SUR LA VÉNUS DE MI LO
pudoris erat il peint la couche où Cythérée fut surprime avec son amant, comme un lit obscène :
Mæonides Venerem Martemque lejiatos Narrai in obsceno corpora prensa loro \
Vers le règne de Théodose, le poêle Julien disait encore que le soleil, ayant découvert un tableau qui représentait ces embrassements criminels, saisi d'iudignation, rassembla ses feux et fondit la cire 3 .
L’auteur de l’Hymne à Vénus, publié sous le nom d’Homère, a maintenu le principe moral sanctionné par son modèle. Il peint la passion de Vénus, pour Anchise, comme IVIFet de la vengeance de Jupiter envers. cette déesse 4 . Elle dit elle- même au prince Phrygien, en se dégageant de ses bras : « Tu seras » pour moi un sujet d'opprobre; j’ai commis une faute impar- » donnable, j'éprouverai une dure punition. Ne me nomme ja- » mais ; si lu allais dire que le (ils renfermé dans mon sein est » le fruit de mon amour pour toi, Jupiter te frapperait de la fou- » dre 5 . » On connaît la suite de cette fable : Anchise ayant eu l’arrogance de se vanter des faveurs de la déesse, Jupiter le foudroya; Vénus, de sa main, écarta la foudre; mais le feu du ciel, atteignant Anchise sans le tuer, imprima sur sa cuisse une plaie d’où s'exhala, tant qu’il vécut, une odeur infecte 6 .
Le temple de la ville d’Eryx, dans la Sicile, passait pour avoir été bâti par un fils de Vénus 7 . Mais le mol de fils de Fénus, comme ceux de fis de Jupiter, de fils d' Livreuse, n’avait pas, dans l’antiquité, la signification quo nous attacherions aujourd'hui h une expression semblable; il ne signifiait autre chose, sinon dévot à Fénus, propagateur de son culte.
Les esclaves sacrées de ce temple 8 , les courtisanes alla- ‘
' Ovid., De art. amat., lib. u, vers. S74.
4 Ovid., Tnsl., lib. n, vers. 377.
4 Anlhol. grcec., lib. iv, cap. xn, epigr. 6.
4 Hom., Uymn. in Vener., vers. *S, seqq.
* Ibid., vers. î48, seqq.
4 Ibid.
' Strab., lib. vi, cap. m, S viu.
* ld., ibid.
OBSERVATIONS
ehées à celui de Corinthe, étaient une sorte d'hommage envers la divinité qui favorisait l’u:iion des sexes. Les instituteurs de ces établissements avaient pu y voir aussi un moyeu pour régulariser la déhanche et en prévenir les excès. Mais il y avait loin encorq-de celle prostitution to'érée, à l’avilissement d’une divinité qui aurait trahi son époux, et au culte qu'on aurait rendu à une semblable infamie.
Aphrodite, en tant qu’elle renfermait da:s son organisation le piincipe masculin et le principe féminin, et qu'elle é.uit l’emblème des passions qui agissent d’un sexe à l’autre, inspirait à son gré des affections chastes on. des feux désordonnés. Les poètes anciens nous disent, à ce sujet, que lorsqu'elle affligeait ses victimes par des passions honteuses, c’était dans sa co'ére, et pour venger quelque offense faite à sa divinité *. C'est à cau-e de celte puissance, qu’eu lui adressait des prières et qu’on lui offrait ries sacrifices. Les personnes pieuses croyaient ne pouvoir l’invoquer qu'avec un cœur pur, et lie lui devoir adresser que de justes demandes 2 . Ce fait a donné occasion, à deux de nos savants, de présenter une juste observation dont je dois leur faire honneur: «il sert à prouver, disent-ils, que la Grèce ne confondit point les égarements des femmes avec la pratique des vertus, rt n’entendit jamais sanctionner par le culte de Vénus ni l’impudicilé ni l’adultère 3 . »
Ce sont le plus souvent dés abus de mots qui. en celle matière, plus encore qu’en toute autre, ont contribué à répandre des idees fausses. Aphrodite f,.t anciennement surnommée Pandéinos, par la raison «pie son culte était devenu commun au peuple euliir *. Celle dénomination fut prise ensuite comme signifiant Vénus populaire ou F inus physique: Rien ne cho-
1 Euripid., Ilippol., vers. 2» et 359, 438, 449. — Ovid., Metam., lit. x, vers. 238, etc., etc.
’ Orph., llymn. liv, vers. 28.
* Laiclrer, itiém. sur Vénus, p. 49, 50. — Pc la Cliau, Dissert, sur Vénus, p. 42, 43, 67, 58.
* Pausan., lib. i, cap. xxu. — llarpocrat., voc. lüvir^o; isfoS^r,.
stn LA VÉNUS DK Mlt.O.
quaii encore en cola les idées premières, car l'acte même par lequel les ê res vivants se régénèrent, était soumis à celle divinité. Mais des modernes ont entendu par ce nom Peints courtisane, Pénvs des carrefours; la est l'erreur. Pcnnj Pandrmos avait un tempe à Mégare, sons la dénomination de f eints Praxis ou pratiquante. Sa statue, en ivoire et d’un travail J*, rl anc en, n’nffrai', a ce qu'il parait, aucun caractère disl’nclif qui rappelât ce caractère de Praxis '. Scopas, à la vérité, appelé à représenter cette déesse, l’assit sur un bouc 2 ; mais il ne fuit pas se méprendre sur la signifi nlinu de cette allégorie : eile ne faisait allusion qu’à la formation des êtres par le feu et l’eau.
Cette composition se rapportait au même mythe, que le lus relief antique où nous voyons Venus traversant les mers sur une espèce de boue marin 3 . Le bouc était l’emblème du pi i c pe ardent, et Aphrodite elle-même, lille de l’écume de la mer, -clui du principe humide.
Je parle de Vénus Aphrodite ; si je rappelais les rites du cuite d’Uranie, on verrait qu'au lieu d’enseigner l’aduliêre, ils devenaient, au contraire, des leçons publiques de chasteté. Cette Vénus, élément igné, cl qui dans l’origine possédait les deux sexes, par un changement apporté dans quelques villes au culte primitif, fut honorée comme vierge: belle pensée sous le rapport moral, puisque, en sanctifiant Vénus, elle enseignait à honorer le plus puissant de scs attraits. Toujours vierge, Vénus devait perpétuellement cire désirée, et, par conséquent, toujours régner. A Sicyone, conformément à cette opinion, les hommes ne pénétraient point dans son temple; c’était une vierge qui desservait sa statue 4 ; il en était de même à Egine 5 et dans d’autres villes.
Lorsque les idées attachées à son culte primitif, commencé- » rent, ainsi que je l’ai dit, à s'effacer, celle Vénus céleste fut
•Pausan.. lib. i, cap. xliii.
* Id lib. vi, cap. xKv.
’ MoiiII'.mk., Anltq. exptiq., t. I, pi. c et ci.
* Pausan.. lib- 11, cap x.
* M-, lib. vu, cap xxvi
OBSERVATIONS
honorée comme la divinité qui régnait sur les cœurs; c’est du moins une explication que donne Xénophon , pour (aire distinguer Vénus l'ranie d’avec Vénus Physique. « L’une, dit :e philosophe, excite aux plaisirs grossiers des sens; l’autre invite aux jouissances pures de l’àme; l'une s'attache au corps, l’autre à l’esprit •. » Celte opinion ne me parait pas entièrement juste, si l’on en rei herthe le sens théologique ; mais elle prouve toujours qu’en s’éloignant de sa source, le culte de Vénus Uranie s’était épuré plutôt que de se corrompre. Platon nous dit, de plus, qu’il n’y avait dans celle déesse rien de faible , et que son culte était également utile aux particuliers et aux républiques 2 . Le poète Proclus de Lycie enfin, qui célèbre Uranie comme reine et comme vierge, la supplie de ne lui inspirer que d'honnêtes désirs 9 . «Vénérable déesse, lui dit-il, règne sur l’univers et empêche que des flammes profanes ne pénètrent les cœurs 4 ! »
Tout ccci nous prouve qu’un groupe de sculpture représentant Vénus et Mars en étal d’adultère, qui eût été élevé sur une place publique ou dans un temple, aurait choqué l’opinion, offensé les mœurs, soulevé la religion. Je doute qu’on pût citer, dans toute la Grèce, un monument de ce genre. Il semble, au contraire, que les idées religieuses tendisseut à séparer ces divinités.
Sur le chemin qui conduisait d’Argos à Manlinée, on voyait un très-ancien temple dédié à Mars et à Vénus, vraisemblablement Uranie. Ce temple avait deux entrées, l’qne à l'orient , l’autre à l’occident. Les antiques statues de bois des deux divinités, loin d’être groupées ensemble, se trouvaient séparément aux côtés opposés de l’enceinte 5 : il semblerait qu’on eût voulu exprimer, par celte disposition, l’action des feux solaires sur deux points cardinaux du monde.
■ Xenopli., Symp. Oppien donne la raêma explication. Cynegetica, vers. 39 t.
5 Plat , Conviv., t. III, Op., p. I8S.
* Procl., Hymn. in Vener., î, vers. 1 et 1S; Mùcell. græc., p. 30.
* ld., Ilymn. ii, vers. 20 et 21 ; ibid., p. 39.
* Pausan., lib. n, cap. xxv.