SCARLATINE GASTRIQUE
tuméfaction est plutôt œdémateuse qu’'inflammatoire, L’éruption est généralement lente, l’exanthème pâle, et souvent les taches entourées d'une aréole jaunâtre. L’urine est jumenteuse, et laisse déposer par le repos un sédiment floconneux, grisâtre ou rosé. Cette variété, suivant Schnitzer et Wolff", a une grande tendance à prendre la forme nerveuse ou putride, transformation qui s'annonce, disent-ils, par l’apparition d’aphtes dans la bouche.
Meissner * fait remarquer que la phlegmasie du pharynx peut, dans le cours de la maladie, se propager à l’œsophage, à l’estomac, et même aux intestins, et qu'il faut prendre garde d'attribuer à l'embarras des premières voies les phénomènes gastriques appartenant à la phlogose. J. Frank ° dit également que l’inflammation peut se transmettre de la peau à l'estomac. On doit craindre, ajoute-t-il, la phlegmasie de l'estomac lorsque Fabdomen est tuméfié et sensible au toucher; cependant elle n’exclut pas l'embarras gastrique, et même rien ne favorise plus la sécrétion morbide abdominale qu’un état inflammatoire préa-
(+) Handbuch der Kinderkrankheiten, Leipzig, 1845, L.11, p. 678. — (2) Die Kinderkrankheiten nach den neuesten Ansichten und Erfahrungen, ete. Leipzig, 1828. — (3) Loc. cit., p. 120.
lable des viscères enveloppés dans le suc péritonéal.
Notons encore que les nausées, les vomissements et la douleur à l’épigastre qui s'observent quelquefois pendant la période d’invasion, n’indiquent pas toujours un embarras des premières voies, mais qu'ils sont le plus souvent un effet sympathique.
Nous nous occuperons dans un chapitre spéclal des autres complications de la scarlatine.
3° VARIÉTÉS FONDÉES SUR L'ÉTENDUE ET LA DISPO=— SITION OU L’ABSENCE DE L EXANTHÈME.
SCARLATINE TACHETÉE OU DISCRÈTE. — Les taches sont petites, arrondies, étoilées ou sous forme de flammes, et donnent à la peau un aspect bigarré ou marbré. Celle-ci conserve son niveau, tout en offrant quelquefois un peu de rudesse. Dans la dernière période de la maladie, l'épiderme s’enlève ordinairement sous forme de petites écailles.
SCARLATINE CONFLUENTE. —La coloration scarlatineuse envahit une large surface, d’une maniere
uniforme et sans intervalles de peau saine. La peau est turgescente, tendue, élastique, brûlante, et la desquamation s'opère le plus souvent sous forme de lamelles membraneuses d’une certaine étendue.
SCARLATINE GÉNÉRALE, — Dans cette variété, en ne distingue absolument aucune tache, mais le corps est couvert d’une rougeur universelle, d'un érysipèle général, comme disait Lorry.
C’est surtout dans cette variété qu'on observe la tuméfaction des pieds, des mains, de la face et des paupières, dont nous avons parlé page 99,
SCARLATINE PARTIELLE. —L'éruption, tachetée ou confluente, est limitée à une partie du corps, ordinairement la poitrine, les bras, les genoux, etc. Cette variété s’observe surtout chez les adultes ! , chez les hommes qui ont la peau rude ?, et lorsque l’exanthème, d’abord général, disparait et vient à se remontrer Ÿ. Quelquefois la rougeur
(4) Neumann. In Horn’s Archiv für med. Erfahrung, 1811, L11, p. 309. —(2) J. Frank. Loc. cil., p.115. — (3) Heim. In Hufelands Jourral der prakt. Heilkunde, 1812, eah. 5, p. 66.
occupe une très-petite surface : elle peut alors passer inaperçue, et faire croire au médecin qu'il a affaire à une scarlatine sans exanthème : « Non rard vidi exteriorem partem carpi levi rubore suffusam, cujus nusquam alibi reperire potui vestigium, » disait Æeberden ‘. Withering * cite des cas analogues.
SCARLATINE SANS EXANTHÈME. — L'idée d'une scarlatine sans exanthème peut paraître bizarre aux yeux des personnes qui ne voient dans cette maladie qu’une affection locale. Mais, en la considérant d'après sa véritable nature, c’est-à-dire comme une maladie générale due à l’infection de l’économie tout entière par un agent morbifique dont les effets se font principalement sentir aux enveloppes tégumentaires internes et externes, il est facile de concevoir que l’exanthème cutané est un élément pathologique secondaire dont l’existence n’est pas intimement liée à l'essence même de l'affection scarlatineuse.
C’est lorsque la scarlatine règne d’une manière
(1) Comment. de Morborum historiâ et curatione, Francof., 1804, p.17. — (2) An Account of the scarlet - fever and sore -throat, elc., London, 1779, p. 20.
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épidémique, ou quand elle sévit sur une famille composée de plusieurs enfants, que la variété dont il s’agit se montre avec le plus d’évidence. On voit alors des individus présenter, sauf l’exanthème, tout l'appareil symptomatologique de la scarlatine : mouvement fébrile , fréquence du pouls, angine, tuméfaction des papilles de la langue, élévation de la chaleur animale, vomissements, délire, etc.; et, comme si ce n’était pas assez de l’ensemble de ces symptômes pour bien caractériser la maladie, dans certains cas la desquamation s'opère de la même manière que si l’exanthème eùt existé! , et l’on voit même survenir les accidents secondaires qu’on observe au déclin de la scarlatine , tels que l’anasarque * (quoique #'illan ait prétendu le contraire), les engorgements cervicaux *, elc.
On pourrait croire que la scarlatine sans éruption n'est qu’une variété individuelle uniquement due à ce que le principe morbide n’a pas rencon-
(1) Huxham. Essai sur les fièvres, suivi de deux dissertations, etc., Paris, 1765 , p. 392. Epid. de Lauenhagen. Most. Geschichte des Scharlachfiebers , 1826, t. 11, p.179. P. Frank. Traité de méd. pratique , trad. Goudareau, 1820, L.11, p.258. — (2) Hondiere. Revue médicale, 1842, p. 186. — (5) Description and Treatment of cutancous diseases, etc., Annales de l'ttérat. médie. étrang. de Kluyskins, À. vurx, p.185. — (4) Willan, ibid.
tré dans l'organe tégumentaire du sujet qui la absorbé les conditions de vitalité et de structure favorables à l’évolution de l’exanthème. C’est, en - effet, chez les individas dont la peau a été modifiée par l’âge ou par une première atteinte de la maladie, qu’on l’observe le plus souvent : { Quo tempore inter Juvenes febris scarlatina grassatur, inter adultos sæpe sola angina comparet, » disait Stoll ". Eichel* s'exprimait à peu près de la même manière. Il y avait, dit Huxham”°, des malades qui avaientdes maux de gorge violents sans éruption; surtout de grandes personnes. C’est chez des adultes ayant déjà eu la scarlatine que Hamilton * rapporte avoir souvent constaté une angine scarlatineuse avec ulcération des amygdales, sans exanthème. Dans l’épidémie de Saint-Dié, 1842, observée par M. Carriere °, l’éruption cutanée ne s’est montrée que rarement chez les personnes d'un certain âge.
Mais il me semble que cette espèce de scarlatine anormale doit principalement être attribuée
(1) Aphor. de cognoscendis et curandis febribus , n° 589. — (2) Acta Societatis reg. hafniens's, L. 11, p.32. — (3) Essai sur ks fièvres, Paris, 1765, p. 592. — (4) Edinburgh medical and surgical journal, janvier 1835; Gazelte médicale de Paris, 1833, p. 810. — (5) Gazette médicale de Sirashourg, 1843; Gazette médicale de Paris, 1843, p. 695.
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à l’antagonisme qui existe entre l’angine et l’efflorescence cutanée, entre l’état pathologique de la gorge et celui de la peau : car la forme angineuse, dans laquelle toute l’action de la maladie semble : se concenfrer au pharynx, estiprécisément celle où la scarlatine sans exanthème est le plus fréquente. Nous pourrions citer à cet égard, indépendamment du Garrotillo et du mal de gorge gangréneux de Naples, un grand nombre d’épidémies de scarlatine angineuse dans lesquelles l’éruption ne se montrait qu'accidentellement, de manière que le défaut d’exanthème était la règle, et la rougeur cutanée l'exception. Par exemple, à Stollberg , en 1793, Kortum ‘ a observé une épidémie dans la première période de laquelle l’exanthème se montra à peine chez un tiers des scarlatineux ; et plus récemment, au Lion-d'Angers, en 1841, M. Gueérétin ? dit ne lavoir constaté que chez un très-petit nombre de malades.
La scarlatine sans exanthème, observée ou admise par Fothergill, Huxham, Tissot, Sims, Clarke, Coventry, Sagar, Johnstone, Rumsey, Stoll, Rosen de Rosenstein, etc., et dont l’existence nous paraît avoir été définitivement établie
(1) Hufelands Journal, t vir, st.8. — (2) Archives générales de
médecine, 1842, t, XIY, D. 285.
par les travaux modernes de MM. Trousseau ‘, Bretonneau* , Taupin $, Berton “, Joel de Berlin ®, Graves, Romain Gérardin”, Camille Renaud®, Bouché *, Carrière , Autenrieth"", etc., est encore niée par quelques auteurs, qui prétendent qu'on à pris pour des scarlatines sans exanthème des cas dans lesquels des taches peu étendues et fugaces ont passé inaperçues *. Jahn, sans rejeter entièrement cette variété, la regarde comme extrêmement rare. M. Rayer ne l’a jamais observée. M. Bouillaud Ÿ dit que son existence ne lui parait pas clairement démontrée. « Je ne la nie pas absolument, dit-il; mais je me borne à déclarer que, dans l’état actuel de la science, les faits sur lesquels on se fonde pour admettre la scarlatine sans éruption ne me semblent pas suffisamment circonstanciés. » Les praticiens que
(1) Archives générales de médecine, t. xx1, 1829, p. 552. — 3) Archives généra!es de médecine, t. xxt1, 1827. — (3) Journal des connaissances médico - chirurgie. , octobre 1839, p. 151. — (4) Lancette française, t. 1v, p.706, 1842. — (5) Hufelands Journal, 4e cahier, 1842. — (6) The London medical Gazette, 1837; Gazette médicale de Paris , 1837, t. V, p. 326. — (7) Gazette méd'cale, mars 1840, p.106. — (8) Ibid., t.1i1, 1835, p. 758. — (9) Ibid. , 1856, t. IV, p. 87. — (10) Gazelte médicale de Strasbourg , 1843. — (41) Dissertatio de febribus exanthematicis exanthemate carentibus. Tubingæ , 1829. — (12) Janin de Saint-Just, Dictionnaire de médecine en 60 vol., t. L, p. 126, Rau, etc. — (13) Traité de nosographie médica!e, Paris, 1846, tt, p.149.
nous venons de citer n’ont probablement jamais observé d’épidémie de scarlatine angineuse.
La scarlatine sans exanthème parait préserver d’une seconde atteinte, comme la scarlatine normale. Cependant on possède à cet égard peu de faits concluants. Une autre particularité digne de remarque, c’est que des maladies très-différentes de la scarlatine empruntent, lorsqu'elle est épidémique, un grand nombre de ses caractères, tels que la douleur de la gorge, et même une éruption, fugace à la vérité.