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CHAPITRE XI

Froephyliaxie.

Un grand nombre de moyens ont été proposés comme préservatifs de la scarlatine. Dès l’année 1756, Johnston! avait employé contre les miasmes producteurs de cette maladie le procédé de fumigations dont la priorité a été attribuée à tort à Guyton de Morveau, et qui consiste à déterminer un dégagement d’acide chlorhydrique en trai-

(4) Benedict. Geschichte des Scharlachfiebers, p.105, $ 82.

tant le chlorure de sodium par l'acide sulfurique. Plus récemment, Hegewisch', Wood”, et Blackburne* , ont attaché beaucoup d'importance à ces fumigations. 4 Thuessink", médecin hollandais, les prescrivait également, et administrait en mème temps à l’intérieur le mercure doux et le soufre doré d’antimoine, qu'Æufeland® regarde comme prophylactique de la scarlatine. Hillan donnait la préférence aux fumigations d'acide nitrique. Masius , Augustin”, et Neumann, ont recommandé l'usage des acides minéraux à l’intérieur et à l'extérieur. Girtanner”® conseillait de se laver tout le corps et de se rincer la bouche avec du vinaigre. Æfithering* donnait un vomitif à ses malades aussitôt qu’il les supposait infectés, et il leur faisait laver la bouche et les fosses nasales avec une lessive caustique étendue d’eau; après le vomitif, il les faisait mettre au lit, et provo-

(1) Horns Arch'v, B.10, St.1, S. 159. — (2) Medical and physical Journal, 1808, febr. — (3) Facts and Observations concerning the prevention and cure of the scarlet-fever. London, 1803. — (a) Allg. haïl. lil. Zeit., 1808, Ergænzungsb., n° 83.— (5) Hufelands Journal der pract. Heïlkunde, B. xvr, St. #, S. 175. — (6) Ibidem, t. XVIT, n° 4, p. 48. — (7) Archiv für Staatsarzneikunde, t1,n°1,p.141.—(8) Aufsælze und Beobachtungen, t.1, p. 283. — (9) Abhandi. über Kinderkrankheïten, p. 255. — (10) Beschreibang des mit Halsweh verknüpften Scharlachf., 1781, p. 293.

quait la sueur par des ammoniacaux. Xirkland* prétend avoir plusieurs fois étouffé la maladie dans son germe par des purgatifs. Sulzer * vante l'usage de l’eau de goudron à l’intérieur; Rush”, les mercuriaux ; Most *, l'électricité; Dæœhne, les onctions avec de l'huile. M. Tortuand°, ayant observé que dans une épidémie de scarlatine tous les enfants qui, pour cause de gale, étaient soumis à un traitement sulfureux, avaient été épargnés par la maladie, bien qu’ils eussent été exposés à la contagion, a expérimenté et recommandé le soufre comme préservatif. Enfin, on a encore préconisé les lotions d’eau froide répétées plusieurs fois par jour {Romhild), la mastication de la racine de gentiane et les cautères au bras { 4laymus) , le sulfate de quinine (Hunault d'Angers), la rhubarbe (Sims, Lentin) , les gargarismes d’acide hydrochlorique ( Godelle de Soissons), l'acide muriatique oxygéné (Braithwaile), un mélange de parties égales de vin stibié et d’oxymel scilli-

(4) Untersuch. des gegenw. Zustandes der Chirurgie. Aus dem Engl. 1783.— (2) Reichsanzeiger, 1801, p. 590. — (3) Medic. Inquiries and Observations. Philadelphia and London, 1789, p.125. — (4) Ueber Galvanismus, p. 118. — (5) Einige Beytr. zur Ætiologié und Cur des Scharlachf,, 1810.— (6) Kleinert. Repertorium. Gazelle médic., janvier 1832, p. 88.

tique (Fildberg), V'infusum d’ipécacuanba (Schlesinger), etc.

Mais la belladonne est de tous les préservatifs de la scarlatine celui qui à obtenu le plus de célébrité. Hahnemann, ayant remarqué, à la fin du siècle dernier, que cette solanée, administrée à petites doses, donnait quelquefois lieu à l’éruption de plaques rouges analogues à celles de la scarlatine, avança que la belladonne devait préserver de cette fièvre éruptive, d’après le principe Similia similibus curantur. Des expériences, tentées principalement en Allemagne, ne tardèrent pas à justifier les prévisions du fondateur de l’homæopathie. On lit dans la Bibliothèque thérapeutique de Bayle' un relevé statistique qui montre que sur 2,027 individus auxquels on avait administré la belladonne, 1,948 ont été préservés de la scarlatine, et 79 seulement l’ont contractée. Nous citerons, comme très-remarquables, les observations du docteur Dusterberg * de Warbourg, qui ayant, dans diverses épidémies, préservé de la scarlatine tous ceux auxquels il avait administré la belladonne, omit volontairement, pour donner plus de poids à ses expériences, de ladministrer à un enfant dans chaque famille : celuilà seul contracta la maladie.

(1) Tome 1, p.496. — (2) Hufelands Journal, L. LY, n° 4, p. 199.

Les faits suivants ne sont pas moins concluanis : Au mois de mars 1819, une épidémie meurtrière de scarlatine sévissait à Sachsendorf, et avait déjà fait de nombreuses victimes, lorsque Berndt pensa qu’un emploi général de la belladonne pourrait arrêter la maladie dans ses progrès. Un médecin se rendit sur les lieux, et administra trois jours de suite à tous les individus âgés de moins de vingtans une certaine dose de solution de belladonne {15 centigrammes d'extrait dans 30 grammes d’eau de cannelle). Le résultat fut tel, qu’à dater de ce jour il ne se déclara pas un seul cas de scarlatine ". Une épidémie qui se montra peu de temps après à Kienitz, fut arrètée de la même manière, l’instituteur ayant eu soin d’administrer la beïladonne à tous les enfants qui fréquentaient son école. Plusieurs faits analogues s'étant reproduits depuis cette époque, le Gouvernement prussien ordonna officiellement, en 1827, que la belladonne serait généralement employée comme préservatif dans les cas d’épidémie de scarlatine ?.

La vertu préservatrice de la belladonne a principalement été préconisée : en Allemagne, par

(4) Die Scharlachfieberepidemie im custrinschen Kreise. Leïpz., etc., 1820. — (2) Literar. Annal. der gesammt. Heiïlkunde, juillet +827, p. 302.

Muhrbeck"', Berndt?, Behr°, Schenk *, Masius ”, Heden°, Rauschenbuch”, Fleischmann”, Kopp”, Zeuch"", Bloch", Jutmann ?: en Suède et en Hollande, par Banej'"° et Beeke'*; en France, par Méglin", Fristo Ÿ, Martini", Godelle *, Lemercier , Stiévenart *.

D'un autre côté, d’habiles observateurs ont publié des résultats entièrement opposés à ceux que nous venons de signaler. Lehmann * a vu la belladonne échouer complètement dans une épidémie meurtrière qui ravagea Torgau en 1825. Suivant Raminski et Teuffel”, elle se serait également montrée inefficace dans une épidémie qui sévit à Stralsund en 1827. Hildenbrand et Bock disent

(1) Hufelands Journal der pract. Heiïilkunde, 1821, n° 2. — (2) Ibid., 1820, n° 8. — (3) Ibid., 1823, n° 8. — (4) Ihid., 4824, n°4. — (5) 1bid., t. xxx vr, n°1, p. 123.— (6) Ibid., t. xx XVIII, n° 5, p.42. — (7)Ibid., & LI, n° 7, p.22. — (8) Ibid., 1836. Gaz. médic., 1836, t.1V, p.1x. — (9) Jahrb. der Staatsarzneikunde, n° 4. — (10) Salzhb. med. Zeitung , 1825, n°0 52. — (+1) Rust’s Magazin, t. XVII, n° 1. — (12) Medic. Jahrb. des K. œslerr. Staates, t. 1, 1830, p. 25. — (13) Acta Societatis med. havniensis. Havniæ , 1821. — (14) Alg. Konst en Latterbode, 1825, n° 11. — (15) Journal de médecine, chirurgie, pharmacie, etc., nov. 1821. — (16) Dictionnaire universel de mat. médic., t.r, p.195. Revue médicale, 1850, p. 343. — (17) Archives générales de médecine, 1824, t. v, p. 264. — (18) Revue médicale, 1843, t.17, p. 566. — (19) Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences médicales , avril 1825. — (20) Bulletin de l’Académie des sciences, janvier 1843. — (21) Rust’s Magazin, t. xxtr. — (22) Annalen für die gesammte Heilkunde, 1825.

PROPHYLAXIE. sit

n’en avoir obtenu que des succès incomplets. On trouve dans J. Frank l’énumération d’un grand nombre de praticiens qui nient la vertu prophylactique de la belladonne, et auxquels nous pourrions ajouter Stieglitz", H'endt?, Pfeufer, Steimmig”, Fischer. Quelques auteurs, notamment Harnier, Heyfelder, Luiscius, Wagner, ont même vu des accidents graves survenir à la suite de son emploi. J. Frank° est un de ceux qui se sont élevés avec le plus de force contre l'emploi de la belladonne; mais il ne la repousse que dans des vues purement théoriques, puisqu'il avoue n'avoir jamais fait usage de ce médicament : «Je ne l'ai point employé, dit-il, parce que le sens commun s’opposait à ce que je me servisse de ce remède aux doses minimes et ridicules d'Hahnemann, et que ma conscience se refusait à ce que je fisse sur des enfants bien portants usage d’un poison violent, dans le but d’une expérience douteuse, à une dose telle que je pusse en attendre un effet. Mème en accordant que les partisans de cet antidote agissent avec la plus grande bonne

(4) Versuch einer Prüfung und Verbesserung , ete., p.280. — (2) Das Wesen, die Bedeutung und ærztliche, elc., p. 146. — (3) Op. cit., p.192. — (4) Op. cit., p.67.— (5) Op. cit., p. 12. — (6) Pathologie interne, t.11, p.129. (Encyclop. des sciences médicales, Paris, 1839.)

foi, combien n’existe-t-il pas de causes d’erreurs: soit parce que la constitution annuelle qui favorise la propagation de la scarlatine peut cesser au moment mème où l’on fait l'expérience de cet antidote, soit parce qu’en général les hommes sont disposés à admettre comme vraies les choses qu’ils désirent ! »

Quelle est la vérité, au milieu de tant d’opinions contradictoires ? Nous pensons qu’en appréclant à leur juste valeur la masse des observations connues jJusqu’ic1, on peut en tirer les conclusions suivantes :

Dans la grande majorité des cas, ceux qui ont pris convenablement la belladonne sont à Pabri de la scarlatine.

: Lorsque la maladie se développe chez des individus qui se trouvent sous l'influence de ce médicament, elle est en général bénigne, et moins grave qu’à l'ordinaire.

La belladonne ne possède pas d’une manière absolue la propriété de préserver de la scarlatine, elle n’opère que sous certaines conditions. Comme causes de non-succès, on peut alléuer : 1° la mauvaise qualité du médicament : on sait que les propriétés des extraits présentent beaucoup de diffé rence suivant le mode de préparation. Ceux qui ont été évaporés à feu nu sont presque inertes :

il est indispensable qu'ils le soient à la vapeur ou au bain-marie. 2° Une dose trop faible, et Padministration trop tardive ou trop peu prolongée de la belladonne. On donnera la préférence aux formules de Berndt ou d'Hufeland, que nous indiquerons plus loin. On commencera par une dose assez forte, que l’on diminuera graduellement, et on ne cessera d'en faire usage que trois semaines après l'extinction complète de l'épidémie. 3° La disposition individuelle. Certains sujets peuvent n'être pas susceptibles d’éprouver l’action préservatrice de la belladonne, ou bien avoir une trop grande disposition à être affectés de la scarlatine. 9° La constitution épidémique. Il y a des épidémies dans lesquelles la belladonne se montre plus efficace que dans d’autres. 6° Une erreur de diagnostic. Il faut prendre garde de confondre avec la scarlatine d’autres exanthèmes dont la belladonne ne garantit pas.

MM. Rilliet et Barthez conseillent de réserver l'emploi de la belladonne pour les cas où l’épidémie régnante est très-grave. Si ele est bénigne, il y a peu d’inconvénient à ce que les enfants contractent la maladie, parce qu’ainsi ils en seront préservés pour lavenir.

Passons au mode d'administration de cet agent prophylactique.

Hahnemann employait la belladonne à des do ses excessivement faibles. Voici sa première formule : Faites dissoudre un grain de suc concentré de feuilles de belladonne, récemment exprimé, dans 350 gouttes d’eau distiilée, et ajoutez-y 90 gouttes d'alcool; mélangez de nouveau une goutte de cette teinture dans 308 gouttes d’eau et 90 d'alcool, et délayez encore une fois une goutte de celte mixture dans 200 gouttes d’eau, en sorte que chaque goutte de cette liqueur contienne 1/24,000,000 partie d’un grain du suc concentré. Dans l’espace de 72 heures, on donnera 2 gouttes de cette dernière teinture aux enfants d’un an, 3 gouttes à ceux de deux, 4 gouttes à ceux de trois, et ainsi de suite; enfin, pour une personne de 9 ans, 14 à 16 gouttes; et pour un adulte, jusqu’à 30 gouttes, mais Jamais davantage. Rien ne sera changé au régime, ajoutait Hahnemann : seulement on évitera le froid, les émotions, les boissons chaudes, le vinaigre et les autres acides, comme exaltant l'énergie du médicament. — Plus tard, 1l modifia cette formule, et la remplaça par la suivante : Faites dissoudre directement le suc de la belladonne dans un poids égal d'alcool. Deux gouttes de cette même solutron décantée seront mèlées à 98 gouttes d’alcool cohobé et agitées dans un vase de verre. Ajoutez une goutte de

cette solution dans 99 gouttes d'alcool, et répétez cette opération trente fois. Il en résulte une solution étendue à ce point, qu’une de ses gouttes contient un décillionième de goutte de suc de belladonne. Cette solution convient pour les enfants depuis l’âge d’un an jusqu'à 6; pour les personnes plus âgées, on donnera une goutte d’une dilution moins forte, obtenue par exemple en ne répélant que 15 fois l'opération ci-dessus. Selon qu’il existe plus ou moins de danger d’infection, on donne une seconde dose après 24 heures, une troisième après 36 heures, une quatrième après 48 heures , et ensuite tous les trois Jours. La plupart des auteurs qui ont expérimenté lantidote d’'Hahnemann, ne se sont nullement astreints à des doses si fractionnées. Æufeland employait la formule suivante : Extrait de belladonne, 15 centigr.; eau distillée, 30 gr.; alcool rectifié, 1 gr.; deux fois par jour autant de gouttes que l'enfant a d'années. Berndt prescrivait depuis 2 jusqu’à 12 gouttes, suivant les âges, d’une liqueur préparée avec 15 centigr. d'extrait de belladonne et 30 gr. d’eau de camomille vineuse. [Il remarque qu’en ne mettant que 10 centigr. d'extrait, le médicament était beaucoup moins efficace. Gumpert père donnait soir et maün une cuillerée à café d’une mixture composée

avec 9 centigr. d'extrait de belladonne, 125 gr. d’eau de fleurs d'oranger, et 4 gr. d'esprit de vin. Dusterberg, dont les expériences ont eu des résultats bien plus satisfaisants que celles de la plupart des médecins qui se sont occupés du même sujet, donnait 10, 15 ou 20 gouttes” d’une solution de 15 centigr. d'extrait de belladonne dans 12 gr. d’eau de cannelle, etc.

Des auteurs qui ne partagent pas les opinions d'Hahnemann, ont cherché ailleurs que dans le principe des semblables l'explication de la puissance prophylactique de la belladonne. Les uns ont prétendu que cette solanée modifiait la vitalité et déterminait une excitation spécifique du système ganglionnaire, qui jouerait, suivant eux, un grand rôle dans la production de la maladie. D’autres n’ont vu dans la belladonne qu’un agent narcotique qui aurait uniquement pour effet d’émousser la réceptivité de l'organisme, d’individualiser pour ainsi dire les sujets, et de les rendre indépendants des influences du monde extérieur. Nous sommes loin d'admettre l’action des doses infinitésimales comme un point de thérapeutique parfaitement démontré, tout en faisant remarquer qu'il s’agit d’un effet dynamique, et qu'il est impossible de déterminer pondérativement la quantité de virus nécessaire pour pro-

duire sur l'organisme un effet quelconque; mais il me semble quela belladonne, administrée à doses appréciables, agit réellement comme substitutive, en vertu du principe Similia similibus curantur, principe admis 1ly a 400 ans par Paracelse, et dont l'application, restreinte dans de justes limites, est destinée à un grand avenir.

On ne peut nier, en effet, que la belladonne produise chez l’homme sain un ensemble de symptômes analogues à ceux de la scarlatine. & Un individu, dit 4libert', qui avait avalé #4 grains de poudre de belladonne, éprouva, une heure après cette ingestion, une céphalalgie des plus violentes, surtout une rougeur excessive des yeux et de la face, qui s'étendit de proche en proche sur toute la surface du corps. En quelques minutes, toute la peau présentait une couleur rouge uniforme, exactement semblable à celle qu’on observe dans la scarlatine. De plus, le malade ressentait dans la gorge une chaleur vive, avec rougeur très-intense, qui semblait se propager dans l'estomac et dans le tube digestif. »

MM. £Zemercier ?, Féron ‘, et d’autres allopathes *, dont le témoignage ne peut être suspecté,

(1) Monographie des dermatoses, t. 1, p.389. — (2) Journal complémentaire du Diclionnaire des sciences médicales , avril 1825. — (3) Journa! des connaiss. médico-chirurg., 72 année, 1839, p. 68. — (4) Dusterberg, Hofstætter, Juffmann, etc.

rapportent des cas analogues qui, selon nous, ne laissent aucun doute sur le mode d'action de la belladonne comme préservatrice de la scarlatine. Des praticiens, n'ayant pas trouvé dans la belladonne toute l'efficacité qu’on lui attribuait, tentèrent une opération dont nous avons déjà parlé au chapitre de l’étiologie, l’inoculation de la scarlatine. Les effets qui en sont résultés portent M. Miquel d'Amboise ! à la regarder comme le moyen prophylactique le plus sûr que l’on puisse opposer à l’exanthème scarlatineux. Son premier essai fut fait sur un enfant de 28 mois, qui n’avait pas eu la maladie. Il piqua avec une lancette les plaques les plus apparentes sur une jeune fille de 16 ans, atteinte de cette affection ; il n’en sortit pas de sang , mais un fluide jaunâtre; ce fluide fat inoculé au bras de l'enfant par huit piqüres. Au 3° Jour, la plupart étaient entourées d’un cercle rouge; le 5°, elles avaient disparu. Une seconde inoculation, tentée comme contre-épreuve, n'eut aucun résultat : les piqûres ne déterminèrent aucune rougeur. Diverses autres inoculations furent faites, et les enfants qui en furent le sujet vécurent au milieu d’un grand nombre de scarlatineux sans contracter la maladie.

(1) Bulletin de l’Académie de médecine, séance du 9 sept. 1834.

On sait que, dès l’année 1758, un médecin d'Edimbourg, le docteur Home, a inoculé avec succès la rougeole, soit au moyen des larmes, soit au moyen du sang; et que ce moyen prophylactique , préconisé depuis par Monro, Locatelli, Cook, Vogel, etc., est tombé à peu près dans l'oubli, quoiqu'il ne soit pas, suivant l'expression de J. Frank, tout-à-fait à mépriser. Il serait à désirer que de nouvelles observations vinssent confirmer les résultats obtenus par Home et M. Miquel. C'est un sujet d'expérimentation que nous recomman— dons à la sollicitude des praticiens.

Le procédé le plus simple pour inoculer la scarlatine est celui qui a été employé par M. Yiquel, et qui consiste, comme nous l'avons déjà dit, à pratiquer de légères piqüres sur les taches scarlatineuses les plus apparentes, à recueillir sur la pointe d’une lancette le fluide qui s’en écoule, et à l’introduire sous l’épiderme comme on le fait pour le vaccin. On pourrait peut-être également réussir en faisant à la peau quelques incisions superficielles à l’aide d’un scarificateur, et en appliquant sur l'endroit scarifié du coton avec lequel on aurait frotté des taches scarlatineuses. Dans la scarlatine miliaire ou bulleuse,

(4) Medical Facts and Exper:ments, 1759, p. 258.

on incculera le fluide contenu dans les éminences. Darwin ‘ a conseillé d’inoculer la matière ichoreuse fournie par les ulcérations de la gorge : mais, d’une part, celles-ci ne sont pas constantes; et de l’autre, on n’obtiendrait pas le virus scarlatineux dans toute sa pureté.

Quelque soit le procédé qu’on emploie, on inoculera de préférence la scarlatine dans une saison où cette maladie est ordinairement bénigne, par exemple en hiver, par un temps de gelée. On choisira l’âge de 2 à 6 ans comme étant celui où les enfants supportent le mieux cette affection. On prendra le virus sur des sujets sains, et chez lesquels la maladie est régulière et peu intense. Le suiet inoculé sera, jusqu’à l’époque de la des-

uamation, soumis à un régime végétal et ex= posé à une température qui n'excède pas 10 à 12 degrés Réaumur.

L'inoculation de la scarlatine ne serait pas, à proprement parier, un moyen prophylactique, puisqu'elle ne préviendrait pas la maladie, et qu’elle n'aurait d'autre effet que de la dépouiller de ses effets les plus funestes en la communiquant dans les circonstances favorables. Most ?, rappe-

(1) Zoonomie, Th. 11, Abth.r, CI. 2. —(2) Geschichte des Scharlachf., 11, p. 260.

lant les considérations qui ont fait substituer la vaccine à l'inoculation du virus variolique, se demande sil ne serait pas possible de découvrir un agent qui füt pour la scarlatine ce qu'est le vaccin pour la variole? «Tous les médicaments que nous administrons comme prophylactiques, et en tête desquels on doit placer la belladonne, n’ont, dit-il, qu’une action temporaire, et n’opèrent qu’en diminuant l'aptitude du corps à recevoir le principe morbifique. Le fluide galvanique, que j ai conseillé comme préservatif, et qui a la propriété de déterminer chez l’homme sain un exanthème analogue à celui de la scarlatine, n'a probablement lui-même qu’une action passagère. S'il existe dans la nature, ce qui est probable, un agent propre à prévenir l'infection scarlatineuse, et dont la durée d’action soit aussi prolongée que celle du vaccin, il faut le chercher dans l’économie animale. L'expérience a prouvé que deux principes contagieux ne peuvent exister en même temps dans l’organisme, et que, lorsque celui-ci est déjà infecté d’un virus, il perd sa réceptivité à l’égard de tout autre virus de nature analogue. C’est ainsi que, d’après les expériences de Benjamin Gauchi", le venin de la vipère serait

(4) Journai d'économie rurale, etc., 1805.

322 PROPHYLAXIÉ.

un préservatif de l’hydrophobie, des chiens préalablement mordus par des vipères ayant ensuite subi impunément la morsure de chiens enragés. Le pus produit par certains ulcères qui surviennent chez les chevaux, peut, à ce qu’il paraît, remplacer avec succès le vaccin'. Les animaux domestiques sont sujets à diverses maladies éruptives; mais il en est une surtout qui a beaucoup d’analogie avec la scarlatine : c’est une espèce d’esquinancie à laquelle les porcs sont sujets, et dont les principaux symptômes sont : le gonflement du cou, l’angine, et une éruption érysipélateuse qui envahit quelquefois toute la surface du corps, mais principalement le cou et la partie postérieure du tronc. L’inoculation du sang provenant d’une partie de [a peau envahie par cet exanthème ne serait-elle pas un préservatif permanent de la scarlatine ? »

L'hygiène fournit quelques moyens prophylactiques qui ne doivent point être négligés en temps d'épidémie. Jærdens * insiste beaucoup sur la nécessité d'entretenir la liberté de la transpiration et la propreté de la peau. Dans ce but, il conseille de prendre un bain tiède une fois au moins par se-

(1) Erste Fortsetzung des Geschichte der Vaccinat'on in Bœhmen. Prag , 1805. — (2) Hufeland’s. Journal, t. XEX, n°3, p.22.

maine, et de changer fréquemment de linge et de vêtements. Thomassen a Thuessink ‘ recom= mande un régime alimentaire tonique , qui diminue la réceptivité de la peau en augmentant son énergie. MM. Blache et Guersant regardent l’isolement complet comme le meilleur préservatif de la scarlatine ; mais 1l est rarement praticable. Nous terminerons ce chapitre en consignant ici une observation remarquable faite par divers auteurs : c’est que, quand la coqueluche règne en même temps que la scarlatine, les enfants atteints de la première de ces maladies échappent à la seconde, ou ne l’ont que d’une manière très-bénigne. Host * a cherché à se rendre compte de ce fait. Admettant, avec Hufeland, que la cause prochaine de la coqueluche est une irritation du nerf diaphragmatique, 1l suppose que la scarlatine, dont les symptômes les plus importants sont, suivant lui, la congestion cérébrale et l’angine, il suppose, disons-nous, que la diathèse inflammatoire, qui tend à se porter à la tête dans la scarlatine, est prévenue ou calmée par lirritation abdominale qui caractérise la coqueluche. Cette opinion ne mérite pas une réfutation sérieuse. Si

(4) Annales de littérat. médic. élrang., t. VI, p. 253. — (2) Geschichte des Scharlachfiebers, Leipzig, 1826, t.I, p: 255.

l’on voulait à toute force une explication du phénomène dont il s’agit, on le trouverait peut-être d’une manière plus naturelle, suivant nous, dans l'opinion de M. Blaud de Beaucaire", qui attribue la coqueluche à une sécrétion morbide et spécifique de la muqueuse des bronches, dont le liquide, chargé d'hydrochlorate de soude, exciterait une irritation continuelle et des quintes de toux. Or, ne pourrait-on pas supposer , avec quelque apparence de raison, que ce liquide alcalin neutraliserait la contagion scarlatineuse? Mentionnons, en passant, cette autre opinion assez bizarre de Most : que la coqueluche peut être rangée, d'après sa nature, dans la classe des maladies exanthématiques.

Carro de Vienne et Struve prétendent avoir observé que la scarlatine est légère chez les sujets qui ont eu peu de temps auparavant la variole.

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(4) Revue médicale, 1831, t.1, p.334.

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