SU K LA VÉNUS DE MILO
fention, et l'on reconnaîtra que celte prétendue ressemblance n'existe point . La déesse «le .Mélos porte, empreinte dans ses traits, une gravité qui n’appartient point à la riante Vénus. Ces paupières, qui se prolongent et s’abaissent pour donner de la fermeté au regard ; ces lèvres entr’ouverles, qui se creusent vers les deux extrémités; ces ombres fortes jetées antourde l’œil et delà bouche: rien de tout cela ne se retrouve, ni dans les traits suaves de la Vénus de Guide, ni dans les formes tranquilles de la Vénus de Médicis ou de la Vénus d’Arles. Belle par sa vérité, la poitrine de la statue de Mélos ne fait point admirer les formes épurées que les modernes sont convenus d'appeler idéales. L'ovale même du visage, loin de présenter les contours soutenus et fins de la Vénus de Praxitèle, donnerait plutôt, par son resserrement, l'idée d’une Diane.
Le caractère le plus général des statues grecques de Vénus, lorsque celte déesse est représentée debout, consiste en ce que, dans celte altitude, elle paraît en repos. Le poids du corps porte sur une des hanches; la jambe, de ce côté, se trouve d’aplomb; l'autre jambe se ploie légèrement, soit que le pied se porte un peu en arrière, soit qu'il vienne un peu en avant; et. dans ce balancement, les genoux se rapprochent l’un de l’autre. Celte attitude est le signe de l’embarras que la déesse éprouve a se voir nue.
Un autre caractère à peu près constant des figures de Vénus grecques, représentées debout, c’est que les deux pieds reposent, sur le même niveau. Une jambe levée annoncerait l’intention de se porter en avant, de rechercher un objet extérieur, de faire un effort pour y atteindre: et les Grecs avaient senti que l’état de l’àme, dont ce mouvement deviendrait le signe, ravirait 5 la déesse de la volupté le plus puissant de ses attraits, l’expression de la réserve et de la pudeur. Vénus ne tente jamais d’effor s, pour franchir une barrière, pour repousser un obstacle ; elle ne
Praxitèle, remplissant le champ en entier. Ce médaillon, de la plus belle conservation, et unique jusqu'à présent, a été trouvé récemment aux environ* de Smyrne. Il appartient à M. Rollin, numismate, à Paris
OBSERVATIONS
ma relu* même point : elle attend. sans paraître le rhcrclirr, que l'objet de son désir vienne vers elle. Par son regard, elle semble disposée à se donner; par son attitude, elle se refuse Telle est la Vénus morale, que la religion grecque offrait aux hommages des peuples. Presque tonies les statuer antiques de Vénus-, où la déesse est debout, nue ou à demi nue, offrent à peu près ces caractères essentiels.
li faut seulement excepter les figures où Vénus est représentée a:: moment de sa naissance et sortant de la mer. Dans ce; occasions, elle lève un pied pour le poser sur la terre. C’est là une attitude affectée aux nymphes; et la Vénus sortant de i’ean oit elle a été formée, est encore une nymphe, et elle prend l’altitude de ces divinités. Telle est une figure, publiée par Alontfaucon, cù Vénus a un dauphin à ses côtés •. Cette déesse doit aussi lever le pied si elle sort du bain 2 , quoiqu’un artiste, homme de goût, doive éviter une pose semblable. Mais la divinité de Mélos n’est point Vénus ouvrant à peine les yeux au monde; son attitude, nu contraire, est ftère et presque menaçante. Un mouvement vif est le signe de la pensée ardente qui parait l’occuper. Loin lie rapprocher scs genoux l’un de l’autre, elle lève avec assurance le pied gauche, et le porte en avant sur un rocher ou sur un tertre. Le mouvement du torse et de la tète exprime un sentiment audacieux, ou du moins il manifeste l’inspiration du genie, l’ardeur de l’imagination.
Aphrodite enfin demeure toujours jeu; e : quatre lustres environ marquent le terme que sou âge ne saurait dépasser. El il faut reconnaître que la déesse de Mélos n’esi plus à ce premier moment où la beauté d’utte femme ressemble à une fleur qui vient de s’épanouir. Ce n’est pas seulement la tète de la déesse, c’est toute sa personne qui laisse voir, par la force et la plénitude de ses formes, les progrès de l’àge et l’action du temps.
Que représente donc la statue de Mélos ? Je ne proposerai
• Monlfuuc., Antûjr expliq., t. I, pl. cm,
* Ibid.