DE L’ARCHITECTIUE DITE GOTHIQUE
D’où vient la dénomination A'archi'ectnre gothique, donnée à une manière de bâtir, lorsque déjà , depuis plusieurs siè les, les Goihs avaient disparu du midi de la France, ou lorsque ceux qui restaient étaient sj bien fondus dans le corps de la nation française, qu’il était impossible de les distinguer? Cette architecture est-elle byzantine, lombarde, sarrazine, saxonne ou française? 11 faut aller plus avant : celte manière de bâtir avait-elle un caractère propre et original, ou n 'était-elle qu’un mélange, qu’une confuse dégradation des manières de bâtir en règne auparavant?
Nos pères, Gaulois ou Francs, avaient deux manières de bâtir, l’une qu'ils appelaient l'ancienne, l’autre qu’ils appelaient nouvelle. L 'ancienne consistait à placer l’une auprès de l’autre, debout ou presque debout, des pièces de bois, liées par le bas, formant avec le sol un triangle et enchâssées par le haut dans une pièce transversale. Les intervalles étaient remplis avec des pierres. La nouvelle était totalement eu pieries. On les arrangeait en forme de murailles, en de lans et en dehors.
L’une des deux manières venait des Gaulois, l’autre avait été apportée de Rome. Pour découvrir l’oiigine de la première, il .faudrait remonter aux druiles. Leur culte se pratiquait dans les forêts. Il faudrait même aller jusqu’aux Gei mains, qui, n’ayant point de temples, exécutaient leurs cérémonies dans les bois*.
1 Ce mémoire a été lu à la séance publique de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, le 10 août 18X8.
' Tacit., Desn ipt. Germon., cap. \vi et \x\i\,
sur l'architecture gothique.
La même manière de bâtir avait plusieurs dénominations. On appelait la première : noire coutume, la coutume des Gaulois, noster mus gallicanus; cette manière était la plus ordinaire; elle était vulgaire, générale. De là, la promptitude avec laquelle une église était élevée, la rapidité à la démolir, la multiplicité des incendies et les ravages qu’ils opéraient. On appelait la seconde manière : novum œdificandi genus; la coutume nouvelle, recens ritus; on disait qu’une église était bâtie avec des pierres taillées, avec des pierres grandes cl carrées, dedolatis lapidibus, nïagnis quadiisqne saxis.
Grégoire de Tours, Sulpice Sévère, Forlunat, citent un grand nombre de temples bâtis suivant l'ancienne manière. Adrien de Valois joint son témoignage à celui de ces auteurs.
Cetie première forme ne présente pas une question. •
Forlunat témoigne plus d’une fois sa gratitude à des évêques qui ont réparé sur-le-champ des temples vieillis ou consumés dans des incendies.
Templa vetusta Dei revocasti in culmine prisco Posl cineres consumpta suos, tenuesque fa villas ,
Sic solet et phœnix se renovare senex ’
Ecclesiæque domus crescente cacumine poliet ’.
Templa exusta celer rexocarti in culmine prisco 4 .
Grégoire de Tours raconte que l’oratoire de Saint-Martin, construit en bois, avant pris feu, l’incendie fut éteint par la seule puissance du saint 5 .
Le même Grégoire de Tours fait mention d'un incendie qui détruisit de fond en comble une église de Saint-Martin de Brive 6 . 11 parle pareillement d'un incendie qui dévora dans la Touraine une autre église où se trouvaient des reliques de saint
1 Fortunat. apud D. Bouquet, t. II, p. 475.
’ Id., ibid.
• Id., ibid.
4 Id., ibid., p. 495.
• Greg. Tur., Ilist. Francor., lib. vin, cap. xxxui, p. 524.
• Id-, ibid., lib. vu, cap. x, p. 290.
suit l'architecture gothique.
Martin *. Dans le livre X, nu temps de l'évêque Eufrone, toutes les églises de la ville de Tours furent incendiées. L’évêque en répara deux : l’église de Saint-Martin fut encore une fois brûlée et répirée par le même évêque *.
Tant d’églises réparées ou construites à la liâle et comme en courant, et dont Grégoire de Tours parle de même, étaient visiblement en bois. Telle est celle de Saint- Euslache, dont il dit Magnam ibi basilicam, quœ et usque hndie permanet, fabricavit 3 * * * . Telles sont celles dont il ajoute : Militas et alias basiheas œdificavit, quœ usque hodie in Christi nomine con- * stant 1 ", ou bien : Qui miUtùm rigilanter tel ccclesias, tel ecclesiœ domos, et erigens, et componcns 5 ;ou bien : Agricola aillent Cubillonensis episcopus... multa in civitate ilia œdifteia fecit, domos composait, ecclesiam fabricavit, quant columnis fulcivit , variant marmore, musivo depinxit*, etc....
L’auteur de la Vie de saint Didier, évêque de Caliors, en G30, pour dire que ce saint bâtit son église en pierres, dit qu’il l’a construite en pierres carrées, travaillées au marteau ; non, ' ajoute-t-il, suivant notre habitude gauloise, mais suivant la manière de construire les anciens murs d'enceinte, avec de grandes pierres carrées depuis les fondements : non quidem nostro gallicano more, std sicut anliquorum murorum ambitus magnisque quadrisque saxis exslrui solet 7 . On voit donc bien que notre habitude ou l 'habitude gauloise consistait à bâtir en pans de bois.
En 845, I’arclievêque Hincmar veut terminer l’église de Reims, commencée par Ebbon, son prédécesseur. 11 s’y porte avec toute l’ardeur d’un amateur de belles églises. Les murs
1 Greg. Tur., Hist. Francor., lib. vu, cap. xn, p. 297.
* Id. , ibid., lib. x, p. 388.
* Id., ibid., lib. n, cap. xiv, p. 169, an. 460.
* ld., ibid.
* Id., tbid.,lib. v, cap. xxxvii, p. 254.
* Id., ibid., cap xlvi, p. 260.
’ « Excerpta ex vita S. Desiderii, » apud Dom Bouquet, t. III, p. 331.
SI H L’inClUTECTURE GOTHIQUE.
sont couverts de mosaïques ; les fenêtres, de vitraux coloriés : usage alors pleinement nouveau, car il ne date que du neuvième sièe'e 1 ; mais il veut être prompt pour profiler de la bienveillance du roi. Hans vingt deux ans, son ouvrage est achevé. 11 n’est pas besoin de dire que ce temple était en bois: Marlot nous l’apprend expressément. En 1210, un incendie consuma l'église, et elle fut alors construite en pierres, telle que nous la voyons 2 .
Enfin, eu 504, l’église de Strasbourg est construite en bois. Un incendie la consume en 1003. Réparée en 1007, partie en pierres, partie en bois, incendiée de nouveau en 1053 et en 1 130, elle est bâtie eulin entièrement en pierres, en 12 76, par Envi n de Slcinbach 3 .
Tandis que s'élevaient ces maisons de bais, à la construction desquelles l’amour de la patrie avait aussi quelque part, se bâtissaient des édifices romains en pierre avec toute la solidité et toute la magnificence que ltome mettait dans ses ouvragés.
Namatius , huitième évêque de Clermont , construisit , à la manière des Romains, l'égl se de Saint-Julien. Il lui donna cent cinquante pieds de long, soixante pieds de large, et cinquante pieds de haut sous le plafond, une apside arrondie, soixaule et dix colonnes, huit portes et quarante-deux fenêtres ornées de vitraux « qui produisaient, dit fauteur, une grande clarté et une crainte de Dieu suffisante 4 . » Namatius en fut lui-mêine l’architecte ( suo studio fabricavit ) 5 .
. 1 Émeric David, Prem. Vise, sur la Peint, mod., p. 13t. in-8°.
’ Marlot, IHetrop. Hem. HiiL, t. I, lib. ut, cap. xxui, p. 393 et 394. — Floiloaid., lib. iii, cap. v. — « Augurer Toniicuui et pilas ligneas fuisse ut et aliannn ecclesiariun quæ flânions voracibus niullo ante perierant : liguea si quidem, ad annum Cliristi înillesimum, apud nos omnia propc monasleria et ba-ilicas exstitisse, tradit Uvandelinus in Glossario salico, Terbo Basilica ; » apud Marlot, ibid., t. I, p. 470.
1 Grandid., Essai hist. sur l'église tic Strasbourg, p. ü, 14, lü, ü3, *9, 41.
* «Terrer namque ibidem Dei, et claritas magna conspicitur. » Greg. Tur.. Hist., lib. ii, cap. xvi; apud D. Bouquet, t. II, p. 170.
k ld., ibid.
Digitiz
LjOC
SUR u’arciiitecture gothique. 293
J’ai déjà cité saint Didier, évêque de Cahors, qui construisit, en 630, une église romaine, non sans doute suivant notre lisage gaulois ( non quidem nostro gallicano more).
Celte manière de bâtir s’étendait da contrée en contrée.
Vers l'an 67 4, Wilfrid, évêque d’York, voulant s’y conformer dans la construction de la cathédrale, et de deux autres églises, appela des artisles de la France et de l’Italie, pour exécuter ces grands ouvrages d’un genre nouveau dans sa patrie *.
En 675, Biscops, abbé de Weremotith, vint pareillement « d’Angleterre en France, chercher des constructeurs propres à lui bâtir une église eu pierres, à la manière des Romains, « manière, dit son biographe, qu’il aimait beaucoup. » Il en trouva en effet 1 2 . C’est pour la même église que Biscops lit ensuite demander en France des vitriers, sorte d’ouvriers encore inconnus à celte époque en Angleterre, et qui enseignèrent leur art aux Anglais 3 .
Ce qu’il faut surtout remarquer dans l’intervalle écoulé depuis l’entrée des Goths en France jusqu'à leur sortie, c’est que ces peuples, regardés comme des ignorants et des barbares , et comme uniquement propres à piller et à détruire, étaient, au contraire, des bâtisseurs d’édifices d’une grande richesse.
Fastueux dans leur vie publique, amis des arts autant que pouvaient l’être des peuples dont l’éducation commençait, réputés les plus éclairés des barbares, et presque semblables aux Grecs, suivant l’expression de Jornandès, leur historien, uolamment ariens zélés, à peine furent-ils établis dans le Languedoc
1 « De Rumâ quoque et Italià et Franciâ et de aliis terris ubipumque invenire poterat cœmcnlarios et quoslibet alios industrios artifices secum relinuerat, et ad opéra sua faciunria secum in Angliam adduxerat. » Apud Hist. Angl script. X, t. I, col. 295.
’ « Galbas petens ccementarios qui lapideam sibi ecclesiam, juità Romanorum, quemsemper amabat, morem, faccrent, postulavit, accepit, altulit. y> Venerab.Beida, Fifœ abbat. Weremutensium, édit, de IG64,p. 27.
* « Factumque est ut venerunt (vitrifactores), nec solum postulatum opus complcverunt, sed et Anglorum ex eo gentem hujusmodi artificium oossc ac discere feeernnt » tbii., p. es.
scn l'arcuitectcre gothique.
et la Provence, qu’on les vit élever des églises et lutter sur ce point avec les catholiques *. Les Gotlis étaient à peu près ce qu^ sont encore les Lombards, maçons, architectes, gagnaut leur vie à bâtir, quand il s’agissait de gagner leur vie.
Les écrivains languedociens ne sont pas d’accord eutre eux sur la question de savoir qui est l’auteur de la Daurade, église de la Vierge, désignée sous ce nom à cause de la mosaïque qui en couvrait l’apside. Ln Faille nie que ce soit un monument romain 1 2 . Ils croient cependant, les uns et les autres, qu’elle a été bâtie ou par Théodoric II, prince golli, qui commença à régner en 45 ? , ou par Euric, son frère, qui lui succéda en 466 3 . Ce qui est certain, c’est qu’elle existait en 68 4, puisqu’à celte époque, la princesse Rigonthe, fille de Chilpéric et de Frédégoude, menacée par une émeute, s’y réfugia 4 .
Cette mosaïque, qui subsistait encore en 1793 5 * * , représentait les douze apôtres, et la dévotion particulière que les ariens avaient pour ces saints pourrait prouver qu’ils étaient auteurs de cet embellissement.
Euric, un de leurs rois, de qui les Etats s’étendaient depuis la Loire jusqu’aux Pyrénées, depuis l’Océan jusqu’à Arles, qui régna momentanément à Marseille, s’étant emparé de l’Auvergne, bâtit, ou du moins commença, deux cgli-.es à Clermont, pendant un séjour de neuf années, l’une dédiée à saint Laurent et saint Germain, l’autre à saint Julien. Toutes deux furent construites à la manière des Romains, ornées de colonnes, et avec une grande magnificence 8 .
A la même époque, Lunebodes, seigneur gotli, gouverneur
1 « Græcisque penè consimiles. » De reb. Got., cap. v.
’ La Faille, Annales de Toulouse , part, i, clinp. iv, t. I, p. !).
1 J. Cliabanel, Antiquité de la Daurade , p. 58, 39. — D. Vai-sette,
//tse. du Lang., t. 1, p. 661. — Sériés Reg. Got., apud D. Bouquet,
t. Il, p. 701, 704.
‘ Greg. Tur., Hist. Franc., lib. vu, cap. x.
* Slartenne et Durand, Voyage littéraire, part, il, p. 47.
* Greg. Tur., tab. n, cap. xx. « Mirificè construit.»— Chron.Moissiac., apud D. Bouquet, t. Il, p. 640.
SUR l’architecture gothique.
de Toulouse, fît élever, dans celle capitale, l’église de Sainl- Salurnin ou Sainl-Sernin ; et Fortunat dit à ce sujet : « Ce ue » ne sont point des artistes venus d’Italie qui ont exécuté ce » grand ouvrage; il est dù à un homme de la race des barbares.»
Quod nullus veniens romana gente falyivit,
Barbakica pbole peregit opus*.
Enfin, vers l’an 657, Audoin, nommé aussi Dado ou Saint- Ouen, ancien référendaire de Dagobert, devenu archevêque de Rouen en 640, veut fonder en pierre l’église de Saint-Pierre le Vif, cathédrale de cette ville. Clotaire III, encore enfant, ou plutôt la reine Batilde sa mère, concourt à cette grande entreprise. Celte église doit être noblement construite : à Lothario rege Francorum nobiliter construcla ; on appelle des Goths, ils la bâtissent en pierres carrées, et cet admirable ouvrage est encore dù à des mains barbares : miro opéré, quadris lapidibus, manu gothica 1 2 .
Ce fait a été cité plusieurs fois, je l’ai rapporté moi-même dans mon premier Discours historique sur la Peinture moderne 3 . Mais les déductions qti’on en peut tirer n’ont pas été développées comme elles méritaient de l’être. Il prouve, en effet, que les Goths avaient adopte celle belle manière de construire, qu’on appelait alors manière romaine ou nouvelle , en grosses pierres carrées et taillées au marteau, quadris lapidibns, dedolalis lapidibus. L’armée des Goths était allée établir le centre de son gouvernement à Tolède en l’an 542 *, mais tous les Goths, à beaucoup près, n’étaient pas partis, lien restait en-
1 Fortunat., lib. il, rarni. 9. Sur ccs mots : barbar ica proie, D, Bouquet «lit en note : Nomen illud, Barbar us, nomen fuit Honoris, non eonlumeliœ, 1. 11, p. 477.
’ Vila S. Audoeni, apud Bolland., p. 24; august., p. 818, 819 .—Gall, Christ., t. XI, COl. 13, 1.4, 15.
1 Premier Discours sur la Peinture mod., édit. in-8°, p. 102, 103, note 5. J’ai été induit en erreur par l'auteur de la Vie de saint Audoin, «•n nommant le roi Clotaire I er : il s’agit de Clotaire 111.
* Isidor. llispal., Histor. Goth apud D. Bouquet, t. II, p. 502, c.
sim l'architecture gothique.
eore un si grand nombre en France, el ils étaient tellement attaches à leurs lois, qu’en 759, les Sarrazins tenant la ville de Narbonne, et Pépin en faisant le siège, ceux qui étaient dans la ville firent dire à ce prince que, s’il voulait leur rendre leurs lois gnthes, ils se chargeaient de tuer tous les Sarrazins et de lui ouvrir les portes. Ce prince promit tout, et ils tinrent leur parole
Nous voyons encore, dans l’exemple deSaint-Pierre-le-Vif.que celte manière de bâtir, quoiqu’elle eut déjà fait des progrès dans l’opinion des prélats, n’était point généralement adoptée; souvent, on préférait la construction en bois. Une révolution s'opérait et les Goths y avaient une grande part. Nous y voyons enfin que les Goths, comme je l’ai dit, louaient leurs œuvres, en qualité d’architectes et de maçons, manu gothica.
Cette manière était réellement trop belle et trop préférable à la construction en bois, pour ne pas se répandre de jour en jour davantage.
Charlemagne suivit les Romains dans tout ce qu’il construisit à Aix-la-Chapelle; la plupart des prélats imitèrent cet exemple. Presque toutes les cathédrales, bâties dans les dixième, onzième, douzième siècles et dans la première moitié du treizième sont en pierres.
Telles sont l’église de Saint-Pierre et celle de Sainte-Mariç la Grande, de Poitiers, magnifiques et précieux monuments où est imprimé avec toute sa fierté le caractère de l’architecture romaine du dixième siècle *.
' Chronic. Moissiacens., apuil D. Bouquet, t. V, p. 69. — M. Reynaud, Invasions des Sarrasins, Si. — Une note de D. Bouquet, surcepassage, extraite du P. Pagi (Antoine), porte qu’en 775 les villes de Maguelonne, Ninres, Carcassonne* etc., quoique leur armée fût partie, se gouvernaient encore par les lois gothes, et avaient 1 ! gouvernement en main. Ces villes, y compris Narbonne, étaient au nombre de sept. De là le nom de Septimanie, donné au Languedoc, lequel signifiait sept manoirs ou sept habitations de la famille. D. Bouquet, notes. Ibid.
' Voyez les gravures de ces deux monuments dans les Monuments de la France, De La Borde, t. II.
sun l'architecture gothique. 297
Telle est l’église de Saint-Pierre ou la cathédrale d’Angoulème, que l’évêque Hugo 1 er bâtissait, en l’an 974 édifice qui joint, au caractère mâle de son époque, je ne sais quoi d’élégant, dû, sans doute, au génie particulier de l'architecte. Telle l'église de Saint- Germain des Prés, de Paris, rebâtie par l'abbé Morard, vers l’an 990, dans tout ce qui subsiste aujourd’hui de celte époque 1 2 . Telle encore la belle église de Clermont, nommée Notre-Dame de Port, la plus noble peut-être et la plus grandiose de ce temps, que l’on puisse citer 3 * * * .
Le onzième siècle ressemble au dixième : il a aussi un grand caractère, s’il ne le surpasse. Les sculptures des églises d’Avalon, deVermenton, de Vezelay, qui datent de tOOl à 1030, sont faites d’après les Grecs, si elles ne sont grecques elles mêmes*.
Saint-Sauveur de Limoges, fondée en 1028 , Saint-Lazare d’Autun, fondée en tOCO, rappellent le même temps s .
Guillaume le Conquérant, arrivé en Angleterre en 1066, y employa, nous dit Guillaume de Malmesbury, une nouvelle manière de bâiir, novum œdificandi genus 0 . Cette manière, encore nouvelle chez les Anglais, n’était autre que celle dont je parle, savoir, la manière romaine.
L’église de Cantorbérv, construite toutefois avant l’arrivée de ce prince, était dans cette manière. Gervasius, moine de la même maison, nous le dit expressément : Romanorum mare fada 7 . Lanfranc, Lombard de naissance, venu en Angleterre à la suite de Guillaume, et élevé à l’évêché de Cantorbéry. l’ayant trouvée incendiée à son arrivée. la rebâtit entièrement dans le même système et sur le même plan ; seulement, il ajouta une tour au-dessus du chœur, et deux tours à la façade, terminées
1 Gallia christiana, t. II, col. 987.
* Bouillait, llist. de l’Abbaye de Saint-Germain des Prés, p. 70, 7t.
1 De La Bonte, 33' livraison.
* Don Plancher, llist. de Bourgogne, t. I, p. 479, 491, 507, 514, 313.
* Commencée en lOGO, consacrée en 1147.
1 Guill. Malmesbury, De gestis pontificum Angl. — Gervasius, infrà.
’ Gervasius, De combust. et reparatione Cantuariensis ecclesice ; apud llist. Angl. scriplores X, cap. xxxtv, 1. 1, col. 1391, 1392.
■un l’akihitectuue gothique.
l'une fit l'autre par des couvertures pyramidales et dorces ce qui annonce la disposition qu'i! éprouvait à s’élever et à chercher les lieux, que l'usage ne permettait pas encore.
En M 77, Saint-Étienne de Çacn ; en 1080 , le cloître et la petite porte de l'église catliédi ale d’Aix en Provence 2 , annoncent encore, par leur style, le onzième siècle.
Eu 1085, Hoell, devenu évêque du .Mans, termine l'égÉsc de Saint-Pierre, commencée par ses prédécesseurs: ce sont encore des co on nés, des pl. ins-cintres, un plafond richement doré 3 .
En 1088, mort de Mat ilde, femme de Guillaume le Conquérant : avant de mourir, elle bâtit la Trinité de Caen ■*.
A celte même époque, le génie français commençait à manifester son impatience contre ces formes de plus en plus appesanties des Romains dégénérés, dont dix siècles d’ignorance lui avaient imposé le joug. La Celtique et le Rhin partageaient ce sentiment. On apercevait partout les symptômes d’une prochaine révolution.
Hoell, de qui je viens de parler, porte ses clochers à une élévation inaccoutumée. On regardait alors les clochers comme des moyens de defense 5 . Le duc Guillaume le Roux en conçoit de l'ombrage; ce n’est qu’a force de délais et de subterfuges, que Hildeberl, successeur de Hoell, parvient à les conserver 6 .
« Hanc navem vcl aulam ccclesiæ flriiunl duæ turres sublimes cum ptnnaculis deauratis. » Loc. cil., 1. 1, col. 1294.
* Papon, IJiit. de Provence, t, II. p. 189. — Fauris Saint-Vincens, Jllém. sur Vaurienne cité d’Aix, p. 19, 20. — llist. de la ville d'Aix, Ms. qui appartient à M. l’abbé Castellan, chanoine de la meme église. — Cet ancien édilice ne forme aujourd'hui qu’une nef de l’église construite au seizième siècle. — De La borde, Monuments de la France, t. II- •
1 Actus Pontificum Cenomanens., cap. xxxiv, apudMabilion, Analect. vcl. monum., p. 309, édit, in-fol.
* Ilucarcl, Amjtonorman Antiquities, p. 5t, pl. iv.
* M. de Gaumont, correspondant de l'Institut, en a fait graver une suite assez nombreuse dans son Cours d’Anliquités monumentales, pl. lii,