‹ Histoire de la sculpture antiqueChapitre 21 sur 36 · ET SUR LE LÉZARD · texte numérisé non relu

ET SUR LE LÉZARD

Le premier est une pierre où est gravé un sujet égyptien. Cliifdet l’a rangée parmi les a'.rnxas ou pierres dites basilidienncs '. Cuper l'a publiée, après lui, dans sa Dissertation sur Harpon aie' 1 , et Monlfaucon l’a donnée encore, après ces deux savants 3 . La composition en est tellement semblable à celle de Praxitèle, qu’on dirait que le même artiste ait exécuté l'un et l’autre ouvrage, en prêtant à l’un toute la vivacité de l’expression égyptienne, en donnant à l'autre toute la grâce des images grecques.

Celte pierre représente Horus sortant de la fleur de lotus, où il a passé son enfance ; un de ses pieds pose encore au fond du calice : il a porté l'autre sur le sommet des corolles, pour s’élancer au dehors. L’une de ses mains est armée d’un fouet ; sa tète est ceinte de ra\ons; au dessus se voit une étoile. Levant luiest tin lézard, la tète en haut, qui le regarde et qui semble le suivre dans les airs. On sait qu’llorus est le même dieu qu’Apollon. Hérodote, Diodore de Sicile, Plutarque, Macrobe, l'attestent également. Il n’existe pas, sur ce point, deux opii ions parmi les anciens. Or, ecnieu Soleil, cet Apollon égyptien, sort de la fleur de lotus, emblème de l'humidité, où il est demeuré caché pendant l’hiver. Ses formes sont celles d’un adolescent. Il s’élance dans les cieux, il représente donc le soleil de l’équinoxe de mars, ou, autrement, le soleil arrivant à la puberté. Le lézard qui grimpe devant lui est un emblème du même équinoxe, un attribut du soleil du printemps; il se ranime, parce que le soleil du printemps ranime toute la nature. Cuper voit dans le jeune dieu un Harpocrate : c’est une méprise, llarpoerate est toujours enfant et toujours boiteux, par la raison qu’il représente exclusivement le soleil des premiers trois mois qui suivent le solstice d’hiver. La signification de cotte composition n'est donc pas douteuse : el'e représente le renouvellement des feux du soleil à l’équin' xe du printemps, et le réveil des êtres, à cette époque du rajeunissement

' J. Chifflet, Comment, in tab. abrax., lob. ix, n» 33.

* Cuper, Harpocrat.. p. 7.

1 Montflluc., Àmiq. Ex/il., t. II, part, n, pl. cxlviu.

SU II LAroLLON SAUnOCTO.NE

universel. Changeons le nom du dieu ; d Horus faisons Apollon ; à la pierre gravée substituons une statue, nous autons reproduit la composition de Praxitèle : même scène, même allégorie. Il est évident que les deux a listes ont puisé à la même source, si toutefois le prétendu Égyptien ne s’est pas saisi de la pensée du statuaire Grec.

Une autre pierre n’est pas moins curieuse. Elle a été publiée par Passeri ■, qui ne l’explique pas plus que Chiftlet et Cuper n’ont expliqué la précédente. Quatre animaux y sont réunis; au milieu est une grenouille assise et vue de face ; à la gauche de la grenouille, est un lézard, la tête en bas ; à sa droite, un lézard, la tête en haut ; au-dessus, un crabe. Des étoiles semées dans le champ annoncent que l’ensemble forme une allégorie astronomique.

La grenouille, comme le lézard, est engourdie pendant l’hiver. Plutarque nous dit qu’elle est un emblème du priuteinps 1 2 . Suivant Horapollo, elle représente un homme qui a recouvré la faculté de marcher après en avoir été privé 3 . Chez les Egyptiens, entin, elle était un emblème du principe humide de la nature : c’est ce que la table Isiaque montre en plusieurs endroits. Ces explications découlent de la même idée. Dans la pierre que nous cherchons à expliquer, la grenouille représente le principe humide éprouvant successivement l’influence des trois saisons. Le lézard la tête en bas ou le lézard endormi est l’emblème de l’hiver; le lézard grimpant, l’embléinedu printemps; le crabe ou le cancer, l’emblème de l’été. Quant aux deux lézards en particulier, la différence bien indiquée entre celui qui est endormi et celui qui est réveillé , ne peut laisser aucun doute sur la signification de l’un et de l’autre.

l ue autre pierre, publiée aussi dans les Abraxas de Chiftlet 4 , est peut-être encore plus curieuse. On y voit deux personnages

1 Passeri. The s Gemm. aslrifer.

’ Plutarch., Vepijth. orac., t. II, p. 400.

' Horapull., Ilterogl., !'b. il. cap. en.

* Cliiflicl, foc. cil., tab. xxvni, n» 139 •

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