‹ Histoire de la sculpture grecque (volume 2)Chapitre 199 sur 280 · Donys d'Halicarnasse, De hocrate, ch. 3, p · texte numérisé non relu

Donys d'Halicarnasse, De hocrate, ch. 3, p

hé-

Fie. 20X. — L'Apollon Choisenl-Gouffier, statu de marbre. (British Muséum.)

monument conservé? Il est, croyons-nous, légitime de considérer comme mie copie d'un original célèbre de cette époque la statue du British Muséum connue sous le nom de l'Apollon Choiseul-Gouffier (fig. 208) '. C'est un jeune homme nu, aux formes pleines et vigoureuses, debout dans l'attitude aisée dont les derniers maîtres archaïques ont si laborieusement trouvé la formule. Le poids du corps porte sur la jambe droite ; la gauche est légèrement ployée par une flexion très faible, et les muscles sont au repos. L'expression grave et douce du visage est encore rehaussée par l'arrangement original de la coiffure. Tandis que, suivant une ancienne mode, les deux tresses du crobyle maintiennent la chevelure et viennent se nouer sur l'épi du crâne, des boucles flottantes, divisées assez irrégulièrement en deux masses, encadrent le front et donnent à la coiffure un certain air de négligence inconnu de l'art archaïque. Ce visage juvénile contraste avec les formes robustes du corps , où le détail anatomique est souligné avec une rare précision, témoin les veines des bras, dont le réseau s'accuse par une saillie très marquée. Le souci évident du détail, la présence du tronc d'arbre ajouté par le copiste, permettent d'affirmer sans hésitation que l'original était en bronze , et que nous avons sous les yeux une réplique assez fidèle. D'autres copies, une tête du British Muséum trouvée à Cyrène, des statues conservées au Musée du Capitole, au palais Torlonia, aux Uffizi2, viennent encore attester la réputation de l'œuvre originale. Mais surtout le marbre Choiseul- Gouffier doit être rapproché d'une statue du Musée central d'Athènes, trouvée en 1862 près du théâtre de Dionysos (fig. 200) \ C'est le soi-disant Apollon à V Omphaîos, auquel une restitution malheureuse ;i longtemps donné pour base un omphaîos de marbre, découvert en même temps, mais absolument étranger à la statue. D'une facture

1. Ancl >it marbles,'XXJ pi. 32. Conze, Beitraeye zur Geschichte der grîechischen Plaatik, pi. VI. Journal <>J TIeïïen. Studies, I, pi. 4. Friederichs-Wolters. Gip8abgusse,Ti0 221.

2. Tête du British Muséum. Murrav, Greek Sculpture, I. 2° éd., p. 236, tig. 50. — Statue du Capitule, Conze, ouv. cité, pi. VII. p. 1G. Helbig, Fûhrer durch die œffentlichen Sammlungen in Rom, n° 506. —

Palais Torlonia, Mntz-Duhn, Aittike Bîtdmerke in Rom, u" 179. — Uffi/.i. Dutsclike, Anlike BiUhcerkc in n» 27. Cf. Scbreiber, Minheil. Athen, 1X84, p. 239.

3. Conze, Beitraege, pi. III-IV. Journal of Mellen. Studies, 1. pi. 5. Brnnn, Denhnaeler, n°42. Friederii h- Wolh i-. Gijisabgûsse, n" 219.

plus sèche, moins coulante, la réplique athénienne nous paraît plus voisine que la statue de Londres du modèle en bronze ; elle permet mieux d'en saisir les caractères essentiels : la petitesse de la tête, le travail poussé de la musculature, et surtout la complexion athlétique que dénotent la vigueur et la souplesse de ce corps robuste.

Maintenant à quel maître devons-nous faire honneur d'une œuvre qui se place certainement avant le milieu du cinquième siècle?

M. Waldstein désigne un sculpteur de la Grande Grèce , Pythagoras de Rhégion, à qui l'antiquité reconnaissait le mérite d'avoir su le premier traiter la chevelure avec plus de vérité, et exprimer la saillie des veines sur un corps d'athlète '. Pour ce savant la statue est celle d'un pugiliste. Malgré les remarques très ingénieuses de

1. Waldstein, Pytlia.goraaqfllhegion.cmd tlt<- early Athlète statues, mémoire publié dans le Journal of Hellenic Studies, I. 1880, p. 168-201, et reproduit dans l'ouvrage du même auteur : Essaye on the art of Ph,idias, 1885, p. 323.

Fin. 209. — Statue de marbre, trouvée à Athènes, pré* du théâtre de Dionysos, i Musée central d'Athènes.)

M. Waldstein, nous sommes beaucoup plus frappé des arguments de MM. Conze, Furtwaengler et Winter', qui identifient avec Apollon le personnage représenté, et songent à Y Apollon Alexikakos de Calamis. Et de fait, le témoignage des monnaies d'Athènes, où Apollon est représenté tenant d'une main l'arc, et de l'autre un rameau de laurier; la présence d'une figure analogue sur un cratère attique de Bologne'-, tout cela justifie la restitution qu'on peut proposer pour la statue. Apollon de la main gauche légèrement relevée tenait son arc ; la droite portait le rameau de laurier entouré de bandelettes, destiné aux lustrations. Enfin, la réplique athénienne, la seule dont la provenance exacte soit connue, semble prouver que l'original était à Athènes, et c'est encore là une raison de plus pour nous reporter à la statue si populaire de Calamis. Tout au moins, en faisant au doute la part la plus large, nous reconnaîtrons volontiers ici une œuvre contemporaine du maître, et une production de l'école attique, exécutée entre 4G0 et 450.

On peut, sans trop de témérité, assigner la même date et la même origine à la statue dont le Vatican possède une copie; c'est la soidisant Pénélope affligée du musée Pio-Clementino (fig. 210) '. Telle qu'on peut la restituer, à l'aide d'un bas-relief du Musée Chiaramonti, d'une statuette du Capitole et d'une tête conservée au Musée de Berlin, la statue du Vatican nous montre une femme assise dans une attitude pensive et attristée, la tête appuyée sur la main droite ; une corbeille à ouvrage était placée sous le tabouret carré qui lui servait de siège, et que l'auteur de la restauration a fort mal à propos remplacé par un rocher. L'expression de tristesse, l'allusion aux travaux familiers de la vie féminine, font penser que nous avons sous les yeux une de ces statues funéraires dont l'usage avait commencé à se répandre

1. Conze, Beitraege, p. 19. Furtwaengler, Lexilon de Roscher, p. 456, et F&nfzigstes Programm zum Wincl-elmannsfeste, 1800. p. 1E0. Winter, Jàhrbucli des arch. Inst., II, p. 231. Cf. Murray, Greclc Seul pi un: 1, 2' éd . p. 235.

2. P.mr les monnaies voir Beulé, Monnaies d'Athènes, p. 271. Imhoof Blumer et Percy Gardner, Journal qf Helltn. Studies,l&%7, p. 41, pi. LXXVI, CC, n°» XV-XVII. Le cratère de Bologne est reproduit dan- les Monum&nti inediti, X. pi. 51.

3. Helbig, Fùhrer der œffentl. Sammlungen, n° 189. La statue est reproduite, avec tous les élément-* d'une restauration plus exacte, dans les Antike Dentmaeler herausff. vom arch. Inst., 1, 1888, pi. 31 A. Cf. p. 17 du même recueil, les observations de M. Fr. Studniczka.

divs le sixième siècle'. Pour le style, l'œuvre paraît bien appartenir à cette école attique de transition dont nous cherchons à déterminer

Fi(i. 210. — Statue de femme assise, dite Pénélope affligée ( Rome, Vatican).

les caractères. La grâce discrète de la conception, le jet déjà libre et élégant des draperies, le parti pris de traiter la statue comme un

1. Furtwaengler, Collection Sabourof, notice delà planche XV-XVI.

bas-relief, en sacrifiant le revers, voilà des indices qui paraissent attester l'influence exercée par le style de Polygnote sur la plastique. Il semble que les modèles de la grande peinture aient déjà manifesté leur action, en suggérant aux sculpteurs des arrangements de draperies plus souples que le tuyautage conventionnel cher aux anciennes écoles.

En l'état actuel de nos connaissances, nous ne pouvons guère que deviner quelle part revient à la peinture dans l'évolution accomplie par la sculpture au temps de Cimon. Il nous faudra arriver jusqu'aux marbres du Parthénon pour en trouver la trace. Cependant, voici un fait bien caractéristique : un des artistes qui travaillent pour Cimon, l'Athénien Micon, fils de Phanomakhos, est à la fois peintre et sculpteur. Polygnote le prend comme collaborateur pour décorer le temple des Anakes et le Pœcile ; il lui confie le soin d'exécuter, avec Panai nos, le frère de Phidias, une des grandes fresques du Pœcile, la Bataille de Marathon, et il lui livre un autre panneau ou Micon représente le Combat de Thésée contre les Amazones. Assurément, il y aurait pour nous un vif intérêt à savoir comment ce même artiste traitait les statues d'athlètes où il excellait, et ce qu'était, par exemple, cette statue de l'Athénien Kallias, fils de Didymios, dont les fouilles d'Olympie nous ont rendu la base '. Mais nous devons nous résigner à ignorer l'oeuvre d'un maître qui représente cette alliance si féconde de la sculpture et de la peinture.

Il faut bien le reconnaître : nous sommes assez mal renseignés sur l'école athénienne, pour la période de transition qui va de 470 à 450. Pourtant tout nous porte à croire que l'ancienne tradition attique s'est singulièrement élargie. Si certains maîtres, comme Calamis, continuent à représenter les qualités particulières de l'atticisme, et subissent un reste d'influences archaïques, le moment est venu où Mvron et Phidias vont effacer toute trace de formules surannées.

1. Lievy, Tnschr. griech. Bildhauer, n° 41. Sur les peintures de Micon, voir Paul Girard, hi Peinture antique, p. 1 ts5.

LES MAITRES DE TRANSITION. 4u'.t

Page 1