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CHAPITRE VIIL

De Ll'Inflnence de la Searlatine sur les maladies dans je cours desquelles elle se developpe.

MM. Rilliet et Barthez, auxquels l’histoire de la scarlatine doit de si précieux matériaux, sont les premiers auteurs qui aient cherché à déterminer l'influence exercée par les fièvres éruptives sur la marche des affections dans le cours desquelles elles se développent. Généralisant un certain nome bre de faits par eux observés, ils ont cru devoir

poser en principe que ces inflammations spéci-

liques augmentent la gravité ou déterminent la recrudescence des maladies dont elles sont habituellement génératrices, tandis qu'elles peuvent, dans certains cas, modifier d’une manière heureuse celles qui ne rentrent pas dans le cadre de leurs complications ordinaires. Cette double proposition pouvait être établie à priori : car, d’une part, on conçoit aisément que la rougeole, par exemple, en se déclarant chez un individu déjà atteint de laryngite, imprime à cette dernière un nouveau degré de gravité; et de l’autre, il est facile de comprendre qu’un état morbide s’amende ou guérisse sous l'influence d’une action dérivative ou perturbative exercée par une maladie intercurrente.

Voici quelques exemples dans lesquels la scar= latine a arrêté la marche de la maladie primitive.

Une chorée traitée par M. Legendre durait depuis un mois, lorsque les prodromes d’une scarlatine se développèrent. Dès ce jour, les mouvements choréiques commencèrent à diminuer; l’exanthème fut très-léger, mais bien caractérisé. L'amélioration persista, et fut de plus en plus prononcée ; enfin, la guérison fut complète vingt jours après l'apparition de la fièvre éruptive.

Un enfant avait une fièvre intermittente tierce, qui avait déterminé tous les désordres qu’elle pro-

duit après une longue durée, c’est-à-dire une teinte jaune de la peau, une hypertrophie de la rate, et une véritable cachexie. Cette fièvre, suspendue par l’exanthème, revint aussitôt après que l’éruption fut achevée, mais elle avait changé de type : elle résista à plusieurs prises de sulfate de quinine, puis Cessa peu à peu sous l'influence d’une albuminurie scarlatineuse.

Le docteur Durr ", de Pegau, rapporte le cas d’un enfant de cinq ans, qui avait été pris en hiver, à la suite d’un refroidissement, d’un endurcissement du tissu cellulaire de la cuisse droite. Trois mois de traitement n’avaient amené aucun résultat. L'enfant fut atteint de la scarlatine, et le mal disparut avec elle. Mais l'enfant succomba plus tard à lanasarque.

Fischer * rapporte avoir souvent vu des enfants atteints de scrofules, être totalement délivrés de cette maladie à la suite de la scarlatine. Des cas analogues ont été cités par MM. Rilliet et Barthez pour une coqueluche, une colite et une pneumonie.

Les maladies qui sont susceptibles de s'’amen-

(1) Hufeland’s Journal der prakt. Heïlkunde, &. XXvIIE, n° 5, p. 78. — (2) Gründliche Darstellung des Scharlachfiebers, Prag., 4832, p. 39.

der sous l'influence de la scarlatine sont exclusivement celles dont elle ne se complique pas habituellement ; mais, même pour les maladies de cette classe, l'amélioration n’a lieu que dans quelques cas rares et exceptionnels.

Ainsi, pour nous borner à ce qui concerne la fièvre intermittente et les scrofules, M. Ollivier- Mairy' rapporte avoir souvent vu des enfants qui avaient depuis long-temps des fièvres quartes et doubles tierces, être attaqués de la scarlatine, et ces deux maladies parcourir distinctement leurs périodes, sans que la marche de l’une semblät entraver la marche de l'autre. Non-seulement, dans limmense majorité des cas, la scarlatine n’améliore en rien l’état des scrofuleux, mais Cappel ? assure même avoir vu plusieurs fois survenir de véritables scrofules à la suite de cette maladie.

La manière dont la scarlatine se comporte à l'égard des autres fièvres éruptives avec lesquelles elle s’unit quelquefois, est intéressante à observer. Elle n’arrête jamais complètement la marche de ces maladies, qui sont essentiellement typiques, et qui ne peuvent s’éteindre sans avoir parcouru

(1) Nouveau Journal de médecine, chirurgie, pharmacie, etc., décembre 1822. — (2) Theoret. und prakt. Abhandiung vom Scharlachausschlage, Gæœtting., 1803, p. 89.

leurs diverses périodes d'évolution, de maturité et de déclin. Mais elle peut en suspendre le cours pendant un certain temps : ainsi, par exemple, on voit dans certains cas les symptômes d’une rougeole céder la place à ceux d’une scarlatine, et la première de ces maladies reparaitre plus tard pour parcourir ensuite toutes ses périodes jusqu’à la fin. Une vaccine fut suspendue au huitième jour par l’éruption d’une scarlatine, et l’auréole rouge s’effaçca jusqu'à ce que celle-ci eût terminé son cours, moment auquel elle reprit le sien, et l’acheva régulièrement. Par contre, une scarlatine fut effacée au quatrième jour par la manifestation d’une vaccine qui marcha jusqu’à la fin, et après la terminaison de laquelle seulement on vit la scarlatine se manifester de nouveau’. Il arrive aussi parfois que les deux maladies coïncidentes marchent simultanément ; mais alors elles sont presque toujours anormales. MM. Rilliet et Barthez assurent n’avoir jamais vu la scarlatine coïncider avec la rougeole ou avec la variole, sans que ces dernières en fussent modifiées. En général, la scarlatine domine la rougeole. Une observation

(4) Jenner, Medizinische Anralen, 1800, août, p.747. Hahnemann, Organon de l’art de guérir, trad. Jourdan, Paris, 1834, p. 133.

remarquable, due aux auteurs que nous venons de citer, c’est que dans la grande majorité des cas, lorsque ces deux maladies se rencontrent chez le même sujet, l'intensité des symptômes pharyngés et bronchiques est en rapport inverse de l’intensité de chaque éruption. Ce résultat, en apparence singulier, s'explique aisément si l’on se rappelle que dans bon nombre de cas il existe une sorte de balance entre la phlegmasie de la peau et celle des muqueuses, et que si, par une cause quelconque, la première diminue, on voit s’accroitre la seconde: en sorte que si la scarlatine fait disparaitre la rougeole, la bronchite doit augmenter.

On a depuis long-temps signalé et admis l’influence des fièvres éruptives sur la tuberculisation. Au point de vue des doctrines anciennes, on expliquait cette influence en admettant qu’un des attributs essentiels de ces maladies est une élimination de matière morbide, et que si elle n’a pas lieu, l'infection des humeurs persiste et donne naissance à la cachexie tuberculeuse, Il faut bien avouer que cette explication n’est qu'une hypo= thèse; mais, à tout prendre, elle est bien plus philosophique que celle admise dans ces derniers temps, et qui consiste à rapprocher le rôle que jouent les fièvres éruptives de celui de l’inflammation en général. Par une observation bien exacte,

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dit M. Barrier, on aurait reconnu, d’une part, que ces fièvres, et en particulier la rougeole et la variole, ont souvent pour effet, sans laisser à leur suite aucune inflammation locale, de déterminer l'explosion de la cachexie tuberculeuse ; d'autre part, on aurait pu également se convaincre que jes inflammations locales spécifiques ont une action plus puissante que les inflammations locales idiopathiques ".

Que l’action de la fièvre éruptive soit due à une complication de broncho=pneumonie ou à une altération générale spécifique, 1l n’en est pas moins incontestable, et tous les auteurs en sont d'accord, que la rougeole favorise le développement des tubercules. Mais en est-il de même de la variole et de la scarlatine? M. Barrier et d’autres auteurs avaient déjà remarqué que cette dernière maladie a moins d'influence que la variole et la rougeole sur la tuberculisation. MM. Rüilliet et Barthez sont allés plus loin : ils prétendent que la variole est contraire au génie tuberculeux, et que si la scarlatine, une fois développée chez un phthisique, a une influence sur sa maladie, elle est plutôt curative qu'accélératrice. Cette proposition

(1) Barrier. Traité pratique des maladies de l'enfance, 1842, t.1, art, Phthisie pulmonaire.

a trop d'importance pour que nous ne rapportions pas textuellement les paroles des auteurs qui ont cherché à l’établir : « Parmi tous les enfants que nous avons vus mourir après avoir eu l’exanthème, trois seulement étaient gravement tuberculeux. Or, si l’on considère combien est fréquente la tuberculisation des enfants, on sera étonné de voir un si petit nombre réunir ces deux maladies. En outre, dans deux cas où la tuberculisation était abondante, la scarlatine était anormale, ce qui indique déjà une certaine répulsion entre les deux affections. D’une autre part, trois autres enfants avaient dans les poumons des cicatrices de cavernes, accompagnées d’ailleurs de très-peu de tubercules, dont plusieurs étaient crétacés. . . . La guérison des tubercules est si rare chez l'enfant, qu'il est remarquable de voir un aussi grand nombre de tuberculeux guéris être pris de la scarlatine, tandis que nous avons dit que parmi les tuberculeux actuellement malades, il se rencontre, absolument parlant, un nombre moindre de scarlatineux. Enfin, nous citerons que, sur deux des enfants qui ont contracté la scarlatine après la guérison des tubercules, nous avons pu constater l’éruption, et qu’elle était une fois normale et l’autre fois anormale; dans ce dernier cas, il est vrai, il y avait une rougeole concomitante. D’au-

tre part, excepté les trois premiers malades dont nous avons parlé, tous ceux qui ont présenté des tubercules n’en ont offert qu'un petit nombre dans les poumons ou les ganglions, jamais ailleurs, toujours petits et peu nombreux, souvent au nombre d’un, de deux ou de trois seulement. Cette coïncidence est certainement remarquable, et prouve, nous le croyons au moins, la proposition émise, que si la scarlatine se développe chez des tuberculeux, c’est de préférence chez ceux qui ne sont pas actuellement cachectiques. Enfin , nous ajouterons que chez plusieurs de ces derniers malades, et dans une grande proportion, la moitié, nous avons trouvé une partie des tubercules à l’état crétacé, c’est-à-dire arrivés ou tendant à arriver à l’une des formes de la guérison. Cette proportion, immensément plus grande que celle que l’on rencontre en général chez les tuberculeux, est une preuve ou au moins une probabilité que la scarlatine exerce une influence favorable sur la tubereulisation, à moins que celle-ci ne soit assez avancée pour changer elle-même la marche de l’exanthème. ...... Résumons cette discussion : 1° La scarlatine engendre très-rarement les tubercules. 2° Les enfants tuberculeux prennent {rès-rarement la scarlatine, qui alors est anomale. 3° Les enfants guéris de tubercules

contractent la scarlatine plus souvent que les précédents, et l’éruption peut être normale. 4° Les enfants tuberculeux qui prennent la scarlatine n’ont qu'un très-petit nombre de tubercules crus, et très-rarement ramollis. 5° Dans ces cas, les tubercules tendent souvent à devenir crétacés dans un court espace de temps. Nous en concluons que la tuberculisation et la scarlatine sont deux maladies à génie différent, qui se répugnent l’une à l'autre. »

Cette conclusion est diamétralement opposée à l'observation de Clark" et d’autres praticiens célèbres, tels que M. Bouillaud ?, qui écrivait récemment : & D’après mes propres observations, » dans la scarlatine comme dans la rougeole, la » bronchite concomitante peut entrainer à sa » suite la tuberculisation pulmonaire. » Les faits invoqués par MM. Rilliet et Barthez sont-ils assez nombreux et assez concluants pour que nous devions admettre l’antagonisme de la scarlatine et de la tuberculisation comme un point de doctrine rigoureusement démontré et définitivement établi? Nous ne le pensons pas, et nous en appelons à de nouvelles recherches. Remarquons, du reste, avec

(4) À treatise of pulmonary consumption. London, 1835. — (2) Traité de Nosographie médicale, Paris, 1846, t.17, p.152.

M. Barrier, que l'appréciation exacte de linfluence des exanthèmes sur la cachexie tuberculeuse offre de grandes difficultés. Peut-on savoir, en effet, si un enfant chez lequel une phthisie ou les scrofules se déclarent après une rougeole, par exemple, n’était pas déjà, avant cette maladie, en proie à un état latent de cachexie tuberculeuse ? Peut-on affirmer, dans d’autres cas, que le sujet n'avait pas même la prédisposition tuberculeuse, et que celle-ci a été engendrée par la maladie exanthématique? Non; il faut reconnaître que le problème est souvent insoluble.

On à dit que la formation du cal était suspendue pendant le cours de la scarlatine .

(4) Pfeufer. Loc. cit., p. 103.

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