‹ Histoire de la science politiqueChapitre 19 sur 71 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

vent être gouvernés que par la crainte, et tombent par conséquent dans le despotisme. Il est vrai qu'il n'attribue la vertu pour principe qu'aux républiques, et fait reposer les monarchies sur l'honneur. Mais l'honneur n'est-il pas aussi une sorte de vertu, ou une partie de la vertu ? Lorsque Grillon refuse à Henri III d'assassiner le duc de Guise, Thonneur qui le fait agir ne vaut-il pas la vertu républicaine, et est-il autre chose que le cri de la conscience ? G'est à ces conditions qu'une monarchie, même sans liberté politique, a pu être une forme noble de gouvernement. Mais, lorsque ce sentiment d'honneur eut disparu, lorsque les grands eurent mis leur gloire à plaire aux favorites et à obtenir un regard du prince, l'Ëtat tomba dans la poussière, et il serait inévitablement devenu la proie du despotisme, si une nouvelle forc^ morale, l'opinion, n'était apparue, effrayant et soutenant à la fois le prince étonné, et la monarchie chancelante. «

Il n'y a pas de maxime plus généralement admise par tous les publicistes que celle-ci : sans vertu, point de liberté. Elle est d'ailleurs facile à démontrer. Qu'est-ce qu'un pays libre ? G'est un pays où beaucoup de choses sont permises qui ne le sont pas ailleurs : par exemple, écrire, parler, se réunir, aller et venir, etc. Mettez ces libertés entre les mains d'un peuple corrompu, il en usera nécessairement mal : les citoyens se nuiront les uns aux autres, et se rendront la liberté insupportable ; le goût du plaisir amollira les courages ; les divisions intérieu-

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