Î SUR J, ES SCULPTURES DU PARTHÉNON
reconnaît celle déesse à son égide, et à d’autres signes également convaincants. La troi>ième ligure est celle de la Victoire Apteros ou sans ailes, qui conduit le char de Minerve ; et la dernière, placée dans l'angle, à gauche, du même côté, et assise par terre, chef-d'œuvre d’une haute beauté et très-bien conservé, représente le .fleuve llissus, qui coule près des murs d’Athènes. Toutes les autres figures sont expliquées d’une manière non moins ingénieuse, et non moins évidente ou probable.
Le fronton de l’est, gravement endommagé par la fatale bombe que le Vénitien Morosini lança sur le Parthénon, en IC87, n’a offert au comte Elgin qu’un petit nombre de figures qu’il a toutes enlevées. M. Visconti y reconnaît, à la gauche du spectateur et dans l’angle, la partie supérieure de la ligure d’Hypérion, sortant des flots de la mer avec son char qui ramène le Jour ; à l’angle opposé, le char de la Nuit qui se plonge dans l’Océan à l’instaut où celui d’Ilypérion s’élève en orient ; dans le milieu, une divinité qui lui parait être Hercule jeune ; ensuite, Gérés et Proserpine, Iris, les Parques et la Victoire ailée'.
L’érudiiion et la sagacité de l'auteur ne brillent pas moins dans l’explication de la frise extérieure de la ceJla, que dans celle des figures qui ornent les frontons. Stuart, qui, le premier, avait reconnu que ces bas-reliefs représentaient la marche ou procession des Panathénées, s’avançant vers le temple, où elle portait le voile sacré qu’on devait suspendre au-devant de la statue de la déesse, Stuart, satisfait d’avoir mis en avant cet heureux aperçu, n’avait point développé une idée si féconde. M Vi.-conti s’en est emparé. Il suit cette marche des Panathénées dans tous ses degrés, distingue et fait reconnaitVe tous les personnages. Dans la partie de la frise, placée au-dessus de la grande porte orientale, sont assis sur douze trônes diversement ornés, douze dieux ou héros, auprès desquels la pompe religieuse s’avance en même temps par les
1 M. Visconti a été guidé, pour l’indication de la place que les figures occupaient dans chaque fronton, par les dessins eiécutés sous les ordres de M. de Nointel, ambassadeur de France auprès de la Porte-Oltomane, pendant le règne de Louis XIV, qu’on voit au cabinet du Roi.
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deux côtés extérieurs du temple. On voit d'abord l’archonte-roi, et l’épouse de ce magistrat : viennent ensuite les Canéphores ou porteuses des corbeilles sacrées ; les Hydriaphores , tenant en mains des vases à anses ; les ISomophylaces ou gardiens des lois ; les Phylobasiles ou rois des tribus, et d’autres magistrats ; de jeunes femmes qui portent des candélabres, des patères et d'autres ustensiles en usage dans les sacrifices ; les Scaphéphores, femmes qui portaient des plateaux à bords relevés où étaient déposés les pains, les gâteaux et les fruits destinés aux offrandes; les jdscnphores, portant des outres où était le vin des libations ; des joueurs de flûte, des joueurs de lyre ; les taureaux choisis pour servir de victimes ; la cavalerie athénienne, et enfin les chars à deux, à trois et à quatre chevaux, qui ont remporté des prix à la course, et qui terminent celte marche solennelle. Nous n’entreprendrons point de rapporter les explications ingénieuses que donne ici M. Visconli : c'est dans l'ouvrage même qu’il faut voir cette partie intéressante de son travail. Mais nous ne saurions passer sous silence le soin que prend ce savant de prouver combien ces ouvrages de Phidias avaient acquis de crédit et d'autorité chez les Anciens, en faisant remarquer que plusieurs figures de ces bas-reliefs sont devenues le type de différentes statues que nous possédons encore, telles que les statues colossales du mont Quiiinal de Rome, l’IIercule dit le Torse, un des Centaures du Musée du Capitole, et notamment le J a son attachant sa chaussure (dit autrefois Cincinnalus ) conservé dans notre Musée royal.
Lorsqu'il s’agit d’apprécier ces sculptures sous le rapport de l'art, M. Visconli se livre à toute l'admiration quelles lui ont inspirée. H semble craindre que, si l’on n’a pas vu ces ornements du * Parlhénon, on ne se fasse une idée lr >p faible du sublime talent de Phidias ; il admire , dans les ouvrages en ronde-bosse des deux frontons, comme Démétrius de Phalère, lorsqu’il jugeait, en général, les ouvrages de ce grand maître, un style grandiose réuni à la finesse la plus exquise ; il y reconnaît un travail aussi savant que celui du Laocoon et du Torse, autant d’habileté à rendre les finesses de la peau, autant d'harmonie dans les pro-
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SLR LES SCUI l'TURKS RU PAIITUEMOX.
portions, autant de vérité, d’énergie et de chaleur. Il ne les place point au-dessus de ces chefs-d'œuvre, niais au même niveau. Il se persuade que si la sculpture a dû quelque nouvel agrément à Praxitèle, c'a été plutôt dans les raffinements du style graciiux que dans ce qu'on doit appeler le beau style; il pense que ce dernier maître donna aux têtes, et pqrticulièrement à celles des finîmes, un air plus délicat et plus séduisant; mais il lui semble enfin que l’art statuaire avait déjà louché à ses bornes au siècle de Périclès.
Ce n’est point ici le lieu de peser scrupuleusement tous les termes de ce jugement : un enthousiasme subit, d’autant plus vif qu’il se rapportait à des objets, pour ainsi dire, inconnus jusqu’alors, peut y avoir eu quelque part. Tous les connaisseurs, tous les artistes capables d’émettre un avis motivé sur une si belle question, n’ont point encore vu les monuments originaux. Nousmêmes aussi, nous nous réservons de commenter celte opinion de notre illustre coufrère dans un travail de quelque étendue, où ce sujet se présentera naturellement. Mais, quelles que puissent être à cet égard les nuances des opinions, il ne sera sans doute personne qui n’applaudisse à l’excellence du goût de l’habile critique, et à la sage réserve de son jugement.
La notice de M. Visconli sur le cadran solaire de Phædrus, est accompagnée d'un Mémoire de M. Delambre, digne de ce savant, et qui en complète l’explication.
Chandler avait cru reconnaître, dans la figure placée sur le faite du monument choragique de Thrasyllus, une image de Niobé; d’autres voyageurs l’avaient prise pour une Diane; d’autres, pour là bourgade de Décéléia personnifiée M. Visconli y voit un lîaechus habillé en fille. Il reconnaît ce dieu à la peau de lion qui fait partie de son habillement, et à la large ceinture qui assujettit en même temps, et sa tunique, et cette espèce de nébride. U admire aussi le style large et grandiose de ce noble fragment, qui date de l’an 320 avant l’ère chrétienne, et il fait toutefois remarquer que cette statue est inférieure en mérite aux ouvrages de Phidias.
sut LUS SCULPTURES RU PARTUENOX.
Une inscription grecque tirée pareillement de l'inestimable collection de lord Elgin, et qui renferme l'épitaphe des guerriers athéniens morts dans le combat livré sous les mifrs de Potidée, l’an 432 avant J. C., donne lieu à une dissertation où M. Yisconli déploie ses profondes connaissances dans l’histoire et la langue grecques. Cette inscription est tronquée en plusieurs endroits : le savant interprète en remplit en grande partie les lacunes, et parvient à en compléter le sens. On y voit que les ennemis d’Athènes ont été mis en fuite, et que les Athéniens ont honoré de leurs regrets et de leurs larmes les braves qui, en s'exposant les premiers, ont propagé la gloire de la patrie. Mais c’est peu pour M. Yisconli que de rétablir un monument historique : si le fait que ee monument doit rappeler se lie à quelque autre qu’il puisse être utile d’éclaircir, l'habile critique ne l’oubliera point. 11 relève ici la mauvaise foi du rhéteur Démocharès, « qui, pour dénigrer les philosophes et notamment » Socrate, avait soutenu, dans un écrit dont Athénée nous a » transmis quelques extraits, qu'aucune bataille n’avait eu lieu » entre les Athéniens et les Polidéates, et cela pour ôter à ce » philosophe la gloire d’y avoir combattu. » L’histoire littéraire d’Athènes s’enrichit par ce rapprochement, en même temps que la vérité de son histoire civile se confirme, et la preuve, ajoutée à celles qui attestaient déjà la réalité du combat de Potidée, imprime une nouvelle llélrissure sur le front de l’ennemi du plus sage des tirées.
Cet ouvrage de M. Yisconti captivera l’attention du lecteur, indépendamment de l’importance du sujet, par la réunion de toutes les qualités qui rendent généralement si recommandables les productions de ce savant antiquaire. On y retrouvera cette érudition vaste et bien ordonnée que ". Yisconli employait avec autant de justesse que de sobriété daus toutes les questions qu’il entreprenait de décider ; cette perspicacité, ce tact fin, qui, par des aperçus neufs ou des réflexions inattendues, donnent le mérite de la nouveauté à des sujets anciens, et répandent de l’intérêt sur les questions en apparence les plus arides; celte précision, qui est