‹ Histoire de la science politiqueChapitre 52 sur 71 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

§1. L'ancien testament. — Caractère fondamental et original de la théologie mosaïque : personnalité divine. — Décalogue : devoirs négatifs. — Autres devoirs : charité et fraternité. — Politique hébraïque : théocratie démocratique. Institution de la royauté. — Transformation des idées morales. La synagogue. Hillel l'ancien.

§ II. Lb nouveau testament. — Morale et politique évangéliqub. — Caractère original de la morale évangélique. — De l'accent chrétien. — Du principe de la charité et du principe du droit. — Caractères des doctrines sociales et politiques de l'Évangile. — La richesse. — Le pouvoir. — Les doctrines évangéliques ne sont ni démocratiques ni théocratiques.

§ III. Les apôtres et les saints Pères. — Question de l'esclavage et de la propriété; dans quel sens il faut entendre les doctrines' chrétiennes sur ces deux points. — Théorie de saint Augustin. — Du pouvoir politique. — Doctrine de saint Paul et des Pères. — Un texte de saint Ghrysostome.

Tandis que la philosophie ancienne épuisée se consumait pour se rajeunir en efforts impuissants, que le stoïcisme revenait au cynisme dont il était sorti, que le platonisme dégénérait en une grossière thaumaturgie, un grand événement s'accomplissait dans le monde spirituel et moral fc'eist l'apparition du christianisme. Au sein d'un peuple longtemps ignoré, et plus tard méprisé, une doctrine venait d'éclore à laquelle il était donné de renouveler l'âme humaine et la société. Quoique Tobjet dece;5 études soit surtout l'histoire des idées philosophiques et non des doctrines religieuses, cependant la religion est liée si étroitement à la morale

et à la politique, que ce serait s'exposer à ne rien comprendre à l'histoire du moyen âge et des temps modernes et au travail des idées, que de ne pas étudier à sa source même, sinon dans ses dogmes, au moins dans ses idées morales et sociales, une doctrine religieuse qui a produit dans le monde une si grande et si féconde révolution.

Mais le christianisme n'est que la suite et le développement du mosaïsme : c'est donc jusque-là qu'il faut remonter pour mesurer la grande rénovation morale, dont l'Evangile a été le signal et la causé. C'est pour cette raison que nous avons séparé le mosaïsme des autres doctrines orientales : il s'en sépare en effet, non-seulement par sa grande originalité et sa supériorité religieuse, mais surtout par ce privilège d'être devenu en se transformant la foi commune de tout l'Occident et la source de notre civilisation.

Le trait le plus essentiel et le plus original de la doctrine de Moïse, c'est l'unité et la personnalité de Dieu. L'Inde reconnaissait un dieu unique, mais impersonnel, et le confondait avec la nature. La. Perse se rapprochait davantage de l'unité de Dieu ; cependant elle admettait deux principes et toute une hiérarchie de divinités inférieures. La Chine soupçonne à peine le dogme de Dieu, et nous présente ce rare et singulier spectacle d'une morale admirable sans religion. En Judée, au contraire. Dieu est au commencement, au milieu et à la fin de toutes choses. Il est séparé de la nature : il vit, il pense, il est libre : il est créateur, il est législateur, il est monarque; enfin il est spirituel, et on n'en a jamais vu aucune figure, ni aucune image.

Quelquefois, il semble que Dieu ne soit dans la Bible

qu'un Dieu national et local : il se compare aux autres dieux et met en balance leurs œuvres et les siennes (1) ; mais en plusieurs endroits il déclare qu'il est le seul Dieu, le seul Seigneur^ qu'il n'y en a pas d'autre que lui (2). Toutefois, il se présente surtout comme le Dieu des Juife, celui qui les a tirés de la servitude d'Egy pte(3), celui qui les a conduits à travers le désert, et qui les établit dans la Terre promise. Dieu est toujours présent au milieu de son peuple (4) : il lui parle, il le réprimande, il l'encourage. Il l'a choisi entre tous, et il lui rappelle sans cesse l'amour qu'il a eu pour ses pères. « Avezvous jamais ouï dire qu'un peuple ait entendu la voix de Dieu, qui lui parlait du milieu des flammes, comme vous l'avez entendu, sans avoir perdu la vie; qu'un Dieu soit venu prendre pour lui un peuple au milieu des nations, en faisant éclater sa puissance par des épreuves, des prodiges, des miracles, par des combats où il s'est signalé avec une main forte et un bras étendu ?. . . (5) » Aussi un tel Dieu, pour de tels bienfaits, a-t-il droit d'être le Dieu jaloux, le feu dévorant ' qui punit Tiniquité des pères sur les enfants jusqu'à la troisième ou quatrième génération (6).

Des divers attributs de Dieu naissent les devoirs que la législation de Moïse impose envers lui. Dieu unique, il ne veut pas qu'on adore un autre dieu que luimême. Dieu immatériel, il défend les images, les figures, lès sculptures ; et le plus grand crime, c'est de le confondre avec la créature : de là cette horreur de l'i-

(1) Deutér.y m, 24, iv, 7,

(2) Jb,j IV, 39, et vi, 4.

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