‹ Histoire de la scarlatineChapitre 24 sur 72 · VARIÉTÉS FONDÉES SUR L'EXISTENCE D’UNE COM · texte numérisé non relu

VARIÉTÉS FONDÉES SUR L'EXISTENCE D’UNE COM

PLICATION IMPORTANTE.

SCARLATINE ANGINEUSE. — Les symptômes précurseurs, tels que : le mouvement fébrile, les vomissements, la céphalalgie l'agitation, le délire, sont beaucoup plus marqués dans cette variété que dans la scarlatine normale, et prennent ordinairement une grande intensité dès le début. Le malade se plaint d’une faiblesse extrème et d’un abattement d'esprit qui dure ordinairement pendant tout le cours de la maladie, et que Fothergill a noté comme un symptôme caractéristique de la scarlatine angineuse. L’angine s’annonce par une sensation brusque de tension et de raideur dans les muscles du cou et de la mâchoire inférieure. Bientôt les amygdales se tuméfient et présentent une rougeur très-vive, cramoisie et brillante, analogue à celle de l’exanthème cutané, et qui ne tarde pas à envahir toute larrière-gorge, la partie supérieure du pharynx, et la langue, dont les papilles, surtout à lextrémité de l'organe, s’alongent et deviennent saillantes. Les ganglions

sous-maxillaires s’engorgent : ce qui constitue une complication dont nous nous occuperons plus loin d’une manière spéciale. La voix est rauque, et la déglutition, en général, difficile et douloureuse. Dans certains cas, comme l’a remarqué Huxham, cet acte n’est pas aussi pénible que pourrait le faire supposer l’état des tonsilles et de la gorge; dans d’autres, au contraire, qui sont, à la vérité, beaucoup plus rares, on n’apercoit rien de morbide dans la bouche, et cependant le malade éprouve une dysphagie complète : c’est ce qui arrive lorsque la phlegmasie est intense et qu’elle n’occupe que l’œsophage".

Peu de jours après l’apparition des prodromes, et quelquefois dès le lendemain, les amygdales, la luette, le voile du palais, ses piliers antérieurs et la partie supérieure du pharynx, se couvrent d’une exsudation épaisse, visqueuse, et le plus souvent de flocons d’une matière pultacée, blanchâtre, caséeuse. Cette sécrétion, qui envahit simultanément les parties phlogosées, se transforme bientôt en véritables pseudo-membranes, qui différent néanmoins des plaques diphtéritiques, en ce qu'elles ne présentent ni l'aspect lichenoïde

(4) Henning, Hufeland’s Journal der prakt. Heïlkunde, t. xzrrr, h° 3, p.98.

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n1 la cohérence de ces dernières , et qu’elles n’ont pas la même tendance à envahir les voies aériennes. Ces concrétions couenneuses, que les anciens prenaient pour des escarres ou des ulcères, sont quelquefois teintes en jaune, et même en brun, par une exsudation sanguine provenant de la muqueuse sous-jacente boursoufflée; elles simulent alors d’autant mieux l’aspect de certains ulcères, que l’haleine contracte une odeur fétide. Mais il est facile de reconnaître, en abstergeant les parties, ou quand les flocons caséeux se sont détachés, qu’il ny a pas là perte de substance, et que la muqueuse n’est nullement ulcérée".

Dans cette variété, l’efflorescence ne se montre pas toujours avec la mème régularité et la même extension que dans la scarlatine normale. Elle parait plus tard, et ne se manifeste souvent que le troisième ou le quatrième jour de l'invasion ?. Elle présente une grande mobilité; et Bateman * a eu tort d'avancer que dans la scarlatine angineuse l’'exanthème marchait de front avec l’angine, et qu'on observait entre ces deux symptômes une coïncidence soit dans les progrès, soit dans la

(4) Bretonneau, Trousseau. — (2) Heberden. Loc. cit., p. 22. Withering. Loc. cit., p.16. — (3) Abrégé pratique des maladies. de la peau, trad. Bertrand, 1820, p. 109,

diminution. La rougeur cutanée peut même manquer entièrement, comme nous le verrons plus loin quand nous parlerons de la scarlatine sans exanthème. Elle ne s’étend pas aussi constamment sur toute la surface du corps que dans la scarlatine benigne, et ne se compose, le plus souvent, que de plaques isolées , disséminées sur le dos, le côté, le cou, la poitrine, aux environs des articulations, principalement sur les poignets et Îles coudes. Elle s'évanouit quelquefois en entier le jour mème de son apparition, soit pour ne plus revenir, soit pour reparaitre dans diverses régions du corps à des époques indéterminées. Dans ce dernier cas la durée de la maladie est prolongée, et le mode de desquamation moins régulier. Il peut même se faire que cette dernière n’ait pas lieu quand l’exanthème a été très-léger, tandis que dans d’autres cas elle persiste encore audelà de la troisième ou de la quatrième semaine.

C’est dans la scarlatine angineuse que la température de la peau est le plus élevée, et qu’on observe le plus fréquemment des complications du côté des yeux , des oreilles, du nez, et des ganglions cervicaux, complications dont nous nous occuperons d’une manière spéciale.

La première épidémie de scarlatine angineuse dont nous ayons une description circonstanciée et

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pour ainsi dire classique, est celle que Fothergill observa en Angleterre en 1742-1746. Cette affection régnait pendant tout le cours de l’année, mais elle redoublait d'intensité en automne et au commencement de l’hiver; elle attaquait particulièrement les enfants, et sévissait plutôt sur les femmes, les jeunes filles et les personnes délicates, que sur les hommes et les individus robustes. Elle s’annonçait par les symptômes suivants : céphalalgie; mouvement fébrile caractérisé par un frisson suivi de chaleur ; mal de gorge; gonflement et rougeur de larrière-bouche et des amygdales ; vomissements; yeux enflammés et larmoyants; insomnie; agitation; faiblesse, abattement d’esprit; etc. « En général, le second jour de la ma- » ladie, le visage, le cou, la poitrine et les mains, » jusqu’au bout des doigts, sont devenus d’une » couleur très-érysipélateuse et sensiblement tu- » méfiés; fort souvent les doigts ont une teinte » si remarquable, que, par la seule inspection de » ces parties, on peut aisément juger de la nature » du mal. ... À mesure que la peau acquiert » cette couleur, ordinairement le mal s’en va; le » vomissement et le dévoiement cessent d’eux- » mêmes. Les symptômes du gosier continuent » d’être les mêmes , excepté que les places blanches » deviennent d’un blanc plus opaque; et c’est alors

» que l’on découvre évidemment que ce qui pa- » raissait d’abord couvrir une tumeur prête à sup- » purer est réellement une escarre qui cache » un ulcère de mème étendue‘. »

Cinq ou six ans plus tard, la scarlatine angineuse fut décrite d’une manière encore plus claire par Huxham, sous le nom de mal de gorge gangréneux. Cet auteur a surtout très-bien dépeint l'état de la gorge et l’exanthème : « Quelques » heures après la première attaque, quelquefois » dès les premiers moments, on apercevait une » enflure et le malade sentait de la douleur dans » la gorge; les amygdales devenaient très-enflées » et très-enflammées; souvent même les parotides » et les glandes maxillaires enflaient beaucoup ei » très-subitement. Le fond de la gorge paraissait » bientôt d’un rouge vif, ou plutôt d’un rouge cra- » moisi ; il était luisant et éclatant. Le plus ordi- » nairement on apercevait sur la luette, les amyg- » dales, le voile du palais, et sur la partie postérieure » du pharynx, plusieurs taches blanchätres ou de » couleur de cendre dispersées çà et là, qui quel- » quefois augmentaient très-promptement et cou- » vraient bientôt une amygdale ou toutes les

(4) Bescripuion du mal de SOTSE , ete trad. franc. de Lachagelle, Paris, 1749, p. 62.

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» deux. ... L’haleine commencait à devenir très- » puante. ... Souvent l’éruption à la peau parais- » sait avant le mal de gorge, et était quelquefois » très-considérable, quoiqu'il n’y eût que peu ou » point de douleur dans la gorge. Au contraire, » il y avait des malades qui avaient des maux de » gorge très=violents sans éruption. Cependant, » dans ce cas même, il survenait une très-grande » démangeaison et une desquamation à la peau : » c’était surtout chez les grandes personnes, rare- » ment chez les enfants. En général, 1l se faisait » une éruption sur toute la surface du corps, par- » ticulièrement dans les enfants, et cela arrivait » le plus communément le second , le troisième ou » le quatrième jour; quelquefois cette éruption ne » se faisait que sur certaines parties. ... La cou- » leur de lefflorescence était ordinairement cra- » moisie, ou comme si la peau avait été barbouil- » lée avec du suc de framboises jusqu’au bout des » doigts. La peau paraissait enflammée et comme » enflée; les bras, les mains et les doigts étaient » gonflés en effet, très-raides et un peu doulou- DITEUX La 0er)

La fin du xvrrre siècle fut remarquable par le grand nombre et la gravité des épidémies de scar-

(+) Essai sur les Fièvres, trad. franc., Paris, 1765, p. 387 et 392.

latine angineuse qui régnèrent dans le Nord de l'Europe, où elles furent décrites : en Angleterre, par Wüthering, Johnstone, Clark, Sims, etc.; en Ecosse, par Coventry; en Hollande, par Tho= mann , Bicker, Keetell; en Danemarck, par Heza et Bang; en Suède, par Hagstræm, etc.

Les plus intéressantes qui aient été observées à une époque plus rapprochée de La nôtre, sont celles qui ont été décrites par Pistolet, Trousseau, Bretonneau, Kennedy, Guérélin, etc.

SCARLATINE GASTRIQUE. — Quelques auteurs ont décrit sous ce nom une variété de scarlatine compliquée de cet état mal défini qu’on a appelé embarras gastrique. Voici les caractères qu'ils lui ont assignés : Dès l'invasion : anorexie, langue chargée, gonflement et distension de l'estomac, sensation de pesanteur à la région précordiale, nausées et vomissements, constipation ou déransement des fonctions digestives, goût amer de la bouche, frissons modérés, chaleur vive, soif intense, céphalalgie, etc. Les prodromes ont moins de durée que dans la scarlatine normale. L’angine est peu prononcée, et revêt un caractère érysipélateux ; c’est-à-dire que la rougeur de larrière-bouche et du pharynx est modérée, et que la

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