les genoux *. Il n’est pas rare de voir survenir, chez les enfants, du délire, des convulsions, des attaques épileptiformes ou d’éclampsie “. Quel-
(1) Pathologie interne, t.11, p.109, trad. de l'Encyclopédie des sciences médicales. — (2) Benedict. Geschichte des Scharlachfiebers, Leipzig, 1810, p.5.— (3) Reich. Loc. cit., p. 114. — (4) Sydenham. Opera med., Genevæ, 1736, p.163. Borsiert, Inst. med. prat., Venet, 1817, t.111, p.57. Benedict. Loc.ct., p.6.
quefois, mais assez rarement, disent MM. Rilliet et Barthez, les malades se plaignent d'une céphalalgie frontale plus ou moins intense !,
Les voies digestives sont notablement affectées pendant les prodromes dela scarlatine, La langue, d'abord chargée à sa base d’un enduit jaune ou blanchâtre, devient bientôt d’un rouge vif dans toute son étendue; ses papilles se tuméfient, etdonnent quelquefois à la pointe de l’organe l'aspect d’une fraise ?, /#. Maton” a attaché beaucoup d'importance à ce symptôme, qu'il regarde comme un indice certain d’une scarlatine latente. La rougeur s'étend aussi quelquefois aux gencives, à la face interne des joues et à la membrane de Schneider. À ce phénomène vient se joindre une affection de la gorge, qui débute par une sensation de sécheresse au pharynx, et une tension douloureuse des muscles extérieurs du cou avec gonflement et dureté de ceux-ci ?. En inspectant Varrière-bouche, on trouveles amygdales plus rouges que de coutume, marquées de points blanes
(14) Loc. cit., p.573. — (2) Bateman, Froriep, Rayer, etc. — (3) Medic. Transact. by the College of physicians in London, t. v.— (4) Gæden. Von dem Wesen und der Heilmethode des Scharlachf., Berlin , 1822, p.53. Fischer. Gründl. Darstellung des Scharlachf,
Prag, 1832, p. 22.
PÉRIODE D’INVASION. Sa
et tuméfiées. L’angine pharyngée est parfois intense au bout de quelques heures; dans d’autres cas , la rougeur diffuse et le gonflement ne s’ob= servent qu'à la dernière période, et l’on n’aperçoit aux tonsilles, au voile du palais et à ses piliers , que des stri s rouges plus ou moins larges, auxquelles Reich! refuse le caractère inflammatoire. Le gonflement des parties internes est quelquefois sensible à l'extérieur *. La déglutition est difficile, et le malade éprouve à la gorge une sensation pénible de brûlure et de grattement. Cette dernière sensation est quelquefois très-prononcée, sans que l’arrière-bouche offre aucune rougeur ; et réciproquement, l’inflammation peut être intense et la douleur presque nulle. Le picotement douloureux qui se fait sentir à la gorge se propage quelquefois jusqu’à la trompe d'Eustache, et détermine des bourdonnements d'oreille et une espèce de surdité (Mondière).
Stoll * compte le vomissement bilieux parmi les symptômes précurseurs de la scarlatine : tandis que Gardien‘ assure qu'il est assez rare; et
(1) Loc. cit. ,.p. 113. — (2) Cappel. Abhand'ung vom Scharlachaussehl. , 1803, p.66.— (3) Aphor. de cognoscend. et curand. Febribus , n° 585. — (4) Traité complet d’accouchements, ele. , Paris, 4816, 1.19, D. 643.
Cullen, qu’on ne l’observe jamais. Ce phénomène, qui ne dépend pas toujours d’un embarras des premières voies, comme le prétendent les partisans du régime antigastrique , mais qui est plutôt le résultat de la sympathie qui unit la peau soit avec le cerveau, soit avec les ganglions de labdomen, et surtout le plexus cœæliaque, ce phénomène, disons-nous, a été constant dans quelques épidémies, notamment celles de Philadelphie ! (1783) et de Greifswald * (1826). IL peut même constituer à lui seul les prodromes de la maladie. « Quelquefois, dit M. Hondière *, tous les prodromes manquaient, et au milieu de la santé la plus parfaite en apparence, au milieu des occupations du ménage ou des travaux des champs, les malades étaient tout-à-coup pris de nausées, promptement suivies de vomissements bilieux plus ou moins abondants. »
Dans certains cas l'appétit est plus vif que dans l'état de santé *; mais l’anorexie est l'état le plus fréquent. Benedict® prétend avoir remarqué que le malade éprouve surtout de la répugnance
(t) Rush. Medical Inquiries and Observat. Philadelphia and London , 1789. — (2) Seifert. Op. cil., p. 30. — (3) Revue médicale, 4842, 1.1, p.175. — (4) Cappel, Reich, ete. — (5) Geschichte des Scharlachfiebers, in-8°, Leipzig, 1810, p.6.