ET SLR LE LÉZARD
debout, po-és de profil et en face l’un de l’autre. Tous deux ont une couronne sur la tête ; tous deux sont vêtus d’une robe longue faite d’une étoffe à carreaux ; ils approchent tous deux un doigt de leur bouche, et de l'autre main ils tiennent tous deux la gode de leur épée qui est appliquée contre leur ceinture. La ressemblance entre eux est parfaite. Dans Intervalle qui les sépare, sont placés, sur une ligne perpendiculaire : tout eu haut, un papillon ; au-dessous du papillon, un lézard grimpant ; sous le lézard, un crabe, et sous le cr.ibe, un signe qui n’a pas été reconnaissable pour moi, et que Chif/lel pareillement n’a pas reconnu. Cet auteur suppose que les deux personnages sont deux généraux qui s’entretiennent de quelque stratagème de guerre. 11 se fonde sur ce que, suivant Oppien, le cancer est un emblème de la prudence nécessaire dans les conseils '. Cette explication est évidemment fausse. La c luronne, le doigt sur la bouche, l’impossibilité de donner au lézard une signification qui s’accorde avec celle des autres emblèmes, d Vivent la faire rejeter. D’ailleurs, les pierres gravées sont généralement des sujets religieux ; c'est par les principes du culte qu’elles s'expliquent.
Ces deux personnages Sont, dans mon opinion, deux Ilorus, c’est-à-dire deux dieux-soleils, représentant chacun une moitié de l’année. La couronne est l’emblème de leur royauté; l'épée, celui de leur puissance. La robe de plusieurs couleurs, restai variegata, est le vêtement le plus ordinaire d’ Ilorus, quand ce dieu est vèUt; le doigt sur la bouche, enfin, n’est pas un signe . moins caractéristique. Rien de plus commun que celle manière de représenter Horus. Les signes intermédiaires sont la représentation des effets que produisent sur la nature les phases du soleil. Le lézard est le symbole du printemps; le cancer, celui de l’été; le signe effacé, apparemment celui de l’hiver. Le papillon est l’emblème de l’âme universelle, qui, à la faveur des températures successives, pénètre dans tous les corps, respire dans toutes les parties de la création.
' Opjàan., lib. n.
sim l’apoli.on sauroctoxe
Que si l'on pouvait douter du sens de celle composition, j’eu produirais plusieurs à peu près semblables, et une, entre autres, dont la signification est encore plus claire. C’est le revers d'un scarabée, publié parGronovius parmi les pierres de Gorlée, et que ce savant n’explique point *. On y voit les deux mêmes personnages ; ils sont vêtus l’un comme l’autre, et tous deux tiennent leur épée sur la ceinture ; mais l’un des deux seulement pose le doigt sur la bouche, ce qui est plus régulier; l’autre tient en main une fleur. Au milieu, à la place des quatre symboles de la pierre précédente, est un serpent, la tête élevée et ceinte d’un limbe. Le doigt sur la bouche, qui caractérise une des deux figures seulement, nous montre Horus, ou le - soleil régnant dans le silence de la nature, de l’équinoxe d’automne à l’équinoxe du printemps ; la fleur, symbole de l’autre personnage, fait reconnaître Horus régnant dans le temps de la germination, de l’équinoxe du printemps à celui de l’automne. Le serpent couronné, qui seul lient la place du papillon, du lézard et des autres symboles, a la même signification que ces quatre signes réunis ; il représente l’âme de la nature circulant dans l’univers pendant chacune des saisons. Ajoutons que celte composition est placée décrié: e un scarabée, image du soleil, et nous n’aurons aucun doute, ni sur sa signification, ni sur ce le de la pierre de Chifilet.
D’autres gravures de plus d un genre, et particulièrement des monnaies, soit de la ville de Camarine, ou plutôt de celle d’Amphipolis, nous donneraient encore la preuve que le lézard était consacré à Apollon, et que, dans l’esprit de celte consécration, il représentait le printemps et l’été. Mais le temps me manque : jjrn les supprime.
Emblème de l’hiver quand il est endormi, emblème du printemps quand le soleil le réveille, le lézard, avons-nous dit, se plaît à étaler ses riches couleurs sous les rayons les plus ardents de cet astre ; l’amour de ce reptile pour le soleil le fit placer parmi les emblèmes représentatifs du soleil lui-même, mais seulement
1 À. Gorl,, Daclyliothec., part, it, n° 537.
ET Sun LE LEZAIUI.
du soleil d’été. Porphyre nous apprend ce fait , e:i parlant des Égyptiens : « Ils donnent aux dieux, auteurs de a nature, nous » dit-il, les noms de différents animaux; ils appelle.. t le soeil » lion, dragon, épen icr, lézard > Ce sont la en effe. les animaux que nous retrouvons sur les monuments comme symboles du soleil d’été.
Sur une pierre publiée par Monlfaueon. on voit un lézard s’élevant dans les cieux et paraissant s’élever vers la lune 1 2 . C’est bien là une image de la conjonction de la lune et du soleil.
Emblème du soleil, le lézard devint naturellement un attribut d’Apollon Augure. Il y avait, dans la Sicile, des devins connus sous le nom de /.ézards ou Galro'ai 3 * .
On voyait, dans le bois sacré d’OIympie, une statue du devin Thrasvbule. Sur son épaule droite était un lézard, emblème d’Apollon dévoilant l'avenir à ce prétendu prophète A .
Ue ce que le lézard portait sur le soleil des regards assurés, le peuple conclut que des comportions pharmaceutiques extraites de son corps pourraient guérir le mal aux yeux 5 . Une pierre gravée, du cabinet de Slos h, représentait un lézard, autour duquel se lisait cette inscription : Lu mina reslituta (la vite, recouvrée ) 6 .
Plein des feux du soleil, le lézard, si l'on broyait sa chair, devait aussi, nisait-on, exciter les ardeurs de l’amour. On connaît cette espèce d’imprécation de la Magicienne de Théocrite : « Fruid amant, demain je te broierai un lézard et je te présenterai celte irritante boisson 7 . »
L’amphibologie que présentait enGn le nom de Sauros, dénomination la plus usitée du lézard, en fit l’emblème d’une des puissances de la génération. C’est sous cette forme symbolique, qu'il s’introduisit jusque dans les mystères d'Eleusis. Mais il serait
1 Porpbyr., De Abst., lib. iv, cap. xvi, p.3S2.
> Jlontfauc., Anliq. erp!., t. Il, part, il, pl. clxxvi.
’ Ciccr., De dirinal., iib. i, cap. xx.
• Pau<., tib. vi, cap. i|.
! Plin., lih. xxix, cap. xxxvm.
• Wincki lm., Pierres grav. de Stcsch, vu® class-. n° lit, p. 533.
» Jlicociit., Idgl., lib. ii, vers. 3s,
srn L’Arou.o.N saur .çtone et su» le lézard.
inutile, pour nuire objet, d'éclaircir celte partie de son histoire mythologique.
Tout ce que j'ai dit doit montrer qu’Apollon ou le soleil n’a pu, sous aucun rapport, être représenté tuant un lézard. Apollon arrivant a l’âge de la puberté, c’est-à-dire le soleil de l’équinoxe du printemps, ne lue point le lézard ; au contraire, il le rend à la vie. .
Il n’a jamais existé enfin, dans le culte grec, d'Apollon Sauroclone. Ce prétendu mythe est totalement étranger à la saine antiquité.
Si, au temps de Pline, le peuple, et peut-être le peuple romain seulement, s’était persuadé qu’Apollon avait tué des lézards, cette fausse idée ne pouvait venir que d'une autre erreur, c’est que le lézard était malfaisant ; mais rien ne prouve qu’une semblable opinion se fût établie dans la religion grecque.
Nous voyons, au contraire, que le lézard était consacré à Apollon, qu’d lui donnait son nom, et qu'il le remplaçait même quelquefois dans les allégories religieuses. Nous pouvons dire, par conséquent, avec toute apparence de véiité, que la composition de Praxitèle fut un hommage rendu à l’astre qui ramène le printemps. Celte gracieuse image d’Apollon ranimant le lézard est un des innombrables exemples qui servent à attester que la religion des Grecs, dans son essence, était un culte en l’honneur de la nature et des éléments, et que l'intervention des animaux dans les a legories religieuses ne fut qu’un moyen d’exprimer la puissauce des dieux et de peindre plus vivement, dans l’esprit du peuple, l’idée de leurs bienfaits.
St'lt LF, CUMNLI