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VARIÉTÉS FONDÉES SUR LA FORME ANATOMIQUE

SCARLATINE MILIAIRE.—Nous avons dit. en traçant l'historique de la maladie qui nous occupe, que la forme de l’exanthème paraissait avoir subi avec les années une modification importante; et que la scarlatine miliaire, regardée comme assez rare par les anciens auteurs, tendait à remplacer de nos Jours la scarlatine lisse, décrite par Sydenham et Morton. La plupart des praticiens modernes citent, en effet, comme un accompagnement presque constant de la scarlatine, même normale, l'apparition, sur diverses régions du corps,

de vésicules plus où moins nombreuses dont l'éruption offre des particularités assez intéressantes que nous allons étudier.

Les vésicules dont il s'agit peuvent se montrer dans toutes les périodes de la maladie. Benedict ! cite deux cas dans lesquels elles précédèrent la rougeur cutanée ; mais, en général, elles se manifestent plutôt au début qu’au déclin de l'exanthème, ordinairement, suivant Fogel *, vers le quatrième jour de la maladie. Lorsqu'elles sont ou qu'elles doivent être abondantes, l’apparion de la rougeur scarlatineuse est ordinairement accompagnée de symptômes très-prononcés et d’une chaleur brülante de la peau. Celle-ci se trouve bientôt parsemée çà et là d’un certain nombre de productions miliformes, semiglobuleuses ou légèrement acuminées, d'un blanc nacré, d’un aspect luisant, et qu’{libert” compare avec beaucoup de justesse aux œufs de ver à soie. Elles reposent le plus souvent sur les taches; quelquefois cependant elles occupent les intervalles de peau saine. Elles siégent principalement sur les côtés du cou,

(4) Geschichte des Scharlachfiebers, seiner Epidemieen und Heïlmethode, in-12, Leipzig, 1810, p. 22. — (2) Dissertatio de Febre searlatinà. Frib., 1785. — (3) Monographie des Dermatoses, “Asa

au-devant de la poitrine, aux aisselles, aux plis du bras, à la face interne des cuisses, et sont assez fréquentes, suivant #'illan, aux tempes et au cuir chevelu. Elles envahissent d’une manière successive, et presque jamais simultanément, les parties sur lesquelles elles se développent. Il parait que cette espèce d’éruption, qui s’observe principalement lorsque la rougeur exanthématique est vive et étendue, et qui est plus rare chez l'enfant que chez l'adulte, n’est Jamais générale. Les peütes vésicules dont elle se compose durent ordinairement deux ou trois jours, et disparaissent avec une grande rapidité, en laissant à leur place une petite lamelle arrondie.

Quelle est la nature de cette complication?

Quelles sont les conditions pathologiques qui lui donnent naissance?

Les vésicules miliaires qui accompagnent la scarlatine seraient-elles dues à ce que la matière de la transpiration, arrivée sous l’épiderme, et ne pouvant se faire jour, soulève la portion de membrane qui lui fait obstacle "? C’est ce que nous ne pouvons admettre : car elles abondent précisément dans les parties du corps où l’épiderme a le plus de finesse; elles apparaissent quelquefois à

(4) Godelle. Revue médicale, t. 11, p. 512, 1848.

une époque de la maladie où la peau ne présente encore aucune altération de structure ni de fonctons; enfin, si elles étaient dues à une cause mécanique et accidentelle comme celle dont il s’agit, il serait difficile d'expliquer pourquoi elles sont si fréquentes dans certaines épidémies, et si rares dans d’autres.

Elles ne sont pas davantage l'effet de la phlegmasie de la peau agissant à la manière des irritants cutanés, des substances vésicantes, puisqu'elles se développent souvent sur des intervalles de peau saine.

Jahn a considéré l'existence et le développement des vésicules miliaires dans la scarlatine comme inséparables du travail exanthématique : un certain nombre de points scarlatineux prendraient au bout d’un temps plus ou moins long une teinte plus foncée, augmenteraient de volume, et donneraient ainsi naissance aux productions miliformes. Mais, d’une part, on trouve des vésicules miliaires sur des parties de peau qui n’ont présenté aucune trace d’exanthème , ni de points scarlatineux ; et de l’autre, la complication dont il s’agit n’est point particulière à la scarlatine, mais s’observe aussi dans d’autres maladies éruptives, par exemple dans la rougeole.

Nous avons dit, dans la première partie de cet

ouvrage ‘, que ces vésicules nous semblaient appartenir à la miliaire, et résulter d’une combinaison de celle-ci avec la scarlatine. Nous avons fait à cet égard un rapprochement historique intéressant. Avouons néanmoins que cette opinion est elle-même passible d’objections assez sérieuses, et attendons, pour nous prononcer, que de nouvelles recherches aient jeté quelque jour sur cette variété de scarlatine, qui parait encore mal définie dans l’état actuel de la science, puisque certains auteurs ont attribué aux éminences qui la distinguent des caractères très-différents de ceux que nous avons décrits. En effet, suivant les uns, les vésicules miliaires contiendraient toujours une sérosité limpide; suivant d’autres, elles renfermeraient une humeur Jjaunâtre, opaque, purulente. Storch en a vu de couleur rougeûtre. On a dit qu’elles ne duraient jamais plus d’un jour, etc.

La scarlatine offre quelquefois un phénomène qu’on à voulu rattacher à l'existence de vésicules miliaires dont le fluide se serait évaporé. Il arrive souvent que, sur un point quelconque des taches, une lamelle épidermique se détache à son centre, tout en restant encore adhérente à la peau par ses

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bords. Dans ce cas il se produit une apparence de vésicule; mais celle-ci n’est point ronde; elle est irrégulièrement anguleuse; à la loupe, on la reconnait sans peine pour une écaille épidermique; elle ne contient jamais de liquide, paraît à la fin de la maladie, et ne montre aucune des transitions par lesquelles passent les vésicules scarlatineuses. C’est cette espèce de desquamation qui a fait dire à Quarin !

dans la scarlatine, les vésicules étaient vides, et

et à d’autres auteurs que,

à Schœnlein, qu’elles étaient anguleuses. H#illan * rapporte également avoir observé sur les membres des scarlatineux des espèces de vésicules blanches , rondes, et qui, ouvertes, ne laissaient échapper aucun fluide; mais il ne les confondait pas avec les vésicules miliaires, et il explique comme il suit leur mode de formation : « Lorsque les plus gros boutons s’affaissent par la forte contraction des vaisseaux cutanés vers la fin de l'efflorescence, les portions d’épiderme élevées subitement lors de leur formation, et détachées de leurs adhérences , ne peuvent point se contracter

(4) Traité des fièvres, ete., trad. Emonnot, Paris, an vx, L.#, p. 192. —(2) Description and Treatment of eutaneous diseases, ele. , knnales de littér.méd. étrang. de Xluyskens, L vrT, p. 169.

SCARLATINE BULLEUSE. 153

entre eux, mais restent proéminentes quelque temps, puis se détachent. »

SCARLATINE BULLEUSE, PEMPHYGOÏDE, PHLYCTÉ- NOÏDE.—Dans cette variété, il se développe de distance en distance, sur les taches scarlatineuses ou sur les parties saines, des bulles analogues à celles du pemphygus ou aux ampoules qui résultent d’une brülure, « bullas à combustione repræsentantes", » Ces phlyctènes paraissent avoir pour origine la confluence d’un certain nombre de vésicules, à en juger par les passages suivants, qui donneront une idée de cette forme de scarlatine, assez rare du reste, et dont on trouve peu d’exemples dans les auteurs : « J'ai vu, dit Stærk *?, le lendemain de léruption, survenir au cou, à la poitrine et à l’abdomen des vésicules blanches, transparentes, qui donnèrent naissance, en confluant, à de grosses phlyctènes qui augmentèrent de volame pendant plusieurs jours; les unes crevèrent, laissant échapper une sérosité limpide; les autres se desséchèrent. » « Tota corporis superficies ruberrima vesiculis copiosissimis obsita, quarum

(1) De Meza. Compend. medic. prat., p. 59. — (2) Ann. méd,., ?, P. 48.

plures confluentes amplas formarunt bullas nuce avellanä majores ". » Ces bulles peuvent être plus ou moins nombreuses : Reuss” en compte plus de vingt chez un malade; elles occupaient la face, le cou, la poitrine et les membres. Il paraît que dans certains cas elles sont vides, ce qui est dû probablement à la résorption du liquide qu’elles contenaient au moment de leur formation. « Vesiculæ ampliores, vacuæ tamen *. » Kreyssig * dit avoir vu de grosses ampoules aux doigts de quelques scarlatineux, mais seulement dans des cas graves. Enfin nous citerons, comme ayant étésurtout remarquables par la fréquence de cette forme bulleuse, une épidémie dont il est question dans la feuille hebdomadaire de médecine de Francfort, 1783 ”, et celle de Halle, 1818-9 5 : dans cette dernière , dit Xrukenberg, il se formait sur l'exanthème des bulles comme celles des vésicatoires, de la grosseur d’une noisette.

SCARLATINE PAPULEUSE. — Elle est caractérisée

(1) Annal. scholæ clinicæ medicæ Ticinensis, Pavie, 1826, pars 1, P. 202. — (2) Naumann. Handbuch der medic. Klinik, Berlin, 1831, rt, p. 745. — (3) De Meza. Loc. cit. — (4) Abhandlung über das Schariachfieber, nebst Beschreibung, ele., Leipzig, 1802, p. 16. — (5) Frankf. med. Wochenblatt., Jahr. 1783, st. 27. — (6) Most. Geschichte des Scharlachfiebers, L 11, p. 299.

par de petites saillies papuleuses, d’un rouge plus foncé que les taches, ne contenant ni sérosité, ni pus, et ordinairement plus faciles à constater au toucher qu’à la vue. Cette variété, extrêmement rare, a été observée par Rayer ‘, Naumann ?, Strecker ?, Guérétin ‘, etc.

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