‹ Histoire de la sculpture antiqueChapitre 20 sur 36 · COXSIBÉHÉS COMME SYMBOLE MYTHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

COXSIBÉHÉS COMME SYMBOLE MYTHOLOGIQUE

Parmi les statues de notre Musée Royal, il en est une qui représente un jeune homme appuyé contre un tronc d'arbre, et paraissant vouloir, de la pointe d’un trait, piquer un lézard, qui grimpe auprès de lui. 11 existe plusieurs répétitions antiques de cette figure ; celle de notre Musée appartenait à la ï'illa Borghésr. On en voyait une en bronze à la Vi lia Albani : elle a servi de type pour juger de l'intégrité de toutes les autres.

Winckelmann, ayant rencontré dans le cabinet de Stoseli une pierre gravée qui reproduisait la même composition, se persuada avec raison que tant de figures, toutes semblables entre elles, ne pouvaient avoir été exécutées que d’après un original très-célèbre ; et un passage de Pline le porta à croire que le modèle primitif était un Apollon, connu, au temps de ce naturaliste, pour un ouvrage de Praxitèle. En effet, l'élégance des contours, la naïveté de l’expression, le témoignage enfin de l'écrivain romain, ne permettent pas de douter, malgré quelques négligences du copiste, que cette figure ne soit une imitation d’un des chefs-d’œuvre de l’auteur de la Vénus de Cnide.

Mais Winckelmann alla plus loin ; le passage de Pline est ainsi conçu : « Praxitèle sculpta un Apollon à l’âge de la puberté, pi- » quant d’une flèche un lézard qui grimpe près de lui ; ils appel-

' Fragment extrait d'un Mémoire sur le culte d'Apollon, lu à l’Académie des Inscriptions et Del'es-Lettrcs, le 29 octobre 182*.

sur i/apom.on saciioctoxe

k Iont celte figure le Sauroclone. » Fccit tt puherem stpollincm, subrepeuti l icertcc cominus ragiilâ in -idian cm qnetn Snuroclonoit vacant. Le mot latin insidianleiv, employé pour * attaquer ou piquer, parut au savant antiquaire devoir faire entendre qu’Apollon attaquait le lézard avec l'intention de lui donner la mort, et la dénomination de Sauroclone, usitée chez le vulgaire au temps de Tline, qitem Sauroctonan vot ant, acheva de lui persuader que Praxitèle avait représenté Apollon tuant un lézard.

Une autorité si recommandable entraîna tous les espiils. Personne depuis n’a paru douter nique Pr.xilèle ail représenté Apollon tuant un lézard, ce que le texte de Pline ne dit cependant en aucune manière, ni même que les Grecs aient honoré un Apollon Sauroclone ou lueur de lézards.

Occupé d’un travail assez étendu sur le culte d’Apollon, j'ai dû examiner celte statue avec une attention particulière, et j’en ai porté un jugement totalement contraire à celui de Wiuckelmann. Mais comme mon opinion est du nombre de celles qui peuvent donner sujet à des doutes, il nia paru convenable de la soumettre d’abord, dans une dissertation abrégée, à la critique de l’Académie et des personnes éclairées.

Il m'a semblé qu’au lieu de tuer le lézard, le jeune Apollon le réveille, le rappelle aux plaisirs du printemps, en lui basant ressentir les atteintes de son dard. Apollon, arrivant à la puberté, m’a paru l’image du soleil à l’équinoxe du printemps; le lézard ranimé, l’emblème de la nature, qui à celle époque de l’année appelle tous les êtres à de nouvelles reproductions. Dans l’action du dieu qui pique le lézard, dans la vivacité du lézard qui grimpe et qui le regarJe, j’ai cru revoir le tableau où Virgile peint les insectes et les reptiles sortis de l’engourdissement de l’hiver, se hasardant sans crainte sous les rayons d’un soleil nouveau :

Inque novos soles audent se gramine luto Credere ‘ . . .

1 Virgil., Ocorg., lib. u, vers. 335.

ter SUR LE LÉZARD.

Celle allégorie est pleinement conforme au génie de l'antiquité ; elle se reproduit de toutes parts sous mille formes différentes, tandis, au contraire, que celle d'Apollou tuant un lézard offrirait un exemple unique, et même, de la part de l’artiste, une inadvertance inexplicable.

l'n fait important repousse pareillement l'interprétation vulgaire, c’est que le nom de Sauroclone ne se rencontre nulle part dans la mythologie grecque, et que nous le connaissons seulement par le texte de Pline et par la rubrique des épigrammes de Martial.

Mais nous ne devons pas nous borner à ces aperçus. Pour reconnaître avec quelque certitude la pensée de Praxitèle, deux choses sont à examiner : d’abord, le caractère du personnage qui pique le lézard ; ensuite, l’esprit dans lequel le lézard a été employé dans les monuments allégoriques des anciens.

En ce qui concerne la ligure elle-même, on peut se demander si elle représente un dieu, ou simplement un enfant qui agace le reptile. Le mot d'Apollon ( Apollinem ) ne se trouvait point dans les éditions de Pline, antérieures à celles du P. llardoiu. C’est ce savant qui l’a rétabli; il a lu puberem Apollinem, au lieu de puberem. Mais il n’a fait celte restitution, que d’après plusieurs manuscrits regardés comme les plus exacts '.

Nous savons, en général, que les statuaires grecs descendirent rarement à cette imitation de sujets vulgaires, qu’on pourrait appeler sculpture de genre, et rien ne prouve que Praxitèle y ait jamais abaissé son ciseau. Si, d'ailleurs, ce maître eut voulu représenter un simple enfant, il ne lui aurait pas donné les formes épurées d’une divinité. L'antique a distingué, par de trop justes nuances, la nature humaine ordinaire, celle des faunes, celle des héros, celle des dieux, pour que nous puissions prêter à Praxitèle une erreur de ce genre.

Mais d est, dans la statue même, une preuve non moins convaincante, c’est la bandelette qui noue les cheveux. Si l’élégaace

* liant-, in l 3 lin., lib. xxxiv, not. 12.

St h l'apoi lon SALROCTO.NË

des formes n’.muonçait pas que cette image représente un dieu, la bandelette le prouverait complètement. On sait que cette espèce de couronne n’appartenait qu'aux dieux, aux rots, aux prêtres, aux athlètes victorieux. Or, il ne pouvait exister aucun motif pour représenter un athlète tuant un lézard ou jouant avec un lézard : il suit de la que le jrersonnage de Praxitèle est un dieu, .liais c ■ dieu, à peine ad . Ile, ce dieu armé d’une flèche, ne peut être qu’Apollon ou l’Amour. Cette dernière opi ion parait avoir été celle de .Martial. Elle se montre assez clairement dans ce distique, apparemment composé sur quelque répétition de la même statue : Ces ■ e, cuuie eux enfant, de tendre de- piège* à ce lézard qui s'approche de lui: ii ne désire que de mourir sous la main.

Ad te reptanti, puer insidiose. laceitæ Parce, cupit dicitis il a periru luis.

On voit bien que ees mots de mourir sous ta main sont pris au figuré. Martial pensait donc, comme nous, que le dieu ne tue point le lézard, mais, au contraire, qu’il le réveille, qu’il le pénètre de nouvelles ardeurs. Quand même, dans la pensée de Martial, ce ne serait pas un dieu, mais seulement un sim, le enfant qui stimulerait le lézard, il n’aurait pas l’intention de le tuer, par cela précisément que le lézarl désire expirer sous ses doigts : i 1 y aurait toujours dans celle expression une métaphore. Toutefois, dans cette alternative, nous devons préférer ’a version de Pline, s> fiisamment autorisée et p'us conforme à d’autivs caractères mythologiques, comme je vais le taire voir tout à l’heure.

Prouver maintenant qu’Apollon est le so'eil : cette vérité se reproduit partout dans les écrits des anciens; mille monuments la confirment L’identité d'Apol on et du so'eil est le fondement de toutes les fables relatives à Apollon, le motif de tous ses attributs, la source de presque toutes ses dénominations.

C'est donc le soleil que l'artiste a représenté, mais, de plus, c’est le soleil de l’équinoxe du printemps. Il faut ici que je rappelle en deux mots l’esprit des fables. Les anciens, voulant honorer

teT Sl’K t r ttZAIlD.

le soleil à lotis les degrés de sa catyière annuelle, le représentèrent sous des traits différents, suivant qu'il était plus on moins avancé, soit dans son ascension , soit dans sa déeroi- sauce. Le génie de l’allégorie mit en œuvre, à cet effet, deux moyens : l'un consistait ù montrer successivement ce personnage sous les dehors d’un enfant, d’un jeune homme, d'un homme fait, d’un vieillard; l’autre fut de créer plusieurs dieux, qu’f, tantôt par leur étal de fjiblesse et même d’infirmité, tantôt par leurs combats, leurs victoires, leur épuisement, exprimaient l'idée des révolutions périodiques de l'astre du jour. Ce fait me parait hors de doute. Itlais nous en avons , quant à la question actuelle, une preuve suflisaute dans le passage de Pline, que je viens de rapporter. Puisque cet auteur nous dit que Praxitèle représenta Apollon à l’âge de la puberté, il faut bien croire que la série des fables relatives ù ce dieu admettait une époque où il n'avait pas encore atteint cet âge, une époque où il était parvenu au plus haut degré de sa force, c'est-à dire de sa chaleur et de son éclat.

Ainsi donc la statue de Praxitèle, vulgairement appelée, au temps de Pline, le Sauroclone, représentait un dieu; ce dieu était Apollon , Apollon au premier moment où il commençait à jouir de la puissance d’un homme. De plus, Apollon, chez les anciens, était le soleil. Celle statue représentait donc le soleil arrivant à l’àge de la puberté, c’est-à-dire le soleil parvenant à l'équinoxe du printemps.

Telle est, en effet, l’idée que nous présente le dieu de Praxitèle.

Uue tranquillité parfaite régne dans ses traits; sa puberté n’a point encore trouble la paix de son âme. 11 est « oiifé à peu près comme une jeune 'fille. Ses cheveux serrés se réunissent m un seul nœud derrière la tète. L'extrême simplicité de cet ajustement répond à l’accent des formes. Tel est le portrait, que fait Ovide, de Bacchus à peine adulte, lorsque son front, que des rayons commencent à peine à dorer , est encore celui d une vierge : tibi . .. virgineum caput est *. Tandis que, de la pointe du

' Ovid-, Metam., lib. iv, vers. 20 .

srn i.’.troi.i.ON s.vrnocTOXE

trait qu'il tient de sa main droite, le dieu parait vouloir piquer le lézard , il s’appuie du bras gauche contre l'arbre où grimpe ce reptile et penche mollement sa tète pour le regarder. Le poids du corps se partage entre la jambe droite et le bras gauche, et Ici est le balancement de celte pose, que si l'appui de l’arbre manquait, la ligure perdrait sou équilibre. Celle attitude vacillante est moins celle d'un horninh que celle d'un enfant.

.Mais il est un moyen d’appréc cr encore mieux le caractère de l’Apollon de Praxilè'e, c’est de nous le représenter auprès de l’Apollon Pylhien du Belvédère; c’est de les comparer. La marche animée de ce dernier, le développement de sa poitrine, la magnificence de sa chevelure, l’énergie et la légèreté de ses formes ; la naïveté de l'autre , son regard timide, sa coiffure modeste, ses formes tranquilles : des caractères si différents n’ont pas été choisis sans quelque intention. La religion honorant tour à tour Apollon eu divers peints de sa carrière annuelle, la sculpture, pour se conformer à cet esprit , devait varier aussi scs compositions et ses types. C'est ce que nous retrouvons dans ces deux images : l'une me parait être celle du soleil au solstice d’été, dans la plénitude de son exaltation et de sa puissance ; l’autre , celle du soleil, à l'équinoxe du printemps, lorsque sa force est toute nouvelle, lorsqu’il essaye encore, pour ainsi dire, les feux dont il va embraser l’univers.

Considérons maintenant l’emblème du lézard.

Dans les monuments où cet animal est représenté, nous ne trouvons rien «que de conforme à sa nature. Pour composer leurs allégories, les anciens avaient étudié avec s- in la nature physique et le caractère moral des animaux. Ils peuvent avoir commis quelques erreurs; c’est là un effet des opinions popu'aires; mais jamais ils n’ont fait de graves contre-sens, comme celui de supposer que le soleil tue les lézards.

Leurs naturalistes, et Aristote même, n’ont à peu près rien écrit sur les habitudes de cet animal. Les monuments nous en disent davantage, et nos savants modernes suppléent entièrement au silence des anciens.

ri srn i.f. i.i / vnn.

Le lézard se présentait sous divers aspects au génie allégorique des prêtres el des artistes.

Il est au nombre des animaux que l’hiver engouhlit el qui passent cette saison dans un état de torpeur semblable au soin • meil.

Mais, parmi les animaux de ce genre, il est un des premiers qui éprouvent l’influence de la nouvelle saison. « A peine, dit M. de » I.acépède, les premiers jours du printemps viennent-ils ré- » chauffer- l'atmosphère, que le lézard, sortant de la stupeur que » le grand froid lui a fait éprouver, et renaissant, p ur ainsi dire, » à la vie, reprend son agilité el recommence ses jeux amou- » reux '. »

« Autant, dit M. de la Treille, les salamandres (espèce de lé- » za’.ds se sont hâtées de nous an oncer par leur dispari ion l'ar- » rivée de l'hiver, autant elles sont promptes à nous prévenir » que nous touchons à des jours plu> doux et plus sereins; tout » est même encore hiver pour nous, que le printemps renaît » pour elles 2 . »

Les mœurs du léza d vert, qui est celui des monuments antiques, sont égales en ce point à celles du lézard gris el de la salamandre. « 11 en est de même, dit encore à ce sujet M. de Lacé- » pède, du lézard d’Amérique, qui a quelques rapports avec le » lézard vert. Los jours sereins qui brillent quelquefois pendant » l'Jtive , le raniment au point de le faire sortir de sa retraite; » mais le froid, revenant tout d’un coup, le rend si faible, qu’il » n’a pas la force de rentrer dans so i asile, et qu’il succombe à » la rigueur de la saison 3 . »

En troisième lieu, le lézard se plaît à s’étaler aux rayons du soleil ; sa force vitale paraît s'accroître avec !ps feux de l’atmosphère, plus la chaleur est ardente, plus ses couleurs sont bri la u tes el variées. Comme le serpent , il quitte sa peau el la renouvelle ; comme ce reptile, il se glisse avec vivacité dans des passages

1 51. de Lacépède, Hisl. A'at. des Quadrup. otip., t. I, p. 503.

’ M. de la Treille, Huit. Hat. des Sulamand. de France, p. 12.

' M. de Lacépède, ibid.

2 il

Slj H l’apollo\ SAUROCl’ONP.

étroits, et semble porter jusque dans son obscure retraite les feux dont il est pénétré.

Du reste, le lézard n’a rien de malfaisant, lorsqu’il voit un homme, loin de chercher à l’olTenser, il s’arrête et parait le cons'dér. r avec com’plaisance *.

On sent combien ces diverses qualités offraient de matière aux allégories.

Engourdi tous les hivers, le lézard, dans cet état d’assoupissement, devint un emblème du sommeil. C'est en ce sens que nous le voyons employé auprès de différentes ligures endormies : comme, par exemple, aux pieds d’une figure antique en rondebosse représentant le génie du sommeil, publiée par Alexandre Maffei ; à côté d’une autre figure du Sommeil, publiée par Tol- ]ius ; aux pieds d’une ligure de l’Amour endormi de la Villa Borglièse; aux pieds d’une figure de la Mort, de la collection Mathei, et sur d’autres monuments que je m’abstiens de citer.

• Il faut faire, à ce sujet, une remarque, c’est que dans tous les monuments, où le lézard est endormi, il est placé transversalement, et plus souvent la tête en bas. La figure, publiée par Tullius, est exceptée ; cela vient de ce que le lézard s'est endormi à côté de deux tètes de pavots. Celle position renversée distingue le lézard endormi, qui est le lézard de l’hiver, d'avec le lézard grimpant qui est celui du printemps et de l’été. Il ne me parait pas que personne ait fait celte distinction : elle facilite cependant l’intelligence d’un assez gra >d nombre de monuments.

Le lézard dormant pendant l’hiver, et l’hiver étant la saison des brouillards et de l’humidiié, le lézard endormi devint un emblème de l’élément humide. Telle est la signilicalio i qu’il faut lui donner quand on le rencontre auprès des figures de Mercure, comme sur une pierre publiée par Gori 2 et sur quelques autres.

Sur la pierre de Gori , Mercure est debout ; il est caractérisé par son pétase, ses talonnières, son caducée : d’une main, il lient

• M. de Lacépède, //ist. Nat. des Qaadrup. ovip., t. I, p. 12.

‘ Gori, Nov Thesaur. j jemm. vet. ; Uorn., ITM, t. I, n« 48, p, 2s, 29 .

ET Sl!R LE LEZARD.

une bourse ; sur l’avant-bràs droit est posé un ceq ; ce sont là bs attributs les plus fréquents de ce dieu. Mais, ce qui est moins commun, à ses pieds est un capricorne, et sur les cèles, à droite ( t à gauche, se voi ni un scorpion, une tortue, un lézard la tète en bas. Gori s'est dispense d’expliquer ces emblèmes. Il s’eu i xcuse, en dis ait qu’ils sont le produit du caprice et que personne n’en a donné l’explication avant lui Je doute qu’une semblable opinion trouve jamais son application. U existe sans doute dans les monuments antiques des énigmes qui, dans l'état actuel de la science, ne peuvent point être expliquées , mais que les anciens aient donné à leurs dieux des attributs dénués de sens, c’est ce qu’on persuaderait diftic lement.

Mercure était classé parmi les dieux célestes et parmi les dieu* infernaux. Jupiter l'avait établi son messager entre les enfers et lui. Chaquenuit il parcourait les airs, la terre, les mers, rassemblait les âmes qui s'étaient séparées de leurs corps dans la journée, les conduisait dans l’empire de l’luton ; assistait a leur jugement et les ramenait sur la terre quand elles devaient habiter de nouveaux corps. De là lui venait le surnom de ou de

conducteur des âmes , et celui de Pompaios ou de conducteur des f-ompes funèbres.

C’est ce que nous disent Diogène Laërce, Virgile, Horace, Apol- Io lore, Lucien, Homère particulièrement, et une foule d'autres poètes et philologues anciens. Mais l'empire des morts étant situé par delà les gouffres de l'Océan*; il s’ensuivait que Mercure comptait parmi ses attributs tous les emblèmes représentatifs de l’élément humide : le cygne, le canard, les poissons, le porc. Ou le voit même tenant en main la silula ou le sceau d'isis, emblème de l’eau. Or, ces animaux, gravés sur la pierre de Gori et sur d’autres pierres semblables, sont tante de e t genre. Le capricorne et le scorpion caractérisent les deux mois les plus humides et les plus froids de l’année ; la tortue est l’emblème de l’eau et de 'a

1 Gori, jYoo. Thesane. gen on. r et.: Hom., 1781, t. I, n» 48, 38. 30.

' Homère.

2iî

sim l’apoiloy SAl'HOCTONE

navigation. Nous voyons, au moyen de ces rapprochements, la signification du lézard , représenté endormi et la tête en bas : il est, comme h* capricorne, le scorpion et la tortue, un emblème de l’élément humide.

Je dois ajouter un mot pour confirmer mon explication au sujet de la tortue. Mercure est quelquefois représenté portant une écaille de tortue, ou bien une tortue vivante sur l’épaule ou sur la tête. Le monument de ce genre, le plus singulier que nous connaissions, est une pierre du cabinet de Sloscl» : on y voit ce dieu sortant des enfers, marchant avec effort, comme un homme qui grimpe, et portant sur sa main gauche une âme qu’il ramène au monde; sur son épaule droite est une tortii" vivante. Winckelmann croit voir dans ce signe une allusion à la lyre que Mercure a inventée et fermée d'une écaille de tortue. Cette exp'icalioi) n’est nullement admissible. Homère peint Mercure enlevant de ses deux mains la tortue qui rampait à terre, et, à l’instant même, lui arrachant la vie '. Comment se trouverait-elle vivante sur l’épaule de ce dieu ? I.a tortue vivante sur la tète ou sur l’épaule de Mercure est un emblème de l’élément humide, un emblème des eaux qu’il traverse pour revenir des enfers : elle est l’attribut, non de Mercure dieu céleste, mais de Mercure dieu infernal.

Entre tous les animaux que l'hiver engourdit, le lézard étant un des premiers qui se réveillent à la renaissance du printemps, devint, à cause de sa qualité particulière, un emblème du printemps lui-même, un attribut du soleil de l'équinoxe. Nous arrivons à notre statue, et l’on voit bien déjà qu’un artiste tel que Praxitèle ne peut pas avoir conçu la pensée de représenter le soleil du printemps tuant le lézard, puisqu’au contraire, dans la nature, il le ranime.

Ce ne seront point des raisonnements que je présenterai à l’appui de mon opinion, ce seront des monuments. Il en est plusieurs dont la signification est tellement claire, qu'il suffit de les rappeler.

1 Uotncr., Ihjmn., vers. 3!) et seqq.

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