DU COMTE DE CHOISEÜL-GOUFFIER
La perte que nous avons faile de M. le comte de CI ois d- GoulTier, va donner lieu à une vente d’antiquités et d'objets d'arts 1 * * * 5 , qui mérite, de la part des personnes attachées à ce genre de connaissances, une attention particulière. Ambassadeur prés delà Porte-Ottomane, depuis l’an 1 7 S i jusqu'à l'époque de la Révolution, M. de Clioiseul s'occupa, pendant les neuf années de son séjour en Turquie, à faire lever des plans des parties de la Grèce les p us curieuses sous le rapport de l'histoire ; à faire dessiner des vues de différentes villes, intéressantes par leur ancienne illustration, et par les monuments antiques qu’elles renferment encore, telles qu'Athèncs, Spar e, sicyone, Eleusis, Delphes, Délos, etc. ; à rassembler des antiquités de tous les genres, statues, bas-reliefs, vases, autels, pierres sépulcrales; à f.iire dessiner ou copier en relief, soit dans leur étal actuel, soit avec des restaurations qui les rétablissent dans leur intégrité primitive, tous les plus beaux monuments d’architecture ancienne île la Grèce et de l’Asie Mineure. Son but était de parvenir à composer, par la réunion de ces travaux particuliers, une image lidelo de ce beau pays, considéré dans ses monuments, dans ses sites, dans les restes matériels de sa grandeur ; comme son ami l'abbé Barthélemy en avait tracé le portrait, en le considérant dans ses usages civils et religieux, ses lois, ses mœurs et ses connaissances de tous les genres.
. Des hommes de lettres, des antiquaires, des artistes, concou-
1 Catalogue d’ Antiquité! , Copies d' Antiquités , Tableaux, Dessins,
Cartes , etc., formant la collée ion de feu M. le comte de Choiseul-Gouf-
licr, par M. J. J- Dubois. Paris, 1818, in-8°.
•Celle vente eut lieu à l'ancien hôtel Marbeuf, dit Idalie. I# 20 juillet
et jours suivants, en 1818 .
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rurent à celte noble entreprise. L'abbé Bartli lemy et M. Barbie du Bocage contribuaient, de Paris même, à indiquer les points géographiques, sur lesquels il convenait de multiplier les recherches, ou parce qu’ils étaient moins connus, ou parce qu’il y avait plu» d’espoir d’y faire des découvertes utiles. Deux Français, établis dans la Grèce, guidèrent aussi l'illustre voyageur, et lui procurèrent une foule de monuments importants : l’un était M. Cousinéry, consul de Salonique, un de nos plus savants mimismalistes, connu par les deux riches c< lie lions de médailles qu'il a formées successivement, et par éiv.rs écrits; l’autre, M. Fauvel, aujourd'hui vice-consul à Athènes, artiste habile, amateur éclairé, dont on ne peut trop louer le zèle, qui a retiré de la terre, ou arraché à une destruction inévitable, une immense quantité d’objets curieux et quelques-uns d'un grand intérêt.
M. Dubois, à qui nous* devons l’excellent Cata ogue de M. de Choiseul, était aussi au nombre de ses collaborateurs les plus distingués. L'abbé Delille, ami du savant ambassadeur, l'accompagna dans ce beau voyage ; il parcourut la Grèce avec lui, et lit entendre les accents des muses françaises sur les bords du Méandre et de l’Ilissus.
Toutes les découvertes ou les vérifications, ainsi que tous les monuments dont l’acquisition serait le fruit des recherches de M. de Choiseul-Gouflier, devaient servir à enrichir son Voyage pittoresque delà Grèce, dont le premier volume, entrepris après une première visite de la Propontide et de l’Archipel, avait paru en 1782.
Tout ne réussit point au- gré de M. de Choiseul. Ami sincère de la Grèce, il parcourait cette terre classique avec un sentiment de respect qui lui interdisait non-seulement tout acte île violence tendant à mutiler des édifices, et à en arracher leurs antiques ornements, mais encore jusqu’à l'emploi des autorisai ons, données par le gouvernement ottoman, pour l'enlèvement d’ob,jels isolés, lorsque celte mesure paraissait attrister les malheureux descendants des artistes à qui nous devons les régies et les modèles du bon goût.
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Mais la cause la plus fatale des perles qu’a faites ce digue amateur, fui la nécessité où il se trouva de quitter précipitamment Constantinople» au commencement de l’année 1793. Les recherches de scs agents furent suspendues par cet événement. Plusieurs objets passèrent dans des mains étrangères. Vingt-cinq caisses, remplies de marbres précieux, et déposées à Smyrne, périrent, dans un incendie, qui consuma une partie de celte ville en 17 97. Vingt-six caisses, expédiées d’Athènes, en 1807, lorsque M. le comte de Choiseul, de retour en France, s’occupait de rassembler ses richesses, furent prises par une frégate anglaise que commandait feu lord Nelson. Le noble lord, ayant appris la nature de cette cargaison, et connu le nom du propriétaire, obtint le désistement de ses officiers, qui rivalisèrent avec lui de générosité, et déposa les vingt-six caisses à Malle, où il les laissa pour être mises à la disposition de l’illustre antiquaire français. Mais, après la mort de lord Nelson, un autre officier anglais, venu à Malte, ignorant apparemment les droits de îtf. de Choiseul sur ces monuments précieux, jugea à propos de s’en emparer, et les transporta en Angleterre, où ils sont devenus le sujet d’une juste réclamation de M. de Choiseul et de sa famille.
Ce sont les objets rendus à M. de Choiseul par le gouvernement français, laissés à Constantinople, en 1793, ou conservés en France pendant la Révolution, par de fidèles dépositaires, tels que M. Barbie du Bocage, qui forment la collection réunie à Paris dans l’élégant pavillon du jardin, dit de Marbeuf. construit à cet effet par M. de Choiseul. Celle collection s’enrichissait encore -de jour en jour, par la rentrée de quelque objet égaré, et elle commençait à se classer avec méthode, lorsque la mort du propriétaire, arrivée à Aix-la-Chapelle, le 13 juin 1 8 1 7 , eu a occasionné la vente.
Les faits que nous venons de rappeler, en montrant ce qu’eile aurait été sans les perles énormes éprouvées par M. de Choiseul , font encore pressentir ce qu’elle est réellement. Riche dans presque tous les genres qui peuvent intéresser les antiquaires, elle forme en même temps le musée d’un savant, le
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cabinet d’un curieux. A des monuments de sculpture antique, tels que des ligures en ronde-bosse, des bustes^ des bas-reliefs, , des autels, des sièges, des vases, des pierres sépulcrales, dont plusieurs portent des inscriptions funéraires, se joignent des inscriptions grecques appartenant à l’histoire générale, des plâtres moulés sur l'antique, des modèles exécutés en relief d’après les monuments d’architecture les plus célèbres de la Grèce, des cartes, des plans, et enfin des tableaux représentant les ruines les plus importantes des pays que M. de Choiscul a visités.
Ce serait une entreprise téméraire, peut-être même déplacée, que de vouloir, dans un aperçu saisi à la bâte, désigner, au milieu de tant d’objets intéressants, ceux qui sont les plus dignes d'appeler les regards, soit de l’érudit, soit de l’ami des arts. Il en est cependant plusieurs que l’opinion publique a déjà distingués, et qui ont même acquis une juste célébrité. C’est sur quelques-uns de ceux-là seulement que nous jetterons un coup d’œil rapide.
Parmi les monuments de sculpture, se font remarquer une statue grande comme nature, représentant un jeune homme debout et nu, vraisemblablement un athlète, la tête ceinte d’une tresse de ses propres cheveux, tenant dans sa main droite une bandelette ; une figure de femme, debout et drapée, dont la tête et les avant-bras n’existent plus, grande aussi comme nature, et remarquable par une draperie abondante et facile ; un buste d'un travail un peu sec, cependant curieux, trouvé dans un tombeau avec deux autres têtes représentant Lucius Vérus et Marc-Aurèle, et où l’auteur du Catalogue, sans aucune preuve positive, mais par une conjecture ingénieuse, croit découvrir l’image d’Hérode Alticus; un buste d'Esculape, bien conservé ; un siège de marbre blanc, dont le devant est soutenu par les cuisses et les pattes d’un lion, et dont le côté droit est enrichi d'ornements d’un assez bon style. Ce dernier monument a été publié par M. Millin, dans son Voyage au midi de la France. (Atlas, planche xxxvm.)
Nous devons citer aussi un fragment d'un bas-relief, du plus ancien style, représentant Agamemnon, Tallhybius et Épéus, dont les noms sont écrits auprès de chaque figure ; monument
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très-remarquable par sa haute antiquité ; des vases, de forme ovale, ornés de figures en bas-relief, d’un style ancien et ferme, pleines de noblesse et de grâce, et sur l’un desquels se lisent les noms de Sostrate, de Callinis, etc. ; quelques pierres "sépulcrales, portant des bas-reliefs du même style que ces vases, et vraisemblablement du même temps ; d’autres pierres de ce genre, orné< • de bas reliefs, et intéressantes’ sinon par le mérite de la seul] turc, du moins par la composition des sujets, et par la naïveté des inscriptions. Telle est celle-ci, du style le plus dégradé, mais digne des plus beaux temps par la pensée. Un homme mourant, à demi couché sur un lit, présente ù une femme, assise à ses pieds et voilée, une couronne de (leurs , emblème touchant de la reconnaissance du mari pour le bonheur que sa femme a répandu sur sa vie, et de ses voeux pour qu’elle soit encore heureuse apres lui. L’inscription où la veuve parle, ne contient que ces mots: Numénius , fils de Nu me ni us , salut! ou plutôt, Numénitig, fils de Numénius, sois heureux!
On ne remarque pas avec moins de curiosité un petit basrelief représentant un homme, une femme et un enfant, qui sacrilient une truie à deux déesses, dont l’une est évidemment Cérès, et l'autre nous parait devoir être Proserpiue. Le costume de ce dernier personnage est bon à observer sous plusieurs rapports.
Les sculptures du temple de Thésée et du Parthénon d’Athènes méritent encore plus d’attention. Elles consistent en un des métopes en marbre qui décoraient autrefois l’extérieur du Parthénon, et en un grand nombre de plâtres, moulés, soit sur les autres métopes de l’un et de l’autre édifice, soit sur les figures qui composaient la frise placée autour de la cella du dernier. Les plâtres ont été moulés sur les lieux mêmes par les soins de M. de Clioiseul. Ce sont des modèles exacts des marbres originaux enlevés par lord Elgin. Le métope n’a point été arraché de l’édifice. Il parait que la bombe lancée impitoyablement par le Vénitien Morosiui, en 1687, sur ce vénérable chef-d’muvre de l’architecture grecque, l avait fait tomber avec une partie de l’enlable- >
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meDt. Il a été trouvé dans des ruines, au pied des colonnes.
Les plâtres moitiés sur les bas-reliefs de la cella du Parthénon, sont au nombre de vingt et un. Dans ce nombre, il s’en trouve plusieurs qui manquent à la collection royale, déposée en ce moment au Musée, dit des Monuments français. Il serait inutile de parler de la beauté et de la célébrité des sculptures que ces plâtres représentent. On sait que les originaux ont été le sujet d’une savante dissertation que M. Visconti a composée peu de temps avant sa mort, et qui a été imprimée à Londres.
Les plâtres moulés sur les métopes du temple de Thésée, d’Athènes, ne sont pas moins intéressants, soit à cause du mérite de la sculpture, soit par les éléments qu’ils fournissent à l’histoire de l’art. Presque tous manquent à la collection royale.
Mais de tous les monuments que renferme la galerie de M. de Choiseul-Gouffier, il n’en est point d’aussi importants que les Inscriptions historiques. Elles sont au nombre de cinquante-trois, sans y comprendre celles qui appartiennent à des pierres sépulcrales. Plusieurs sont déjà connues des savants, et quelques-unes ont même donné sujet à de doctes commentaires. Celle qui a été illustrée par une dissertation de M. l'abbé Barthélemy, imprimée dans le Recueil de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres (tome XLVI1I, p. 337), se fait distinguer entre toutes les autres.
Depuis la savante dissertation de l'abbé Barthélemy, la pierre sur laquelle cette inscription repose, a reçu la dénomination de marbre de Choiseul. Elle fait connaître les sommes que les trésoriers d’une caisse particulière fournirent pour les dépenses générales de la république d’Athènes, sous l’archonlat de Glaucippe, c’est-à-dire la troisième année de la xcn* olympiade, et, par conséquent, du mois de juillet de l’année 4 tO avant J.-C., au mois de juillet de l’année 409. L’abbé Barthélemy, dans son beau travail, s’est principalement occupé du texte ; il a dit à peine quelques mots du bas-relief qui l’accompagne, à cause que, les têtes des deux ligures étant emportées, ainsi qu’une partie des attributs qu’elles tenaient en mains, ce monument a perdu
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beaucoup de son prix, sous le rapport de l’archéologie. .Mais nous oserons ajouter à l’opinion de cet illustre antiquaire, que ce basrelief est même très-curieux, quant à l'histoire de l'art. La date en est certaine : il est de la vingt-deuxième année de la guerre du Péloponèse. La date des sculptures du Parlhénon et celle des bas-reliefs du temple de Thésée, ne présentent aus-i aucun doute. Ces monuments se lient, par conséquent, l’un à l’autre, et on peut tirer de leur rapprochement de grandes lumières.
Si un premier aperçu ne nous a pas trompés, les inscriptions, marquées des n os 183, 19G, 2(>3, font connaître des archontes éponymes d’Athènes, ignorés dans la partie des fastes de cette ville, que nous possédions jusqu’à présent : ce sont Milhridate, Antigone et Lycomède. Nous voyons, en même temps, dans ce choix de ces hommes illustres, de nouvelles preuves, et de l'esprit de flatterie qui porta plus d’une fois les Athéniens à conférer la dignité d’archontes à des princes étrangers, lorsqu'ils se trouvèrent sous leur dépendance, et de l’honneur qu’attachaient les princes les plus puissants à être comptés parmi les magistrats d’une telle république. Le n° 183 nous a paru renfermer les noms des citoyens qui exerçaient des magistratures en même temps que Milhridate. Ce fait doit se rapporter à la quatrième année de la ci.xxn e olympiade, dont l'archonte n’était pus connu.
Nous ne porterons pas plus loin cet examen. Nous en aurons dit assez pour donner une idée de la richesse de cette collection aux personnes qui n’es ont pas vu le Catalogue. 11 est sans doute superflu d’ajouter combien il serait à désirer qufc le plus grand nombre des objets dont elle se compose, ne sortit point de la France. Notre principal objet a été d’honorer la mémoire de son illustre fondateur
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