‹ Histoire de la sculpture antiqueChapitre 18 sur 36 · SUK LA VÉNUS TIR MILO · texte numérisé non relu

SUK LA VÉNUS TIR MILO

ici que des conjectures. Ce qui me paraît important dans ces sortes de questions, c’est île ne pas prendre une figure pour re qu’elle n’est pas, aVcndu qu’une pareille erreur peut conduire à • confondre les s gnes mythologiques, et à brouiller l’ancien langage de l’allégorie. Je crois pouvoir hasarder une opinion nouvelle, attendu que toute explication qui ne présente point un contre-sens, ou qui ne porte aucune atteinte à quelque vérité historique, peut être admise comme probable.

Je distingue deux hypothèses : celle où l’on cousent à maintenir les bras restaurés, mais antiques, qu.e nous possédons, et notamment la main gauche, qui lient une pomme ; celle où l’on abandonnerait ces bras et celte main, comme postérieurs et étrangers à la figure.

Si l'on abandonnait la main qui tient la pomme, il me paraîtrait qu’on pourrait voir dans la divinité de .Mélos une Muse.

Les chastes filles de Maéinosyne sont rarement représentées nues ju-qu’à la ceinture, et rarement aussi elles ont les pieds nus. Ou rencontre cependant assez d’exemples de ce costume pour qu’il n’opposât point un obstacle à une explication où se réuniraient d’ailleurs toutes les convenances désirables.

L’altitude de la figure me paraîtrait offrir l'expression de l’agitation poétique dont la divinité semble animée. Le bras gauche soutiendrait la lyre, et la main droite la ferait résonner.

Le genou é'evé est un des emblèmes caractéristiques, non-seulement de Melpomène, de qui il exprime le caractère héroïque, mais encore de toutes celles d'entre les Muses qui peuvent tenir une lyre ou une cithare, comme aussi d’Apollon Musagèle, leur chef. Terpsii hure notamment, de qui la lyre est un des attributs distinctifs, lient ordinairement le genou gauche élevé, et a le pied posé sur un rocher. Celte attitude est un emblème de sa vivacité et de sa force. La positura di Tersicore, dit à ce sujet Visconti, si è nolata per posilura eroica, quando ossermmmo esser rappresenlata in (al allô anche MclpumeneK L'ou- \

' Visconti, Mas. Pio-Clem., t. III, p. 35, tav. xiv.

OBSERVATIONS

verture de !» bouche, enlin, manifesterait Faction .lu ch»nt, ou du m«ius l’élan passionné de l’àme qui s’unirait an son de l'instrument.

Je préféré, toutefois, la seconde hypothèse, celle où la main qui tient la pomme doit être conservée; et, dans ce cas. je propose une. expi ation qui me parait toute simple et toute naturel'e.

l! est des divinités, autres que celles de l’ Olympe, auxquelles la Grèce a souvent consacré des autels et des statues : ce sont les nymphes, génies tutélaires de chaque ville, de chaque province. Si leur puissance ne s’étendait pas au delà des lieux où l'on croyait qu’elles avaient reçu le jour, elles répandaient aussi leurs bienfaits sans partage sur cette terre qu'elles chérissaient exclusivement. Le culte de nymphes particulières de chaque montagne, de chaque fontaine, de chaque port de mer, est une des idées les plus poétiques et les plus louchantes que nous ail transmises l’antiquité. La nymphe d'un pays, d’un canton, était ce pays lui-même personnilié et devenu vénérable aux yeux de ses habitants, sous l'emblème d’une divinité amicale qui consacrait tous ses soins à leur bonheur.

' Il me semble, d’après cela, que nous pourrions voir, dans la divinité qui nous occupe, la nymphe protectrice de l’ile et du port de Mélos, la nymphe Mélo, c’est-à-dire -’ile de Mélos ellemême, personniiiée et offerte à l’amour d’uo peuple agriculteur et navigateur.

L’île de Mélos, l’une des Cyclades, située a l'entrée de l'Archipel, et la première qu’on rencontre entre l’île de Cythère et celle de Crète, est d’une forme à peu près ronde ’. De là le nom de Mélos, venant de Melon (MîTio»), qui signilie pomme. Pompeius Festus veut que le nom de Mélos lui soit venu d’un Phénicien nommé Mèlo, qu’on croyait y avoir abordé 7 . Mais Etienne de Byzance nous dit que les Phéniciens qui s’y établirent,

1 Hœc insularun, omnium rotundmsinia (Plin.. lit* iv, cap xuj.

’ Pomp Fesl-, invoc Vélos.

Sun I.A VENU •, £>E MILO.

lui donnèrent le nom de Byllos, qui était celui de leur pairie *. 11 paraît que ce dernier mon ne liù demeura pas longtemps. On la trouvait désignée chez des auteurs anciens, au rapport de P.ine, sous les noms de Zrphyia. Miiralidu, Siphnus *. Tliucyd de, Diodore de Sicile, Pline, Sirabon, Plutarque, la nomment. Mclos ; et l’on ne peut guère douter que ce nom, qui a prévalu sur tous les autres, ne lui soit venu de sa lorme ronde, quand on connaît le penchant qu’avaient les Grecs a établir des originessur des jeux de mois, et à puiser des emb'èmes, pour le culte des divinités de chaque pays, parmi les objets dont les noms avaient quelque rapport avec celui du pays lui-même 3 .

Quoique l’ile de Mélos n’ait que soixante 1 eues de tour environ, elle a joué un rôle assez important parmi les républiques de l’ancienne Grèce. Sa capitale était déjà fondée, et elle jouissait de sa libellé intérieure et d'une pleine indépendance au dehors, sept cents ans avant la guerre du Pélopouè^e *. Sollicités de prendre parti dans cette déplorable guerre, d’un côte, par les Lacédémoniens, de quyls croyaient descendre 5 , et de l’autre, parles Athéniens, qui avaient forcé les peuples’de toutes les Cyclades à s’allier avec eux ; les Méliens seuls, avec ceux de Ibères, prétendirent garder la neutralité 6 . Athènes envoya d’abord contre eux soixante vaisseaux et deux mille hoplites, sous le commandement de Nicias, avec ordre de s’emparer de l’ile. Les habitants firent une telle résistance, que ce général abandonna sou entreprise 7 . Dix ans après, Alcibiade vint recommencer le siège avec trente-six vaisseaux et plus de trois mille hommes de débarquement*. Athènes voulait la domination; Mélos, l’indépen-

1 Slepli., De Urb., p. 4üi

' Pim., lib. iv, cap. xii.

’ Insuta nostra numen traxil ii» «0 M à mulo, cujui per ro lunditalem tpeeiem referebat. tv.ktiel, Doclrina nu ni. net., t. Il, p, 351.

‘ Tlmcydid., lib. v, cap. cxu.

' Id., lib. v, cap. xxv.

‘ Id., lib. n, cap. ix.

’ Id., lib. m, cap. xci.

’ Id., lit», v, cap. lxxxiv.

OBSERVATIONS

dance Les droits réels ou prétendus furent discutés dans des confluences, tenues pendant le siège, entre leurs généraux et leurs magistrats ilien de plus noble que h s discours des Méhens dans ces discussions l .I.es Athéniens furent obligés d envoyer de nouvelles forces. Enfin, après un siège de huit mois, Athènes triompha, sans honneur, d’un petit pays qui avait si longtemps bravé sa puissance. Tous les citoyens en âge de porter les armes furent réduits en esclavage, et cinq cents Athéniens envoyés dans l'ilé pour y fonder une nouvelle colonie ‘■b Adiènesf à son tour, succomba. Ce qui restait des malheureux Méliens fut alors rétabli à Mélos, par Lysandre, et la colonie athénienne en fut rappelée s . L’ile recouvra son gouvernement et son commerce, et jouit d’une constante prospérité jusqu’à l’époque où elle so trouva enveloppée dans la ruine générale de la Grèce.

La position de cette ile, la fertilité de son territoire, l’étendue et la sûreté de son port, en ont toujours fait un point important dans la navigation de l’Archipel 4 . Aujourd’hui encore, lorsqu’ils entrent dans les mers de la Grèce, la plupart des navigateurs vont y prendre des pilotes.

Dans un pays si jaloux de sa liberté, l'amour de la patrie dut être porté au plus haut degré : de là sans doute le culte particulier voué à la patrie elle-même, sous le nom de la nymphe qui la représentait. Bien ne prouve que t énus ail' été une des divinités particulières et tutélaires de l’ile. L ’image de celte dresse n’a été trouvée jusqu’à présent sur aucune de ses monnaies, ce qui est un nouveau motif de rejeter l'idée d’une Venus quant à la statue. On y rencontre Minerve, Apollon, la Fortune, et on voit, non moins souvent, sur le revers, la pomme, Melon, qui •est l’emblème de l’ile. Tantôt la pomme est seule , tantôt il y en a trois ensemble réunies en un bouquet Quelquefois celle pomme,

1 ThucyiL, lib. v, cap. lxxxv et seqip

’ IJ.-, lib. v, cap. cwi. — Plularcb., in Alcib., p. 109 — Slrab., lib. x, cap. vin.

1 Plularcb., in I.ysandr., p. 4SI.

* Tournefort, Voyage dans le Levant, l. I, |>. 143

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