XXXII INTRODUCTION
verait juste, que sans avoir commis aucun crime et aucun délit, il fût privé de sa liberté, et enfermé à la Bastille ; que, pour avoir dit un mot mal compris, il fût jeté dans les cachots de Venise et secrètement supprimé ; que, pour avoir déplu au comité de salut public, il fût envoyé à l'échafaud : si, dis-je, un pareil traitement lui paraissait juste, je me récuse, et je n'ai rien dit. Mais si la pensée seule l'en révolte, il y a donc un droit naturel, n'eût-il jamais été démontré par aucun publiciste, ni inscrit dans aucune constitution.
« Soit, diront peut-être quelques-uns, nous accordons que le droit naturel est le fondement de ce que vous appelez une politique libérale. Mais qui nous prouve que cette politique est la vraie? Sortons des abstractions. Le but de la politique est de rendre les hommes heureux. Or, le bonheur est impossible sans la sécurité; et pour établir la sécurité, le pouvoir ne saurait être trop absolu. Ce que vous retranchez au pouvoir par une défiance ridicule, vous l'enlevez au bonheur des sujets. Le pouvoir le plus extrême ne peut pas faire plus de mal aux sujets qu'ils ne s'en font à eux-mêmes par une liberté mal réglée. »
Je réponds à cette objection : Qu'entendez-vous par sécurité, sinon l'assurance de jouir en paix de tous les biens qui conviennent à ma nature ? Or, quels sont ces biens, sinon les droits mêmes sans lesquels je ne suis rien ? La vie est un de ces biens, mais ce n'est pas le seul. Mon travail, ma conscience,