‹ Histoire de la sculpture françaiseChapitre 14 sur 19 · INTITULÉ · texte numérisé non relu

INTITULÉ

STORIA DELL! SCULTÜRA,

DAL SUO RISORCIMENTO IN 1TALIA , SINO AL SECOLO XIX, PER SERVI RK 1)1 CONTINUA/ 10 NE ALLE OPERE DI XVI NCKEl, MANN E DI d’aGINCOURTC

Il u’est personne qui, en lisant U Histoire de la peinture italienne du docte Lanzi, n’ait du admirer les connaissances et le goût, que cet habile critique a fait briller dans l’exécution de son ouvrage ; personne qui n’ait dû lui savoir gré de l’impartialité, avec laquelle il apprécie les grands maîtres de toutes les écoles, signale leurs erreurs comme leurs progrès, indique les nuances les plus légères qui les distinguent les uns des autres, et lait sortir de ces rapprochements, toujours clairs et brièvement énoncés, une source

abondante d’instruction. Digne de son sujet et de son siècle, Lanzi s’est élevé au-dessus des idées étroites de ces écrivains italiens, contemporains ou successeurs immédiats de Vasari, qui, circonscrivant la gloire de l’art dans les limites de leur ville ou de leur canton, semblaient ne reconnaître de mérite éminent que dans l'homme né sur le territoire qu’ils habitaient eux-mêmes. Nou-

1 Cette savante critique, qui parut dans la Revue encyclopédique (août 1819 et mois suivants), fut tirée à part au nombre de cent exemplaires environ. Ce tirage, que Fauteur s’était réservé pour ses ami-, porte en faux titre : Essai historique sur la sculpture française. ( yo'e de Véditeur.)

REMARQUES SUR UN OUVRAGE

seulement il a su voir, dans l’Italie, l’Italie tout entière, mais, lorsque son sujet l’a conduit à juger quelque maître appartenant à des nations étrangères, la même équité qu’il avait montrée, en parlant des hommes illustres de son pays, il l’a déployée encore pour honorer leurs émules. Tous les maîtres habiles sont devenus pour lui des Italiens, ou plutôt, il s’est fait lui-même citoyen du monde entier, et n’a été animé que du désir de rendre un juste hommage au mérite.

Notre sage d’Agincourt a suivi cet exemple ; c’est là un éloge qu’on ne pourra lui refuser. Admirateur sincère de tout ce qui est beau, guidé par un esprit droit autant que par un cœur généreux, ce respectable vieillard devient le compatriote de tous les talents lorsqu’il s’agit de les honorer, et il ne se souvient qu'il est Français, que pour répandre la louange avec prodigalité sur le génie né hors de la France.

Nous le disons à regret, de même que nous l’avons remarqué avec peine, l’ouvrage dont nous allons rendre compte est loin de faire éprouver la satisfaction que cause cette manière savante et noble d’écrire l’histoire des arts. Cet ouvrage est, sans contredit, par son étendue, par les faits souvent curieux qu’il renferme, par la justesse d’un assez grand nombre de jugements, et par l’utile accessoire de 180 planches, représentant plus de 500 statues ou bas-reliefs, un des plus remarquables qui aient été écrits sur ce sujet intéressant. Mais, sous le titre d’ Histoire de la Sculpture, c’est-à-dire, d’histoire générale de cet art, l’auteur n’a réellement composé que l'histoire de la sculpture italienne. En ce qui concerne les autres nations, son travail n’annonce que des connaissances fort imparfaites. Tantôt, ce sont, dans son texte, des lacunes immenses; tantôt, c’est un vide absolu. Encore, pardonnerait-on à cette histoire d’être incomplète ; mais comment lui pardonner d’être inexacte, remplie de critiques où la sévérité va jusqu’à l’injustice, de décisions contre lesquelles ne peut manquer de se soulever le goût des hommes éclairés de tous les pays et de l’Italie même? Animé d’un vif amour pour sa patrie, sentiment louable, mais qu’il porte à l’excès, M. le comte Cicognara semble avoir

DE M . LE COMTE CICOGNABA

écrit, dans la vue seulement de relever, aux dépens de tout ce qui n’est pas Italien, la gloire de l’Italie que personne ne conteste.

C’est dans l’influence du climat, que cet écrivain croit voir la principale cause de la prééminence des maîtres italiens. Vainement, suivant lui, la France s’efforce de cultiver les arts : plantes exotiques, ils ne sauraient répondre à ses soins. M. Cicognara n’énonce cette opinion qu’à demi-mot, parce qu’il redoute les objections auxquelles elle peut donner lieu ; cependant, il désire qu’on l’aperçoive. « Il ne peut pas douter, dit-il, de la puissance d’une émanation céleste, répandue particulièrement sur son pays ; délia prevalenza del nostro clima a quello di lutte le altre nazioni incivilité non polrb dubitare (t. II, p. 24 4). Cette terre privilégiée éprouve, suivant lui, l’action d’un génie particulier, Vinspirazione del patrio genio (t. II, p. 198) : aussi, tandis que les maîtres italiens, prenant la Grèce pour modèle, se sont élevés sans difficulté à tous les genres de mérite qui ont distingué les Grecs, les artistes des autres nations ne sont jamais parvenus à rivaliser même avec l’Italie, exclusivement favorisée par la nature ; mosserb gli uni felicitamente verso la Greca eccellenza, nientre gli altri tentavano con successo menofor * tunalo cib che la natura parue accordare esclusivamente alla classica terra italiana (Ibid., p. 1 99) . »

Imbu de cette idée, M. C. ravale nos maîtres avec la dureté d’un accusateur, convaincu d’avance qu’ils ne sauraient rien avoir produit de bon. Toutes* les imperfections de leurs ouvrages se grossissent à ses yeux, souvent même toutes les beautés s’effacent. S’il reconnaît en eux quelques qualités estimables, toujours mordant, il ne manque pas d’accompagner l’éloge, ou d’une satire qui en détruit l’effet, ou d’une réticence pire encore que la critique. Parle-t-il, par exemple, des frères Anguier, les auteurs des sculptures de la porte Saint-Denis ? « Ce sont d’assez bons praticiens ; ils ont appris de l’Algarde le maniement de l’outil ; mais ils n’entendent point la perspective. » Pas un mot, ni de l’élégance de la composition, ni de la noble et spirituelle simplicité du style des bas-reliefs de cette belle porte (t. III, p. 134, 135). Juge-t-il

REMARQUES SUR UX OUVRAGE

Sarrazin? * Ce maître montre quelque mérite dans les bas-reliefs du tombeau du prince de Çondé, dont l’ordonnance est extrêmement simple, et qui ^offraient pas de grandes difficultés à vaincre ; mais, s’il se fut agi d’exprimer quelque passion, il eut été difficile à un artiste de ce temps de ne pas tomber dans la caricature ; più difficilmente sarebe riescito a un arlista di quel tempo il salvarsi dalle afj'eltazioni edalcaricato (t. III, p. 135, 136). » « Jean Goujon a de l'élégance et de la grâce ; il entend très-bien la sculpture de décoration ; mais ses figures pèchent visiblement par l’ensemble; e vi sono difetti d'insieme, che saltano agli occhi con troppa evidenza. D’ailleurs, il faut le regarder comme Italien, puisque ce sont des Italiens qui l’ont instruit ; et encore,

est-il inférieur, même dans l’ornement, à tous les Italiens aux-

quels on pourrait le comparer (t. Il, p. 377, 381). »

« Puget, tant exalté par les Français, Puget n’a que des défauts. Dépourvu d’harmonie, négligé dans les détails, ignoble partout, on ne peut trouver en lui aucune apparence de bien qui ne donne sujet à une juste critique ; difficilmente potrà attribuirsi un merilo che non incontri ragionevoli censure. Sur cent compositions de l’agonie de Milon , esquissées par des élèves, on en trouve au moins vingt qui valent mieux que la sienne; di cento azioni che abbiamo vcdute di questo soggello , che suol pro porsi a giovani scultori , ben venti ne abbiamo vedule meglio composte di quella di Puget. Mais, disent les Français, il a su exprimer la douleur... Beau mérite, quand il s’agit d’une douleur purement physique! Non è cosa maravigliosa, ove si traita va di raffigurare le sole fisiche sensazioni (t. III, p. 141). ».

Qu’est-ee enfin que M. C. pourra dire au sujet du Poussin, dont il se serait facilement dispensé de parler, puisque son ouvrage ne traite que de l’art statuaire? On ne saurait le prévoir, à moins qu’on ne se rappelle son opinion sur l’impuissance de notre climat pour produire de véritables artistes. « Le Poussin, suivant lui, est né sur le sol français, par une bizarrerie de la nature; per bizzarria deW accidente nalo 'sul suolo francese (t. III, p, 1 4 1). »

Page 1