INTRODUCTION. XV
spirituel. Le platonisme en lui-même n'est, qu'une théocratie philosophique. Au lieu des sages qui gouvernent la république platonicienne, supposez des prêtres, et vous êtes dans l'Inde et en Egypte. Platon, obéissant au génie de la Grèce, a changé les brahmanes en philosophes. Admettez maintenant qu'il y ait deux sortes de vertu : la vertu humaine que Platon a seul connue; et la vertu religieuse, qui procure le salut. Admettez encore, qu'au lieu d'un corps de philosophes recherchant librement et par la science les principes de la vertu, il y ait un corps de prêtres chargé spécialement par Dieu d'enseigner la science du salut, n'est-il pas évident que la république de Platon se changera en une republique théocratique , démocratie, aristocratie ou monarchie, selon les circonstances? Tel fut le gouvernement des jésuites au Paraguay ; tel fut le gouvernement de Calvin à Genève; tel aspirait à être, au moyen âge, le gouvernement de la papauté sur toute l'Europe.
Cette politique soulève d'abord les mêmes objections que le platonisme en général, mais de plus quelques objections particulières. Si c'est déjà une difficulté de donner à l'État pour fin la vertu, c'en est une bien plus grande encore de lui donner pour fin le salut des âmes. Des deux destinations de l'homme, l'une terrestre qui se termine à la pratique de la vertu, l'autre céleste qui consiste dans la vie future, il est fort douteux que l'État ait pour but de nou-s conduire à la première ; mais il est bien