INTRODUCTION, XXI
res amortiront Pesprit public ; les plus corrompus, pour jouir plus sûrement, vendront TÊtat soit à un conquérant, soit à un maître. Cette révolution inévitable a été peinte par Platon avec une force de couleurs et une énergie de sentiment que l'on ne peut trop admirer. Au reste, je ne veux pas dire qu'il y ait une relation constante entre la vertu et la liberté : car il entre trop d'éléments divers dans les choses politiques pour établir une pareille loi ; mais ce*que Ton peut affirmer, d'après l'autorité de tous les publicistes, et d'après l'expérience de l'histoire, c'est que la corruption entraîne tôt ou tard la servitude, et que la servitude entraîne à son tour la corruption.
On dira peut-être que nous retombons dans la chimère platonique, et que la conséquence de ces principes, c'est que l'État doit établir et faire régner la vertu. Mais je n'admets pas cette conséquence : la vertu est l'œuvre libre de la volonté des citoyens ; elle a son siège dans le cœur ; c'est elle qui fait l'État, ce n'est pas l'État qui l'a créée. Sans doute l'État peut agir sur la moralité des citoyens; en établissant l'ordre, l'union et la paix, il rend les hommes plus aptes à accomplir leurs devoirs; s'il est bien constitué, les facultés morales trouvent plus aisément à se développer sous son ombre : enfin il peut même intervenir plus directement encore par l'éducation. Mais il n'impose pas la vertu par la loi : il ne force pas les citoyens à être généreux, bons, libéraux, tempérants. Il protège le droit de