‹ Histoire de la sculpture grecque (volume 2)Chapitre 108 sur 280 · Voir Livre I, ch. IV, p · texte numérisé non relu

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2. Holleaux, Bull, de corresp. hellèii., 1886, p. 66 et suiv. pi. IV. Cf. Brunn, Denhnaehr âer gr. rcst Sculptur, n° 12. J'emprunte à M. Holleaux les termes de sa description.

les. Le type reste immuable ; tout l'effort des artistes vise à l'assouplir, à corriger le modelé défectueux, à rectifier les proportions fautives. Les monuments, aujourd'hui fort nombreux', permettent de suivre pas à pas, et jusque dans le plus minutieux détail cette lente évolution. Forcé de choisir, nous nous bornerons à citer quelques exemples. Le progrès s'accuse déjà dans les deux torses virils trouvés à Actium par M.Champoiseau, et transportés au Musée du Louvre 2. Notre figure 93 reproduit un de ces deux marbres, qu'il est légitime de rapprocher de la série béotienne en dépit de leur provenance. A coup sûr le sculpteur n'a pas encore su éviter de lourdes fautes d'anatomie, notamment dans le modèle du ventre, qui est tout

à fait Sacrifié. Mais Fio. 93. - Torse viril, trouvé à Actium (Musée dn Louvre).

la statue a déjà une

apparence plus svelte, grâce à l'amincissement de la taille; en outre

des rainures tracées obliquement, pour souligner la saillie de la cage

1. A oir, pour l'énumération et pouf le classement chronologique des statues du Ptoion, Holleaiix, Bull. de eorretp. hellén., 1887, p. 177. '-'. Voir notre article. Gazette arch., 188fi, p. 255, pi. 29. Cf. Brunn, Denkmaeler, n« 76.

VM

thoracique, attestent l'étude d'après le modèle vivant. Mêmes caractères, avec plus de souplesse encore, dans une statue du Bristish Muséum, dont M. Furtwaengler a reconnu l'origine béotienne1. La

tête, heureusement conservée, offre encore la construction plate qui nous a frappé dans la statue d'Orchomène, mais l'artiste procède à l'exécution d'une main plus sûre et moins brutale. Un progrès en entraîne un autre. A force de reproduire le même type, de s'y acharner, d'y concentrer tous leurs efforts, les sculpteurs béotiens finiront par trouver d'ingénieuses variantes. Ils assoupliront la pose des bras, jusque-là gauchement allongés et inertes; ils les ploieront légèrement au coude, et les écarteront un peu des flancs ; le personnage sera toujours immobile, mais ses bras détendus seront prêts à l'action. Telle est en effet l'attitude qui caractérise une nouvelle statue du Ptoion, bien supérieure à ses devancières par la justesse des proportions, par la plénitude des formes et par la liberté du travail

Fig. 94. — Statue du type viril , trouvée prés du temple d'Apollon Ptoos (Musée central d'Athènes).

1. Arch. /-■ itung, 1882, 1*1. 1, p. 51. Cf. Murray, Greei sculpturtj I, 2e éd., pi. VI. Brunn, Denkmader,

( fig. 1)4) '. Encore quelques années, et l'innovation que nous voyons ici poindre timidement aura porté tous ses fruits. Les liras seront franchement ployés, l'avant-bras porté en avant, les mains tenant un attribut. L'art grec sera en possession d'un type nouveau, qui atteindra sa perfection dans la seconde moitié du sixième siècle \

En même temps, le type du visage s'écarte de la rudesse primitive. A ce point de vue, l'art primitif béotien n'a rien produit de mieux qu'une tête virile trouvée au Ptoion, et dans laquelle l'archaïsme déjà libre conserve néanmoins une certaine saveur indigène 3 ( fig.

95). Malgré la mutilation des yeux, ce visage, avec son ovale plein, sa bouche discrètement souriante, est empreint d'une sorte de gravité sereine. Chose curieuse ; le sculpteur semble ignorer encore une des conventions les plus originales de l'archaïsme grec, à savoir

l'obliquité des yeux, qui apparaît de bonne heure dans la sculpture dès îles et de la Grèce orientale. Est-ce là un caractère particulier à l'art béotien? Nous sommes tenté de le croire.

Nous avons déjà traité quelques-unes des questions générales que

1. Holleaux, Bull, de corresp. hdlén., XI, 1887, pi. VIII, pp. 185-190. La statue semble dater du milieu du sixième siècle.

2. Quelques bronzes du Ptoion appartiennes déjà à ce qu'on peut appeler le type viril de la seconde époque. Bull. Je corresp. hellén., X, 1886, pi. VIII, IX.

:'.. Bull, de corretp. hellén., X, 1886, pi. VIII, pp. 73-77.

Fig. 95.

Tète virile, trouvée près du temple d'Apollon Ptoos ( Musée central d'Athènes ).

soulève l'étude du type cher aux artistes de Béotie. On l'a vu naître sous le ciseau des sculpteurs de xoana, grâce à une sorte de suggestion provoquée par des modèles égyptiens '. On l'a vu prendre corps dans la statuaire en marbre, aux débuts mêmes de l'école des îles et de l'école ionienne 2. C'est de là qu'il passe dans la Grèce centrale ; il y fait son apparition à une date si reculée, qu'on n'en saurait attribuer la diffusion aux Dédalides venus de Crète dans le Péloponnèse postérieurement à l'année 580. Il nous reste à examiner une question qui a longtemps divisé les archéologues. Quel nom convient à ces figures d'aspect uniforme, si semblables entre elles pour le type et pour l'attitude? Devons-nous, suivant une opinion autrefois très accréditée, leur attribuer à toutes le nom d'Apollon? Faut-il y reconnaître au contraire de simples mortels, athlètes vainqueurs, ou morts héroïsés? Il est superflu de rouvrir ici une controverse dont l'intérêt est aujourd'hui tout à fait épuisé. Aussi bien, la plupart des érudits sont d'accord sur un point essentiel : c'est que ce type est une sorte de formule générale, impersonnelle, qui n'a pas par elle-même de signification particulière3. Dans le langage si pauvre encore de l'art grec primitif, une figure nue représente un personnage viril, quel qu'il soit. La nudité, comme l'attitude, est une convention, née du besoin d'opposer clairement à la figure féminine, toujours drapée, celle de l'homme, toujours nue. Et si le visage reste imberbe, n'est-ce pas encore que le type juvéuil offre un caractère individuel moins accusé que celui de l'homme mûr? Aussi cette formule trouve-t-elle son application dans des cas très divers. Qu'il s'agisse de représenter Apollon, de glorifier un athlète vainqueur, de consacrer sur un tombeau le souvenir du mort, le sculpteur reproduit le type traditionnel, le seul qu'il connaisse à vrai dire. Et pourquoi chercherait-il à s'écarter de la routine de l'atelier? La dédicace gravée sur la base de la statue lui

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