‹ Histoire de la science politiqueChapitre 21 sur 71 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

chacun; mais il ne peut aller plus loin sans despotisme. C'est aux citoyens eux-mêmes que revient l'obligation de se rendre dignes d'être citoyens, et d'assurer par les mœurs l'empire des lois. C'est tfînsi que la politique suppose la morale sans se confondre avec elle.

II. Je dis, en outre, que la politique suppose la morale théoriquement. Essayez, en effet, sans aucun principe emprunté à la morale, sans aucune notion du juste ou de l'injuste, d'asseoir une théorie politique. Vous voilà, sans critérium, entre mille systèmes opposés. Les uns vous proposent le droit divin, les autres le droit paternel ; ceux-ci le droit le plus fort, ceux-là le contrat primitif, etc. Les uns sont pour la monarchie absolue, les autres pour Taristocratie , d'autres pour la démocratie pure^ d'autres encore pour les gouvernements mélangés. Pour ceux-ci, la fin de l'État, c'est la grandeur du prince, pour d'autres le bonheur des sujets ; pour les uns la paix, pour les autres la liberté ; pour les uns l'indépendance, pour les autres la domination^ Comment choisir entre ces principes, ces formes et ces fins diverses? Cherchez-vous historiquement par où l'État a commencé? Mais une telle recherche est impossible; partout vous^ trouvez l'État tout formé, sans jamais assister à sa formation. D'ailleurs, cette origine historique, la connussiez-vous, ne vous apprendrait rien. De ce que l'État aurait commencé d'une certaine façon, il ne s'ensuivrait pas que ce fût là son principe légitime. Supposez

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que l'État soit né de la force, faut-il dire que la force est le principe du droit civil et politique ? S'il a commencé parla famille (ce qui est vraisemblable), affirmera-t-on, comme le chevalier Filmer, que le pouvoir politique a son principe dans le pouvoir paternel, et que les princes d'aujourd'hui sont les héritiers légitimes d'Adam et de Noé? Ainsi, nulle lumière sur l'origine historique de l'État, el cette origine, fût-elle connue, sur le vrai principe de l'ordre politique. Vous voilà réduit à affirmer en fait que tel État a eu pour origine la violence, tel autre le contrat libre des citoyens, ici la conquête, là un achat, tantôt l'élection, tantôt le sacre religieux , la donation , l'usurpa* tion, etc. ; que certains peuples sont nés pour la guerre, d'autres pour la culture, ceux-ci pour conquérir, ceux-là pour être conquis, les uns pour le commerce, les autres pour les arts, les uns pour la vertu, les autres pour le plaisir; de tous ces faits, vous conclurez qu'en raison de telle origine, ou de telle aptitude particulière, tel peuple doit être gou* verné d'une certaine façon, tel autre, d'une autre; et que les formes de gouvernement ne sont que des moyennes variables et relatives entre une origine et une fin également relatives : en un mot, vous ne vous élèverez pas au-dessus d'une politique entièrement empirique.

Mais, dira-t-on, la politique peut-elle être autre chose qu'une science empirique qui, observant les faits, c'est-à-dire le caractère des peuples, leurs

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