‹ Histoire de la science politiqueChapitre 41 sur 71 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

ANTIQTTITË.

SOGRATE.

Origines de la morale en Grèce : les poètes : Homère et Hésiode. — Origines de la politique : Hérodote. — Les Sages, les philosophes, les Sophistes. — Socrate, sa personne et sa vie. — Caractère scientifique de sa morale.. — Sa méthode. — Ses théories. Théorie de la tempérance. Théorie de la justice. — Ses idées sur la famille et sur le travail. — Principes religieux de Socrate. — Sa politique. — Rôle politique de Socrate.

La philosophie morale et politique peut être considérée à bon droit comme une des inventions de la Grèce antique. Vous trouveriez encore en Orient des doctrines de ïnorale, mais nulle part (la Chine exceptée) de véritables spéculations politiques. C'est d'ailleurs de l'antiquité grecque et romaine et non de l'antiquité orientale que nous tenons la plupart de nos idées. L'Orient ne s'est mêlé à la civilisation de l'Europe, au moins dans les temps historiques, que par l'intermédiaire du judaïsme et du christianisme. Mais le christianisme luimême n'a fait que cultiver et féconder un sol préparé depuis longtemps par la philosophie des anciens. C'est donc à cette source qu'il nous faut retourner pour voir naître et s'annoncer les débals qui ont partagé les modernes, ou qui partagent encore les contemporains, sur

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les fondements du devoir, du droit, de la souveraineté. On verra que ces problèmes, à peine nés, n'ont pas été peu approfondis par les anciens ; peut-être même ceux qui ont le sentiment et le goût de l'antiquité .trouveront-ils que si les modernes ont apporté dans ces débats plus d'ardeur et de passion, et aussi plus d'exactitude logique, ils n'ont point tout à fait atteint à la majesté et à la grandeur de ces monuments antiques, dont le souvenir et l'autorité ne s'effaceront jamais parmi les hommes.

La morale a commencé en Grèce avec la poésie. Les poètes, qui furent les premiers théologiens de la religion grecque, en furent aussi les premiers prédicateurs. Ce peuple artiste apprit, comme en se jouant, la différence du juste et de l'injuste, de l'honnête et du honteux : il fut d'abord bercé, coiîime les enfants, par la mesure et par le chant, c Homère, dit Horace, nous apprend mieux que Crantor et Chrysippe la différence de l'honnête et du honteux , de l'utile et du nuisible. Il inspire la vertu sans la prescrire par le récit et par l'exemple; il nous instruit comme des enfants par des contes. VIliade est l'histoire des folles passions des princes et des peuples, contre lesquelles ne peut rien la prudence de quelques hommes. Ni Anténor, ni Nestor, ne peuvent ramener à la modération et à la sagesse les Paris, les Achille, les Agamemnon. Les peuples sont punis pour les fautes de leurs princes. U Odyssée nous montre la vertu aux prises avec le malheur et la volupté. L'île de Circé nous apprend à vaincre le plaisir pour rester hommes et ne pas devenir semblables aux bêtes (1). »

• (1) Hor. epist. II, 11.

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