SES CONTEMPORAINS ET SES SUCCESSEURS
Dans le Mémoire sur le classement chronologique des sculpteurs grecs, soumis précédemment h l’Académie, j'ai parcouru l'espace de temps écoulé entre la jeunesse de Phidias et la consécration de son Jupiter Olympien. Pi cés d'abord au commencement de la lxxvi® olympiade, c’est-à-dire, à la quatre eent soixante-seizième année avant J.-C., où il nous a paru que ce grand maître devait être âgé de dix-huit à vingt ans, nous avons, de ce point important dans l'histoire de l’amélioration du goût, porté nos regards jusque vers la ex* et même la l° olympiade pour connaître l’âge des sculpteurs qui se trouvaient alors plus ou moins avancés dans leur carrière, et pour apprécier leurs progrès successifs. Le vieux Canachus, Menœchmc et Soïdas, Pylhagore de Rjiége, Agéladas, Calamis, Callimaque, Onatas, Myron, plus ou moins éloignés de leurs véritables époques dans des tableaux inexacts, ont repris tous, à la suite l’un de l’autre, la place qui leur appartient. Au moyen de ce rétablissement de l’ordre naturel, nous avons vu l’art s’avancer constamment, de degrés en degrés, vers la vérité, la grandeur, l’expression. Canachus était raide et sec; Onatas, avec de la noblesse et de la gravité, offrait encore quelques restes de l'ancienne manière atlique ou déJalienne; Myron n’en conserve plus rien ; il est vrai, souple, ferme, athlétique; Phidias le surpasse par la fierté de son style, autant que par la hardiesse de ses pensées et l’immensité de scs compositions; simple et énergique tout à la fois,
Sun LES PROGRÈS 3E LA. SCULPTURE GRECQUE.
en imilnnl ses modèles avec fidélité, il semble les agrandir, et le premier il donne à la Grèce l’idée d’une nalurc majestueuse, qu’on croirait surhumaine et véritablement divine. Toutefois, la rtulplurc n’a point encore obtenu toute l’élégance, toute l'ampleur, toute la merbidesse dont la doivent embellir des ciseaux plus savants et plus délicats, et surtout elle est loin de celle touchante expression des affections de l’àmc qui sera le dernier terme des efforts de la Grèce, et peut-être le triomphe le plus glorieux de l’esprit humain dans les arts d’imitation. Nous allons suivre maintenant les progrès des statuaires, depuis le Jupiter Olympien, chef-d’œuvre de Phidias, jusqu'à la Vénus de Cnide, et à la mort de Praxitèle, son auteur. L’intervalle, cuire celte dernière époque et la première, est d'environ cent quarante huit années, écoulées depuis le commencement de la lxxxvii® olympiade, jusqu’à la (iu de la cxxm e , c’est-à-dire de l’an 4 32, jusque vers l'an 285 avant J.-C.
J'ai dit, d’après le témoignage de Pline, que Polyclcle, l’auteur de la Jiuion d’Argos, généralement appelé Polyclcle de Sicyone, fut, ainsi que Myron, et vraisemblablement ainsi que Phidias lui-incinc, élève d'Agéladas *. Or, Agéladas, encore vivant dans la lxxx c olympiade, était déjà illustre dans la lxvi*, et, par conséquent, la lxxx c marque la fin de sa carrière. Pelydèlc de Sicyone se trouvait donc âgé, dans la lxxx c olympiade, de seize ou dix-huit ans au moins.
Mais, d’un autre côté, nous voyons dans Pausanias, un Polyclèle, que cet écrivain indique par ce nom seulement sans aucune désignation particulière 1 2 , élever à Argos une statue de Jupiter Mcilichius (ou le Débonnaire), à l’occasion des secours que Philippe de Macédoine accorda aux Argiens et aux Messéniens dans la guéri e que les Spartiates leur firent sous son règne, après la victoire qu'il remporta sur ces derniers, et après
1 Polychtas üicyonius , Ageladæ disdpulus (Plin., lib. xxxtv, cap. vin).
* noXmXiiiov ii tf;ov (Pausan,, lib. u, cap. xx).
MÉMOIRES
l’abandon, qu’il les força de faire, du territoire qu’ils avaient usurpé sur Argos*. Celte guerre, suivant Diodore de Sicile, commença la quatrième année delà cvi 6 olympiade 2 . La victoire de Philippe est postérieure à la prise d’Hélissonte, par les Lacédémoniens, laquelle date de la première année de la cvn e *. Démostiiènes nous dit enfin, dans sa seconde philippique, qu’au moment où il parle, Philippe envoie des troupes dans le Péloponnèse , au secours des Messéniens et des Argiens, et qu'il y est attendu lui-même, ù la tête d’une puissante armée 4 ; or, la harangue de Démosthènes, dont il s'agit, fut prononcée la première année de la cix e olympiade 5 ; donc, la statue de Jupiter, ouvrage de Polyclète, ne saurait être antérieure à cette dernière époque; et comme entre la cix" olympiade, et le commencement de la lxxx®, où Polyclète de Sicyone avait au moins seize ou dixhuit ans, il y a un intervalle de cent seize années, il est évident qu’il a existé deux Polyclète.
Le témoignage des auteurs anciens, en général, semble d’abord contraire à cette assertion. L’un des deux artistes du nom de Polyclète a joui d’une si grande célébrité, et il a tellement captivé l’attention des écrivains de la Grèce et de Rome, qu’il a presque fait oublier l’existence de l’autre, quoique celui-ci ait été fort habile. Cicéron, Varron, Vilruve, Strabon, Pline luimême, ce qui est très-remarquable, Quintiiien, J u vénal, Martial, Dion Chrysoslôme, Plutarque, Lucien, Maxime de Tyr, Symmaque, Élien, les poètes mêmes de l’Anthologie grecque, n’ont célébré qu’un seul Polyclète, et n’ont nullement paru se ressouvenir que la Grèce en eût honoré deux. « Il est trois grands maîtres dans l’art de modeler, dit Cicéron, et en suivant les mêmes règles, ces trois artistes originaux diffèrent cependant entre eux, mais de telle manière que vous ne voudriez pas
1 Pausan., lib. n, cap. xx. — Tit.-Liv., Iib. xxxvm, cap. xxxiv.
* Diodor. Sic., lib. xvi, cap. xxxiv.
* Id., lib. xvi, cap. xxxix.
• Demosth., Oral, in Philip., lib. u, éd. de Francf., 1601, p.
• Wolf,, in üemotlh. Op., même édit.
qu’aucun d’eux différât de lui-même : ce sont Myroiv, Polyclète et Lysippe '. »
Trompés par ces louanges unanimes, Junius, Bullengerus, Winckelmann, et plusieurs autres professeurs modernes, n’ont pareillement reconnu qu’un seul artiste du nom de Polyclèle, et cette erreur a contribué à jeter de la confusion dans l’histoire de l'art.
L [illustre M. Heyne ne s’y est point mépris; il a seulement lait Polyclète de Sicyofie, contemporain d’Hégias et d’Agéladas, ce qui est inexact*.
Indépendamment des preuves chronologiques que je multiplierai quand il s’agira du second Polyclète, l’existence de ce maître est formellement attestée par un passage de Pausanias ; « Polyclète d’Argos, dit cet écrivain, non point celui qui a oxé- » cuté la statue de Junou, mais l’élève de Naucydès, a modelé » la statue d'Agénor de Thèbes, vainqueur à la lutte des en-
» fantS. » IIolyxî.tiToj J« Apytîo;, où)( o Tlpaj ro âyotfywt i»oivj»aî, fix0ï)tÀç dè Navxviowî , iraXaiar»)» na'Six l’pyacrato 0r,Ça'o* Aynvop« *. Une assertion si positive ne laisserait subsister aucun doute, lors même qu’il n’existerait point d’autres preuves.
Ce second Polyclète était indubitablement natif d’Argos. Le premier, c’est-à-dire l’auteur de la statue de Junon, était de Sicyone, suivant le témoignage de Pline : Polyclelus Sicyo- «tus*. On pourrait le croire d’Argos, si l’on s’en rapportait à un passage du Prolagoras de Platon, où ce philosophe, son contemporain, parlant bien certainement de lui, le dit Argien, HoWx1.«:ov TovXpyr'ov 1 * * * 5 . Le texte de Pausanias que nous venons de rapporter pourrait aussi confirmer cette opinion. Un autre passage du même auteur semble même plus convaincant : « Périclète,
1 * Una fingendi est ars, in qui præstantes fuerunt Myro, Polyclelus, Lysippus, etc. » (Gicer-, De orat., lib. ni, cap. vii.)
’ Heyne, Art. inter grœc. temp. ; Opusc. acad., t. v, p. 3G8 et 370.
Pausan., lib. vi, cap. an.
* Plin-, lib. xxxiv, cap. vm.
• Plat., Protag., éd. de Steph., 1. 1, p. 111.
Mihioir.t-s
dit-il, était élève de Polyelètc d'Argos, » ils).vx}ifccv 3\ Z* tov Àpyt îw ijxO/irr,; ô IIc^i'xÀeito; O r, je prouverai toul à l’heure que le PoKclète, qui fui le maître de Périclète, est bien l’auteur de la statue de Junon. Toutefois, la tradition de Pline semble avoir prévalu. SI. lleyne s’y est conformé, el nous l’avons aussi adoptée, nen comme plus probable, mais comme offrant un moyen de désignation plus commode. La confusion de dénomination est, d’ailleurs, peu importante, puisque les deux peissounages sont bien distincts.
L’âge de Polyelètc l’ancien, ou de Polyclèle dit de Sicyone, e. t facile 5 constater.
Ce maître était à peu près contemporain de Myron, quoique vraisemblablement moins âgé de dix-huit ou vingt ans : Æquales alque condiidpuli 2
Pline, de qui j’emprunte ce mot, nous dit encore qu’on attribuait h Polyclèle une statue d’Lpbestion ; mais que c’était une erreur; que celle sta’.ue était de Lysippe, cl qu’cnlie ce maître cl Polyclèle, il y avait un intervalle de près de cent ans 3 . Or, quand il s’agira de Lysippe, je le montrerai, exerçant son art, dans la eu* olympiade, el vivant encore dans la cxiv°, et si nous admettons que, vers le commencement de la eu*, ce statuaire lut âgé d’environ vingt-quatre ans, ce qui paraît indubitable, remontant ensuite à cent ans, ou à quatre-vingts ans au delà, nous trouvons, en effet, la jeunesse de Polyclèle, concordant avec les dernières années de son maître Agéladas.
Nous voyons enfin dans le Protagoras de Platon, que je viens de citer, qu’à l’époque où doit avoir eu lieu le colloque de Protagoras el de Socrate, Polyclèle avait deux fils, déjà connus comme sculpteurs, jeunes cependant, et du même âge que Xantippe et Paralus, fils de Périclès 4 . Ce fait s’accorde parfaitc-
‘ Pausan , )iâ. v, cap. xvn.
’ Phn.
* Cum ts centum prupe annis anle fuerit.
4 Plat., loc. laud., p. 528. — Winckelmann est tombé ici dans une
SUR LÈS PROGRÈS DE la sculpture grecque. 163
menl avec les précédents. Or, le colloque de Socrate avec Protagoras a été placé, par les savants, à la quatrième année de la lxxxix® olympiade ou à la première année de la xc®. Il est donc évident que Polyclète, âgé de cinquante-cinq ans environ à la fin de la lxxxix' olympiade, naquit, ainsi que je l’ai dit, vers la lxxiv ' ou la lxxv®, lorsque îdyron et Phidias exerçaient déjà leurs talents, et commençaient à se faire une réputation.
La plupart des ouvrages de Polyclcte, tels que son Diadumène, ou jeune homme ceignant sa tête d’une bandelette; son jlpoxyomène, homme représenté se frottant le corps avec une slrigile; son Doryphore, ou jeune homme portant «ne lance; ses Canéphores, ou porteuses de corbeilles; ses Enfants jouant aux osselets; son Mercure, son Hercule, son Salmonée, toutes ces figures n’ont aucune date certaine.
Il n’eu est pas de même de la Junon d’Argos. Nous savons, par le témoignage de Thucydide, que l’ancien temple d’Argos fut incendié au milieu de la neuvième année de la guerre du Péloponèse, seconde année de la lxxxix® olympiade 1 ; et nous ne pouvons douter que les Argieus n’aient fait élever le nouveau temple aussitôt après cet événement, puisque Junon était une de leurs principales divinités, et qu’ils comptaient même les années par les noms de ses prêtresses. Par conséquent, ce nouveau temple, ouvrage de l’architecte Eupolème 3 , fut construit dans la lxxxix® et la xc' olympiade, et la statue de la déesse fut consacrée dans la xci', au plus tard , c'est-à-dire quinze ou dix-huit ans après le Jupiter d’OIympie.
Entre celle époque et la jeunesse de Polyclète, nous trouvons encore uuc date, sinon établie avec précision, du moins ren-
grave inadvertance, en faisant Xantippe et Poralus, lils de Polyclète (lib.vt, cap. u).
1 Thucjfd., lib. iv, p. 153, 133; lib. xi, cap. n. — Dodwel, Annal. Thucyd., Bell. Pelop., an. ix. — Corsini, Fast. Allie., t. I, p. 211. — Eusèbe place cet événement à la troisième année de la i.xxxu» olympiade ( Chronic p. 132). — Mcursius l'a pleinement réfuté {De Arch. Al! i., lib. in, cap. vi).
* Pausan., lib. n, cap. xvit. ,
MÉMOIRES
fermée dans un cadre déterminé; c’est celle de la statue de Callias, qu’Hipponicus, fils de ce magistrat, ne voulut point faire exécuter par Polyclète, de crainte, disait-il, qu’il n’en revînt plus de gloire à cet artiste qua lui-même >. L’opinion d’Hipponicus nous prouve que Polyclète jouissait déjà d’une grande célébrité, lorsque la statue fut érigée. En effet, le Callias dont il s’agit est évidemment Callias second, qui s’élait trouvé à la bataille de Marathon, le même qui fut archonte d’Athènes, la première année de la lxxxi' olympiade, et qui, suivant Diodore de Sicile, signa la paix avec Artaxercès, la quatrième année de la txxxu® 2 . Sa statue, placée, à cause de ce dernier fait, dans le Tholus d’Athènes 3 , dut être, par conséquent, exécutée vers la Lxxxiv e ou la lxxxv' olympiade.
Ce qui importe dans ces dates, nous ne devons pas le perdre de vue, c’est de montrer l’art faisant de jour en jour de notables progrès.
Ce serait une erreur de croire que Polyclète fut inférieur à Phidias. Tous les témoignages de l’antiquité s’élèvent contre une
semblable opinion.
Formé de son temps, mais après lui, « il apprécia, dit Columelle, toute la beauté de la Minerve du Parlhénon, et du Jupiter d’Olympie, et n’en fut point épouvanté 4 . »
La disposition particulière de son génie le portait vers l'analvse rigoureuse des formes , qu’avait enseignée Pythagore de Rhége, et que pratiquait Myron, habile observateur ; il pénétra plus profondément qu’on n’avait fait encore dans la connaissance du corps humain ; il compara les uns avec les autres les traits caractéristiques des différents âges, distingua les éléments de la beauté, apprécia les rapports des grandeurs, les causes des pondérations, les effets des convenances, et reconnut enfin l'uti-
ian., Var. hi*t., üb. X'v. cap. xvi.
.1 sîr.. lib. xii. — Corsini, Fait. Attic.
tin ona
* Pausan., lib. i, cap. vin.
4 De rt rust; lib. », P ræf -
lilé du vrai beau, soit relativement à la force, soit relativement à l’agilité du corps; principe non moins essentiel dans la sculpture que dans l’art de la gymnastique. Comme Pythagore, il associa l’expression à la vérité ; comme Myron, la vigueur à la grâce. En un mot, il étendit et consolida dans toutes ses parties la savante théorie que les anciens maîtres avaient fondée; sans toutefois ravir à ses successeurs, en les éclairant, la gloire de la perfectionner encore et d'en faire de nouvelles applications.
Si ce grand artiste n’égala point entièrement Phidias dans la représentation de la majesté divine, il est évident qu’il le surpassa dans l’art de développer la beauté des formes de l’homme, sans sortir du genre qu’on appelle proprement en peinture et en sculpture : nature humaine. Moins fier, moins grandiose que son émule, il ne se montra pas seulement plus gracieux et plus délicat dans l’ensemble ; il fut encore plus correct dans les proportions, plus pur dans les contours, plus varié, plus louchant dans l’expression des affections de lame. Telle est l’idée que les écrivains anciens nous donnent de son talent.
Le mot de Quinlilien, nihil ausus ultra levés gênas, ne signifie nullement que Polyelète n’ait rien tenté au-dessus d’une nature tendre et efféminée : ce mot se rapporte à l’âge des héros, et non au caractère des formes. Quinlilien le dit expressément : quin œlalem quoque gravem dicitur refugisse, nihil ausus ultra leves gênas 1 . 11 parait, en effet, que Polyelète se plut S représenter ses personnages, et, par conséquent, à choisir ses modèles, dans une nature jeune; mais il suivit la jeunesse dans tous ses degrés, depuis l’enfance, jusqu’à l’âge du plus grand accroissement des forces, et l’on ne peut douter, en voyant un choix si méthodique, qu’il n’ait eu, en cela, l’intention de faire admirer le beau dans toutes ses phases, depuis sa première formation, jusqu’à son entier développement.
On voyait à Home, dans le palais de Titus, ses deux Enfants nus jouant aux osselets, astragalizantes, et un grand nombre
* Quinül., Dt orat., lib.ni, cap. x. ». . —
MÉMOIRES
d'umaleurs ne connaissaient rien de plus accompli dans ce genre ! qno opcre nullum absolulius plerique judicant *.
Ses Canèphores, statues d’airain, représentaient des jeunes tilles portant des corbeilles sacrées ; et elles formaient moins encore, dit Cicéron, l’ornement de la maison où l’on accourait pour les voir, que celui de la ville entière de Messine : Omnibus hccc ad videndum palebant quolidie : domus erat non domino magis ornamentum, quam civitali
Sou Doryphore, ou Porte-lance, était un adolescent, déjà plein de vigueur : virililer puerum 3 .
Son Diadumène, ou Athlète représenté le front ceint de la bandelette, signe de la victoire, était un jeune homme, nullement énervé sans doute ou efféminé, puisqu’il avait été victorieux, mais dans une attitude gracieuse et élégante, inolliler juienem 4 . Lucien l’appelle le beau Diadumène : vov SuxS'A-
puvov t»j» / ! ' r <z ) /, y -.7 vaivi* tov xxÀoy , n o/.vxXt ; :&'J y ou, tovto rp/o» 5 . 11 fut vendu, apparcmmeul sous le gouvernement de Home, au prix de cent talents, environ 49î,000 francs de notre monnaie, cenlum talentis nobilitatum 6 .
Son Mercure 7 , jeune dieu, ou plutôt jeune homme, orné de formes souples et fines, représenta nécessairement le plus robuste et le plus agile des coureurs.
Son Alexélére, ou héros saisissant ses armes, dut être d’une nature plus prononcée 8 ; cl son Hercule enfin, tuant l'Hydre de Lerne, olbii tout ce que les formes héroïques ou athlétiques peuvent réunir de plus mâle et de plus élevé dans une action violente. Cicéron, voulant enseigner à l’orateur à traiter les détails accessoires d’une grande cause avec noblesse et avec sim-
1 Plin., lib. sxxiv, cap. vin, g u.
* Ciccr., in Verra n, lih. iv, cap. m.
! Plin., lib. xxxiv, cap. vui, § u.
4 lit., toc. Icuid.
1 Lucian.. Philopteud., cap. xvm.
4 Plia., ibid.
’ lit., ibid.
* lii., ibid.
SL’R 1.KS PROGRES DE t.K «CÜLPÎÜRP. GRftcOÜB. I(î0
plicité, simplicité)' et splendide, lui dit qu’il doit s’occuper principalement des grandes questions, et que, s’il s’élève à la hauteur de son sujet, les accessoires s'ennobliront naturellement et comme d’eux-mêmes, et contribueront, autaut que les autres parties de l’oraison, à émouvoir l’auditeur, ut ad suum arbitrium movere possit. « Tel était Polyçlèle, ajoute-t-il, lorsqu'il modelait son Hercule tuant l'hydre de berne : habile à façonner les formes du héros, il s’inquiétait peu de savoir comment il parviendrait à représenter les replis de l’hydre, ou la peau du lion, bien assuré qu’il y réussirait, n’eùt-il jamais appris à imiter des objets de cette nature. « Non plus quœsiturum esse quid dicat, quam Polydetum ilium, eum Herculem fmgebal, quemadmodum pellem, aut hydram fxngerct , eliam si hœc nunquarn separalim facere didicissel '. D’où nous devons conclure que Polyclète avait atteint dans les parties nues de sa statue toute la hauteur de son sujet, et que le style des accessoires était aussi, comme il convenait, simple, large et noble, simpliciter et splendide.
Denys d’Halicarnasse associe Polyclète à Phidias, pour la gravité, l’ampleur et la dignité î .
Ce grand artiste s’était si peu borné à une nature tendre et féminine, que Lysippe, qui n’eut point de maître, Lysippe illustre principalement dans la sculpture, qu’on pourrait appeler athlétique ou héroïque, s’était formé en étudiant le Doryphore, et disait que celte figure avait été sou maître : Polycleli Doryphorum sibi Lysippus aiebat magislrum fuisse 3 . C’est Cicéron qui nous apprend ce fait.
Wiuckelmanu est porté à croire que cette statue était celle qu’on appelait le Canon’'. Celte opinion n’est point dépourvue de vraisemblance, puisque le Canon était la Règle ou la Loi des artistes, et que le Doryphore fut la règle de Lysippe.
' Ciccr., De orat., lit), h, cap. xvi.
* Dion. Ilalicar., Ve Uocr., cap. ni.
1 Ciccr., Bru'us, cap. lxxxvi.
4 Uisl. dî l’Art, tib. vi, cap. 11 , ou lib. xx, cap. u, éd. de Fca.
MÉMOIRES
Ce que nous savons avec certitude, c'est que l’ouvrage de sculpture de Polyclète, appelé le Canon, était une statue où ce maître, dédaignant ce que la nature offre de médiocre, avait représenté les formes de l’homme les plus élevées et les plus pures, et qu’il régnait entre toutes les parties de celte figure une harmonie parfaite. « Les statuaires et les peintres, dit Galien, choisissent ce que la nature présente de plus accompli : telle est la statue de Polyclète, justement admirée, qu’on appelle le Canon : » xat wov tij âvdpià; liraiyeirai tx toû HoXvxXttToo Kaywv £vopta£oucys;.
Nous savons au§si que celte statue représentait un homme, ni trop grand, ni trop petit, ni trop gras, ni trop maigre, mais d’une juste proportion, et de la taille d'un danseur, puisque Lucien compare un danseur bien fait au Canon de Polyclète 2 . Nous savons, enfin, qu’elle représentait un jeune homme, puisque ce même auteur dit que le sophiste Pérégrinus, avant de parvenir à l’âge viril, croyait ressembler au Canon de Polyclète : c tsù noXvxXsrro-j xavùv, x. a. 3.
Statuaire, peintre et architecte, Polyclète ne se contenta point encore de modeler une statue propre à servir de règle ou de loi aux artistes, il composa un Traité, dans lequel il exposa les principes qu’il avait suivis dans la composition de ce modèle de goût, et, en général, les règles fondamentales de l’harmonie; «démontrant ainsi, dit Galien, la justesse de ses préceptes par l'exemple de sa statue, et prouvant le mérite de sa statue par la solidité de ses préceptes. » Lui- même, enfin, donna également, et à son écrit, et à sa statue, le nom de Canon *, et la voix publique confirma celte houorable dénomination.
Les monuments d’architecture furent constamment considérés chez les Grecs comme des modèles du vrai beau. « Rome, dit
1 Galet)., De temperamentis.
’ Lucian., De tall.
• Id., De morte Peregrini, cap. ix.
* Galen.
Sl'R LES PROGRES DE LA SCULPTURE GRECQUE. 171
Pausanias, possède des théâtres qui surpassent ceux de tous les autres pays, par la magnificence des ornements, celui de Mégalopolis n'a point d’égal pour l’étendue; mais pour l’harmonie des proportions, pour l’élégance et la beauté de l’ensemble, quel architecte oserait se comparer à Polyclète, qui a construit le théâtre d’Épidaure, ainsi que l’édifice rond, en marbre blanc, ou le Tholus, élevé auprès de la même ville, à côté du temple d’Esculape 1 * ? »
Nous voyons ainsi, dans rolyclète, un maître habile à tout perfectionner, unissant la méthode au sentiment, appliquant à l’art les calculs des sciences, l'analyse aux jugements du gofit; et il est facile de sentir combien, par une recherche si éclairée, il dut ajouter de correction et de pureté à la sublimité quelquefois négligée de son illustre rival.
Toutes les fois, enfin, que les anciens comparent Polyclète à Phidias, soit directement, soit indirectement, c’est à Polyclète qu’ils accordent la préférence.
L’exemple que nous donne le concours du temple d’Éphèse, est assez connu. Ce temple, incendié, comme l’on sait, la première année de la cvi° olympiade , ne fut pas entièrement détruit dans celte catastrophe, quoique Strabon semble le supposer. On voit, par le texte même de cet auteur, que le toit fut consumé, et une partie de l'intérieur ravagée par les flammes ; mais la masse de l’édifice demeura debout* ; vingt-deux années suffirent aux Éphésiens pour le restaurer, et y ajouter de nouveaux embellissements, et voilà pourquoi cinq statues d’Amazones, exécutées par Phidias, Polyclète, Ctésilas, Cydon, et Phradmon, artistes dont quatre au moins avaient été contemporains de Périclès, respectées par le feu, se trouvèrent en concours, lors de la restauration, suivant le récit de Pline, avec d’autres statues d'Amazones, appartenant à des maîtres de cette dernière époque 3 . Ces derniers maîtres ayant été établis juges,
1 Pausan., lib. n, cap. xxvii.
’ Strab., lib. xiv.
• Plia., lib. xxxiv, cap. vin.
MÉMOIRES
le scrutin décerna la première place à la statue de Polyclète, la seconde à celle de Phidias, la troisième à celle de Ciésilas Polyclète devait alors être mort depuis près de soixante-dix ans, et ce Turent des artistes qui le jugèrent.
L’opinion que Xénophon prête au philosophe Aristodème, et que Socrate ne désavoue point, n’est pas moins remarquable. « Y a-t-il, dit Socrate à son interlocuteur, des hommes en qui vous admiriez de hauts talents, de l’habileté, de la profondeur, de la sagesse en un mot, dans les arts qui dépendent du génie? — Oui, certes, répond Aristodème. — Et qui sont ils? — Ce sont Homère dans la poésie épique, Mélanippide dans le dithyrambe s , Sophocle dans la tragédie, Polyclète dans la sculpture, Zeuxis dans la peinture 3 . » Il faut se rappeler que Socrate était luimême statuaire. Son jugement est, par conséquent, d'un trèsgrand poids. Xénophon dit avoir été présent au colloque 4 . Mais, ne dussions-nous voir, dans ce passage, que l’opinion de Xénophon lui-même, qui craindrait de s’en rapporter à un tel juge?
Je suis, enfin, obligé de répéter ici le jugement de Strabon, que j’ai cité précédemment au sujet des ouvrages de Polyclète renfermés dans le temple de Junon d’Argos, et que cet écrivain compare aux ouvrages de Phidias en général. « Là, dit-il, sont » dos statues de Polyclète, supérieures à toutes les autres » quant au mérite de l’art, et inférieures à celles de Phidias, » pour les dimensions et la richesse : «’» w (ûpw) v* IIoàvxàcitov
V ^ootva, Tri’ fi\v Ttyvv] xx/jUara tSv irxrruv, <îè xxi
» fuyîQci to 3 •fiidfou h nzitii va 5 . » Voilà bien Polyclète comparé à Phidias, et Phidias considéré dans ses plus grands et plus riches ouvrages, mais Polyclète l’emporte par le mérite de l'art, autant que Phidias par les dimensions de ses colosses et
' Piin., ibid.
' Mélanippide vivait auprès du roi Pcrdiccas(Fabric., Hist. grccc., cap.i, p. 585).
’ Xenopli., Itlem. Socrat., lib. i, cap. îv, § u et m.
' ld., ibid.
* Strab., lib. vin, cap. vii.
par l’abondance de l’ivoire et de l’or dont ils sont ornés. Ajoutons qu’il ne faut point traduire pr/iOu *, par grandeur, non plus que iroî.vtcht'jt, par magnificence, en tant que ce mot se rapporterait au mérite du style, comme l’a fait le savant M. Du Theil, qui n’a pas assez considéré eu cela l’esprit particulier de la langue des arts. La grandeur en sculpture résulte de la simplicité du style et de la valeur des masses. Ce mot renferme l’idée que Denys d’IIalicarnasse exprime, lorsqu'il parle du style d’isocrate, ou de celui de Polyclèle et de Phidias, par to pty“* to utyaloTt^vo», ou bien par rb o-tuvô» 2 , et que le latin peut rendre par granditas, gravitas, amplitudo. Le mot de magnificence est au moins équivoque. La magnificence du style est ce que le même auteur appelle, dans le même passage, t« Ktoertov, r, (tt7«>oitpcitti«, preestanlia, splendor,cl il ne s'agit, dans Slrabon, que de richesse appréciable en numéraire : le mot de iroî.uTiJuia y est pris évidemment pour milita impensa.
Slrabon se trouve ainsi d’accord avec les juges d’Ëphèse, avec Xénopbon, Cicéron et Quinlilicn; et nous pouvons remarquer, en outre, que Denys d’IIalicarnasse, dans le passage que je viens de rappeler, et que j’ai cité en entier au sujet de Calamis, attribue à Polyclèle, ainsi qu’à Phidias, l’ampleur, la gravité, la grandeur du style, ce qui ne contredit nullement Quintilien, car la grandeur des formes peut appartenir à tous les âges. Le beau antique est grand dans des figures d’enfants, comme dans les plus belles images de Jupiter et d’IIereule; le type du beau demeure toujours le même.
Concluons donc que l’art ne dégénéra point dans les mains de Polyclèle, et qu’il lit, au contraire, de nouveaux progrès. Nous verrons, dans la suite, qu’il n’était pas parvenu, même dans les ouvrages de ce maître, au dernier terme où il dut s’élever.
Polyclèle exerça une grande influence sur les artistes de son
' MlvtOiî est pris quelquefois pour majestas, magnanimilas , mais plus particulièrement pour proceritas : «*:«■»!, staiura.
5 Dion, llalic., De oral, anliq., de Isocrat., cap. ni.
temps, et même sur ses successeurs. Pline compte parmi ses élèves, Argius, Asopotlore, Alexis, Aristide, Pbrynon, Dinon, Athénodore, et je prouverai bientôt qu’il faut ajouter à celte liste, Périclèle, chef lui-même d’une illustre Ëcole.
Au temps de Polyclète, florissaient, à peu près du même âge que lui, Praxias d'Athènes, disciple, de Calamis, et Callilèle, disciple et vraisemblablement fds d’Onalas.
Callilèle n’est connu que par le Mercure Criophore, ou portant un bélier sous son bras, dont j’ai parlé au sujet d’Onatas.
Praxias exécuta, en grande partie, les sculptures placées dans le fronton du nouveau temple de Delphes. L’ancien temple avait été incendié, la première année de la lviii" olympiade *. Le nouveau, dont il s’agit ici, ne fut commencé que vers la lin de la lxvii®, après qu’Hippias eut été chassé d’Athènes, ou plus vraisemblablement à la fin de la lxxii®, après la bataille de Marathon, et lorsque Hippias eut été tué, puisque les Alcmæonides s’étaieut obligés à en jeter les fondations, aussitôt après que leur patrie serait délivrée de ce tyran 2 . On sait que Praxias représenta, dans les frontons, Latone, Diane, Apollon, les Muses, le coucher du soleil, Bacchus et les Thyades. Il est plus que vraisemb’able que ces figures étaient du même genre que celles du fronton du Parthénon, c’est-à-dire en ronde-bosse. La mort ayant atteint Praxias, avant qu’elles fussent terminées, l’ouvrage fut achevé par Androsthène, Athénien, élève d’Encadmus 3 . Ce fait s’accorde avec l’époque où doit être placé Calamis, et il servirait, au besoin, à prouver qu’on ne saurait ramener ce maître vers des temps moins anciens.
Lycius, (ils et disciple de Myron, et né à Ëleulhère comme lui *, Agoracrite, Alcamène et Cololès, tous trois disciples de
* Pausan., lib. x, cap. v. — Corsin., Fait. Allie., t. III, p. 107.
", Ilerodot., lib n, cap. clxxx ; id., lib. v, cap. lxii ; et Larcher, ibid-, not. 147. — Scholiast. Pindar., in Pylh., ad. vu, vers. 10.
* Pausan., lib. x, cap. xix.
* Plin., xxxiv, cap. vm, xvn. — Pausan., lib. i, cap. xxiu.— Albcn., lib. xi, cap. xi. — Faccius, dans sa note sur le passage de Pausanias, et
SUR LES PROGRÈS UE Là SCULPTURE GREtÇCÈ. 175
Phidias, et les deux derniers presque aussi illustres que leur maître, se rangent vers la même époque.
Lycius modela un enfant qui soufflait sur des charbons, pour les rallumer, ouvrage digne d’être jugé de Myron lui-même, di~ gnum prccceptore *, et plusieurs autres ligures. Son ouvrage le plus célèbre fut un monument consacré à Jupiter, dans l’Altis d’Olympie, par les Apolloniates de la mer Ionienne en mémoire d’une victoire qu’ils avaient remportée sur les Abantes de la Thesprotide d’Épire, et de la prise de Thronium, ville appartenant à ces Abantes, et située vers les monts Cérauniens. Ce monument était formé d’une estrade ou d’une espèce de soubassement demi-circulaire, en marbre, sur lequel s’élevaient, dans le fond, une statue de Jupiter, entre Tliétis et l’Aurore, représentées implorant ce dieu pour le salut de leurs fils; et, sur les côtés, Ulysse combattant contre Hélénus, Ménélas contre Paris, Diomède contre Énée, Ajax contre Déïphobe *. Une offrande si riche dut correspondre à l’importance de la conquête faite par les Apolloniates.
Les historiens ne disent point à quelle époque ce peuple s’empara delà ville de Thronium. Ni Slrabon, ni Étienne de Byzance, ni aucun autre géographe de l’antiquité, n’ont même fait mention de cette ville de Thronium, fondée, suivant Pausanias, par des Abantes de l’Eubée et des Locriens Épicnémidiens de l’ancienne Thronium, que les vents avaient conduits jusque vers les monts Cérauniens, après la prise de Troie. Celte ville étant tombée au pouvoir des habitants d’Apollonic, il n’en a plus été question dans l’histoire, et le monument de Lycius, qu’une inscription accompagnait, est devenu l’unique témoin et de son
M. Clavier, dans sa traduction, ont rétabli le texte corrompu dans les éditions précédentes : ils lisent Au*îo« «b Mup&vou , au lieu de Ai*»» ™b M up^vou. — Casaubon, dans ses Notes sur Athénée, lib. xi, cap. xi, veut, avec raison, qu’on lise i; 'EXwJcpSv, Eleutherce, au lieu de ingenuus ou liberlus p. 809.
1 Plin , lib. xxxiv, cap. vin, n° 17.
1 Pausan., lib. v, cap. xxii.
MEMOIRES
ancienne indépendance, et de son existence même. Mais ici 4a chronologie de l’art vient au secours de l’histoire politique. J’ai prouvé <jue Myron, père de Lycius, naquit vers la lxx* olympiade. Lycius, né lui même vers la lxxviii® ou la lxxx®, florissait, par conséquent, de la i.xxxv® à la xcv®. Il suit de là que c’est dans cet espace de temps, et pendant la guerre du Péloponèse, que la ville de Throuium d’illyrie perdit sa liberté et son existence politique.
Aleamène paraît avoir été le plus ancien des élèves de Phidias. Suivant le témoignage de Tzelzès, il osa entrer en concours avec Phidias lui-même pour l'exécution d’une statue de Minerve qui devait être placée à une hauteur considérable '. 11 lutta ensuite avec Agoracriie au sujet de la Vénus des Jardins, et l’emporta sur son rival 2 . On assure cependant que la ligure de ce dernier avait été exécutée en grande partie par Phidias. Celui-ci, pour dédommager son jeune élève du déplaisir d’avoir été vaincu, lui céda en entier l’honneur de l’avoir exécutée, renonçant en sa faveur, suivant l’expression de Tzelzès et de Suidas, à son droit d'inscription, o-j tàv liriypayîiv t/aplmxo A’yopaxpiru 3 , et toutefois celte statue, placée au bourg de Rhamnus sous la dénomination de Némésis, fut généralement regardée comme un ouvrage de Phidias, et Yarron la considérait comme un des chefs-d’œuvre les plus remarquables de la Grèce
Tout ceci eut lieu nécessairement avant que Phidias abandonnât l’Allique, c’est-à-dire avant la deuxième année de la lxxxv® olympiade; et il s’ensuit qu’ Aleamène et Agoracrite, déjà formés à celte époque, peuvent avoir contribué à l’exécution de ce célèbre fronton du Parlhénon, où l'on reconnaît le travail de différents ciseaux, cl qu’un seul homme, en effet, n’aurait pu terminer qu'en bien des années.
• Chiliad. vru, liist. 103.
Plin., lib. xxxvi* cap. v.
' Suidas, in Nlpwi;. — Tzelzès, apud Fabricium, Bibl. grâce. t
lib. ui, cap. xvi.
* Pau --an., lib. ), cap. xxxru. — Plia., lib. xxxvi, cap. v.
Rival (le son maître par !a hardiesse de ses pensées comme par son habileté dans l’exécution, Alcamène parait avoir conçu le premier l'idée de représenter Hécate sous l’emblème de trois femmes réunies par le dos. Ce groupe se voyait à Athènes, auprès du temple de la Victoire sans ailes 1 ; et l’IJécate à trois corps, conservée à Rome dans le Musée du Capitole, pourrait en être une imitation.
Cet artiste exécuta une statue de Racchus en ivoire et en or, qui fut d’abord placée dans le temple de ce dieu à Éleulhèrc, et ensuite transportée à Athènes 2 , et un Pentathle en bronze, qui fut toujours regardé comme une des meilleures statues de ce genre, ainsi que l'annonce la dénomination d’Encrinomcnos ou le Distingué, qu’il conservait encore au temps de Pline 3 .
Alcamène eut en partage la majesté et la grâce, Lucien, voulant composer l’image d’une femme accomplie, emprunte une partie des traits, dont il doit la former, à la Minerve Lcmnienne 4 de Phidias et à la Vénus de Praxitèle, et complète le chefd’œuvre, en leur associant quelques-unes des beautés éminentes de la Vénus des Jardins 4 .
Après la rentrée de Thrasybule à Athènes, fait qui appartient à la première année de la xciv° olympiade, Alcamène exécuta les deux statues colossales d’Hercule et de Minerve, en marbre, que cet illustre banni et ses compagnons consacrèrent à Thèbes dans le temple d'Hercule, en mémoire de l’hospitalité qu’ils avaient reçue des Thébains 5 .
Nous connaissons ainsi le cours entier de la vie de cet artiste. Elle peut embrasser environ soixante-dix années, de la lxxviii® olympiade à la xcv e ou xcvt®.
Entré vraisemblablement plus tard à l’École de Phidias, Colo-
1 Pausan., lib. 11 , cap. xxx.
’ Id., lib. i, cap. xx etxxvm.
* Plin., lib. xxxiv, cap. vin, n» 12.
* Lucian., Imag.
* Pausan., lib. ix,cap. xi.
MÉMOIRES
tès assista ce mailre dans l’exécution du Jupiter d’Olympie ', et exécuta seul, entre autres ouvrages, une statue d’Esculape, entièrement en ivoire, élevée à Cyllène, petite ville maritime de l’Élide 2 .
Faut-il attribuer à cet artiste la table de bronze, d’ivoire et d’or, ornée de bas-reliefs, ainsi que l’a très-justement fait remarquer M. Qualremère deQuincy 3 , et sur laquelle étaient exposées les couronnes destinées aux vainqueurs d’Olympie ; ou bien étaitelle l’ouvrage d’un autre Cololès qui aurait été élève de Pasitèle?Toutcc que nous pouvons faire remarquer à ce sujet, c’est que le passage de Pausanias, sur lequel on fonde celle opinion 4 , n’exprime qu’un doute, et que, Pasilèle ayant vécu, ainsi que nous en donnerons la preuve, vers la clxx' olympiade, c’est-à-dire vers l’an 655 de Rome, il n'y avait pas eu assez de temps écoulé entre ce maître et Pausanias, pour qu’à l’époque de ce dernier on n’eût pas su, d’une manière certaine, que le monument célèbre dont il s’agit était un ouvrage d’un élève de Pasilèle, en admettant que cela fût vrai.
Colotès est, dans l'ordre chronologique, le premier statuaire que Pline cite pour avoir sculpté des statues ou des bustes de philosophes l . Ce fait mérite sans doute d’être remarqué. C’est ainsi vers la lxxxix®, la xc e , la xcn* olympiade, lorsque Aristippe, Antistbène, Cébès, Xénophon, Platon, s’instruisaient à l'Ecole de Socrate, que la philosophie acquit chez les Grecs assez de crédit, pour que les images des sages et des chefs des Écoles, exécutées en bronze et en marbre, fussent honorées dans les laraires et les bibliothèques, et ce furent apparemment Lycurgue, Thalès, Piltacus, Solon, Simonide, Pylhagore, Héraclile, qui, les premiers, reçurent ce noble témoignage de l’estime publique.
1 Plin., lib. xmv, cap. vin, n° 27 ; lib. xxxv, cap. vin.
’ Strab., lib. vm.
• Jupiter olympien, p. 362-567.
• Pausan., lib. v, cap. xx.
• Plin., lib. xixiv, cap. vin.
sur i.es pnocnfis i> B la scui.pturr grf.coit.. 179
L'École de Polyclète parait avoir été plus nombreuse et plus longtemps florissante que celle de Phidias. Elle devint célèbre, non-seulement par les élèves du chef même qui la fonda, mais par les élèves de ces artistes, dont on peut suivre la filiation, d’un maître à l’autre, jusqu’à la quatrième génération.
Au nombre des élèves de Polyclète, Pline compte Argias, Asopodore, Alexis, père de Caniharus, Aristide, Phrynon, Dinon, Athénodorc et Damias, tous deux de Clilor, ville d’Arcadie *.
Aristide s’illustra particulièrement par des biges et des quadriges * élevés à la mémoire de différents athlètes qui avaient remporté des prix aux jeux publics.
Damias et Athénodore exécutèrent une partie des trente-quatre statues consacrées par les Lacédémoniens dans le temple de Delphes après le combat d’Ægos-Potamos, la quatrième année de la xcm* olympiade. Celles de Jupiter et d’Apollon étaient de la main d’ Athénodore ; celles de Diane, de Neptune et de Lysander, de la main de Damias.
Il faut placer encore, dans celte savante École, Périclète, aussi connu par ses élèves que par ses ouvrages, et Canacbus II, que nous avons déjà fait distinguer de l’ancien Canachus, auteur de la Vénus céleste de Sicyone.
Notre opinion au sujet de Périclète se fonde sur deux passages de Pausanias: l’un du chapitre xvn du livre V, qui n’a rien que de clair et de positif; l’autre du chapitre xxu du livre II, dont la version a été contestée. Mais l’exactitude de ce dernier texte, tel que l’ont donné Kuhn et Faccius, est pleinement certifiée par des faits et des dates qui ne peuvent laisser aucun sujet de doute.
Le premier de ces deux passages porte que Périclète était élève de Polyclète d’Argos: lloXvxXfrrov <îè ?* toü ÀpytUv px9r,ty); i llcpixlcivo;. On pourrait seulement demander duquel des
1 Plin., lib. xxxtv, cap. vin.
* ld., ibid.
1 Id., ibid.
deux Tolyilèie, que Pausanias dit tous deux d'Argos, Périclète a été l’élève? Le second passage lève celle incertitude et s’explique de lui-même : Naucydès, fils de Molhon, y est-il dit, était frère de Périclè.e, i-îùyo; IUpixXitrov yx'jxvSm; MôOxno;.
Trompé par un manuscrit de la Bibliothèque impériale de Vienne, l’illustre Ileyne a lu, dans ce dernier chapitre, àot'yo; IIo/.vx/.citcv, frcre de Polyclcte, et dès lors, faisant de Polyclèle l’ancien, dont nous parlons, le frère et le disciple de Naucydès, et donnant à Polyclèle lui-même pour élèves Aristoclès et Canachus l’ancien, de qui nous avons parlé précédemment, et Périclète, à qui se rapporte le passage du chapitre xvn du livre V de Pausanias, il est tombé dans des contradictions qu’il a fort bien senties, et dont il parait s’être lui-même étonné : Ut mirari liceat, cum tam longa artificum successio inter Naucydcm et Panliam inlcrcesserit , quomodo aller palrem et filium effmgere poluerit*. Naucydès, en effet, est devenu, par cette disposition, antérieur à Canachus l’ancien, tandis que Panlias, le septième maître, descendant d’Arisloclès *, et qui serait ici le neuvième descendant de Naucydès, s’est trouvé, comme il l’est en effet, à peu près son contemporain.
Peu notre confrère, le savant M. Clavier, dont je ne saurais prononcer le nom qu’avec le sentiment de la plus haute estime, M. Clavier, entraîné par l’autorité de Heync, a suivi la même version et fait Naucydès frère de l’ancien Polyclèle.
Les faits vont facilement se rétablir. Naucydès est, à cause de la belle copie d’un de ses ouvrages, parvenue jusqu’à nous, un maître trop intéressant dans l’histoire de l’art, pour que nous ne nous appliquions pas à fonder solidement toutes les connaissances qui peuvent se rapporter à lui.
Périclète fut le maître d’Antiphanc 3 . Anliphane exécuta, vers la première année de la xciv e olympiade, deux des statues éri-
■ Antiq. artiuminter Græe. Mît.; inter Opusc. Acad., t. Y, p. 577,
’ Pausan., lib. vi, cap. ni.
1 ld., lib. v, cap. xvu.
sim i.F.s rnociifes of. ia sculptcre grecqüe. 181
gées par les Lacédémoniens dans le temple de Delphes, en mémoire de la bataille d’Ægos-Potamos 1 * . On lui dul aussi trois des statues que les Tégéates consacrèrent dans le même temple, du produit îles dépouilles qu’ils avaient fuitefe sur les Laccdéit oniens 7 . Pausanias ne s’explique pas davantage sur les combats qui purent donner lieu à cette dernière offrande. Mais nous savons que les Tégéates demeurèrent fidèles aux Lacédémoniens et combattirent dans leurs armées durant toute la guerre du Féloponèse 3 . Il en fut de même à la bataille de Coronée et à la bataille de Leuclres 4 * . Ils ne passèrent dans le parti opposé, que par une suite de leurs dissocions civi’es et après In fondation de Mégalopolis, durant la trois ème année de la en* olympiade '■>. Il se forma alors deux partis dans le Péloponèse : d’un côté furent les Tégéates, les Argiens , les Kléens et une partie des Arcadiens; de l’autre, Lacédémone et le reste de l’Arcadie. Los Tégéates et leurs alliés ravagèrent plusieurs fois les terres de la Laconie, en pillèrent les maisons et en enlevèrent les troupeaux. Sparte , affaiblie par la bataille de Leuclres , se p’aignil de ces dévastations, auprès des Athéniens, et obtint enfin leurs secours 6 . Ces divisions amenèrent trois fuis Épaminondas dans l’Arcadie. Il y pénétra, la deuxième année de la civ* olympiade, sous le prétexte de secourir les Tégéates contre les Mantinéens, qui les avaient attaqués, et qui étaient les alliés de Sparte. La bataille de Mantinée eut lieu cette même année. Epamiiiondus y commanda, seulement comme allié des Tégéates. C’est à proprement parler, et suivant les termes de Diodore de Sicile, entre ce peup e et les Maminéens, que ce combat se
1 Pausan., lib. x, cap. ix.
* Id., ibid.
’ Tliucyd., lib. 11 , cap. ix ; lib. v, cap. xl, lyh, lui, lxiv, lxxiv, etc.
* Xenopli., llellen. hitt.. lib. îv, cap. n, n° u ; id., lib. vi, cap. iv, n° 18.
* Id., lib. vi, cap. v, n° 3, *, il, etc.
* Id., ibid.. n° 27. 30. 31, 32, 37. — Diodor. Sic., lib. xv, cap. ixn,
182 MEM01RBS
donna et ce sont !es Tégéales qui remportèrent la victoire. Il est donc bien certain que le trophée, placé à Delphes par la ville de Tégée . se rapporte aux differents combats livrés vers la tin de lu cn“ et dans le cours de la cm* olympiade, ou plutôt encore à la bataille même de Mantinée. Pur conséquent, Anliphane, que nous venons de voir exécuter une partie des trophées de la victoire d’Ægos-Potamos, vivait encore quarante ou quarante-deux ans après, lors de la guerre dite Thébaiue, et à l’époque de la bataille de Mantinée.
De plus, cet artiste fut le maître de Clénn de Sicyone 1 2 * * , et cc- ■ui-ci, auteur de plusieurs statues athlétiques, et d’une statue de Vénus, en bronze, consacrée dans le temple de Junon à Élée*, exécuta notamment, dans la xcviii* olympiade, deux statues de Jupiter, eu bronze, érigées par les Eléens dans l’Altis d’OIympie, du produit des amendes imposées sur des athlètes qui avaient usé de fraude pour obtenir des prix*, et dans la eu®, la statue de Dinolochus, vainqueur à la course aux jeux olympiques 5 .
Déjà il est donc évident que Périclèle, maître d’Anliphane, ne peut pas avoir été contemporain de l’ancie 1 Canachus , qui vivait, ainsi que nous l’avons dit, de la lxv* à la lxx* olympiade, et l'on voit que Périclèle a dû fleurir dans la lxxxyiii®, la xc“, la xcu e olympiade.
L’âge de Naucydès n’est pas moins certain. Cet artiste, que Pline place à la xcv* olympiade aVec Canachus et Pal rode ®, exécuta la statue d'Euctès, vainqueur au pugilat, petii-lils du célébré Diagoras de lthodes, que ses deux lils, Acusilas et Damagète, victorieux l’un et l’autre dans la lxxxvi®, portèrent en
1 Toi; Ttfiatat; <TJVtJl.i^OUV (Diodor. Sic., lib. end., cap. lxxxiv). ’ Pausan., lib. v, cap. xvii.
1 ld., ibxd.
• Id., lib. v, cap. xxi.
* Id., lib. vi, cap. î.
' Plin., lib. xxxiv, cap. vin.
SUR LES Ht OC. K î: S DF. 1.A SCULPTURE GRECQUE. 1H:Î
triomphe. autour «le la carrière d’OIvmpie et celte victoire doit avoir eu lieu, «le la Lxxxvm e à la xc f olympiade.
Nam ydès eut pour élèves : Alype de Sicvone 1 * 3 el Polyclète II, lion point , dit rausanias, celui qui (il la statue de Junoji 3 , mais uu second
Alype, ü qui l’on dut plusieurs statues d’aildèles, telles que celles de Néolaïdas, vainqueur au pugilat des enfants; u’Archidanvas, vainqueur à la lutte des enfants; d'Eulliytnène, couronné successivement pour la lutte des enfants et pour celle des hommes, exécuta, entre autres, tlaus la lx.xxix® olympiade, la statue de Symmaque, deux fois vainqueur à la course *, el «lans la xciv®, sept des statues consacrées à Delphes, après la bataille d’Æ 0 osrotamos 3 . Quant à Polyclète II, je prouverai tout à l’heure qu’il fut employé pendant soixante années, depuis ie commence ment de la xctv e olympiade jusque vers la lin de la cix e , ce qui suppose que s’il était âgé de soixante-seize ou soixante-dix-huit ans à la dernière de ces deux époques, il n’en avait que seize ou dix- huit à la première.
Il suit, de tout ce!a, que Périclite ne fut point élève de ce second Polyclète, mais du premier, c’est-à-dire de l’auteur de la Junon d’Argos el de la statue appelée le Canon. Il s’ensuit encore que Naucydès, frère de Périclèle, était plus jeune que ie premier Polyclète, quoique sou contemporain, puisque sa carrière, dans la partie qui nous est connue, ne commence qu’à la Lxxxvni* olympiade, et qu’elle se continue au moins jusqu'à la fin de la xciii®, où ce maître instruisait le second Polyclète II faut comlure aussi, de l'ensemble de tes faits, que Naucydès n'a point été, comme le croyait M. lleyne, le frère et le maître de Polyclète l’ancien ; qu'il pourrait plutôt, au contraire, avoir été son élève; qu’il était frère de Périclèle, et enfin que le texte dePau-
1 Pausan., lib. vi, cap. vict vu.
1 ld., lib. vi, cap. i. •
* Td . , lib. vi, cap. vi.
* ld-, lib. vt, cap. i, v et vin.
* Id., lib. x, cap. ix.
MÉMOIRES
sanias, adopté par Kuhn et Facius doit être maintenu :
llipixiirrcu Navixviî»; MoÆuvo;.
Canadius II, avons-nous dit, fut aussi un élève du premier Polyclète et non du second. En effet, nous le voyons exécuter, dans la xciv* olympiade, conjointement avec Patroele, huit d*-s statues, consacrées après la victoire d’Ægos-Putamos *, tandis que le second Polyclète ne pouvait alors être âgé que de seize ou dix-huit ans.
Tout se fie donc dans celte suite chronologique : l’ancien Polyclete et ses élèves, Naueydès et ses éleves, s’illustrent successivement et sont contemporains, saus être du même âge.
La statue d’Hebé, de Naueydès, ouvrage d’ivoire et d’or, placée dans le temple de Junon d’Argos, auprès de la sta;ue de Junon, de Polyclète *, n’était pas un monument assez solide pour traverser les siècles et parvenir jusqu'à nous. 11 en était de même du chef-d’œuvre de Polyclète et de tous les produits de ce genre.
La plupart des autres ouvrages de Naueydès, sa statue du lutteur Chinon, qui fut transportée à Rome 8 , celles d’Hécate, de Mercure, d’Erinna et de l’athlète Bacis 4 , paraissent aussi avoir péri ; mais il serait difficile de douter que les trois statues du Discobole méditant son coup, parfaitement semblables l’une à l’autre, conservées jusqu'à nous, et dont une sert à l’embellissement de notre Musée royal 5 , ne soient pas des copies antiques d’une des ligures qui avaient le plus contribué à sa réputation 6 . Deux statues île Discoboles furent très-célèbres dans l’antiquité, celle de Myron et celle de Naueydès : la première a été décrite avec tant d exactitude par Lucien et par Quintdien, qu’on en reconnaît facilement des copies dans les trois statues encore existantes que
' Pausan., lib. x, cap. 1 %.
’ Id., lib. n, cap. xvn.
> ld., lib. vi, cap. ix. .
* Plin., lib. xxxiv, cap. vui, n° 10. — Pausan., lib. n, xxu, cap. vi, vm. — Tâtian., Adv. Grœc.
5 N° 319 (Viscouti).
• Naueydès tlercurio, et Discobolo et immolante arietem censetur tPlin., lib. xxxiv, cap. vm, n<> t9J.
nous avons déjà citées. La multiplicité des copies que nous possédons, faites toutes d'après un môme original, fournit un argument presque aussi concluant en faveur de la seconde. Elle ne représente pas, comme relie de Myron, le moment même de l’action, mais celui qui précède. Le pied en avant, lenaut son disque dans la main gauche, prêt à le jeter dans la droite, l'athlète semble mesurer de l'œil l'espace qu’il va lui faire parcourir : Spatiumjam im marte parabat *. Quoique à la simplicité de sa nature et au peu de choix de quelques détails, cette naïve figure, qui s’est heureusement conservée dans son intégrité, paraisse une statue iconique, c’est-à-dire un portrait, la vérité de l’altitude, la fermeté et la souplesse des formes, doivent nous donner une haute idée de celte sculpture athlétique où s’illustrèrent particulièrement les savantes écoles instruites par Myron et par Polyclèle.
Aux mêmes époques, je veux dire au temps de Naucydès et d’Alype.son élève, d’Antiphane.deCléou, et du second Canachus, florissaienl Culliclès, Tisandre, Samolas, Pausanias d’Apollonie, et notamment Pisou de Calaurée, et son élève Damocrite, Patrocle et Dédale, dit Dédale de Sicyone, Sostrate et son fils Panlias.
Callîclès était fils de ce Théccosme, qui, jeune encore, avait modelé, vers le commencement de la guerre du Péloponèse, le Jupiter coiossal d'argile, de la ville de Mégare, dont on assurait que Phidias avait sculpté la tête, q ii était en ivoire et en or *. Théocosme vivait encore dans la xctv* olympiade. Il exécuta, à celle époque, la statue d’Hermon, pilote de Lysandre, à l’occasion de la victoire d’Ægos Potamos 1 * 3 . Calliciès modela celle du fameux Diagoras de Rhodes, qui avait emporté le prix du ceste *. La date de ce monument est inconnue ; mais, comme ceue victoire de Diagoras doit être antérieure à la lxxxvi' olympiade, où deux des fils de cet illustre descendant d’Aristomcne
1 Stat., Thebaïd., lib. vi, vers. 093.
’ Pausan-, lib. i, cap. xl ; id., lib. vi, cap. vu.
' Id., lib. x, cap. u.
1 ld. , lib. vi, cap. vu.
isa
MJÉMUintS
furent couronnés, il suit de la, et de Page connu de ïhéocosnie, que la consécration de celle statue dut être un acte de piété d'Ruclès ou de Pé.-idote, petit-fils de Diagoras, tous deux vainqueurs au combat du ceste; et c'e.-t, en eir t, ce «jue Pausauias semble faire entendre, en disai t que la statue de Pésidore était placée dans l’Altis, à côté de la statue de bronze de son aïeul. Ces monuments de la piété filiale, de la reconnaissance ou de l’amitié, ne sont pas rares, dans l'histoire de l’art, chez les Grecs!
Tisandre ne nous est connu que par les statues de dix officiers de la flotte de Lysar.dre. du nombre de celles qui formèrent le trophée de la victoire d’Ægos Potamos '.
Samol.iS et Pausanias d’Apollonie sont au nombre des maîtres, employés, par les Tégéates, au monument triompha! de la bataille de Mamiiiéc, dont nous venons de parler : chacun d’eux exécuta deux statues *.
Pisou de Calaurée remonte à la bataille d’Ægos Potamos ; il exécuta la statue d’Abbus, devin, attaché, dans ce combat, à la flotte de Lysandre 3 . Son fils Damocrite Mûrissait, par conséquent, do la xciv e olympiade à la c c , ou environ. L’âge de ces deux maîtres confirme ce que j’ai dit précédemment sur l’cpuque où florissait Critias, lequel fui maître de Plolicbus, qui eut pour élève Amphion, maître de l'ison de Calaurée. Du vivant de Damocrite, et, par conséquent, durant le cours de la vie d’Isocratc, de Xéuoplion et de Platon, les bustes et les statues des philosophes te multipliaient. Ce statuaire, ainsi que Callielès et Cléon de Sicyone, s’illustra dans ce genre de travail 4 .
l’alrocle est un des maîtres employés au trophée d’Ægos - Potamos. Ce fait le place à la xctv e olympiade. Le premier de ses deux fils, Dédale, dit Dédale de Sicyone, fut son élève ; le second, nommé Aristodèmc, instruit d’abord par son père, re-
1 Pausan., lib. x, cap. ix.
’ lil., ibid.
' Itl., lib. x, cap. îx.
• Plia., lib. xxxiv, rap. vin, n°27 et 2S.
SUR I.US PROGRÈS OF. LA SCI" LP I L HK GRIiCQliE.
çut ensuite des leçons de son frère Dédale : Aaià'xXoû roü Jixutavfov paS-crr,; *ai iratTpo; Ilorpoxitou; *. L'âge decesdeUX artistes cadre parfaitement avec celui de leur père, et Arislodème paraît avoir été beaucoup plus jeune que son frère, ce qui est confirmé, comme nous le verrons, par la date de ses ouvrages.
Dédale exécuta le trophée que les Eléens élevèrent dans l’Altis d’OIympie, suivant le témoignage de Pausinias, après un combat où ils avaient vaincu les Lacédémoniens U est évident que ce combat est celui dont Pausanias parle au même ibapitre; c’est-à-dire, celui qui eut lieu dans l'Allis, lors de la guerre occasionnée par le décret des Eléens, qui exclut les Lacédémoniens des jeux olympiens. Or, suivant Thucydide, ce décret fut rendu la douzième année de la guerre du Péloponèse, au moment où allaient s’ouvrir les jeux de la xc® olympiade 1 * 3 . La guerre dura sept ans. Elle venait de se terminer, lorsque Agis, li s d'Arcliidamus, s’empara de la ville de Décélie et la fortifia, fait qui se rapporte à la dix-neuvième année de la guerre du Péloponèse 4 * ,.et la victoire des É éens avait été remportée trois ans avant ce dernier événement ■>. Cette victoire appartient ainsi à la première année de la xci® olympiade, et le trophée dont il s'agit date, par conséquent, de la même époque.
Dédale exécuta ensuite la statue d'Eupolème, vainqueur à la course, aux jeux de la xcvi e olympiade 6 ; et, dans la civ®, vers la fin de sa carrière, il modela encore deux des statues consacrées à Delphes par les Tégéates, après la bataille de Mantinée 7 .
Mais, comme sa carrière s’étend beaucoup plus loin, nous
1 Pausan., lib. vi.cap. ni.
’ ld., lib. vi, cap. «.•
' Tliucyd., lib. v, cap. xlix et l.
* Id., lib. vu, cap. xix.
' Pausan., lib. v. cap. iv ; lib. lit, cap. vm.
* Id., lib. vi, cap. m. — Coisin., Fast. Atiic., t. III. p
' Pausan., lib. x, cap. îx.
MÉMOIRES
devons placer avant lui quelques-uns de ses contemporains, ou plus âgés, ou morts plus jeunes.
Tamias, avons-nous dit, était, dans la ligne descendante, le septième maître sorti de l'Ecole d'Arisloclès de Sicyone, lequel était frère de Canachus l'Ancien.
Cet artiste était fils et élève de Sostrate, que Pline place à la c.xiv e olympiade par une erreur manifeste, puisqu’il était neveu et disciple de Pythagore de Rhcge»
(On n’a pas trouvé, dans les papiers d’Éméric David, la suite de ce mémoire, qu’il ne parait pas avoir achevé.)
OBSERVATIONS
SUR