‹ Histoire de la science politiqueChapitre 60 sur 71 · GHÂP. III. — SAINT THOMAS D^AQUIN, ETC · texte numérisé non relu

GHÂP. III. — SAINT THOMAS D^AQUIN, ETC

pitres de sa morale. Le gouvernement de la maison se divise en trois gouvernements distincts : le gouvernement de la femme, le gouvernement des enfants, et le gouvernement des serviteurs ou des esclaves. De là trois parties qui embrassent tout le droit domestique.

Enfin, le troisième livre contient la politique proprement dite, ou le gouvernement de l'Etat; ce livre est également divisé en trois parties : dans la première l'auteur discute les opinions des autres philosophes sur la politique ; dans la seconde, il parle du gouvernement de l'Etat en temps de paix, et dans la troisième, du gouvernement de l'Etat en temps de guerre.

Cet ouvrage embrasse, comme on le voit, la morale, le droit naturel, l'économie domestique et politique, la philosophie sociale et la politique proprement dite. Ëgidius doit à Âristote ou à saint Thomas toutes ses théories, mais le plan et la distribution lui appartiennent. En général, on ne peut nier que la scholastique n'ait sur l'antiquité une certaine supériorité de composition, non pas sans doute au point de vue de Part, mais au point de vue de la logique. La scholastique a rendu les modernes plus exigeants pour l'ordre, la distribution et le développement d'un sujet. On a renoncé à la raideur des lignes scholastiques ; mais, sous des contours plus souples et plus dissimulés, il est facile de retrouver dans les écrits des modernes, et surtout des philosophes français, la sévérité et l'exactitude introduites par la philosophie du moyen âge.

L'auteur établit d'abord, en s'appuyant toujours sur l'autorité d' Aristote, que l'homme est né pour vivre

en société, et que c'est seulement dans là société qu'il trouve le complément et l'achèvement de son existence. Il le prouve par le besoin de la nourriture, ou des vêtements que l'homme ne peut seul se procurer, par les dangers de toute sorte qui le menacent, et qu'il ne peut seul écarter ; enfin par la nécessité de l'instruction. L'homme, en effet, ne se conduit pas comme les animaux par l'instinct seul : mais la nature lui a donné le langage pour qu'il puisse exprimer ses besoins à ses semblables, et apprendre d'eux le moyen de les satisfaire (1).

Égidius reconnaît quatre degrés d'associations : c'est un degré de plus qu'Aristote. Celui-ci n'en admettait que trois : la famille, le village, qui est, dit-il, une colonie de la famille, et enfin la cité ou l'État. Égidius en ajoute un quatrième, le royaume. Aristote n'avait point distingué la cité et l'État. Quoique vivant lui-même dans une monarchie, il avait plutôt donné la théorie de l'État grec, c'est-à-dire de la cité, que de l'État macédonien, première ébauche de l'État romain, ou de l'Empire, qui après avoir été le point culminant de la concentration de l'État, devait à son tour se subdiviser en royaumes, d'où sont sortis les États modernes. De là l'idée de royaume qu'Égidius ajoute aux trois degrés reconnus déjà par Aristote. La définition qu'il donne du royaume est bien caractéristique, et nous reporte au cœur du moyen âge : « C'est, dit-il, la confédération de plusieurs camps et de plusieurs cités sous un seul prince ou un seul roi, confédération utile pour faire la guerre contre l'ennemi, et écarter les dangers qui menacent la famille, le bourg et la cité (2)! » N'est-ce pas

(1) L. II, p. I, c. I.

(2) L. II, p. I, c. IV.

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