‹ Histoire de la science politiqueChapitre 59 sur 71 · C. XVIII · texte numérisé non relu

C. XVIII

(4) G. X. Il dit encore au c. xix : « In duobus casibus ampliatur ejus potestas (scil. papœ), vel ratione delicti, vel ad bonum lotius fidei.»

(5) Voy. plus haut, 1. II, c< ii.

CHAP. III. — SAINT THOMAS d'aQUIN, ETC. 439

titre de pouvoir temporel, mais de pouvoir spirituel. Mais ce biais conduisait évidemment à l'absorption de l'un de ces pouvoirs dans l'autre : car, comme il n'est pas un seul acte de souveraineté qui ne puisse donner lieu au péché, par exemple, l'établissement des tributs, la fixation des monnaies, la déclaration des guerres, la violation des traités, il est évident que cette simple réserve (ratione delicti) déplaçait le principe de la souveraineté, et du prince la transportait au souverain pontife. Tel est le dernier mot de la politique du xin® siècle. On doit encore rapprocher de saint Thomas, et rapporter à son école, un autre traité qui porte le même titre que le précédent, et qui est de la même époque ou à peu près, le De regimine principurriy d'Egidius Romanus ou Gilles de Rome (1). L'auteur adresse son livre à celui qui fut plus tard Philippe le Bel, et dont il était le précepteur. C'est un ouvrage très-étendu, beaucoup plus complet que celui dont nous venons de parler ; mais il manque complètement d'originalité. Il ne faut point, sans doute, en attendre de cette époque ; mais l'auteur ne fait que suivre Aristote pas à pas^ et ne paraît pas avoir une seule doctrine qui lui soit propre. Mais si l'ouvrage a les défauts de la scholastique, il en a aussi les mérites. Il est bien composé : les questions s'y divisent et s'y succèdent avec clarté et avec ordre. Les preuves, empruntées presque toujours au Philosophe, sont claires, bien déduites, bien coordonnées. Elles se reproduisent avec une certaine monotonie scholastique qui n'est pas sans avantage pour la facilité de la lecture et de l'intelligence. Mais, de quel-

(1) Le Z)e regimine principum d'Egidius a été récemment étudié avec soin dans une thèse latine exacte et judicieuse de M. Courbaveaux. Paris, 1857.

que mérite que témoigne cet ouvrage, la servilité avec laquelle les théories d'Aristote y sont reproduites ne nous permet pas de nous y arrêter longtemps. Donnons-en cependant l'analyse et l'esprit.

Le De regimine principum d'Egidius est un traité complet de morale, d'économie et de politique. L'idée du gouvernement y est analysée dans toutes ses parties. Or, il y a trois espèces de gouvernement : le gouvernement de soi-même, le gouvernement de la famille, le gouvernement de l'Etat. De là trois sciences : Téthique, ou monastique; l'économique; la politique (1). La première enseigne au prince comment il doit se gouverner soi-même, la seconde comment il doit'gouverner sa maison^ et la troisième comment il doit gouverner son peuple. Mais, comme il faut aller du plus facile au plus difficile, et de l'imparfait au parfait, on commencera par le gouvernement de soi-même, pour terminer par le gouvernement de l'Etat.

Le premier livre du De regimine principum d'Egidius traite du gouvernement de soi-même, ou de l'éthique; et il est divisé en quatre questions: 1° Dans quelles choses le roi ou le prince doit-il placer sa félicité? 2° Quelles vertus doit-il avoir? 3** Quelles passions doit-il suivre ? 4° Quelles mœurs doit-il imiter? Ainsi quatre sujets remplissent le premier livre : le bonheur, la vertu , les passions et les mœurs : c'est toute la vie morale.

Le second livre traite du gouvernement de la maison, ou de l'Economique. C'est, relativement, le plus étendu, car il est aussi long que les deux autres, et ne correspond cependant qu'aux deux ou trois premiers chapitres de la Politique d' Aristote, et à quelques cha-

(1) L. I, c. II,

Page 1