SIK LA VÉNUS 1)E MILO
nient naturel d’une personne qui s’élève sur un terrain mou tunix. qui marche, qui se campe, ou qui exprime un sentiment tle fierté.
Mais si la disposition des épaules et celle du genou gauche repoussent l’idée d'un groupe où Vénus caresserait Mars et voudrait le retenir pressé contre son sein, l’action particulière du bras gauche exclut même toute idée d'un groupe, de quelque manière qu’on voulût le composer.
J’ai dit, en commençant, qu’il a été trouvé, auprès de la statue de Mélos, des fragments d’un bras gauche ; que ces fragments ont été apportés à Pari3, et que nous les possédons. Or, la main existe et elle lient une pomme. Ce bras, ainsi que diverses per.-onnes l’ont remarqué, est d'un travail fort inférieur à celui du reste de la ligure. On peut conclure de là qu’il n'est point du même temps, et que nous y voyons une restauration antique. Mais de ce que ce bras, ainsi que ledit M Quairemère, est une œuvre de restauration, il ne s’ensuit pas, comme le veut aussi cet écrivain, que le symbole de b pomme perde toute autori'é dans l’explication de la figure *. Je présume que la restauration date du règne de Julien. C’est alors que la statue, cachée sans doute depuis Constantin pour la préserver de l’anéantissement auquel ce prince avait condamné toutes les images des dieux, dut être reportée sur son autel. Mais que cette restauration ait été faite sous Julien ou à toute autre époque, il n'est point permis de douter que le bras n’ait été restauré sous le règne du paganisme, et qu’il n'ait reproduit l’action du bras original. Il ne saurait s’être passé un temps assez long entre la perte du premier et l’exécution du second, pour que la mémoire de celui-là se fût effacée. Il s’agissait d’un objet consacré à la religion, ou du moins employé à la décoration d’un lieu public. Lçs fastes de la cité devaient témoigner de sa première forme. Nous pouvons, par conséquent, regarder comme cert-in que la main gauche était élevée et tenait une pomme.
1 Notice de SI. Quatremèrc de Quinry, p. 34.
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Mais <lés lors l'idée de grouper celte statue, soit avec une figure de Mars, comme M. Quatren ère de Quiney l'essaye encore soit avec ire figure de Paris ou d’ Adonis, devient totalement impraticable Représentons-nous une figure d'un jeune dieu, placée debout auprès de la déesse de Mélos, et paraissant la regarder aff-ctueusement, tandis que celle-ci relire la tète en arrière, repousse le dieu amoureux par le genou gauche, et, de plus, tient une pomme életée derrière l’épaule du dieu, sans qu’il puisse l’apercevoir. Le défaut d'harmonie d’un pareil ensemble devra frapper tout le monde, et il sera sacs doute impossible de se persuader non-seulement que l’artiste ait voulu rapprocher des personnages qui s’exprimeraient mutuel'emenl des sentiments tendres, niais qu'il ail même conçu l’idée d’un groupe. D’ailleurs, l’expression de l’amour de l'un ou de l’autre personnage, et le mouvement de la déesse, qui élèverait et montrerait sa pomme, constitueraient une double action, et un aussi habile maître que l’auteur de la statue de Mélos ne pouvait pas tomber dans une faute si grave.
Déjà donc nous pouvons conclure, d’après la disposition seule de la figure, qu’elle n’a jamais fait partie d’uu groupe, et moins encore d'un groupe oit Vénus caresserait Mars et en deviendrait victorieuse en le désarmant.
Mais, de plus, les monuments cités comme des objets de comparaison sont romains, c’est-à-dire qu'ils appartiennent à l’histoire romaine, quoiqu’ils puissent avoir été exécutés par des ciseaux grecs, et, par conséquent, ils peuvent offrir des allégories d’invention romaine, ou se rapp trier à des usages propres à Rome.
Il est trois de ces ouvrages qui ue présentent à cet égard au-> cun sujet de doute. Ce sont le groupe d’Hadrien et Sabine, à cause de la ressemblance des tètes et du casque romain ; la pierre gravée de Florence, dont l’âge est annoncé par la dégradation de l’ail, et la médaille de Fausline, qui porte fa tête de cette impératrice.
' >’otice, p. 24.
SUIl LA VENl'S DE SIII.O.
Quant au groupe du Musée de Florence, l'opinion de Guri doii èire d’un grand pouls, d'autam qu’elle confirme celle .le plu-ieurs savants qui avaient jugé ce nionument avant lui. Il est difficile de se refuser au témoignage de cet antiquaire, qui écrivait ayant les objets. -ous les yeux, iorsqu’i! nous dit que leslêtes lui paraissent, ainsi qu’à ces divers connaisseurs, des portraits de Marc Auièleet de F.tusiine 1 . Si nous osions prononcer nousmêmes d’après la gravure du }f‘<seum Flnrenlinwn. nous dirions que. la tête de Vénus ressemble en effet, et dan.- les traits et dans la coiffure, à cel’e des be'les médailles de cette, impératrice» Si' Marc- Aurèle n a point Je barbe, on voit bien que c’est là un signe de sa divinisation.
Le groupe représentant Hadrien et Sabine, ainsi que celui de Florence et que la pierre gravée, portent un cmb'èine commun: c’est, le globe sur lequel la Vénus allégorique po-e son pied gauche. Ce globe est ici le signe caractéristique d’une Vénus auguste, cest-à-dire impériale 11 se retrouve servant d’appui au bouclier de Vénus Victrix sur les médailles de Jules César, * et là, comme dans nos monuments, il est l’ emblème du monde régi et protège par la puissance romaine.
Nous possédons enfin, d-aus notre Musee Koyal, un groupe de marbre, grand à peu près comme nature, représentant Marc-Aurôle et Faustine, dans la meme pose cl la même action que les personnages du groupe de Florence a . Dans ce monument, d'un travail très-médiocre, le caractère allégorique des formes a pre.-que entièrement disparu. L'impératrice est vêtue de la télé aux pieds, l’empereur a conservé s t barbe, et les deux poi trails sont parfaitement ressemblants. Il doit paraître évident qu’un artiste sans génie a reproduit ici froidement la pensée à laquelle un homme de talent avait ajouté, dans le groupe de Florence, le
' fer Km altéra npiniu ma gis plucet; nam Veneris et Martis vultus tum Fuustina et M .tu relia magts concentre citlenlur. Gori, Mus. Ftor. gemin. et imag., t. 111, p. An.
’ Salle du Héros comba tant, u° 27i.
CBSliRVATIOMS
mérite de !a composition et du style. Le sujet est parfaitement !e même, et je monlierai jtlus tard que ce sujet appartient à l’histoire de la déification de Faustine. Notre groupe expliquerait donc celui de Florence, si l’opinion de Gori ne se trouvait pas déjà suffisamment autorisée.
Ainsi, ni l'âge, ni la patrie de ces monuments, ni la pose, ni l'expression de la figure de Vénus, qu’on y voit réunie à celle d'un Mars impérial , n’autorisent à croire que la statue de Mélos ait fût partie d'une composition semblable, ni même qu’elle repré>eute Vénus,
On juge bien que, si M. Quatremère de Quincy u’a cité que des monuments romains, c’est par la difficulté d'indiquer des sculptures véritablement grecques et antérieures à l’établissement de la puissance romaine dans la Grèce, En eflel, il serait, a ce que je crois, difficile de prouver qu’aucun groupe représentant les amours de Vénus et de Mars, et notamment représentant Vénus, qui aurait caressé Mars [tour le détourner de la guerre, ait jamais été offert à la vénération des peuples, soit dans un temple, soit dans un autre lieu publie d’aucune ville de la Grèce.
Les mœurs publiques, et l’esprit même de la religion, paraissent s’y être opposés.
Quoiqu’un savant académicien de i’avaut-deriiier siècle, partisan de l’evbemérisme, ait cherché à prouver que les anciens n’ont honoré qu’une seule Vénus le contraire est démontré par des faits si nombreux, qu’il est impossible de ne pas se rendre à l’évidence. Suivant le système de cosmogonie dont ils avaient fait la base de leur religion, les peuples de l’antiquité s’étaient créé des Vénus différentes, c’est-a-dire ils avaient honoré, conformément à ce système, un premier principe féminin quelconque, qui, en s'unissant au principe masculin, avait engendré tous les êtres. Il a existé autant de Vénus qu’il s’est établi Je systèmes religieux Je cosmogonie. On peut distinguer
' De Fourmont, Vé ni. de l'Aead. des Inscrip. et Bell.-Lett., t. VIL
Sl’R LA vf.NLS DR MIL0
une Vénus, matière humide et inorganisée ; une Vénus, globe . terrestre ou matière organisée ; une Vénus, feu; une Vénus, air; une Vénus, eau; une Vénus, lune, et une dernière enfin, qui renfermait en elle deux principes formateurs, le feu et l'eau : celleci était Aphrodite.
I.a plupart de res divinités avaient des époux. Aphrodite seule, la plus jeune des Vénus, fut exceptée, n’étant point une Vénus mère : née de la partie la plus ardente du corps d’Uraous et de l’écume de la mer, renfermant, dans son organisation, non point les deux sexes, mais les éléments des deux sexes, el'e fut honorée comme l’emblème ou le moteur de l’attrait qui, dans l’universalité de la nature, appelle l’époux et l'é|iouse l'un vers l'autre, et produit la régéuéiation de tous les êtres vivants. Consacrée à cette brillante fonction, elle n’eut point «le mari dans le système cosmogonique auquel elle >e trouva liée, et si les poètes grecs lui en donnèrent un dans des temps moins reculés, ce fut par une allégorie étiangère aux opinions helléniques sur la formation du monde.
Ce n'est point ici le lieu de rappeler les noms particuliers de ces differentes Vénus et «te leurs époux, moins encore celui de développer ces croyances antiques et d’en prouver la réalité. Une seule branche de ce culte nous intéresse.
Le soleil, regardé comme la source du feu, fut honoré chez les Phéniciens, les Assyriens ', les Perses 1 , sous les noms de Bel ou Baal, Adar, Behrem, noms qui signifiaient héros, roi, seigneur «lu ciel.
Les Grecs, en adoptant ce culte, donnèrent au dieu Bel les noms de Arès, Diosarcios, Dios enyulios, soleil combattant; ils honoraient le soleil sous ce nom, en le considérant comme le
1 Joseph., Ântiq. Jud., lib. ix, cap. vi, n° 6. — Macrob., Sat., lib. i, cap. xix. — Cedren., Compend. hist , p. ts et 16. — Suidas, in voc.
Baal. — Vossius, De orig. idol., lib. u, cap. xui, 1. 1, p. 189. — Selden.,
De dits Syr., syntagm. 2, cap. i, p. 120 , 121, 139, 113, 1SG. — Cuper, Apoth. homer., p 07.
’ Hyde, Vet. Fers, relig. hist., cap. u, p. 62, 63.
oiisr.nVA rioNS
moleur qui met eu fermentation les molécules organiques île l.i u:i ure el excite l’agit; li t i interne, île laquelle |trovieunenl la tlécoinpOMlioii et la reurgauis.iiiiui «les corps. A»ès ou Mars lut reconnu pour le ilieii de 1 1 guerre, par la raison qu’il était l’auteur de la discorde des éléments '. Suivant le téiuo'gifg.j d’Herolote, c’est à ce principe de physique que faisait allusion le combat simulé ces prêtres île Mars à Paprémis e i Egytu 9 .
I.e soleil, adoré dans la Syiie comme primîpe lécoudaitl ntasculiu, sous le tiotn île B'ial, y fut .iussi honoré lunime principe igné (éminin. sous h;s firmes il’uue héoïue ou d'une reine nommée Belièf!, Bèella. Bunlia 3 ; elces noms furent remplacés dans d autres pays par ceux de Mylil a, slhlla, Mitra *.
Les (lires reçurent le culte île Belles, des Orientaux ; relie déesse fut nommée, dans la Grèce, Uranie 5 , soit pour exprimer sa nature ignée, soit pour rappeler que, dans la religion | élastique, le soleil était iils du feu élhéré, adoré comme Dieu suprême sous le nom d ’Vranus.
Belles ou Fénus Uranie ne perdit point dans la Grèce son caractère de principe igné. Elle fut représentée à Paphos par une pierre de forme pyramidale 6 . A Amalhonte, elle était douée des deux sexes et portait lu barbe; à Cythère, à Sparte, à Corinthe, on l’avait armée d’uue pique el d’un bouclier 7 , comme Mais,
' Seldm., loi-, rit , cap. i, p 1 X 9 — P'utarcli., De fest. Docdal., ap. Eusi-li., l’iœp. Etang., lib. in, cap. i, p. 83.
1 lJerodut., lib. n. cap. lxiii. l.uv.
1 II vile, lue. cil , p. U3
* Uerodot., lib. i. cap. cxxxi, exetx. -- S. Ambros. , Contra Sym mach., lib. i, p. 810. — Larcber, il in sur Vénus, p. 4, 6. — Id., Aot. sur llérodul., liv. t, not. 32. t. I, p. 414
* Selilen , ibid.— Larcher, ibid.
* Tacit., Uist., lib. n, cap. m. -Sebleu., loc. cil., syntagin u, cap. i, p. 130.
1 Pausan., lib. n, cap. iv; lib. ni, cap xv. xvu, xxui. — Servies, ad Virg. Æntid., lib. u, vers. 6 X 2 . — Mactob., Sat., lib. ni, cap. vin. — A'onnus, Dyonis., lib. xxxi, vers. 238, 259. — Hesycb., in voc. 'aij-.Go; et '£ 7 ^. 7 , etc., etc.
SL' IV I V VI'M'S un \IILO.
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qui était un autre elle-même. Celle Vénus était chaste, par la raison que, dans le système de cosmogon e auquel elle apparu liait originairement, le feu du soleil u’nvail besoin du concours d’aucune antre puissance pour déve'opper les germes répandus dans la nature. A mesure que les idées primitives s'effacèrent, le commun du peuple put ignorer qu'Uranie représentait le leu du soleil, mais elle fut de plus en pins honorée comme une Vénus chaste, ce qui devint un véritable perfectionnement dans la morale.
Nous pouvons entrevoir maintenant l’origine et la signilicalion de la fab'e, qui unissait Vénus a Mars. Celle fiction, dans l'origine, ne pouvait nullement concerner Aphrodite. Cede-i i ne pouvait être ni la femme ni ramante du soleil, rien ue tendait à les rapprocher. C’est a Homère que nous devons la connaissance de la fable dont il s’agit ; mais il ne ia raconte pas comme de lui-même; il en place le récit dans la bouche d’un chantre nommé Démodochus, qui, à la table de l'irithoüs, en amusait les convives, cinquante ans avant le siège de Troie.
Ce qu’on peut supposer de plus raisonnable à cet égard, c’est que l'hisioire de l’uniou de Mars et de Vénus, apportée de l'Asie, concernait quelque Vénus élémentaire, représentant soit l’eau, soit le globe terrestre, ou la lune, ou enfin Uranie elle-même. Les Grecs, généralement peu instruits de leur ancienne histoire, et toujours disposés à croire que les autres nations avaient reçu d’eux leur religion et leurs lumières, tandis qu’ils avaient, au contraire, eux-mêmes reçu de leurs voisins une grande par.ie de leurs doctrines, les Grecs, dis-je, sans distinguer leur Venus Aphrodite d'avec la Vénus é émentaire dont il s’agissait, mirent sur le compte de leur divinité indigène l’aventure de quelque déesse étrangère : c’est ce qu’ils firent en Égypte, et de là est venue la confusion qui règne encore dans nos connaissances sur la mythologie égyptienne. Or, lorsque celle opinion s’établit, Aphrodite se trouvait déjà mariée avec Vulcain, et, de l’invention hasardée d’un poète, résulta un adultère, qui jamais n’avait pu se présenter à l’esprit des inventeurs de l’ancien mythe.
OBSERVATIONS
Mais ce qui paraît certain relaiivemeni à celle dernière aventure, c’est que l'opinion religieuse (le la Gtcee a constamment repoussé l’idée de l'adultère d’une déesse, et c’est ici un des points principaux que je veux établir.
11 ne faut pas oublier, quand on traite des sujets de mythologie, que la religion des Grecs, bien que faus-e, était une religion, et que ce peuple, qui portail au plus haut degré la passion de la jalousie, ne peut pas avoir honoré chez une déesse la violation d une des lois fondamentales de lu société.
L’aventure d’Aphro lue et de. Mars, soit qu'on la tînt pour comrouvée ou qu'on lui dninât une explication cosmogonique, fut constamment repoussée et Heine p r tout homme raisonnable. Homère tout le premier, Homère, si attentif a maintenir la religion dans sa pureté, représente cette union comme un acte criminel, objet de ia réprobation des dieux « Vénus. di:-il, eut le tort de se laisser séduire par des présents, et elle déshonora le lit du roi f ulcain. son époux *. ». Les poètes qui, après Homère, rappelèrent celle aventure galante, la peignirent invariablement sous les mêmes couleurs L’opinion ne varia jamais à cet égard Cet épisode d'Homère donna sujet a un des griefs de Platon contre lui C’est là, suivant l’opinion de ce philosophe, une de ces choses qui n'étaient pas bonnes à dire; c'est un de ces mensonges, dont l’effet est de porter la jeunesse à l'intempérance s „ Hularque y voit une allégorie signifiant qu’une action criminelle tourne toujours contre son auteur 3 ce qui est conforme à la moraliié qu Homère lui-même a placée dans sou récit 4 . Athenee partage, à cet égard, l’opinion de Plutarque 5 , et Ovide, le voluptueux Ovide, présente la faiblesse de Vénus comme uue fan e que la déesse cherche à cacher : Plena verecundi culpa
* At/Ç; Ut litvtjV ‘HyaîSTOlO «yotxso;. OdySS ., I li • . VIII, \ t‘IS . *2Ü‘J.
’ Plat., Itep., lib. lu, t. 11, 0|>., p. 389, rcio.
1 Plularch., Veaud. poet., t. il, p. ifl.
* Monter., ibid., vers. 529 et seq.
1 Alltel)., Üeipn., lib. xn, cap. lu.