LA STATUE ANTIQUE DE FEMME
DÉCOUVERTE DAMS L’iLE DE MILO, EJ* 1820, ET DÉPOSÉE DANS LE MUSÉE ROTAL DE FRANCE.
Depuis que notre Musée royal a acquis des plâtres moulés sur les sculptures antiques du Parlhénon d'Athènes, il s’est enrichi d’un chef-d’œuvre dont le mérite ne le cède guère à celui de ces précieux ouvrages de Phidias, et qui parait s’y rattacher par le style.
C’est une statue en marbre de Paros, haute de six pieds trois pouces, représentant une femme nue jusqu'à la ceinture, et couverte de son péplos, depuis la ceinture jusqu'aux pieds.
Cette figure, suivant les renseignements qu’il nous a été possible d'ob enir, a été découverte en l’année I8ï0, dans l’ile de Milo, autrefois Mélos, située à l’entrée de l’Archipel. Un paysan l'a trouvée dans un caveau recouvert de cinq ou six pieds de terre, sur l’emplacement déjà reconnu pour celui de La ville antique de Mélos, et dans un terrain où gisent les ruiues de plusieurs grands édifices.
Trois Hermès, d’un travail au-dessous du médiocre, et d’autres fragments de marbre, avaient été déposés dans le même souterrain ; nous disons déposés, parce qu'il n’est guère vraisemblable que le hasard eût fait tomber ces figures qui appartiennent à des époques Irès-difTérentes, dans un lieu fermé, rétréci, et nullement disposé pour de semblables ornements.
La statue, qui fait le sujet de ce Mémoire, est composée de deux pièces, enchâssées l’une sur l’autre à la jonction du nu avec la draperie. Le btas gauche, l’avant-bras droit et la moitié antérieure du pied gauche, manquent entièrement. Le surplus,
OBSERVATIONS
ou pluiôi l'ensemble de la figure, est, d’ailleurs, bien conservé. Le col et la lè|e sont demeurés unis, ce qui est un avantage assez rare. Une portion du nez seulement était fracturée; elle a été restaurée à Paris facilement. La superficie des parties nues a très-peu souffert, de manière qu'on jouit pleinement du mérite de l'exécution et de l’excellence des formes.
Un avant-bras droit, une partie d’un bras gauche, et une main gauche, d’une pro| option parfaitement Californie à celles du reste de la figure et du même marbre, ont été tiouvées auprès îles parties principales. Le travail eti est fort inférieur à celui du corps de la statue, et l’on a justement pensé que ces fragments sont des restaurations substituées aux parties originales par le paganisme lui-même. Les cavités correspondantes de p'u-ieurs levons ne laissent pas lieu de douter que le bras gauche particulièrement n’ait remplacé le bras primitif.
Il n’est personne qui, eu considérant celle figure de femme h demi nue, n’ait dû cire frappé de son éminente beanté. Ce chefd'œuvre ne présente pas lu perfection achevée de la Vénus de , Médieis, l'élégance et la grâce de la Vénus du Capitole, et de «p e'ques beaux torses de jeunes filles, que le temps a aussi respectés. On remarque dans ses contours quelque chose de mâle, qui semble appartenir à des êtres d’une autre nature que Vénus. Mais la hardiesse de l'attitude, la justesse du mouvement, la vérité des chairs, la grandeur de l'ensemble, élèvent l'imagination du spectateur. On se demande comment les muscles peuvent être si souples avec si peu de détails apparents; on est étonné que le faire soit eu même temps si large ctei vrai. Le naïf s’y associe au grandiose.
Le développement de la draperie s’accorde avec le grand style du nu. Les ondulations n’en sont pas toutes bien naturelles. Mais des plans larges se trouvent associés harmonieusement à des plis nombreux qui n’oflreul ni surcharge, ni petitesse.
Quelques incorrections, loin de diminuer le prix d’un si beau monument, y impriment un cachet’ original qui accroît l’intérêt. La tôle ne présente pas dans son ensemble assez de régularité.