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LES PLUS CÉLÈBRES

Je me propose de rappeler dans ce mémoire quels furent les grands maîtres grecs qui portèrent la sculpture à la plus haute perfection, et surent l’y maintenir. Je ferai eu sorte de fixer les dilférentes époques où vécurent ces habiles artistes, et de rappeler les principes qu’ils se transmirent comme de main en main 2 . Comment prononcer les noms de Phidias, de Myrou, deScopas, de Lysippe, de Praxitèle, sans demander s’il existe encore quelqu’un des chefs-d’œuvre de ces hommes célèbres, ou s’il est du moins parvenu jusqu’à nous quelques belles copies de leurs ouvrages? Je rapporterai ce que les antiquaires ont écrit, à ce sujet, de plus probable. Persuadé que les anciens nous ont transmis dans des fables un grand nombre de faits relatifs à l’histoire et à la théorie des sciences et des arts, je voudrais remonter d’abord à Promélhée, à Vulcain, de qui les mythes, évidemment mêlés d’allégories, me paraissent renfermer les principes les plus inir

1 Cet ouvrage a été publié en 1806, et réimprimé en 1807. En le publiant aujourd'hui pour la troisième fois, j'ai cherché à l’améliorer par quelques corrections et de nombreuses additions. J’ai aussi fait remarquer, par des notes additionnelles, que plusieurs statues dont je parle, et qui se voyaient dans notre Musée en 1800, ne s’y trouvent plus.

’ Pausan , lib. vi, cap. ui.

22 Cl ASSP.IIENT CHRONOI.Or.igUE

portai) I s (le l'art statuaire; mais je me bornerai, quant à présent, à ce qui est purement historique.

Je n’ai pas suivi l’ordre chronologique de Pline : mon objet, au contraire, a été de relever les nombreuses méprises, où des renseignements apparemment équivoques ont entraîné ce savant écrivain. Il suivrait de sa chronologie, que l’art aurait éprouvé, chez les Anciens, des révolutions semblables à celles qui l’ont conduit plusieurs fois, chez les Modernes, du médiocre au bien, du sublime au médiocre, et celle opinion ne serait pas seu'ement inexacte: el e pourrait encore devenir pernicieuse. En assignant à chaque artiste son époque, nous verrons avec satisfaction l’art grec s’élever jusqu’à une beauté achevée par une marche toujours progressive, se soutenir pendant plusieurs siècles dans une étonnante perfection, décliner ensuite lentement, et enfin se corrompre par la puissance des circonstances politiques qui dominaient la Grèce, sans perdre totalement sa grandeur. Son état successif est semblable à celui d’un homme sage, dont la vigueur est, à tous les âges, un produit de sa raison autant qu’un don de la nature. La différence entre les Anciens et les Modernes est venup, à ce qu’il me semble, de ce que chez les premiers les artistes s’étaient formé des règles qu’ils se transmettaient fidèle* ment dans les écoles, et dont le goût général de la nation pro égeait le maintien ; tandis que chez les Modernes chaque artiste n’a eu de lois que ses propres inclinations, ou bien a cède inconsidérément à l’influence usurpée de quelques génies dominateurs. C’est cette vérité importante que j’ai voulu mettre en évidence *.

Dibulade de Sicyone et Dédale l’Athénien commencent la longue série des artistes connus, qui se transmirent ces règles précieuses de l’art, qu'on disait avoir été enseignées par les dieux.

Personne n’ignore l’histoire de la fille de Dibutade. On sait que le père de celle fille ingénieuse, appliquant de l’argile dans

' Le présent Estai n’est que l’esquisse d'un travail plus étendu.

1)ES SCULPTEURS GRECS

- un proül qu’elle avait tracé sur l’ombre de son amant, modela un médaillon. Telle fut chez les Grecs, suivant une heureuse tradition, l’origine de la plastique, ou de l’art de modeler *. Pline donne ce récit comme uq fait certain 2 . Si on le regardait comme uue fable, cette fable serait encore plus instructive que la réalité. La plastique, invention d’une amante, n’ayant dû chercher dans son premier essai que la représentation iidèle d’un objet aimé, une semblable fiction signifierait évidemment que le premier mérite de l’art de modeler, et, par conséquent, de l’art statuaire, consiste dans une imitation vive et parlante de la nature.

Les prodiges mêlés à l’histoire de Dédale ont porté quelques écrivains modernes à regarder cet artiste comme un personnage fabuleux. Les Anciens ne paraissent pas avoir douté de son existence. Dédale était fils d’Eupalamus, petit-fils de Métion, et arricre-petii-fils d’Erechlhée, roi d’Adiènes 3 . 11 naquit, suivant les calculs d’un savant chronologisle, vers l’an 1400 avant notre ère *. Une ancienne épigramme grecque lui donne le titre de héros 5 . Il était regardé comme le premier qui eût osé séparer les jambes des statues en ronde-bosse. Pausanias dit que ses ouvrages, quoique grossiers, avaient quelque chose de divin 6 . Homère fait le plus bel éloge d’un bas-relief de sa composition, qui représentait un chœur de danses, en disant que YuLain

• Athénagoras suppose que Dibutade était plus ancien que Dédale [Légat. proChrist., p. 00, éd. de 170G). Je me conforme Aeette Iradiion, par la raison que, si le médaillon de Dibutade eût été fait après les ouviagesda Dédale, il n'aurait plus rien oflVri de remarquable.

* Plin., hb. xxxv, cap. xuu.éd. de llard. — Le médaillon, que l'on regardait comme l'ouvrage de Dibutade, fut conservé, A Corinthe, jusqu’A la prise de celle ville par Mummius.

• Platon, Diodore de Sicile et Plutarque le disent fils de Métion, et petit-fils d'Éreclilliéc. Je me conforme A l'opinion d’Apollodore, de Servins, de Lactance, etc., adoptée par M. Larcher, Histoire d’Jlérod., Chronol.,t. VII, p.3ii et 544.

* M. Larcher, xbid.

• Antholog. grue,, lib. îv, lit. vi.

* Pausan., lib. n, cap. tv.

24 Cl.ASSF.MEXT r.llROXOt.OGIÜÜE

l’avait imité sur le bouclier d’Achille *. Suivant Diodore de Sicile, ce fut l’admiration qu’inspirèrent ses ouvrages, qui lui fil attribuer des aventures fabuleuses 1 2 . Ou dit de lui, comme de Prométliée, que Minerve avait daigné l’instruire 3 . Scs statues respiraient, elles marchaient; il fallait les enchaîner ; sans cette précaution, elles quittaient leur baj'e cl prenaient la fuite 4 . Il éleva, par reconnaissance, une statue à Hercule, qui avait honoré d’une sépulture son fils Icare : « Celle statue, dit Apollodore, ressemblait parfaitement au héros; Hercule qui l'aperçut durant la nuit, lui lança une pierre, la prenant pour un être vivant 5 . » Ces fables, ou plutôt ces exagérations, sont une nouvelle preuve de l’esprit qui dirigeait les artistes dans les premiers temps. Cet esprit ne changea point: les Grecs s’exprimaient encore ù peu près dans les mêmes termes, en parlant des ouvrages de Scopas, de Lysippe et de Praxitèle; ils en admiraient la grâce, la noblesse, la grandeur; mais ils accordaient encore de plus grands éloges à la vérité de l’imitation ; ils croyaient rendre à un statuaire l’hommage le plus accompli , l’élever en quelque sorte au rang des dieux, en disant qu'il avait réellement animé l'airain ou le marbre.

Plusieurs artistes contemporains de Dédale, moins célèbres que lui, ne furent peut-être pas moins habiles. Les habitants de Pile de Délos consacrèrent, à celle époque reculée, une statue à Apollon, qui était l’ouvrage d’un de leurs concitoyens. Le dieu tenait son arc dans la main droite; de l’autre, il portait les tros Grâces, représentées, la première avec une lyre, lu seconde avec des flûtes, et celle du milieu avec un chalumeau quelle approchait de sa bouche 6 .

1 lliad., lib. xvni, vers. 590 . seqq. — Lucian., De sait., cap. xm. —

Pausau., lib. ix, cap. xl. — Gailist., in Stat. Cupid. — Pliilostr., Praxit.

Icon. in Pijr.

’ Dioilor. SicuL, lib. iv, cap. cxxvi.

5 livgiu., fab. xxxix.

* Oiodor. Sicul., loc. cit. — Plat., in Ulen. — Lucian., in Philopi., ■cap. xix. — Uesych., voc.

* Apollod., lib. ii, cap. vi, sect. ni, § iv.

* Plutarcli., De music., Op., t. II, p. 1130,

t>F.S SCULPTEURS grecs.

Smilis d’Egine, de qui la Junon élail révérée dans le temple d’Argos, vivait à la même époque *.

Dédale eut pour élève Endœus d’Athènes 2 . On attribuait à cet artiste trois statues de Minerve. L’une de ces ligures existait encore dans le temple d’Érythrès, au temps de Pausanias. Elle élail eu Lois et très-grande; elle représentait Minerve Polinde (ou protectrice de la ville). La déesse était assise sur uu trôr.e; elle tenait une quenouille des deux mains, et portait sur la tête un emblème du pôle céleste 3 . Endœus avait placé, aux avenues du temple, des statues en pierre, représentant les Saisons et les Grâces 4 . Une autre de ces figures de Minerve était conservée dans la citadelle d’Athènes 5 . La troisième était celle de Minerve Aléa ; elle était toute d’ivoire. Auguste l’enleva de la ville de Tégée, et la plaça dans le forum qu'il fit construire à Rome 6 .

Vers le temps du siège de Troie, vivaient Icmalius, qu'IIomère a voulu sans doute honorer, en disant qu’il avait façonné le fauteuil arrondi, entièrement en ivoire et en argent, sur lequel s'asseyait Pénélope 7 ; Epéus, dont Platon et Pausanias avaient vu des ouvrages 8 ; Alexanor, fils de Machaon, à qui les habitants de Titane dédièrent une statue 9 , et d’autres artistes, que les héros grecs, après la destruction de Troie, employèrent à élever des monuments qui devaient perpétuer le souvenir de leur victoire.

On peut croire que Rhœcus, natif de Sumos, (lotissait vers la i r * olympiade *°, car Téléclès son fils, et Théodore, que Pausauias cl Hérodote disent fils de Téléclès * *, vivaient l’un et l’autre,

1 Pausan., lib. vu, cap. tv.

* Pausan., lib. i, cap. xxvi. — Atlienag., Légat, pro Christ., p. (11.

* Pausan., lib. vu, cap. v.

4 ld., ibid.

* Id., lib. i, cap. xxvi.

* Id., lib. vin, cap. xlvi.

, Odyss , lib. xix, vers. 50,

* Plat., Ion. — Pausan., lib. n, cap. xix.

9 Id., Lib. il, cap. il.

'* L'an "70 av. J.-C.

" Ilerodot., lib. tu, cap. xu. — Pausan., lib. vin, cap. xtv,

Cl VSSF.VIEN'T CtlHnXOl.ÜGIlH K

longtemps avant que les Bacchiades fussent chassés de Corinthe et l'expulsion de celle famille se rapporte à la seconde aimée de la xxix c olympiade (ou à l’an 663 avant notre ère). Ce fut dans le même temps, c’est-à dire vers la i rc olympiade, qu’un arli.'te, dont les Anciens ne nous ont pas transmis le nom, sculpta le colFre qui fut ensuite consacré par les Cypsélides dans le temple de Junon à Olympie 2 . Ce coffre précieux était de bois de cè Ire ; il était orné, sur toutes les faces, de bas-reliefs représentant l'histoire des dieux et des héros grecs; plusieurs de ces bas-reliefs étaient en or et en ivoire, cl a, pl ques sur le buis; les autres étaient sculptés sur le bois même.

Giliadas de Lacédémone exécuta, dans sa patrie, des statues, des bas-reliefs et des trépieds de bronze. Cet artiste n’était pas seulement statuaire: il était architecte, il était poète; il avait composé des cantiques sur des airs doriens, et, entre autres, un hymne en l'honneur de Minerve. II llorissait pendant la première guerre de Messéuie; plusieurs de ses ouvrages furent exécutés, immédiatement après la prise d'Ithome, qui eut lieu la deuxième année de la xtv® olympiade 3 .

Théodore de Samos, qu’on dit le second de ce nom, fils de Téléclès, était regardé comme l’inventeur d’un art qui a été mis rarement en pratique, celui de faire des ouvrages de sculpture en fer fondu*. Cet artiste était orfèvre, architecte et graveur en p : eries fines. C’est lui qui avait gravé l’émeraude que Polycrate, tyran de Samos, jeta dans la mer, et qu’il eut, dit-on, le chagrin de retrouver dans le corps d’un puissou 5 . 11 doit être placé entre la xv® et la xxn e olympiade G .

■ Plin.jlih. xxxv, cap. lxiii.

’ Patisan., lib. v, cap. xvu, xvm, xix.— I'rérel, Acad, des Belles- Lettres , t. VII, p. 29. ’j.

’ Pansa a., lib. m, cap. xvu, xvm, et lib. îv, cap. xiv.

‘ P.iusan., lib. ni, cap. xn.

‘ llerodot., lib. m, cap. xu, xi.n.— Pausan., lib. vin, cap. xiv.— Plin., lib. xxxvii, cap. u et iv.

* Je fonde mon opinion : 1« sur le témoignage de Pline, qui dit que Théodore de Samos florissail, longtemps avant que les Rarchiades eussent

DES SCULPTEURS GBECS. 27

Vers la vxxvm'’, vivait Malas de Cliio *. Il eut pour tils Mieciade, qui fut père d’Antbermus; celui-ci eut deux (ils, Bupalus et Anllirrmus, que Suidas nomme Alhénix. On compte ainsi dans celte famille quatre générations de sculpteurs illustres ‘ 1 .

Dipœnus et Scyllis s , qui florissaient vers la L e olympiade (l’an 580 avant notre ère), acquirent autant de renommée par le mérite de leurs élèves, que par leurs propres ouvrages. Ils formèrent Léarque de Bhège, Émilus d’Égine, Tliéoclcs fils d’Hégylus, Doutas, Dorydidas et son frère Médon, tous de I.acédémone, et, entre autres, Tecléus et Angélion, qui furent les maîtres de Gallon d’Égine 4 .

Emilus, Théoclès, Médon, Doryclidas, s’illustrèrent par des statues en ivoire et en or, représentant Jupiter, Junon, Thémis, les Saisons, Minerve, que l’on conservait toutes à Elis, dans le temple de Junon 5 . Ces figures, d’un style simple et rnidc 6 , mais remarquables par leur richesse, doivent être classées vers la li v e olympiade.

Batby< lès de Magnésie se rendit célèbre par le trône d’Apollon qu’il éleva dans le temple d’Amyclés. Ce monument, sur lequel il plaça une ancienne statue colossale du lilsde Lalone, était soutenu par des ligures représentant les Saisons et les Grâces, et

été chassés de Corinthe (lib. xxxv, cap. x lui} ; a» sur le sentiment d’Eusibe, qui place ce dernier événement à la première annéeTte la xx\» olympiade [Chronic-, lib. poster., p. 1 - 21 ), et sur celui de Larcher, qui le porte à la deuxième ann’e delawix® [Hisl. d'Hérodote, C.lironol., t. YIl,p.S27]. Ce savant place Théodore de Sainos à la xxn e . Ibid., p. COI.

1 M. Ileyne, Des époques de l’art; Uec. de pièces intéressantes, publiées par M. Jun-en, t. lit, p. 88.

* Pim., lib. xxwi, cap. iv. — Suid., voc. 'trsiivaL Quelques éditions de Pline, et notamment celle de lirotier, portent, d'après l 'editio princeps : Achermus au lieu de An’hermus.

* P.in , lib. xxxvi, cap. iv.

* Pausaii., lib. n, cap. xxxu;lib. ni, cap. xvii ; lib. v. eap. xvn; lil'.M, eap. xix.

Pausan., lib. v, cap. xvn.

* ld., ibid.

CLASSEMENT ClinOXOI.0GlQUE

orné de bas-reîicfs où l’on voyait l’Iiisloire des dieux presque entière; il était accompagné de différentes statues, toutes laites par B jthyclès '. Créstis fournit aux Lacédémoniens l’or nécessaire pour le décorer. 11 fut elevé vers la ly c olympiade 2 .

Bupalus et Anthormus, natifs de Cliio, arrière-petits-fils de Malas, vivaient dans la lx'. Ces deux frères, ayant exécuté divers ouvrages, a Délos, osèrent y graver cette inscription : Les fils d' Anlliermus le rendront célèbre, ô Cliio, autant et plus que les vignes, lis se permirent aussi de modeler un portrait du poète Ilipponax qui était d’une extrême laideur, eide l’exposer à la risée du public. Le poète indigné se vengea par des vers satiriques qui portèrent la douleur dans le cœur de ces artistes orgueilleux 3 . On voyait à Home plusieurs de leurs ouvrages dans des temples élevés par Auguste 4 ; on y a découvert, de nos jours, un piédestal pot tant celle inscription : Bupalus la faisait 5 .

Élève de Tecléus et d’Angélion, Callon d'Égine doit être placé vers la lxv c olympiade, ainsi qu’Hégésias, son contemporain. Ils n'étaient exempts ni l'un ni l’autre de la sécheresse des an-

1 Pausan, lib. m, cap. xvm.

* Hcrodot., lib. i, cap. lxix. — Pausan, lib. ni, cap. x.— Diog. Laert., Vit. Thaïes, cap. i, segm. 28 , 20. — Fréret , Académie des Belles- Leitres, t. VII, p. 59C, 598. — Les Lacédémoniens, voulant témoigner à Crésus leur recannaissance pour les dons qu’ils en avaient reçus, lui tirent présent d’un cratère de bronze, qui était un objet d’un grand prix. Ce cratère contenait trois cents amphores; il était orné extérieurement, et jusqu’au bord, d’un grand nombre de ligures d’animaux en relief. Il fut déposé, peu de temps après, à Samos, dans le temple de Junon. — Herodot., lib. i, cap. txx.

* Moral., Epod., od. vi. — Plin. lib. xxxvi, cap. iv. — Anlhol grœc-, lib. ni, cap. xxv, n»25.

' Plin., lib. xxxvi, cap. iv.

1 Ce piédestal a été trouvé dans la même fouille, que la Vénus accroupie sortant du bain. On en voit une copie au Musée Napoléon, servant de support à cette même statue de Vénus. Mais le style de cette ligure ne permet pas de croire qu’elle soit d’un temps aussi reculé. — M. Visconli, J/ns. Pio-Clem., 1. 1 , tav. x. — I!., Suticc des statues antiques du Musée Napoléon. u° 34.

DES SCULPTEURS GRECS

ciens maîtres. Ces deux statuaires sont les premiers dont Quiutilien ail fait mention 1 : cela vient apparemment de ce que, malgré la dureté et le six le étrusque qu'il leur reproche, il les jugeait supérieurs à leurs prédécesseurs. Callon était auteur d’une Minerve Sthéniade eu Lois, que l’on conservait dans la citadelle de Trézène 2 .

Hégésias exécuta des statues de bronze de Castor et de Pollux, qui furent transportées à Rome, et placées devant le temple de Jupiter Tonnant 3 .

Daméas de Crolone mérite une attention particulière. U y a lieu de croire que la statue de Milon, son compatriote, qu’il exécuta au plus lard vers la txvn e olympiade, était une de ces statues iconiques ou statues -portraits , qui devaient oflVir, dans chacune de leurs parties, «ne image parfaitement ressemblante du corps des athlètes Milon avait remporté six fois, à cette époque, le prix de la lutte 3 . L’usage d’élever des statues iconiques aux athlètes couronnés trois fois, que Plir.e

r Quintil., lib. x, cap. xii.

’ Pansai)., lib. u, cap. xxxii. — Pline, en plaçant ce maître à la lxxxvii® olympiade (lib. xxxiv, cap. xix), a brouillé les époques et obscurri l'histoire des progrès de l’art.

1 P.in., lib. xxxiv, cap. xix, § xvi, éd. de llard. — D'HanrarvilIc avait apparemment oublié que cet artiste était dur et presque Toscan; et, en outre, que ces statues de. Castor et de Pollux étaient en bronze, lorsqu'il a cru les retrouver dans les groupes de Montecavallo. Poinsinet, dans ses Notes sur Pline, a confondu Hégésias avec Agntliios. auteur de la statue appeb e le Gladiateur combattant ; et, d'un antre côté, renversant le texto de Pline, il a attribué les statues do Castor et de Polinx à Ilégins, qui exécuta une statue de Pyrrus deux cents ans plus tard.- Ilardouin a rétabli le texte de Pline, et il s'est, par là, trouvé d'accord avec Quinldien.

* Piin., lib. xxxi v, cap. ix.

1 Diod. Sic., lib. xii, cap. ix. — Corsini, induit en erreur, avait pensé que Milon commandait l’armée des Crotonialcs contre les habitants de Sybaris, dans la Lxxxm e olympiade ( Dissert . Agonisl-, p. 134). M. Larcher a rétabli le fait ( llist . d'Hérodote, liv. v, § xliv, not. 88 et 'JO, t. IV, p. 221, 222). Milon commandait celte, armée vers la troisième année de la Lxvn e olympiade. Objet de l’admiration de scs concitoyens, à cause de scs nombreuses victoires olympiques, il marchait à la tête des troupes, armé d’une massue, et couvert d’une peau de lion. — Diod. Sic., toc. cit.

CLASSEMENT CHRONOLOGIQUE

donne comme Irès-ancien, dut nécessairement précéder les chefsd'œuvre de Phidias et les règles de proportions perfectionnées par Pylliagore de Rhègeet par Polycièle; mais, d’un autre côté, on ne saurait le faire remonier au delà du temps où vivaient les élèves de Dipœnus et de Scyllis. La statue de Milon était de bronze; cet athlète la porta sur ses épaules, pour la placer au lieu qu’elie devait occuper, dans le bois appelé 1 ’Allis, consacré à Jupiter, auprès d’Olyinpie

Arisloclès de Cyilon exécuta un groupe, qui représentait Hercule combattant contre une amazone à laquelle il voulait enlever un baudrier; le bcros était à pied, l’amazone à cheval. Ce groupe fut sculpté, avant que la ville de Zaucle eût pris le nom de Messine, c’est-à-dire avant la lxxi“ olympiade *.

Cet exposé rapide suffira pour rappeler combien la sculpture avait déjà produit de grands ouvrages, avant l’invasion des Perses, dans les siècles de Pylliagore, de Sapho, de Solon, d’Alcée, d’Arcbiloque, et même dans les temps héroïques.

A l’époque mémorable marquée par les victoires de Marathon et de Salamine, et par les conquêtes de Cimou, les arts firent des progrès éclatants et rapides. Un grand nombre d’habiles maîtres se succédèrent de très-près dans l’espace de quarante ou cinquante années, et la plupart furent contemporains. Cette période s’étend de la iaxii® olympiade à la i.xxxiv 0 , c’est-à-dire de l’an 4 92 à l’an 44 4 environ avant notre ère.

Il parait que c’est au talent de Canaehus, natif de Sicyone, qu’il faut attribuer eu grande partie les progrès de ces cinquante années, époque intéressante qui sépare la première école d’Égiue d’avec l'école de Phidias. L’âge moyen de Canaehus doit être fixé

1 Pausan, lib. vi, cap. xiv.

5 Pausanias a p'aré le changement de nom île la tille de Zanclc à la xxx c olympiade ; Sealiger et Corsini {l'ast. Atlic., t. III, p. 4G), à la xxi\«. I)’IImcarville les a suivis, afin de reculer l’époque d'Aristnclès. — M. Larcher a démontré, mec son exactitude et sa clarté ordinaires, que la nouvelle dénomination de la ville de Znncle doit être placée dans la lxxi» ( Histoire d'Hérodote, liv. vu, § eixiv, not. 262, t. V, p. 382 et suiv.).

DES SCULPTEURS GRECS

vers la lxvii® olympiade. Ce maître ne fut pas entièrement exempt de la sécheresse de ses prédécesseurs; il ne s'approcha pas assez de la vérité, dit Cicéron 1 ; mais si nous en jugeons par le parallèle que cet habile connaisseur établit entre Caton l'Ancien et lui, on admirait dans ses sculptures un caractère grave, mâle, original, et quelque chose de grand et de divin qui le distinguait d'avec tous les statuaires des anciennes écoles 2 . Il suftirait de ce rapprochement entre Canachus et Caton l'Ancien, pour montrer à quelle époque (lorissait Canachus 3 . Ses princi-

1 « Duriora et Tuscanieis proiiiua Gallon atque Hegesias ; jnm minus rigiila Calamis; molliora aillmc supra diciis Alyron lecit. » (Quintil., lib. xii, cap. x.) — « Quis non intclligit Canactii signa rigidiora esse quam ut imitentnr veritatêm? Calamidis dura ilia quidem ; scd tamen molliora quam Canachi. » (Cic., De clar. oral., cap. xvm, § lxx.)

’ « Nec ossa solum, sedeliamsanguinem anliquiorcstliujusscrmo,

et qnaalam horridinra verba et adde numéros ut aplior sit oratio. »

(Cic., De clar. orat., cap. xvu.)

* Le temps où vivait Canachus semble pouvoir être fixé par différentes preuves. Premièrement, Cicéron dit d’une manière très-claire {paulo supra, nol. t) que Myron était moins ancien que Calamis, et Calamis moins ancien que Canachus. Or, Calamis vivait dans la lxxxi® cl dans la lxxvi i e olympiade; il faut, par conséquent, faire remonter Canachus audessus de cette époque. Secondement, il résulte du témoignage de Cicéron, en le rapprochant de celui de Quinlilien, déjà cité, que Canachus était contemporain de Gallon d'Égine ; ce dernier était élève de Tectéus et d’Angélion, élèves eux-mêmes de Dipcenus et de Scyllis, et ces artistes vivaient dans la l" olympiade. Troisièmement, Aristoclès, frère de Canachus, eut pour élève Synnoon ; Synnoon eut pour élève son lils Ptolichus ou Polyclès; ce dernier lit la statue de Théognèle d'iîgine, qui remporta le prix delà lutte des enfants (Pausan., lib. vi, cap. îx). Nous ne savons point en quelle année* Théognèle fut couronné; mais nous voyons, dans Pindare ( l'tjlh . vin, vers. 48, 49, 50, et Schol., ibid. , adjvers. 48), que ce Théognète était oncle d’Aristomène, qui remporta le prix de la lutte des hommes, aux jeux pylhiens, dans la lxxxiii® olympiade. Aristomène fut célébré par Pindare, qui mourut la quatrième année de celte même olympiade (M. Larcher, Ilist. d'Hérodote, t. VII, Chronol., p. 657, 658). Canachus était, par conséquent, antéiieur à la ixxxme olympiade, au moins de deux générations. Quatrièmement, enfin, Canachus, de qui le style était sec et carré, ne pouvait pas être postérieur à l'époque brillante de Phidias, de Polyclète le Sieyonieu, de Naucydès et d'Alcamènes,

CLASSEMENT CHRONOLOGIQIC

pnux ouvrages furent une statue colossale d’Apollon Ismciiicn, en bois de cèdre, qu’on voyait près de la ville de Thèbes; un colosse représentant Apollon Didyméen adore à Milet, et la statue de Vénus Uranie, colosse en ivoire et en or, placé dans le tenijdc de celte déesse à îjicyone, figures célèbres, qui subsistaient encore au temps de l’ausanias

Aristoclès, frère de Canachus, statuaire ainsi que lui, et presque aussi habile, dit Pausanias, fonda une école où des maîtres se succédèrent sans interruption, au nombre de sept. Ce furent Synnoon et son fils I’iolicbu», trois autres dont les noms ne nous ont pas été conservés, et ensuite Soslrale, qui transmit son art à son fils Fantias 2 .

Plolicbus sculpta la statue de Tbéognèle, qui remporta le prix de la lutte des enfants, vraisemblement vers la i.xxvt' olympiade.

Glaucias d'Eginc exécuta le char et la statue de bronze, que Gélon, tyran de Géla, et ensuite de Syracuse, vainqueur à la course des cbars dans la lxxiii® olympiade, fit placer dansl’Altis comme un monument de sa victoire 3 . 11 sculpta ensuite la statue de Tbéagène de Thase, vainqueur au pugilat dans la Lxxv e olympiade 4 , et celle de Piiilon de Corcyre, deux fois vainqueur au combat du eeste, de laquelle l’inscription fut composée par Simonides, mort la première année de la lxxviii® 5 .

et il faudrait le croire postérieur à celte époque, si on le supposait élève d'un élève de Naucydès. 11 parait, d'après cela, que Pline a fait une erreur en le plaçant à la xcv e olympiade : Wincèelmann, lleyne et d'autres savants ont suivi Pline (cotif. Plin., lib. xxxiv, cap. xtx).

1 Paüsan., lib. u, cap. x. — Celle statue, qtn était en bronze, avait apparemment échappé au ravage de la ville de Milet, qui eut lieu la troisième année de la i.xxi c olympiade.'

’ ld., lib. vi, cap. îx.

’ llcrodot., lib. vil, cap. cuv, clv, clvi. — Dionys. Halicarn., Anliq. rom., lib. mi, cap. i. — Pausau., lib. vi, cap. ix.— Cor-ini, Faut. Allie., t. III, p. 153.— J'ai ici l’avantage de me trouver d'accord avec SI. Ollfiic l Miiller, Æijinet., p. 1U3 (issu).

• Pansan., lib. vi, cap. vi et xi.

1 ld., ibid., cap. ix.

DES SCULPTEURS GRECS

Anaxngoras d'Egine fut atiteui' de la statue de Jupiter, que les peuples grecs, vainqueurs à Platée, élevèrent à Olympie, après cette journée mémorable * ; ce qui appartient à la première année de la Lxxv e olympiade.

Simon d’Éginc, Üionysius et Giaucus d’Argos, vivaient dans la lxxyi* olympiade. Le premier avait sculpté des chevaux de bronze, un chien, un archer; Giaucus, une Vesta, un Neptune, une Amphitrite ; Dionysius, un Bacchus, un Orphée, un Jupiter, une statue d’Homère, une statue d’Hésiode. Néron lit enlever d’Olympic plusieurs de ces statues, et les fit transporter à Rome 1 2 .

Méuechme et Soïdas ce furent guère moins anciens, dit Pausanias, que Canachus .et que Gallon d’Egine. Ils exécutèrent ensemble une statue de Diane Laphria, en ivoire et en or, pour la vi le de Patræ 3 . Ménechnie composa un traité sur son art 4 * * * .

A l’époque où nous sommes parvenus, se présentent en foule des hommes célèbres, qui nous montrent dans toute sa gloire l’école qui précéda Phidias; tous plus âgés que ce grand maître, tous ses contemporains dans une partie de leur vie, ils semblent tous rendre hommage, par les défauts plus ou moins sensibles de l’école précédente, dont ils n’étaient pas entièrement exempts, à l’excellence des perfectionnements qu’opéra son génie.

Hippias, déjà connu à la lxvii 8 ou à la lxviii* olympiade, par la statue de Duris de Samos, qui remporta le prix du pugi-

1 Pausan., lib. v, cap. xxm.

' ld., ibid., cap. xxvt et xxvu. — Ces trois artistes étaient contemporains de Gélon et d'IIiéron. Dionysius et Giaucus tirent la plupart des ouvrages dont nous parlons, pour Smicytus, tuteur des enfants

d'Anaxilas, tyran de Rliége; Anaxilas mourut la première année de la lxxvi c olympiade. (Ilcrodot., lib vu, cap. clxx. — M. Larcher', ibid.,

nol. 263, t. V, p. 582 et suiv. — Diodor. Sic., lib. xi, cap. xlviii. —

Macrob., Salurn., lib. i, cap. xi.)

1 Pausan., lib. vu, cap. xvm. — Il suit de ce passage de Pausania»,

que Canachus et Gallon d’Egine étaient contemporains.

* ld., ibid.

CLASSEMENT CIHlOSOLOr.lQlK

lut des enfants, l’année où les Samicns furent chassés de leur île pouvait vivre encore vers la lxxyi®.

Agéladas, natif d’Argos 2 , éleva le monument consacré, à Olynipie, à l’occasion de la victoire remportée par Cléostliène d’Epidamne, en la lxxvi* olympiade. C’était un char de bronze attelé de «jualre chevaux; Cléostliène et son écuyer étaient sur le char 3 . Vers la lin de sa carrière, ce maître exécuta la statue • de Jupiter Ithomate, placée dans la forteresse d’Ithome, pendant la troisième guerre de Messénie. Cette statue fut consacrée, lorsque déjà les Messéuieus possédaient la ville de Naupacle *. Or, les Athéniens ne leur ayant cé lé cette ville qu’après l’expédition de Ci mon dans la Messénie 5 , fait qui eut lieu la quatrième année de la Lxxix e olympiade®, taudis que, d’un autre côté, les Messéuieus abandonnèrent ltliome, la première année de la lxxxi 57 , il suit de là que celle statue de Jupiter fut exécutée dans la lxxx® olympiade. Winckelmann croyait pouvoir attribuer à Agéladas une statue colossale, représentant une Muse, que l'on voit, à Rome, au palais Barberiu 8 .

‘ P.iusan., Iib. vi, cap. xm. — Ilerodot., hb. m. cap. cxxxix, cxux. — Larclier, ibid., not. 33C, 2<>4. — Cette slatne fut élevée, l’année où les Sauriens rentrèrent dans leur ile, sous la conduite d’Anaxagora- de Milet. et celui-ci fut tué dans la Tlirace, la troisième année de. la lx\« olympiade (Larclier, Canon citron.). Elle appartient, par conséquent, à la lmx° ou à la Lxx e olympiade.

’ Pausan., lib. vm, cap. xm.

1 ld., lib. vi, cap. x. — Agéladas avait exécuté auparavant la statue de Tirnasitliée de Delphes, qui avait remporté trois fois le prix du pancrace aux jeux olympiques. Cet athlète fut mis à mort à Athènes, avec d’autres partisans de l'archonte lsagoras , la première année de la lxviii® olympiade (Pausan., lih. vi, cap. vin. — üei odot , lib. v, cap.Lxxii. — Corsin., Fust. Allie . t. III, p. t50). Pline a été- évidemment induit en erreur, lorsqu'il a placé Agéladas à la lxxxvii 4 olympiade (Plin., lib. xxxiv, cap. xix).

4 Pausan., lih. iv. cap. xxxm.

• Id., lib. i. cap. xxix ; lib. iv, cap. xxiv.

• Larclier, Can. chron.

1 Diodor. Sic., lib. xi, cap. ij.iv.

• Ilist. de l’Art, liv. vi, ch i. — Anlhol. gr., hb. iv , cap. xh.

bF.S SCULPTE l'ftS GRECS, .’IS

îéléphane, Phocéen de naissance, qu’on assimilait à l'ytlingore de Itliége et à Myron llorissait dans la lxxiii 0 et la lxxviii 0 olympiade.

Pline distingue trois statuaires nommés Pythngore. qui, dans son opinion, furent à peu près contemporains-. Il paraît n'y co avoir eu que deux. Le premier était natif de Samos; on voyait plusieurs de ses ouvrages, à Home, dans le temple de la Fortune 3 Le second était le célèbre Pythagore de Itliége; celui-ci exécuta la statue d’Astylus, vainqueur au stade pour la trois ème fois en la lxxv c olympiade; celle de l'athlète Lémiliscus 4 et celle d’Fuiliyme de Lucres, qui, dans la utxvn* olympiade, remporta pour la t roi dème lois le prix du pugilat 5 Celle statue, vraisemblablement iconique, était, suivant le témoignage de Pausanias, un ouvrage admirable. Pythngore, aussi habile , dit le voyageur grec, qu'aucun de ceux qui ont existé *, fit faire de grands progrès à l’art. Il était regardé comme un des inventeurs de ce beau système de proportions, qui fut ensuite perfectionné par Polyclète 7 . C’est lui qui exécuta la statue mentionnée par Pline, représentant un homme blessé à la jambe et boiteux, dont les spectateurs émus croyaient ressentir la douleur 8 . Il y a lieu de croire que cette ligure était un Pliilocièle.

* l'Iin., lib. xxxiv, c.ip. \i\.

* 1<1 , ibid., § iv etv, i'H. dellard.

1 Diot&ne fait mention do ce Pythagore do Samos, et le fait distinguer d'av o Pylliagnru de lt liège (lib. vin, cap. i, st.:. 47, in Pyih aj.).

* Dimlor. Sir., lib. xi, mp. i. — l'Iin , U-c. cit. — Cu.sin , Fast. Alhc., t. 111, p. 103. — C’est Ilejne qui a rel"\é cette erreur de P.ine [Opu< aend., t. V, p. 371).

* l'Iin., iib. xxxiv, cap. xix. — Pausan., lib. vi, cap vi. — Pytlngore de Itliége pouvait viire encore, ainsi que le dit Pim . dans la lxxxvii* olympiade ; mais celte statue prouve qu'il exerçait il jà son art dans la lxxmi®.

‘ Pausan, lib. vi, cap. xiv.

1 ()’. xal aV.'/.ov âgjiavTOtlùv lq;ïvw p;ovtv«l aaa i tI - j6ovîj«v. 7rç.ôT',v

SojtovvTa f-Apvj «ai iuts/iTÜai. (Diogen. Laerl., lib. vin, cap. I,

segin. 47, in t’ytliag.).

* Pline attribue cette statue à Pytliagorc de Léontium ; niais il dit, en même temps, qu’elle fut faite par le même artiste qui avait exécuté cello

CLASSEMENT CHRONOLOGIQUE

L’image de ce héros, que l'on voit sur une pierre gravée dans les Monuments inédit» dè Wimkelmann *, peut en être une im taiibn 2 .

Mycon, Athénien, peintre et sculpteur, exécuta la statue du pancratiasle Callias, couronné à la lxxvii® olympiade®.

Simon d’Égine, Dionysins et Glaucus d'Argos, se partagèrent l’exécution de plus de vingt statues de bronze, consacrées dans l’Allis d’Olvnipic par Sinicythus, tuteur des enfants d’Anaxilas, tyran de Rliége, et par Phormisde Ménale, officier dans les armées de Gèlon et d’Hiéron I er . Dans ce nombre de ligures, se voyaient, outre plusieurs divinités, un Orphée, un Homère, un Hésiode, deux chevaux grands comme nature, tenus chacun par un palefrenier 4 , l’hormis ayant dû ne consacrer son offrande qu’après la mort de lliéron, qui avait fait sa fortune, et ce prince étant mort la deuxième année de la lxxviii® olympiade 5 , c'est de cette époque et de l’olympiade suivante, que doit dater le riche monument dont nous parlons.

Calamis fut à la fois, comme beaucoup de sculpteurs de l’antiquité, orfèvre et statuaire. Les vases d'argent, qu’il avait enrichis de bas-reliefs, étaient encore, à Rome et dans les Gaules, au temps de Néton, un objet de luxe pour les grands, un sujet d’émulation pour les artistes 6 . Il se rendit célèbre dans l’aride

de l'athlète Mnaséas deCyrène, surnommé le Libyen. Or, suivant Pattsanias (lib. vi, cap. xm), celle-ci était un ouvrage de Pythagore de Rliége. Il est vraisemblable, d'après cela, que Pline a été induit en erreur. Heyne nie l’eùstence de Pythagore de Léontiuin, et donne à Pythagore de Rliége les ouvrages que Pline attribue à cet artiste. Le même Pythagore de Rliége sculpta, à l’occasion de. la victoire remportée par Cratistliène de Cyrfcne, dans la course des chars, un char de bronze, sur lequel était placée la ligure de la Victoire à côté de celle du vainqueur (Pausan., lib. vi, cap. xviii).

* Monum. inéd., t. I, lig. 119, et t. 11, p. 1G0.

’ C’est l’opinion de M. Visconli.

1 Pausan, lib. vi, cap. vi.

* IJ., lib. v, cap. xxvi, xxvii.

* Larcher, Canon chronol.

* JPliu., lib. xxxin, cap. lv, lib. xxxiv, cap. xvm.

DLS SCÜI.PTF.LftS CEt-r.S.

modeler des chevaux», elil ne le lui pas moins dans l’imilalion de la nalure humaine. Ce maître parait avoir connu la plupart des grands principes de la sculpture. Sou style, suivant le jugement d’un des critiques anciens les plus éclairés, avait, comme celui de Calliinaque, de la grâce et de la légèreté 2 . Lucien admirait, sur le visage de sa Sosandre, un sourire fin et gracieux, joint à l’expression d'une pudeur virginale 3 . Cicéron et Quintilieu lui reprochaient seulement d’avoir conservé, dans les détails, un reste de la sécheresse qu’avait eue avant lui Canachus 4 . Il exécuta, vers la lxxviii' olympiade, conjointement avec Ouatas, le char de bronze, placé à Olvmpie, en mémoire de la victoire remportée dans la course de # chevaux par Hiéron, tyran de Syracuse 5 . Dans la lxxxi 6 , sous l’archonte Callias, il lit, pour les Athéniens, une ligure de Vénus 0 . Pindare consacra une statue de Jupiter Ammon, dans le temple que ce dieu avait h Thèbes; cette statue était un ouvrage de Calamis 7 : Pindare mourut, la quatrième année de la lxxxiü 0 olympiade.

Amant insatiable du beau, Calliinaque recherchait la perfection sans cesse, et jamais il n'était satisfait de ses efforts 8 . Pein-

' « Exactis Calamis se mihi jactat equis. » (Propert., Jib. m, eleg. vu.) — « Vindicat ut Calamis laudein, quos lécit, equorum. » (Ovid., De Ponto, lib. iv, epist. i.) — « Equis semper sine æinulo cxpressis. » (Plin., lib. xxxiv, cap. xix, § xi, éd. de Ilard.)

1 Dion. Italie., De anliq. orat., in Isocrat., cap. in.

* Lucian., lmag., cap. vi.

* Ciccr., De clar. oral., cap. xvm, § lxx. — Quinlil., lib. xu, cap. x.

1 Pausan., lib. vi, cap. xu. — La victoire d'Uiiron eut lieu dans la

LXxv e oljmpiade, et ce prince mourut la deuxième année de lu lxxviiii\ Le monument fut, il est viai, placé à Olvmpie, après sa mort, par son lits Dinoiuèue (Pausan., lib. viii, cap. xlii) ; mais on doit cioire qu'il avait été commencé du vivant d'tliéron. Dans tous les cas, il aura été placé du moins dans la lxxix 8 oljmpiade. Ce fait sert, en même temps, à prouver l'époque où vivait Calamis, et celle où (lotissait Onatas.

* Pausan., lib. i, cap. xxm. — Corsiu., Fast. Attic., t. lit, p. 202, 259, 200.

’ Id., lib. ix, cap. xvi.

Plin., lib. xxxiv, cap. xix, § xxxiv, éd. de Ilard. — Pausan., lib. r, cap. xxix.

CLASSEMENT CHRONOLOGIQUE

ire, statuaire, architecte, cet ingénieux artiste nous a légué un monument qui atteste l’élévation de ses idées et la délicatesse de son goût : c'est le chapiteau à feuilles d'acanthes, appelé le chapiteau corinthien 1 . Oh, qui ne lui pardonnerait, en admirant un chef-d’œuvre aussi accompli, d’avoir brisé vingt fois, et vingt fois recomnieucé son ouvrage ! Il y a lieu de croire que ce maître célèbre était contemporain de Calamis 2 .

Ouatas, né à Égine, fils de Mycon, sculpteur et peintre, ainsi que son père, termine cette série d’hommes célèbres qui appar* tenaient soit à l'école d’Égine, soit à l’ancienne école athénienne. Cet habile maître, un peu plus âgé que Phidias, mais

' Vitruv., lib. iv, cap. i.

• Plusieurs faits semblent venir à l’appui de cette conjecture. Scopas employa l'ordre corinthien dans la construction du temple de Minerve Aléa, qu’il éleva à Tégée, ville d’Arcadie (Pausan., lib. vin, cap. xlv). Il dut commencer à bâtir cet édiGce, dans la xcvi e olympiade, époque où l’ancien fut incendié, ou, au plus tard, dans ta eue, après la bataille de Leuctres, et lors de la fondation de Mégalopolis. Avant Scopas, suivant le témoignage de Vitruve (lib. vu, in proœm.), l'architecte Argélius avait déjà composé un Traité sur les proportions de cet ordre. L’écrit d’ Argélius dut être postérieur à des monuments qui servissent d’objets de comparaison et de fondement à la théorie que cet artiste voulut établir. Cela nous prouve que l’inventeur du chapiteau corinthien était beaucoup plus ancien que Scopas. Pausanias dit, d'ailleurs (lib. i, cap. xxvu), que Callimaque fut le premier qui trouva l'art de percer le marbre. Ou ne peut croire que cette invention fût postérieure à Mvrmécide, à Phidias, à Alcaraène, qui travaillèrent le marbre avec une grande habileté. Nous venons, enfin, de voir que Denys d’iiali ramasse associe cet artiste à Calamis : « Le style de Phidias et de PoLyclète, dit-il, se fait admirer par sa noblesse, par sa grandeur; celui de Calamis et de Callimaque, par son élégance et sa légèreté. » N’est-il pas vraisemblable, d'après tout cela, que Callimaque était contemporain de Calamis, auquel il ressemblait pour le style, de même que Polyelète était à peu près contemporain de Phidias, auquel le critique grec l’associe î II existe à Rome, dans le Musée du Capitole, un bas-relief représentant une danse de Bacchantes, qui porte celle inscription ; kaaaimaxos EnoiEr, Callimaque le faisait. Le style de ce basrelief, que plusieurs antiquaires, et notamment M. Visconli, regardent comme une copie d’un ouvrage de Callimaque, semble confirmer l’opinion que je hasarde. On le voit gravé dans les Monum. inéd. de Winckelraann, 1. 1, au frontispice du Discours préliminaire.

DES SCULPTEURS GRECS

sûn contemporain, dut venir au monde vers la lxvi® olympiade. Un Hercule de bronze, haut de dix coudées, placé à Olympie par les habitants de Thasos ', dix statues consacrées à Olympie par les Achéens aux neuf héros qui tirèrent au sort pour combattre Hector, et à Nestor représenté tenant les neuf bulletins dans son casque 1 2 , augmentèrent successivement sa réputation. Il est vraisemblable qu’il exécuta la statue de Céléade Pl.iga'ie, dite la Noire 3 , dans la i.xxxvi e olympiade, âgé de soixante à soixante dix ans. Le poète Antipater disait, de son jeune Apollon Adulte, qu’il attestait par la noblesse de ses traits la beauté de Latone et la majesté de Jupiter 4 . On pourrait le supposer auteur de la belle Pallas de Vellétri; car celte noble figure nous offre l’art éginétique dans sa plus haute perfection, et agrandi par la manière large et vraie de Phidias.

Il existe d’autres fragments qui peuvent nous faire connaître, sinon la beauté des ouvrages en ronde-bosse exécutés à l’époque dont nous parlons, du moins les principes que les grands artistes mettaient dès lors en pratique ; ce sont les bas-reliefs de marbre qui enrichissent les métopes et les frises extérieures du temple de Thésée, existant encore aujourd’hui au milieu d’Athènes, et consacré à saint Georges. Ces restes précieux de l’art des anciens maîtres représentent les exploits de Thésée, le combat des Centaures et des Lapithes, et celui des Athéniens contre les Amazones. Toutes les parties de ces bas-reliefs n’offrent pas une correction parfaite ; mais le mouvement de toutes les figures a de la vérité, de l'aplomb, de la grâce ; le nu présente de grandes divisions, des masses fermes, des articulations justes et légères; les os et les principaux muscles sont rendus avec énergie; les têtes sont mâles et expressives 5 : on voit enfin, dans ces beaux

1 Pansan., lib. v, cap. xxv.

’ Id., ibid.

1 Id., lib. vin, cap. xui. — Pausanias croit qu’il l’exécuta, plusieurs générations a [n és l’invasion des Perses.

1 Anthol. gr., lib. îv, cap. xiv.

* Le style offre un reste des formes carrées qui caractérisaient les ou-

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