CHAPITRE VI
Sculpture française des quinzième et seizième siècles, jusqu’en l’an 1530,
Le quinzième siècle commença sous de funestes auspices : un roi, dont l’esprit égaré ne dirigeait plus les rênes de l’État ; des princes ambitieux, avides, turbulents, qui, pendant cette infirmité du monarque, s’arrachaient l’un à l’autre une autorité usurpée, assiégeaient le *rône pour en dévorer les trésors ; des seigneurs insubordonnés, soutenant leur système d’indépendance par la rébellion et la trahison ; une reine sans pudeur, déshéritant son fils pour livrer la couronne à l’étranger ; l’Anglais, maître de la moitié du sol de la France ; la révolte, la guerre, le brigandage partout : tel est le sinistre tableau que présente la France sous le règne de l’infortuné Charles VI. Au sein de tant de calamités, les arts pouvaient-ils trouver des esprits disposés à apprécier leurs efforts et à goûter leurs paisibles jouissances ?
Heureusement l’impulsion donnée par Charles V avait été aussi profonde, aussi puissante que conforme aux dispositions naturelles de la nation. Les arts se trouvaient unis désormais avec les habitudes des Français. La religion, l’amitié, l’amour, le luxe, l’orgueil, l’intérêt des factions elles-mêmes sollicitaient leurs travaux, et les progrès toujours croissants des lumières leur faisaient une loi de leur perfectionnement. Ils se perpétuèrent, agrandirent leur domaine, s’épurèrent, s’ennoblirent, au milieu des désordres publics qui semblaient devoir les anéantir : tant il est vrai que jamais les guerres civiles n’ont suspendu l’essor de l’esprit humain.
Heureusement encore, après la mort de Charles VI, des princes qui aimaient les arts par un goût naturel, tels que Charles Vil, lléné d’Anjou, Louis XII, en relevèrent la dignité, en les appelant
tableau historique
vers leur but le plus noble, celui de concourir directement au rétablissement de l’esprit public et à la gloire nationale. Les orages enfin furent passagers ; le bien, au contraire, demeura, parce qu’il était le produit d’un sentiment qui devenait universel.
Les travaux des églises, les monuments funèbres continuaient principalement à occuper le ciseau des statuaires.
En 1 400, on consacra, dans l’église du couvent de Chailly, près de Senlis, une statue de la Vierge en marbre blanc. Le jugement qu'en portait un homme illustre de cette époque est bon à connaître. Je veux parler de Jean de Montreuil ,• secrétaire du roi Charles VI. Ce savant, écrivant à Nicolas de Clémanges, ancien secrétaire de l’antipape Benoît XII, lui disait : « Cette statue est » si habilement sculptée, elle est pleine de tant de majesté ( tanta » majestate et cirlificio sculpta et fabrefacta ), qu’on ne peut » rien voir de plus achevé, ni dans nos pays, ni nulle part ailleurs. » On croirait, ajoutait-il, qu’elle est l’ouvrage de Lysippe ou de » Praxitèle (ila ut opus diceres Lysippi aut Praxitelis ) *. »
Il faut sans doute, dans cet éloge, faire la part de l’exagération ; mais quand on voit un homme aussi distingué que Jean de Montreuil, s’adressant à un des écrivains les plus célèbres de son siècle, qui se trouvait alors en Italie, s’exprimer en de pareils termes, on est bien obligé de croire qu’un mérite réel, et surtout que des progrès notables, motivaient son admiration.
En 14 02, le cardinal Jean de la Grange, évêque d’Amiens, ministre de Charles V, disgracié par Charles VI, fut inhumé près de l’entrée du chœur de sa cathédrale, et sa figure fut couchée, suivant l’usage, sur le tombeau. « Il est sur le sarcophage, dit l’écrivain qui nous a conservé ce fait, en marbre parien, représenté de son long , élabouré de main ouvrière ; le soubassement, d'un marbre noir , est ajolivé et tout entouré de figures encore de marbre blanc. » Jean de la Grange avait fait construire, de son vivant, une chapelle dédiée à saint Jean-Baptiste, et il
’ Johan. de Mosterol.» Epist, X/;japud Martcnne et Durand, Ampl. collecl., t, II, col. 1889.
y avait placé sa propre statue auprès de celles de Charles V et de Charles VI1.
Dans la même année, 1 402, Nicolas Flamel ayant fait rebâtir le portail de l’église de Sainte-Geneviève des Ardents, y érigea aussi sa propre statue 2. Nous avons déjà vu plusieurs fois de semblables exemples : un simple particulier se décernait à luimême l’honneur d’une image, dès qu’un bienfait envers une église lui en offrait le prétexte. Tous les sentiments religieux, la charité, l’espérance, la terreur, employaient, pour s’exprimer, le langage de l’art.
Au sein d’une vie licencieuse, habituellement tourmenté par la peur de la mort, le duc d’Orléans, frère de Charles VI, à peine âgé de trente-deux ans, crut devoir dicter son testament. « Je veux, dit-il dans cet acte (apparemment par esprit de pénitence), je veux que ma tombe ne soit eslevée que de trois doigts de haut sur terre ; >» mais en exprimant celte volonté, il n’oublia pas son image : « T ordonne que la remembrance de mon visage et de mes mains soit faicte sur ma tombe en guise de mort, vestue de l'habit des Célestins... et soit faicte icelle tombe de marbre noir , eslevée, et d'albastre blanc , es lieux qu’il appartien t. » Divers legs de ce prince n’intéressent pas moins l’histoire de la sculpture. « Je lègue... (à différentes églises) à chacune un calice d'or : Je veux que la patte soit faicte à huit quarrez, et au pommelde chacun , soient les quatre évangélistes et les quatre docteurs, et au pied un crucifix ou un Dieu de pitié, avec mes armes. Je veux qu’en ma chapelle des Célestins de Paris soient faictes deux belles colonnes de cuivre ou de laiton, avec deux anges dessus 3. » C’est le 1 9 octobre de l’an 1 403, que ce malheureux prince dictait son testament ; on sait qu’il fut assassiné le 7 décembre 1 407.
Le duc de Berri, oncle de Charles VI, atteint, en 1 404, d’une
De la Morlière, Anliq. d’Amiens, p. 218.
1 Dubreul, p. 72.
1 Beurrier, Histoire du monastère des Célestins de Paris, p. 209. P24, 320.
TABLEAU HISTORIQUE
maladie qu’il croyait mortelle, promit un don à la Vierge pour obtenir sa guérison ; et, revenu en santé, il présenta, en effet, à l’église de Notre-Dame de Paris, une croix d’or où étaient représentés tous les mystères de la Passion K
Dans quelqu’une des années précédentes, Gilles dn Chastel, conseiller de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, avait fait exécuter, dans le cloître de l’église de Saint-Pierre de Lille, un basrelief représentant l’Éternel qui couronnait son Fils. Auprès de la figure de Jésus-Christ, se voyait Gilles du Chastel , à genoux, armé de toutes pièces, entre saint Michel et saint Georges. « Ce monument est très-bien pour le temps, » dit Millin , qui l’a vu et qui en a fait la description 2; Gilles du Chastel mourut en 1403.
En 1 404, fut élevé, dans l’église des Chartreux de Dijon, le tombeau de Fhilippe le Hardi, duc de Bourgogne, consacré par Jean Sans-peur, son fils. Philippe avait lui-même rassemblé les matériaux nécessaires pour le construire. La statue de ce prince, en marbre blanc et drapée, était couchée sur un sarcophage de marbre noir. Auprès de la tête, se voyaient deux anges à genoux, et sur le pourtour, entre des colonnes, quatorze figures, d’environ douze pouces de haut, en marbre blanc, représentant des officiers du duc, des chartreux, des prêtres, et d’autres personnes occupées de la cérémonie des obsèques 3.
Deux petites figures, qui ont seules échappé à la destruction de ce tombeau (et dont nous voudrions pouvoir placer des gravures sous les yeux de nos lecteurs) , nous mettent à même d’apprécier le mérite du monument. Elles sont toutes deux singulièrement remarquables par la vérité des têtes : l’une, plus particulièrement, par la justesse de l’expression ; l’autre, par le style de la draperie 4.
* Juvénal des Ursins, p. ISO. — D. Félibien , Histoire de Paris, t. II, p. 732.
* Millin, Antiq. nat., t. V, p. 77, pl. ii, tig. 3.
* D. Plancher, Hist. de Bourgogne, t. III, p. 204; gravure, ibid.~ Moreau de Mautour, Mercure de France, février 1725, p. 291.
* Ces deux petites ligures ont passé, du cabinet de M. Grivaut, dans celui de M. Denon. J’en dois les dessins à l’obligeance de MM. Brunnet,
Chose singulière ! ce sérail ici, suivant M. Cicognara, le premier monument exécuté en France qui méritât d’être cité comme nous appartenant, s’il était l’ouvrage d’un Français; mais «on ne saurait, dit cet écrivain, le comprendre parmi les productions de la France, attendu qu’il est l’ouvrage de deux Alsaciens. » Il faut bien que je suspende, en ce moment, mon récit, pour examiner de si étranges assertions. Elles sont toutes deux fausses. Que ce monument soit le premier de ce genre qui ait été exécuté en France : erreur inexcusable, puisque nous avons rappelé plus de vingt tombeaux, tous de la même forme que celui-ci et souvent plus riches, élevés à des Français, depuis celui d’Obazine, sculpté vers l’an 1160, jusqu’à celui de Jeanne de Navarre, qui appartient à l’an 1398. Que ce monument soit le premier qui mérite d’être cité à raison du travail : erreur non moins grave , car plusieurs de ces tombeaux, dont nous avons fait mention, appartiennent à des époques assez rapprochées de celui de Philippe le Hardi, pour que la différence, dans ce qui appartient à l’art, ne dût pas être bien grande. Si donc nul autre n’avait droit d’être cité, à coup sûr celui-ci ne le mériterait pas davantage ; et, si, au contraire, celui de Philippe est digne d'être mentionné honorablement, il faut bien croire que d’autres l’étaient aussi. On voit facilement ce qui a déterminé la préférence que lui accorde l’écrivain : c’est le plaisir de dire que ce monument privilégié n’a point été exécuté par un Français, et qu’il est l’ouvrage de deux Alsaciens. Nous ne le chicanerons point sur la qualité d Alsaciens ou de Français, car il se trompe sur la désignation même des artistes. Il ne connaît que deux de ces maîtres, Claux de Verne et Claux Sluter *, qui pouvaient être Alsaciens, Suisses, Allemands, n’importe ; quoique Claux de Verne, neveu de Claux Sluter, soit quelquefois appelé Claux de Vouzonne, ce qui pourrait le faire croire né dans les environs d’Orléans. Mais ces deux statuaires
neveux de cet illustre amateur. Ils en possèdent une troisième, qui est celle d’une princesse.
' M. Cicognara, 6 tor. dell. scult.,è d. in-fol., t. I, p. 480; in-8, t. III, p. 476.
TABLEAU HISTORIQUE
eurent un troisième associé, ce que le prétendu historien de l'art français paraît n’avoir pas remarqué, et celui-ci se nommait Jacques de la Barse 1 , nom qui annonce évidemment un Français. Ainsi, son assertion est dénuée de vérité autant que son épigramme est dépourvue de sel.
Philippe le Hardi ayant, comme nous venons de le dire, le projet d’élever son tombeau, de son vivant , avait conclu, à cet effet, un traité avec Claux de Verne, son valet de chambre et son tailleur d'images, et de plus, il avait fait acheter les mar- ^ bres à Paris, en 1394, pour le prix de 300 francs, La main- k d’œuvre devait être payée 3612 francs. Ce fut le duc Jean qui ratifia le traité, le 1 1 juillet et 1 404 2. Nous voyons ici deux choses : l’une, que les ducs de Bourgogne de la maison de Valois avaient, au nombre de leurs officiers des tailleurs d'images, c’est-à-dire des statuaires, usage que nous retrouverons chez d’autres princes français ; l’autre, que Paris était un marché où l’on pouvait se pourvoir du marbre statuaire qu’exigeaient tant de monuments : preuve assez évidente qu’on taillait des images au moins à Paris ; car un marché où se vend du marbre statuaire suppose des statues et des sculpteurs.
L’église de Braine continuait, dans le même temps, à s’enrichir de sculptures. En 1392, 1395, 1396, on y éleva divers tombeaux des seigneurs de Rouei, qui avaient succédé aux comtes de Dreux. Leurs effigies , suivant l’expression de Marlenne, s’y voyaient au naturel 3. En 1 402 et en 1412, furent consacrées deux tombes: l’une à Simon de Rouci, fils de Simon; l’autre à Hue de Rouci, fils de Hue II. Ces tombes étaient plates et de bronze. Les images des deux princes n’étaient pas posées au-dessus, en rondebosse : elles étaient, dit Martenne, gravées avec le burinf d'une manière très-délicate 4. De Laborde confirme ce témoignage : « ce
• Mém. pour l'histoire de France et de Bourgogne; Paris, 1729, in-4°, p. 51. — Année titt., 1776, t. V, p. 203.
• Mém. pour l'histoire de France et de Bourgogne, p 137. — D. Plancher, toc. cit.
1 Martenne, Voy. litt., part, ni, p. 29.
• bi., loc. cit., p. 30
sont, dit-il, des tombes plates , de bronze; elles sont gravées avec soin et bien dessinées , d'un travail gothique , excellent , curieux et immense 1 . » Quoiqu’il ne s’agisse point ici de sculpture, ce fait mérite d’être remarqué ; j’aurais pu citer, à des époques précédentes, des tombeaux en cuivre de plusieurs évêques de Paris, ornés de la même manière2. J’en ai mentionné quelquesuns, vers l’an 1344, qui étaient déposés dans l’église des Chartreux.
L’art de graver en creux sur le bronze, sur le cuivre, l’or et l’argent, était pratiqué en France, comme en Italie, dans l’antiquité. Nos cabinets renferment beaucoup de patères et d’autres instruments grecs et romains, embellis d’images gravées. La damasquinure, et plus encore l’art de nieller, qui exigeait une extrême délicatesse, avaient maintenu l’habitude de ce travail. La gravure s’était perfectionnée avec la sculpture et avec l’art de nieller. Du reste, on ne comprend pas nettement pourquoi de Laborde dit que le travail de cette gravure était gothiquey puisque, suivant lui, il était excellent , et puisque les figures étaient bien dessinées ; il est vraisemblable qu’il a dit gothique , par la raison que, suivant son expression, le travail était immense , ce qui est, en effet, un des caractères du gothique. Quoi qu’il en soit, il y avait toujours dans le dessin un progrès notable 3.
En 1 405, le maire et les douze pairs de la ville de Mantes, edi faisant réparer le portail de leur église de Notre-Dame, y placèrent leurs propres statues, sous les attributs des saints dont ils portaient les noms, et leurs propres noms patronymiques furent gravés sur les piédestaux, auprès de ceux des saints 4.
' De Laborde, Voyages pittoresques de France , Ile-de-France, p. 86.
1 Charpentier, Description historique de l’église de Paris ; var. loc.
1 Le mot gravé ne doit pas toujours être pris dans son sens naturel, chez nos anciens auteurs, quand il est question de monuments. Dubreu! dit, en parlant de la fontaine des Innocents, de Jean Goujon, « que Ici figures sont gravées sur la pierre , » p. 798 ; et nous savons bien qu’elles sont en bas-relief : ce mot signifie alors, prises dans la pierre. C’est ainsi que Corrozet dit quelquefois, « que les ligures sont engravées dar le marbre. »
• Millin, Antiq. nat., t. II, p. !5.
TABLEAU HISTORIQUE
En 1408, le duc de Berri fit sculpter, sur le portail de l’église des Saints-Innocents de Paris , les figures de trois chevaliers représentés traversant un bois ; et à côté, celles de trois chevaliers morts \ Quel est le fait que ces images devaient rappeler? Nous l’ignorons ; mais celte représentation donne un nouvel exemple de l’union de l’art statuaire avec l’histoire civile.
En 1409, on plaça dans l’église des Célestins de Paris la tombe de cuivre de Philippe de Moulins , évêque de Noyon , secrétaire des rois Charles V et Charles VI ; la statue était également en cuivre; quatorze figures de saints étaient placées à l’entour; ce monument était orné d’émaux et de pierres précieuses. Le même évêque légua à l’église de Noyon sa crosse, à la sommité de laquelle étaient représentés les douze apôtres, le couronnement de la Vierge, six prophètes, un ange et un évêque à genoux2.
Les tombeaux ornés de statues et élevés à des personnes de tous les états; les châsses, les ostensoirs, les devants d’autels enrichis de figures en ronde-bosse et de bas-reliefs, deviennent tellement nombreux, à cette époque, que je me trouve obligé de laisser à l’écart la plus grande partie de ceux dont les historiens ont fait mention.
Le dauphin Louis, duc de Guienne, mort en 1415, frisait, dit Juvénal des Ursins, une dépense excessive, pour orner sa chapelle de grandes images d'or et d'argent 3. On sent combien l’exemple de ce prince devait avoir d’imitateurs.
Le roi Charles VI consacra un tombeau à son oncle, le duc de Berri, mort le 1 5 juin 1416. Ce monument fut placé dans la Sainte- Chapelle de la ville de Bourges, que le duc avait fait construire. « C’était, dit l’historien, une sépulture élevée , en la forme des sépultures des roys et enfants de France , par figures et représentations 4. » Ces mots, en la forme des sépultures des rois et enfants de France , sont à noter. Nous avons vu, en effet, que
* Dubreul, p. 621.
5 Millin, Antiq. nat., t. 1, p. 148, 149, et pl. xxv.
• Juvénal des Ursins, p. 524. — Félib. , Hist. de Paris, t. 11. p. 779.
4 Jean Clienu, Rech. des antiq. de Bourges, p. 46.
les sarcophages de la plupart des princes de la famille royale étaient ornés de figures et de représentations , c’est-à-dire, environnés de petites statues. Martenne explique ce mot, au sujet du tombeau du duc de Berri : « Ce tombeau , dit-il, ne se peut assez estimer; les figures qui sont tout autour sont des pièces achevées !. »
Dans ces temps de révolutions, où il fallait parler à l’imagination du peuple, chaque parti essayait, dans ce but, de faire usage des arts. En 1411, un des bouchers de Paris, nommé Gois, le même qui, quelques années auparavant, avait incendié le château de Vincestre, ayant été tué dans un combat des Parisiens, dits Bourguignons, contre les Armagnacs, le duc de Bourgogne lui fit élever une tombe dessus sa sépulture , dans l’église de Sainte- Geneviève2 ; et er 1 4 1 8, dans la désastreuse nuit du 2 8 au 29 mai, Perrinet Leclerc, autre Parisien-Bourguignon, ayant livré à ceux de son parti la porte dite de Saint-Germain , le peuple, dans sa joie, le porta en triomphe, et lui érigea ensuite une statue, grande comme nature ,. dans la rue Saint-André des Arcs , au coin de celle de la Bouderie 3. Le torse de cette ligure existait encore au milieu du siècle dernier 4. Nous voyons, par ces doux exemples, combien l’emploi de la sculpture avait pénétré dans les habitudes nati aies.
I 'était établi un autre usage, éminemment moral, et qui forme un contraste singulier avec les mœurs si souvent licencieuses des grands de cette époque. Lorsque, de deux époux, le mari mourait le premier, on plaçait sur sa tombe, à côté de sa statue, celle de sa femme, quoiqu’elle fut encore vivante. Il semblait par là que la mort ne dut pas séparer des personnes intimement unies pendant leur vie, ou qui voulaient paraître inséparables ; c’est ce qui fut pratiqué au mausolée de Pierre de Navarre, comte d’Alençon,
* D. Martenne, Voy. litt., p. i,p. 28.
* Juvénal des Ursins, Hist. de Charles VI, p. 236. — Ceci signifia une haute tombe.
* 1). Félibien, Hist. de Paris, t. Il, p. 790.
* pe Choisy, Hist. de Charles VI, t. IV, p. 304.
TABLEAU HISTORIQUE
mort vers l’an 1418, et inhumé dans l’église des Chartreux de Taris. Catherine d’Alençon, sa femme, qui fit exécuter ce monument aussitôt après la mort de son mari, se fit représenter à côté de lui sur le sarcophage, et elle ne mourut qu’en 14 62. Le pourtour du sarcophage était orné de petites figures en marbre et en ronde-bosse 1 .
Même association de deux figures sur le tombeau du roi Charles VI, mort en 1422; la statue d’Isabelle de Bavière y fut placée à côté de celle du roi, et cette princesse ne mourut qu’en 1 433 ; trente statues en ronde-bosse ornaient le pourtour du sarcophage 2.
Le tombeau de Jean Juvénal des Ursins, mort en 1 431 , et inhumé dans l’église Notre-Dame de Paris, offrit une semblable réunion. Les statues de ce magistrat et de la dame Michèle de Vitry, sa femme, furent placées l’une à côté de l’autre, sur le sarcophage, mais à genoux ; Michèle de Vitry ne mourut qu’en 1 4 56 3. Le mausolée de Pierre de Navarre et celui de Jean Juvénal des Ursins, subsistent encore 4.
En l4 35,on commença à reconstruire le grand portail de Saint-Germain l’Auxerrois, tel qu’il existe aujourd’hui ; il fut terminé en 1 439. La dépense fut faite par Y œuvre et par les paroissiens. Jean Gansel en fut tout à la fois l’architecte et le sculpter5.
En 1 4 44 , Philippe le Bon, duc de Bourgogne, fit élever, dans le chœur de l’église des Chartreux, de Dijon, à côté du tombeau de Philippe le Hardi, son aïeul, celui de Jean sans Peur, son père, dont le corps était demeuré jusqu’alors déposé dans l’église de Notre-Dame de Montereau. Le statuaire, directeur de l’ouvrage,
1 Dubreul, p. 360, 362.
* Félibien, llist. de Paris, t. II, p. 821. — Le Laboureur, Hist. de Charles VI, t. I, inlroduc., p. 153. Cet auteur a publié une gravure de ce monument.
3 Dubreul, p. 12 et 13. — Carpentier, Descript. hist. de Vigl. de Paris, t. I, p. 50.
4 Musée des Monuments français, n° 79, p. 208 ; et n°82, p. 210.
4 Sauvai, Antiq. de Paris, t. I, p. 302.
fut Jean de la Vuerta, Espagnol, natif de l’ Aragon. 11 eut pour collaborateurs, Jean de Drogués, vraisemblablement Espagnol, et Antoine le Mouluricr, évidemment Français, si Ton en juge par son nom. Il fut convenu que ce mausolée serait à peu près semblable à celui de Philippe le Hardi, seulement un peu plus large. La statue de Marguerite de Bavière, femme du duc, fut placée à côté de celle de son mari. Deux anges, tenant divers attributs, étaient auprès de la tête de cette princesse ; deux autres, à côté de celle du duc. Quatorze petites figures ornèrent aussi le pourtour, ce qui faisait en tout vingt figures en ronde-bosse. Le traité fait entre le duc et les sculpteurs portait expressément que les deux tctes seroient les images et représentations dudit duc Jean et de ladite duchesse sa femme, selon les portraits qui seroieni baillez à la V uerta. Le prince fournit les marbres. Le marbre blanc, dit albâtre, fut tiré des carrières dites les Pierres de Salins. Il fut payé, pour la main-d’œuvre, 4,000 livres1, qui représenteraient aujourd’hui environ 25,000 francs de notre monnaie 2.
Agnès Sorel fut inhumée en 1449, dans le chœur de l’église de Notre-Dame de Loches. Sa statue était en marbre blanc. Deux anges tenaient l’oreiller où paraissait reposer la tête de la belle des belles; deux agneaux supportaient les pieds. On lisait dans
l’inscription : Picta jacet est ipsa depicta 3 : par conséquent,
la tête était encore un portrait. L’usage de donner aux figures placées sur les tombeaux les traits du mort était général.
* Mèm. pour V histoire de France et de Bourgogne , p. 226. — Notice manuscrite , de M. Gilquin; Année litt., 1776, t. V, p. 204.
* En évaluant le mare d’argent monnayé, eu 1444, de 8 fr. 50 c. à 9 fr., et aujourd’hui, à 56 fr.
* De la Thaumassière, Hist. de Berry , p. 92, 95. — Alain Charlier, Hist. de Charles VU, p. 192. — Ce tombeau, élevé d’abord au milieu du chœur, fut placé dans la nef en 1777 ; il a été transporté, en 1809, dans Ja tour du château de Loches, dite la Tour d'Agnès. Il a été gravé. On voit un calque de cette gravure, au Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale, à Paris.— Voy. Dufour, Dict. hist, du départ, d'Indre * •V Loire, t, II, p. 178, 190, 272, 273.
TABISAU HISTORIQUE
En {447, Denys du Moulin, évêque de Paris, fut inhumé dar.s le chœur de l’église de Notre-Dame. Le sarcophage et la statue étaient en cuivre. Quarante-neuf figures placées dans des niches, ornaient le pourtour. L’auteur qui rapporte ce fait, ne dit pas clairement si elles étaient en ronde-bosse ou en bas-relief 1 ; mais les niches doivent faire présumer qu’elles étaient en ronde-bosse.
Un autre monument, en cuivre, exécuté en l’année 1455, obtint une grande célébrité ; ce fut le mausolée que Philippe leBon, duc de Bourgogne, consacra dans la chapelle dite de la Treille , de l’église de Saint-Pierre de Lille , à la mémoire de Louis de Marie, comte de Flandres, son bisaïeul, de Marguerite de Brabant, sa bisaïeule, et de Marguerite de Flandres , sa mère et leur fille, femme de Philippe le Hardi. Au-dessus du sarcophage, reposaient les statues des trois personnages, grandes comme nature; derrière la tête du prince, s’élevait un tronçon de colonne avec lequel se groupaient le heaume et deux anges aux ailes déployées ; et au pourtour du sarcophage, se voyaient debout, dans des niches, vingt-quatre figures en ronde-bosse, représentant des princes et des princesses, tous issus de Philippe le Hardi et de Marguerite de Flandres, en y comprenant Philippe le Bon lui-même. Toutes ces figures étaient en cuivre. Ce monument, suivant l’inscription, fut exécuté en la ville de Bruxelles , par Jacques de Gernes , bourgeois d'icelle, et fut parfait en 1455 2. J’ai cru qu’on me pardonnerait de le citer, quoiqu’il n’appartienne point à la France, puisqu’il s’agit de détruire l’allégation d’un historien qui veut que, dans le quinzième siècle, l'art ne fut cultivé qu’en Italie, et qu’il n’existât d’artistes que dans ce pays privilégié.
1 Carpentier, Descript. de Végl. mètrop. de Paris, p. t Si. — 11 a donné une gravure de ce monument, comme de beaucoup d’autres du même genre, qu’il serait trop long de citer. Son ouvrage serait d'un grand intérêt, si les descriptions étaient faites avec plus de soin.
’ Jean Vincart, Virgo cancellala in insign. eccl. colleg. D. Pétri , etc. (Traité historique sur la chapelle dite de N.-D. de la Treille). — Moritfaucon, Monum. de la Mon. fr., t. III, pl. xxix, xxx, xxxi. — Milita, Anliq. nat., t. V, p. 53 et suiv., pl. iv, v, vi, vu.
En 1 467, s’éleva dans la ville d’Orléans un monument, d’un autre genre, consacré par les habitants de cette ville à l’infortunée Jeanne d’Arc. Il se composait de quatre figures en ronde-bosse et en bronze, grandes comme nature. Au milieu était la sainte Vierge, au pied d’une croix , tenant le corps mort du Sauveur sur ses genoux : d’un côté, Jeanne d’Arc ; de l’autre, Charles VII, tête nue, en prière, imploraient le secours du ciel pour la délivrance de la France l.
Déjà nous avons vu une statue de bronze, en ronde-bosse, grande comme nature, en l’an 1218. Le monument de Jeanne d’Arc ne nous offre, par conséquent, rien de nouveau sur ce point; toutefois, la réunion, en un seul groupe, delà ligure de la Vierge et du corps mort du Sauveur, doit être remarquée, car elle présentait des difficultés qui annoncent de grands progrès dans l’art de la fonte. Cet ancien monument fut détruit dans les guerres civiles, en 1667, et rétabli cinq ans après, conformément à la première composition, par le statuaire Hector Lescot, surnommé Jacquinot 2.
En 1457, les enfants de Jacques Cœur élevèrent un tombeau à IVIacée de Léodepar, sa veuve et leur mère, dans l’église de SainU Oustrillez, de Bourges. Ce monument offrit une nouveauté trèsimportante, ce fut la figure de Macée, en ronde-bosse, couchée sur le tombeau, représentée nue et grande comme nature. La pensée attachée à cette composition dut être religieuse : l’artiste voulut sans doute, en représentant une figure nue, peindre l ame de la personne, à laquelle était consacré le monument , arrivant pure dans le sein de Dieu. Cet emblème était ici d’autant plus convenable, qu’en justifiant leur mère, les enfants de Jacques Cœur pouvaient être considérés comme rendant indirectement hommage à l’innocence de son infortuné mari. Mais il fallait aussi que l’art fût bien avancé, pour qu’il entreprît de représenter une femme nue ; l’exécution d’une semblable figure obligeait l’artiste à de
1 S. Guyon, Hist. de l'église, ville et univ. d'Orléans , t. II, p. 25b, 256. — Millin, Antiq. nat., t. II, p. 2 pi. 1,
2 Millin, Ant'q, nat.
TABLEAU HISTORIQUE
sérieuses études ; et cette figure, qui annonçait de grands progrès, en prépara, par là même, de nouveaux. Thevet semble dire’que les enfants de Jacques Cœur, ayant transigé avec le roi en 1457, à l'effet d’obtenir sa permission, consacrèrent ce tombeau, non pas seulement à la dépouille de leur mère, mais encore à la mémoire de Jacques Cœur lui-même !.
Charles VII, mort en 1 4 G 1 , fut inhumé à Saint-Denis, dans la chapelle de Charles V. Sur le sarcophage, qui était en marbre noir, furent posées la statue de ce prince et celle de Marie d’Anjou, sa femme, qui ne mourut cependant qu’au mois de novembre de l’an 1 463. Le pourtour du sarcophage était enrichi de petites statues en marbre blanc 1 2.
En 14 6C, une religieuse de Paris étant morte en odeur de sainteté, Louis XI lui consacra, dans l’église des Innocents, un tombeau de bronze ; et au-dessus du sarcophage, il fit placer la statue, en bronze, de cette sainte tille , tenant en main un livre ouvert3.
Je ne saurais omettre le tombeau que Réné d’Anjou, comte de Provence, consacra en 1461, dans l’église des Frères Mineurs de Marseille, à Artuse de Laval, sœur de Jeanne de Laval, sa seconde femme; d’autant plus qu’il était, suivant l’historien de la ville de Marseille, extrêmement somptueux et magnifique 4. Mais comment oublierais-je surtout un acte de piété digne d’une éternelle mémoire? Je le rappelle ici, quoiqu’il appartienne à l’an 1525 ; car je ne saurais le séparer de l’histoire du bon roi Réné : c’est le tombeau d’Artuse qui m’y conduit naturellement.
Le connétable de Bourbon, qui allait assiéger Marseille, en 1 525, approchait de la ville avec son armée. Hors de la ville, du côté par où il devait se présenter, était l’église des Frères Mineurs,
1 Chenu, Antiq. de Bourges, p. 84. — Thevet, Histoire des homme* illustres.
* Histoire de Charles Vil, pub. par Godefroy,' éd. in-fol., p. 322 et 722. — 1). Félibien, Hist. de l’abb. de Saint-Denis, p. 556.
s Dubreul, p. 624. — Félibien, Hist. de Paris, t. II, 833.
* Rufli, Hist. de Marseille, part, ii, p. 103, 106.
qui renfermait les tombeaux d’une multitude de familles ; tombeaux magnifiques , dit l’historien, enrichis de très-belles sculptures, d'images en relief, de moulures en feuillage , de colonnes de marbre noir et blanc , et de porphyre encore !. Un? sainte terreur s’empara tout à coup des esprits. Cet asile de la mort va peutêtre, se disaient les habitants les uns aux autres, se trouver souillé, saccagé, démoli par les rebelles. Aussitôt les parents se précipitent vers les tombes menacées : elles sont ouvertes. Des mains, religieusement spoliatrices, en enlèvent la pâture de la mort * tout est recueilli. Chaque famille rentre au sein de la cité, portant dans ses bras les reliques de ses pères. Cet enlèvement s’achève sous le feu de l’ennemi; et quand celui-ci s’empare de l’église, qu’il ne tarde point, en effet, à renverser, il n’y trouve que les traces de la terreur qu’il a inspirée, et de l’acte de vertu qui lui a épargné une profaration odieuse.
Le souvenir du règne bienfaisant de Réné donna dans cette occasion des protecteurs aux cendres d’Artuse. Elles furent transportées, avec les ornements de son tombeau, dans l’église de la Major ; et la statue de cette princesse est demeurée longtemps dans cette église 2, comme un témoin toujours présent de l’acte que je viens de rapporter, et de la reconnaissance des Provençaux envers un roi qui ne cessa de s’occuper de leur bonheur avec une tendre sollicitude.
Plusieurs des amis et des officiers de Réné reçurent aussi de lui d’honorables sépultures; ce furent, entre autres, Guillem de Rarbazan, tué à son service à la bataille de Belleville 3 ; Bertrand de Beauveau, son grand-chambellan ; Jacques de Passis, maître de son hôtel. Le premier fut inhumé à Saint-Denis, près de Paris, dans la chapelle de Charles Y ; le second, dans le chœur de l’église des Augustins d’Angers ; le troisième, dans celle de Saint-Martin de Marseille. La statue de Barbazan et celle de Bertrand de Beau-
* Ruffi, Hist. de Marseille, part, h, p. 105,
* Id., ibid.
1 De Villeneuve, Hist . de Réné d'Anjou*
TABLEAU HISTORIQUE
veau étaient en cuivre ; celle de Jacques de Passis, en marbre *.
En 1470, Blanche, fille naturelle de ce prince, fut inhumée dans l’égliswdes Carmes de la ville d’Aix; sot tombeau, orné de plusieurs statues, a subsisté jusqu’en 1793.
Réné II, son petit-fils, duc de Lorraine, ayant défait Charles II, duc de Bourgogne, devant Nancy, en 147 7, fit lui-même éleve? un tombeau à Charles, son antagoniste, mort dans cette bataille. Ce monument fut placé dans l’église de Saint-Georges de Nancy. La statue était en cuivre '2.
Enfin, Réné Ier lui-même, comte de Provence, étant mort en 1479, son corps fut transporté à Angers, et inhumé dans l’église de Saint-Maurice. Le tombeau fut érigé en 1481 ; le sarcophage était en marbre noir, orné de pilastres ; au-dessus étaient couchées la statue de Réné et celle d’Isabelle de Lorraine, sa première femme, en marbre blanc 3.
En 1 473, on couvrait les deux battants de la grande porte de la cathédrale de Nantes, de deux grandes figures en bronze et en bas-relief, représentant saint Pierre et saint Paul. Cet ouvrage subsiste encore 4.
En 1476, s’élevait, dans la ville d!Aix, en Provence, leporlail de l’église métropolitaine de Saint-Sauveur, monument intéressant, en ce que les deux artistes qui l’ont exécuté sont connus* et qu’ils étaient tous deux en même temps architectes et statuaires» Nous en parlerons plus tard 5.
En 1477 fut déposé, dans l’église de Cîteaux, le tombeau dd
* Sauvai, t. II, p. G47. — Montfauc., Monitm. de la Mon. fr., t. IÎÎ, p. 555, pl. lxix, fig. 2. — Ruffi, Hist. de Marseille , part, n, p. 49.
5 Martenne, Voy. litt. part, n, p. 191. —Moreau de Maulour, Mercurè de France, février 1725, p. 301, 502.
* II. Bouche, Hist. de Prov ., t. II, p. 477. — De Villeneuve, Hist. de Réné d'Anjou , t. III, p. 178.
4 M. Athenas, Mém. sur l’église cathédrale de Nantes, manusc. déposé au secrétariat de flnst. de France, p. 17.
5 Martyrol. manusc. eccl. Aquens., an. 1476. — Fauris S. Vincens, Mémoires et notices relat. « la Provence, p. 36. [Mag. cncycl., décembre, 1813.)
Philippe Pot, grand-sénéchal de Bourgogne. Sur le sarcophage, fut posée la statue du défunt. Sur le pourtour, aux quatre angles, étaient huit petites statues de femmes, dites des deuils ou des pleureuses, qui soutenaient la pierre sépulcrale1. Celte idée a souvent été reproduite depuis cette époque.
En 1 475, Louis XI permit aux descendants d’Enguerrand de
Marigny d’élever un mausolée sur la tombe de leur aïeul, dans
l’église collégiale d'Écouis, que ce ministre avait fondée de son
vivant. Déjà auparavant on voyait sur le portail de cette église la
statue d’Enguerrand et celle d'Alype de Mons, sa femme; et dans
l’intérieur, le tombeau de Jean de Marigny, un de ses frères,
archevêque de Rouen. Ce tombeau était orné de la statue en
marbre de ce prélat, et sur la statue étaient incrustés des orne-
ments en vermeil. Charles de Valois, accusateur d’Enguerrand, tourmenté de remords, avait lui-même, pendant sa dernière maladie, fait transporter les ossements de ce ministre dans l’église d’Écouis ; mais l’interdiction de lui élever un tombeau avait été maintenue. Louis XI se rendit enfin au vœu de la famille d’Enguerrand ; toutefois, en permettant de consacrer un monument à ce ministre, il défendit qu’il fût fait mention, dans l’épitaphe, du jugement qui l’avait condamné. Vaine défense : l’intelligent statuaire se chargea de suppléer au défaut de l’inscription. Le mausolée fut construit en forme de chapelle. La statue d’Enguerrand reposait sur le sarcophage. Au-dessus de l’atlique, étaient élevées cinq figures en ronde-bosse, grandes comme nature ; celle du milieu représentait l’Eternel, assis, vêtu d’une toge; à sa droite, se voyait Enguerrand à genoux, implorant son jugement, et derrière lui un ange qui tenait d’une main une couronne de cordes et de l’autre une trompette. A la gauche de l’Éternel, était Charles de Valois, à genoux, attendant aussi son jugement; et derrière ce prince, un ange qui tenait une toise pour mesurer ses turts 2. Il eût été dif-
1 Martenne, Voy. litt ., part, i, p. 200. — Acad, des Inscriptions et Belles-Lettres, t. IX, Hist., p. 208.
’ Millin, Antiq. nat., t. III, Colleg. d’Ecouis, p. 20, 23 ; pl. j, n, ni, iv.
TABLEAU HISTORIQUE
ficile de faire entendre plus clairement que l’accusé supplicié était absous par le jugement de Dieu, et que l’accusateur était, au contraire, condamné.
Charles III d’Anjou, d’accord sur ce point avec les états de Provence, ayant légué celte province à la couronne de France , Louis XI en exprima sa gratitude, en consacrant à ce prince un mausolée dans l’église de Saint-Sauveur d’Aix, en l’an 1481. Ce monument était en forme de chapelle ; on y voyait la statue de Charles III et deux figures d’anges placées à ses côtés ; au-devant du sarcophage , étaient huit petites figures en ronde-bosse ; un bas-relief représentant le couronnement de la Vierge ornait le fond, et, au faîte, se voyait l’ange saint Michel qui terrassait Satan *.
.En 14 92, s’éleva, dans l’église des Célestins de Paris, le tombeau de Guillaume de Rochefort, chancelier de France, de Gabrielle de Wourey, sa femme, et de leur fils. Ce ne sont point des figures isolées que l’artiste plaça autour du sarcophage : ce fut un basrelief historique. « Sur icelny (tombeau), de marbre noir, dit Dubreul, la Passion de Notre-Seigneur , relevée en bosse, en marbre blanc , y est figurée 1 2. »
En 1496, le roi Charles VIII et Anne de Bretagne, sa femme, consacrèrent, dans l’église de Saint-Martin de Tours , un mausolée à leurs enfants, morts presque en naissant. C’est pareillement d’un bas-relief, en marbre, que ce monument fut décoré. Le bas-relief représentait les travaux de Samson, ce qui était peutêtre une allusion à la guerre d’Italie, où le roi venait de se signaler. Ce bel ouvrage, exécuté par les frères Juste, subsiste encore3.
En 1 4 90, on consacra, dans l’église de Saint-Pierre, à Vienne en Dauphiné, le tombeau de l’archevêque Antoine de Poisieu. La
1 De Ilailze, les Curiosités de la ville d'Aix , p. 50, 31. — Millin, Voy. dans le midi de la France , t. II, p. 293, pl. xlv.
5 Dubreul, p. 092.
* Notice sur les monuments du département d'Indre-et-Loire, fol. 1 , verso (manusc. déposas au secrétariat de l lnstit. de France). — Ce tombeau a été transporté, depuis la Révolution, dans une chapelle de l’église Sainl-Grotien, à Tours. Ibid.
statue était en bronze ; autour du sarcophage, se voyaient douze statues, de bronze également, représentant les douze apôtres *.
Le tombeau de Charles VIII, élevé en 1 498, fut encore plus magnifique que ceux des rois ses prédécesseurs. La statue de ce prince était en bronze doré , grande comme nature ; on l’avait représenté vêtu de son manteau royal, et entouré de quatre anges qui portaient divers écussons. Sur les quatre faces du sarcophage, qui était en marbre noir, se voyaient douze figures de femmes, aussi en bronze doré, représentant la Force, la Tempérance et les autres vertus2. Ce riche monument a été anéanti en 1793 3.
Une si somptueuse production des arts me dispense d’en citer beaucoup d’autres, à peu près du même temps. Il termine honorablement la longue suite des sculptures du quinzième siècle
Le seizième sera à jamais célèbre dans l’histoire de l’art ; plusieurs des monuments français de cet âge subsistent encore : je n’ai à parler désormais, que d’objets connus de presque toute personne instruite de l’histoire des arts.
En 1 503, Marguerite de Châtillon élevait, dansTéglise d'Écouis, un tombeau en forme de chapelle sépulcrale, à Pierre de Roncheroles, son mari. Elle y plaçait, quoique vivante, sa propre statue, à côté de celle de son époux. Sur la face visible du sarcophage, étaient quatre niches formées par des pilastres et des arcs, dans lesquelles s’élevaient les statues de la Justice, de la Tempérance de la Charité, de la Fermeté, caractérisées par leurs attributs 4.
L’âme généreuse de Louis XII lui inspira le projet de réunir dans un même tombeau les restes de Louis d’Orléans, son aïeul, de l’infortunée Valentine de Milan, son aïeule, du spirituel Charles d’Orléans, son père, et de Philippe, comte de Vertus, second fils de Louis et de Valentine. Ce projet s’effectua en l'an 1 504. Les reliques de cette famille, successivement transportées à Blois, y
* Chorrier, ftech. des antiq. de Vienne, liv.m, du xix» p. 290.
* Félibien, Histoire de l'abb. de Saint- Denis, p. 552. — M. Al. Lenoir, Musée des Monuments français, éd. de 1810, p. 219.
* On le voit gravé dans les Antiq. de Paris, de Rabbel, fol. 47.
1 Btillin, Antiq. nat., t. 111; Ecouis, p. 26, pl. îv, lig. 1, a et 3.
TABLEAU HISTORIQUE
étaient demeurées jusqu’alors, en attendant d’être unies ensemble. Le monument qui devait les contenir fut placé dans l’église des Célestins de Paris 1 , et les corps, amenés de Blois avec une pompe digne de cet acte royal, y furent déposés l’un auprès de l’autre, en 1505. Le mausolée, divisé dans son intérieur en deux étages, était surmonté d’une voûte que soutenaient quatre piliers. Sur la table supérieure reposaient les statues de marbre de Louis et de Valentine ; à leur droite, au rang inférieur, se voyait celle de Charles ; à leur gauche, celle de Philippe. Dix-huit statues étaient placées dans des niches à plein cintre, autour du soubassement ; elles représentaient les douze apôtres et six martyrs. Des ornements délicats et de bon goût (je dis de bon goût , en jugeant d’après d’autres ouvrages du même temps) décoraient la voûte et les pilastres qui la supportaient. L’or, adroitement mêlé dans quelques endroits à la blancheur du marbre, enrichissait et animait la sculpture Pourquoi faut-il que je prenne ici une forme histo-
rique ! Ce magnifique monument n’existe plus. Il a été détruit,
comme une multitude d’autres productions d’un haut intérêt
Conservons du moins de la gratitude pour les mains tutélaires qui ont sauvé des fragments, ou exécuté des dessins de ce beau mausolée} que le zèle patriotique des Millin et des Lenoir2 reçoive ici un juste hommage. Les quatre statues subsistent ; elles se trouvent maintenant dans l’église royale de Saint-Denis.
Dans la même année 1504, on plaçait, à l’entrée principale de l’église de Saint-Sauveur d’Aix, les belles portes en bois qui en font encore aujourd’hui l’ornement. Ces portes sont enrichies de seize figures en ronde-bosse, dont quatre grandes comme nature, représentant des sibylles et des prophètes. Des pilastres, des
* Corrozet, Antiq. de Paris , fol. 128. — Dubreul, p. 684. — Beuf» rier, Histoire du monastère des Célestins , p. 338, 339, 340, 347.— Les inscriptions, rapportées par Beurrier, donnent la date de 1304.
* Millin, Antiq. nat., t. 1; Célest., p. 77, pl. xv.— Il est juste de payer à Millin le tribut de reconnaissance qui lui est dû. Cet infatigable antiquaire a fait grayer une foule de monuments qu’on ne connaîtrait plus sans lui.
figures d’animaux, des feuillages et d’autres ornements en basrelief, accompagnent ces figures principales K Cet ouvrage se distingue, suivant le témoignage de Millin, par un assez bon style et par une extrême délicatesse dans l’exécution 2, et j’ajoute que cet éloge ne renferme rien que de mérité.
En 1505, le cardinal d’Amboise commençait la construction d’un monument qui devait honorer son siècle : c’était le château de Gaillon 3. Tout ce que l’art pouvait offrir, à cette époque, de plus magnifique et de plus recherché, fut réuni dans ce somptueux édifice. L’architecture, singulièrement élégante dans les détails, accusait peut-être encore quelque irrégularité, quelque pesanteur dans les masses : tel était le caractère des constructions de Louis XII. Mais le mérite des ornements, et particulièrement celui des arabesques en bas-relief, sur pierre et sur bois, faisait pardonner les défauts de la composition. Le goût des arabesques s’était alors répandu chez tous nos artistes. On peut dire que la fin du quinzième siècle et le commencement du seizième forment l’époque du règne de ce genre de sculpture. L’usage en était général. Raphaël exécutait les arabesques du Yatica^en 1515; ceux du château de Gaillon datent, au plus tard, de l’an 1 510. Ce genre d’ornements y fut prodigué ; il en subsiste encore de curieux fragments 4.
' De Haitze, Curiosités de la ville d’Aix, p.29.— Fauris Saint-Vincens, Mém. et notices relatifs à la Provence , p. 33 [Mag. encyclop ., décembre 1813).
' Millin, Voy. au midi de la France , t. II, p. 266, 267 ; gray., ibid., pl. xxxix.
* On a supposé que le cardinal d’Amboise avait commencé la construction de cet édifice en 1490. Il ne fut nommé archevêque de Rouen qu’en 1493, et ministre qu’en 1498. Il employa à la constiuction ou plutôt à l’achèvement du château de Gaillon, l’amende que Louis XII imposa aux Génois, en 1507, et dont il lui lit présent. — * D. Pommeraie, Hist. des arch. de Rouen, p. 592.
4 Voyez le Musée des Monuments français, p. 206, 207, 216, 218, édition de 1810 ; et dans l’édition ornée de ligures, t. II, p. 104, n° 8 ; p. 136, n° 93 ; p. 144, n° 444 ; t. III, p. 26, n° 538 ; p. 49, n° 96 ; p. 50,
436 TABLEAU HISTORIQUE
On attribue la construction de cet édifice à des maîtres italiens. C’est une erreur. L’architecture ne saurait , comme on l’a supposé gratuitement, être de Giocondo, puisque l’édifice fut commencé en 1505, et que Giocondo, appelé par Louis XII en 1499, repartit pour l’Italie au commencement de l’année 1506. L’époque de son départ est attestée par des mémoires qu'il fit imprimer à Venise, en 1506, au sujet des contestations qu’il eut avec un ingénieur nommé Aleardi, relativement aux travaux du canal de la Brenta, dont le sénat l’avait chargé, ce qui avait motivé son départ 1 ; il en est de même de la sculpture. Paul-Ponce Trebatti, à qui l’on a faussement attribué un bas-relief en marbre représentant saint Georges qui combat contre le dragon, ne peut pas être né beaucoup avant l’an 1500, ni être arrivé en France avant 1530, comme nous le démontrerons plus tard. Ce bas-relief se voyait au Musée des Monuments français, où un juge exercé en faisait admirer la beauté et la délicatesse 2.
En 1506, Jean Texier, surnommé Bcauce, architecte et sculpteur, reconstruisit une grande partie de la tour septentrionale du portail de l’église cathédrale de Chartres, et l’orna de sculptures dignes de sa savante main s. Nous parlerons bientôt, avec plus de détails, de ce maître, si peu connu et d’un si grand mérite.
En 1507, Louis XII, qui reconstruisait à Paris le palais de la chambre des Comptes, faisait placer son image en bas-relief sur la façade. Elle était accompagnée de quatre figures, aussi en bas-relief représentant la Justice, la Force, la Prudence, la Tempérance4.
n° 447. — Les numéros 444, 538, 97 et 447 proviennent du château de Gaillon.
1 On peut voir, à ce sujet, dans la Biogr. univ., par M. Michaud, mon article sur Giocondo .
’ Musée des Monuments français, n° 93, p. 219, éd. de 1810. — On le trouve gravé dans la Description de ce musée, ornée de figures, t. II, 1801, p. 130. — Le bas-relief de Paul-Ponce Treballi se voyait, à Paris, dans la rue Saint-Denis, au temps de Sauvai.
» Sablon, llist. de l’église de Chartres , p. 02, éd. de 1097. — M. Gilbert, M<ig. encyclop., année 1812, t. III, p. 329.
4 Corrozet, fol. 152. — Ce monument a été détruit.
Le mausolée que la reine Anne de Bretagne fit élever à François II, duc de Bretagne, son père, et à sa mère, Marguerite de Foix, fut terminé et placé dans le chœur de l’église des Carmes de Nantes, le 1er janvier de la même année 1507. Ce monument, qui se voit aujourd’hui dans l’église cathédrale de Nantes, ressemble, à peu de chose près, à une multitude d’autres que nous avons décrits précédemment. Les deux statues, grandes comme nature, en habits royaux et en marbre blanc, sont couchées sur le sarcophage, qui est aussi en marbre blanc et couvert d’une table en marbre noir. Un lion repose sous les pieds du roi ; un chien, sous les pieds de la reine. Deux anges, vêtus de tuniques, reposent à genoux auprès de la tête du premier; deux autres se voient auprès de la tête de Marguerite. Sur le pourtour du sarcophage, dans seize niches, se trouvent des statues, d’un pied de haut, représentant les Apôtres, saint François, sainte Marguerite, saint Louis. Le sarcophage est établi sur un soubassement orné de seize niches, entièrement rondes, occupées par seize figures à mi-corps, représentant des anges et des femmes en pleurs. Les niches principales, toutes à plein cintre, sont séparées par des pilastres qu’enrichissent des branchages et des fleurs. Le tout s’élève sur un socle, de six à sept pouces de haut. Auprès des quatre coins, se voient quatre statues en marbre blanc, grandes comme nature, représentant les quatre vertus cardinales1. C’est l’addition seulement de ces quatre figures, qui nous offre une conception nouvelle. Cet accessoire, en obligeant à élever le corps du monument pour faire pyramider l’ensemble, occasionna l’addition d’un soubassement qui donne à la masse plus d’élégance et de dignité. L’auteur fut Michel Colombe, de qui nous parlerons dans un des chapitres consacrés à l’histoire des artistes.
L’année 1507 fut féconde en bons ouvrages. Philippe de Comines fit lui-même sculpter son tombeau et construire, dans l’église des Grands-Auguslins de Paris, la chapelle où il le \oulait
1 Piganiol, Descript. de la France, t. VIII, p. 287 etsuiv., éd. de 1754. —Morice et Taillandier, Hist. de Bretagne , t. Il, p. 259, grav., ibid.
TABLEAU HISTORIQUE
ériger. Une statue de la Vierge s’élevait entre deux colonnes de porphyre ; et sur le sarcophage, se voyaient la statue de Comines et celle de sa femme, chacune à genoux devant un prie-Dieu *. Comines mourut en 1509.
En 1514, Jeanne de Penthièvre, sa fille, fut inhumée dans la même chapelle. Auprès de sa statue, fut exécutée une décoration, mêlée de pilastres et de bas-reliefs, dans le style d’architecture du règne de Louis XII 2.
Gui de Rochefort, devenu chancelier de France en 1497, après la mort de Guillaume, son frère, fut inhumé en 1 507 dans le chœur de l’église de Citeaux. Sur sa tombe se voyaient sa statue en marbre et celle de sa femme ; deux statues étaient posées sur des piédestaux, de chaque côté du monument : elles représentaient les Vertus les plus familières à ce magistrat 3.
L’usage de placer dans l’intérieur des églises les statues des bienfaiteurs de ces établissements subsistait encore. Un simple patron de barque, nommé Barthélemy Reinaud , ayant légué, en 1510, une somme assez considérable aux Pères Carmes de Marseille 4, sa statue fut élevée dans le chœur, sur une colonne, en mémoire de ce bienfait. Elle s’y trouvait encore à la fin du siècle dernier 5.
Dans la même année, 1510, Claude de Charmes, abbé de Saint-Bénigne de Dijon, faisait élever, auprès de l'autel de son * église, six colonnes en cuivre doré ; au-dessus de chaque colonne, était la figure d’un ange, de même métal, tenant un des instruments de la Passion 6.
' Corrozet, Antiq. nat ., fol. 88, 89.
* Millin, Antiq. nat., t. III, Gr. Aug.,p. 38 et 45, pt. vm, fig. 2 et 3. pl. îx. — Musée des Monuments français, édit, ornée de figures, t. Il, p. 136.
3 Académie des Inscript, et Belles-lettres, t. IX,IIist., p. 202; grav., ibid., lig. 4.
4 Rufli, Hist. de Marseille, part, h, p. 49.
5 Feu mon vénérable et savant compatriote et ami, le père Jacques Pouillard, religieux de Tordre des Cannes, m’a dit T y avoir vue.
6 Chron. S. Denign. Vivion. ; apud d’Achery, Spicil ., t. Il, p. 399.
En 1511, Marguerite d’Autriche jeta les fondements de la célèbre église de Brou, où elle voulait ériger un tombeau commun à Philibert II, duc de Savoie, son mari, et à Marguerite de Bourbon, sa belle-mère. Tous les arts concoururent à embellir ce monument de l’amour conjugal. Statues en marbre, mystères représentés en bas-reliefs et en ronde-bosse, sculptures en bois, magnifiques vitraux, rien n’y fut épargné.
La statue du duc Philibert, couvert de son armure, et celle de Marguerite de Bourbon, sa mère, furent placées au-dessus du sarcophage. Mais la jeune Marguerite d’Autriche ne borna point l’expression de sa douleur à ces représentations dont l’usage était général ; elle voulut voir, jusqu’au sein du tombeau , l’époux chéri qu’on appelait le beau Philibert. A cet effet, les artistes imaginèrent de renouveler, dans ce monument, la lugubre composition que nous avons remarquée pour la première fois au tombeau d’Arnaud Amalric, en 1225. Ils percèrent, par des arcades, les cotés du sarcophage, et, dans l’intérieur , ils couchèrent une figure en marbre, nue, et grande comme nature, dont la tête offrait le portrait du prince. De petites figures , représentant des sibylles, étaient assises sur chaque arcade 1 ; ce qui, en resserrant les lumières, jetait dans le tombeau une teinte triste et mystérieuse, convenable au sujet. Cette composition achève de nous dévoiler la pensée qui faisait placer, au-dessus des sarcophages, des figures vêtues. Celles-ci représentaient le mort sur son lit de parade, accompagné de tous les attributs propres à faire connaître son rang, ses dignités, ses qualités morales ; la figure nue, couchée dans l’intérieur, faisait voir l’homme lui-même, au sein du tombeau, dépouillé de ses grandeurs, paraissant devant Dieu sans voiles, n’ayant plus avec lui que ses fautes et ses vertus.
Suivant les titres manuscrits conservés à l’église de Brou, une statue de saint Philippe, en marbre, placée sur le portail, est le portrait de Philippe de Chartres, architecte et sculpteur, un des
’ Pierre Rousselet, Ilist. et description de l'église royale de Brou, p. 21, 25,38, 62 et Oi. Ces monuments sont gravés dans l' Histoire de la maison de Savoye, deGuichenon.
TABLEAU HISTORIQUE
maîtres qui dirigèrent la construction de l'édifice. Une statue de saint André, aussi en marbre, placée auprès de celle-là, est le portrait d’André Colomban, employé aussi aux travaux de cette église, comme architecte et comme sculpteur, et elle est son propre ouvrage. Les ligures de Philibert et de Marguerite de Bourbon, couchées sur le sarcophage, sont de la main de Conrad Meyr.
L’installation des rois donnait lieu communément à de riches productions des arts. En 1515, François Ier étant monté sur le trône, la ville de Paris lui présenta, à l’occasion de son joyeux avènement, une statue d’or, de deux pieds et demi de haut, représentant saint François *. Je fais remarquer ce fait, pour montrer le soin qu’apportaient la commune et les artistes de Paris, au perfectionnement de l’orfèvrerie.
C’est dans la même année, que le cardinal Georges II d’Amboise, qui avait succédé au cardinal-ministre dans l’archevêché de Rouen, fit commencer le mausolée consacré à ce prélat, et où il voulait être lui-même inhumé. Le ministre en avait ordonné l’exécution par son testament 2. Ce tombeau est construit en forme de chapelle ; toutes les parties lisses sont en marbre noir ; toutes les sculptures, en marbre blanc et en albâtre. Des niches, placées au-devant du sarcophage, renferment des figures représentant des Vertus. Au-dessus, s’élèvent les statues des deux cardinaux, à genoux, plus grandes que nature. Le retable est orné de figures de saints et d’évêques, et d’un bas-relief représentant saint Georges à cheval. Au couronnement, se trouvent les Apôtres, placés de deux à deux dans des nichés 3. Ce monument,
* Félibien, Hist. de Paris, t. II, p. 934.
* « S’il plaist à Messieurs du Chapitre, ils feront mettre mon corps devant Nostre-Dame, en la grande chapelle, où sont enterrés mes prédécesseurs; et. pour faire ma tombe, je ordonne deux mille écus au soleil, et je entons qu'elle soit de marbre. » ( Testament de Georges d’Amboise.)
3 Pommeraie, Histoire de l'église de Rouen, p. 5-2 et 53. — Legendre, dans Y Histoire du cardinal d'Amboise, a donné une gravure de ce monument, p. 474.
encore un peu gothique dans sa composition, i’un des plus magnifiques ouvrages de sculpture du commencement du seizième siècle, s’est bien conservé, et décore toujours la chapelle de la Vierge de la cathédrale de Rouen ‘
Le mausolée, que François Ier consacra à la mémoire de Louis XII et de la reine Anne de Bretagne, est un monument non moins riche et de meilleur goût. Ce chef-d’œuvre, commencé
* [Note de V éditeur.) Dans l’origine, la statue en albâtre du premier cardinal Georges d’Amboise, occupait seule le centre de la tablette du mausolée consacré à sa mémoire. Elle était accompagnée d’anges pleurants. Son neveu, Georges d’Amboise, deuxième du nom, archevêque de Rouen également, les lit enlever vers 1542, afin de pouvoir placer sa statue à côté de celle de son oncle, qui fut alors portée à la droite du monument, et à la gauche, par conséquent, du spectateur. Cette figure, taillée dans le marbre par Jean Goujon, représentait le second Georges d’Amboise, en costume d'archevêque. Trois ans après, ayant été nommé cardinal, il ordonna, par son testament, fait le 24 août, veille de sa mort, que l’on substituât à sa statue une autre figure revêtue des insignes de sa nouvelle dignité. Cet ordre, malheureusement, fut exécuté, et une statue de peu de mérite remplaça celle de Jean Goujon, qui a disparu. On peut voir encore aujourd’hui cette seconde statue derrière celle du premier cardinal d’Amboise.
On a ignoré longtemps à qui la France doit cette œuvre d’art. Des recherches, faites assez récemment dans les archives de la cathédrale de Rouen, ont appris que Pierre Valence, architecte de Tours, qui avait dirigé les constructions du château de Gaillon, ayant refusé de se charger d’ériger le tombeau du cardinal d’Amboise, on en confia la composition et l’exécution à Roulant le Roux, maître maçon de la cathédrale. Divers sculpteurs ou imagiers l’aidèrent et travaillèrent sous sesordres. On nomme, parmi eux, Pierre Desaubeaulx, né à Rouen; Regnaud Thérouyn, Jean Chaillou, André le Flament, Mathieu Laignel, et Jehan, de Rouen. Ce dernier est cité comme ayant seulement ébauché une statue. Il paraît certain qu’on peut attribuer spécialement à Pierre Desaubeaulx les figures d’apôtres de la partie supérieure du monument ; à Regnaud Thérouyn et à André le Flament, les jolies figures de la base. Deux peintres de Rouen, qui avaient travaillé à décorer le château de Gaillon, Richard Duhay et Léonard Feschal, furent chargés de peindre et de dorer diverses parties du tombeau. — A. Deville, Tombeaux de la cathédrale de Rouen , p. 84, 91, 94 et 98.
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en 1515, subsiste en son entier; il serait, par conséquent, inutile d’en faire une description détaillée. Quant à la composition, il ressemble en divers points à plusieurs constructions de ce genre déjà connues. Le soubassement sur lequel porte le sarcophage et les quatre figures placées en dehors, vers les quatre angles, reproduisent une idée du mausolée de François II, duc de Bretagne; seulement, au lieu de niches et de figures d’anges, l’artiste a sculpté, sur ce support, de petits bas-reliefs, représentant les batailles d’Italie, qui sont des chefs-d’œuvre d’esprit et d’exécution. La voûte supérieure est élevée sur des piliers, comme celle du tombeau de Thévenin Saint-Légier, exécuté sous le roi Charles V. La représentation du roi et de la reine, nus, et en état de mort, pensée morale et religieuse, rappelle le tombeau de la femme de Jacques Cœur, qui appartient à l’an 1 4 57. Comme en posant sur le sarcophage la figure nue du mort, il fallait, pour se conformer à l’ancien usage, conserver une place à la personne ou à la représentation, soit de l’homme vivant, soit du mort sur son lit de parade, l’artiste a imaginé de porter les figures vêtues du roi et de la reine au-dessus de la voûte, et de les représenter adressant leurs prières à Dieu. Le tombeau de Thévenin avait offert la même pensée : elle fut reproduite vers 1552, dans la composition du tombeau de François Ier. Nous ne voyons, par conséquent, dans tout cela, qu’une continuation, avec de légers changements, de dispositions usitées parmi nous depuis cinq cents ans.
Mais, si le statuaire avait trouvé des modèles pour la composition de ce monument , l'habileté de son ciseau ne lui fait pas moins d’honneur. Cette sculpture ne nous offre, il est vrai, ni le grandiose de l’antique, ni la fierté de Michel Ange, ni l’élégance de Jean Goujon; elle n’a imité personne; originale dans tous ses travaux, elle est le produit du sentiment, de l’étude, du goût, mais elle n’en est que plus admirable. Juste et moelleuse imitation delà nature, précision dans les contours, naïveté dans les mouvements, facile et large développement dans les draperies, tels sont ses caractères. Les figures nues du roi et de la reine, vraies sans petitesse, expressives et nobles, bien mortes, et cependant con-
servant encore un reste du feu de la vie, ne laissent rien à désirer à celui qui ne cherche, dans les productions de l’art, qu’une touchante imitation du vrai. Si je pouvais comparer la sculpture à la peinture, je dirais : « C’est ici le Pérugin ; mais le Pérugin déjà embelli, agrandi, animé d’une chaleur nouvelle.» Telle était la sculpture française au commencement du seizième siècle, guidée par ses seules inspirations • c’est dans ce monument et dans quelques autres de la même époque, qu’il faut la juger.
Que si le lecteur, prévenu par des traditions erronées, attribuait ce bel ouvrage, soit en totalité, soit en partie, au Florentin Paul- Ponce Trebatti, je le prie de suspendre son jugement; l’auteur est Jean Juste, natif de Tours. C’est ce qui sera pleinement prouvé dans un des chapitres suivants.
L’école indigène, qui avait manifesté tant de savoir et de talent sous Charles VIII et sous Louis XII, continuait, dans les premières années du règne de François Ier, à orner la France de ses ouvrages.
En 1521, le même Jean Juste exécute le tombeau de Louis Porcher et de la dame Robert Legendre, sa femme, placé d’abord à Paris, dans l’église de Saint-Germain l’Auxerrois. La naïveté de l’imitation et la délicatesse du ciseau distinguent également cette production, qui subsiste encore.
En 1 525, fut élevé, dans l’église des Célestins de Paris, le tombeau de Rénée d’Orléans, fille de François, duc de Longueville. Ce monument avait la forme d’une chapelle. Le sarcophage était, suivant l’usage, en marbre noir. Sur sa face antérieure, se voyaient quatre petites statues représentant des Vertus ; au-devant du retable, s’élevaient six autres figures, et sur le couronnement, sept statues en ronde-bosse, grandes comme nature ; toutes ces figures étaient en marbre blanc ; des ornements en bas-relief couvraient les pilastres qui soutenaient le couronnement !.
L’architecture de ce magnifique tombeau est entièrement sem-
‘ Beurrier, Ilist. du monast. des Célestins , p, 349. — * Millin, Antiq • nat., t. I; Célestins, p. 103, pl. xvi.
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blable à celle du règne de Louis XII, et, par conséquent, étrangère à l’école de Fontainebleau. La sculpture ne le cède en rien à celle du tombeau de Louis XII.
Un monument, non moins digne d’estime, s’élevait à la même époque dans la ville de Chartres • je veux parler des groupes en ronde-bosse et des bas-reliefs, qui ornent la ceinture extérieure du chœur de la cathédrale. Cette suite se compose de quarante-un groupes, représentant autant de sujets puisés dans la vie de la Vierge et de Jésus-Christ. Les quatorze premiers, en commençant à droite, furent l’ouvrage de Jean Texier, architecte et sculpteur, de qui nous parlerons plus tard. Trois ou quatre seulement ont été refaits dans des temps postérieurs , en totalité ou en partie, ce qu’il est facile de reconnaître. Texier commença ce grand ouvrage, en 1514, après avoir terminé la construction et les sculptures de la partie du Clocher neuf , qu’il avait relevée, et il y travailla jusqu’en 1529, époque de sa mort. Ses élèves exécutèrent, après lui, huit autres compositions, à l’extrémité opposée de la ceinture du chœur. Les dix-huit ou dix-neuf groupes de la partie intermédiaire furent sculptés, en 1 6 1 1 et dans les années suivantes, par Thibaud Boudin, comme l’attestent deux inscriptions sur marbre noir, placées vers les deux extrémités de cette série particulière.
Les compositions de Texier offrent une vérité, un sentiment, qui saisissent puissamment le spectateur. L’action est naturelle, vive, et souvent ingénieusement conçue. Les têtes offrent autant d’énergie que de naïveté. Le style des draperies est simple et forge. On voit, dans toutes les parties, un artiste plein d’àme et que ses inspirations portent d’elles-mêmes vers le beau i. La nature lui avait prodigué ses dons.
Le premier groupe, représentant la Vision de saint Joachim ; le sixième, qui est le Mariage de la Vierge ; le huitième, qui est la Visitation ; le onzième, qui représente la Circoncision , le quator-
1 On peut voir la désignation des sujets, dans la Description de l'église de Chartres , par M. Gilbert; Mag. cncyclop. de Millin, armée- I81î>#
IV, p. 18.
zième surtout, où se voit le Massacre des Innocents, sont des chefs-d'œuvre pour l’expression comme pour la pensée. Dans ce dernier groupe, deux femmes renversées et tenant leurs enfants sont posées, drapées, modelées, avec une intelligence et une habileté qu’on 11e peut assez louer. L’art ingénu des premiers âges du goût a rarement exécuté des ouvrages d’une composition si gracieuse, d’un style si élevé, d’une expression si touchante.
Ces groupes sont séparés et surmontés par des ornements gothiques, d’une variété et d’une délicatesse incompréhensibles , et dans ces ornements, se trouvent mêlées de petites ligures d’anges, de prophètes, d’évêques, et d’autres saints personnages, d’une vérité parlante, et généralement d’un très-bon style.
Mais la partie de cet ouvrage, qui est au-dessus de tout éloge, ce sont les ornements arabésques, en bas-relief, qui couvrent presque en entier les parties saillantes des pilastres, les frises et les moulures du soubassement, au-dessus duquel sont élevés les groupes, dans tout le pourtour du chœur. Les plus grandes de ces compositions, celles qui couvrent les pilastres, ont environ huit 'a neuf pouces de large, seulement ; les autres en ont beaucoup moins: c’est dans cette petite proportion, que Texiera exécuté ces ingénieux ornements, où l’on voit, associés avec le goût le plus exquis, des rameaux de différentes plantes, des enroulements de feuillages, des fontaines, des satyres, des oiseaux, des faisceaux d’armes, des enseignes militaires, des instruments de différents arts. Rien, dans ce genre d’ouvrage, ne saurait surpasser, ni la variété des inventions, ni l'élégance de l’agencement, ni l’esprit du ciseau. Ce n’est plus le Pérugin que nous voyons ici. c’est Raphaël lui-même aux loges du Vatican ; et les dates, ainsi que l'assiduité de l’artiste à sa longue entreprise, nous forcent à reconnaître que jamais celui-ci n’a vu les admirables productions de l’immortel Sanzio. Des F couronnés, qui se font remarquer dans les arabesques, annoncent le règne de François Ier, et des millésimes, tracés sur des drapeaux, nous donnent les années 1 525, 1527; 1529.
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Du colé de la sacristie, près d’une grille par où l’on entre au chœur, se voit, dans la partie inférieure du soubassement, un médaillon qui a été tronqué, apparemment, lorsqu’on a établi ia grille, et qui paraît avoir représenté Louis XII.
Ces ornements sont exécutés sur une pierre blanche, d’un grain fin, et qui ne manque pas de dureté.
Ce goût des ornements, faussement dits arabesques, était général, à cette époque, dans toute l’étendue de la France, comme je l’ai dit précédemment. J’ai parlé des arabesques du château de Gaillon ; je pourrais citer encore l’encadrement de la porte d’une maison, située au fond d’une impasse, près de l’église cathédrale, dans la ville d’Aix, en Provence. Cet élégant ouvrage n’est pas contemporain des élèves de Jean Goujon, mais du temps des premiers maîtres de cet habile artiste, je veux dire, du temps de Jean Juste et de Jean Texier; ce qui le rend encore plus curieux.
Ainsi s’achevait cette première période de l’art français, que tant d'écrivains ont totalement oubliée, et qui a été, pour ainsi dire, rayée de notre histoire. Parmi les beaux ouvrages qui la terminent, j’ai fait remarquer non-seulement le tombeau de François II, duc de Bretagne, mais encore celui de Philippe de Comines, les sculptures du château de Gaillon, le mausolée de Louis XII, celui de Rénée d’Orléans, les groupes de l’église de Chartres, les ornements arabesques qui accompagnent celte série de compositions.
Quant au mausolée de François II en particulier, il est difficile de comprendre par quels motifs l’auteur de Y Histoire générale de la sculpture moderne , devenue l’occasion de mon travail, l’a distingué entre tant d’autres, afin de le donner comme le premier monument du ciseau français. Cette supposition, sous quelque rapport qu’on l’envisage, est inconcevable. Le tombeau de François II n’est ni le premier ouvrage de l’art français, dans l’ordre des temps, ni le plus beau de son époque, ni le premier de la série nouvelle qu’on a trouvé bon d’appeler celle de la Renaissance de l'art ; ni le premier enlin,, qui ait été exécuté en France
DF LA SCULPTURE FRANÇAISE. i\7
par un Français, et qui, par cette réunion de circonstances, soit réellement une création française.
î/année 1507, en un mot, ne forme point une époque dans l’histoire de l’art français : elle ne termine point une période, elle n’en commence aucune. Si l’on veut rencontrer une époque importante, en effet, pour la France, il faut arriver à l’an 1 530.
C’est en 1530 et 1531, que François Ier appela en France le ltosso et le Primatice, bientôt suivis de Cellini et de Paul-Ponce Trébatti, qui fondèrent l’École de Fontainebleau. Alors le style changea : mais déjà auparavant avaient été exécutés les nombreux monuments que je viens de rappeler, et dont la série, non interrompue, commence au septième siècle de l’ère chrétienne.
Mais, en donnant la preuve de ce fait, je n’ai point encore entièrement rempli la tâche que je me suis imposée. Il a été dit, en outre, qu’aux treizième, quatorzième et quinzième siècles, si l’on exécutait de la sculpture hors de l’Italie, elle était l’ouvrage d'artistes italiens, et qu’il en est à peu près de même du seizième siècle. Cette erreur est aussi grave que la précédente.
Rassemblons donc les matériaux épars qui peuvent nous faire connaître l’histoire ouïes noms, du moins, de nos statuaires de ces deux derniers siècles. Quelquefois, je l’avoue, les maîtres dont je parlerai ne seront pas les auteurs connus des ouvrages dont j’ai Fait mention t une pareille concordance est souvent impossible, attendu que les chroniques sont, à cet égard, très-imparfaites. Mais, d’un autre côté, en citant nos artistes, j aurai occasion de rappeler encore beaucoup de sculptures françaises, dont i abondance des faits m’a empêché de yp'teT.
Tableau mstoiuquk
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