INTRODUCTION. XVII
l'autre céleste, qui enfin, par cela seul qu'elle existe, s'engage à transformer la société laïque sur le type de la cité divine dont elle est l'image, je réponds que si elle le fait par la pei'suasion, non-seulement c'est son droit, mais son devoir le plus sacré ; mais que si elle s'empare de l'autorité, elle commet une usurpation, et que l'État, à son tour, commet une injustice en acceptant cette servitude ; car il exclut par là même tous ceux qui, n'étant pas de la confession dominante, ont cependant comme hommes le même titre que les autres à sa protection. Il est vrai que souvent, l'État, au lieu d'être l'instrument de la religion, se sert de la religion comme d'un instrument pour gouverner plus aisément les hommes ; et c'est là d'ordinaire qu'aboutit la théocratie : mais ce n'est plus alors qu'une forme particulière du machiavélisme, et l'une des plus recommandées par le célèbre politique de Florence.
Entre le machiavélisme et le platonisme, le point juste et précis des rapports de la politique avec la morale est très-difficile à fixer. Essayons-le cependant.
Je dis que la politique suppose la morale, pratiquement et théoriquement : 1** en fait, sans mœurs et sans vertu, l'État est impossible et périt infailliblement ; 2" en théorie, la philosophie morale peut seule nous faire connaître la véritable fin de la philosophie politique.