Pausanias, I
20 L'INFLUEXr'E DIÎS GliANUS MAITRES.
l'ou a pu se deiuaiider quel moiiieut i)ivcis de l'aetiuii avait choisi l'auteur du fronton '. Quelques érudits out songé au moment qui précc^-de immédiatement la naissance d'Atliéna : Ilépliaistos prêt à frapper, les divinités de l'Olympe dans l'attente, tel aurait été le thème adopté par l'artiste'. Mais l'absence du principal personnage, c'est-à-dire d'Atliéna, nous paraît un argument ])éremptoire pour écarter cette hypothèse. Keste le fait en lui-même, la naissance de la déesse. Ce sujet, l'imagerie religieuse l'avait déjà maintes fois traité. Les peintres de vases du temps de Pisistrate n'hésitaient pas à représenter l'action telle que la racontait la légende, et montraient naïvement Athéna, sous la forme d'une petite figure armée, jaillissant du crâne entr'ouvert de Zeus ■'. Mais nous n'admettrons pas un instant que Phidias ait pu suivre, dans leur réalisme naïf, les conventions de l'art archaïipie. C'est dans les œuvi'es d'une date postérieure qu'il faut chercher une idée de la scène telle qu'avait dû la concevoir un maître du cinquième siècle. Ch-, le musée de Madrid possède un curieux bas-rehef, décorant le pourtinu' d'un iiufi'xd romain, et où la naissance d'Atliéna est traitée dans un esprit conforme à la tradition classique (tig. 7) '. Le prodige s'est accomj)li. Zeus, assis sur son trône, contemple la jeune déesse qui s'éloigne vivement vers la droite, revêtue de ses armes, tandis que Niké vole vers elle pour la couronner. Derrière le trône est Ilépliaistos ou Prométhée, stupéfait du merveilleux résultat de son coup de hache; les trois Parques assistent à la scène. Certes, on ne saurait considérer le bas-relief de ^Madrid comme une copie fidèle de la partie centrale du fronton oriental; on y sent tout au moins l'indueuce d'une tradition qui a depuis longtemps annulé celle de l'imagerie archaïque, et c'est à peine une hypothèse que de considérer l'cuuvre de Phidias comme un des types les plus achevés de cette conception nouvelle''. Sans aucun doute la scène traitée
1. Pour 1,1 discussion détaillée des systèmes proposés, voir R. Schneider, Die Geljtirt Jer Allieiia, (^AbhunJluiiffen des arcli.eptyr. Seminares iler i/«iccrsi<«<, Vienne, 1880).
2. C'est la théorie soutenue par Brunn, Die BiUiccrke des Parthe>ion(Beiichle der bui/er. AhtJ. der iVitseneclin/Un, 1874. Cf. R,iyet, Mviiumenls de l'art aniiijue, I, notice de la pi. 32.
3. Cf. Benndorf, Aniiali dell' lust. ISti.i, p. 368. Voir pour les exemples, Hviium. iiicdili, III, pi. 41, VI, pi. 5G, fig. a.
■1. II. Schneider, mémoire cité, pi. T.
.0. C'est ainsi que, pour prendre un ttruic de comparaison dans l'art moderne, la scène de la nais-
LE PARTIIÉNON. -^
dans le iVoiitou oriental du Pnrtlx^non représcutait le nmnient (lui suit la naissance d' Atlicnui. On peut même aller plus loin, sans Iraneh.r la h- „Hte des hypothèses permises, et assigner leur plaee aux prmc.panx acteurs de la scè'ue centrale. En explorant minutieusement la eormehe dufruntonqui supportait les statues, M. Bruno Sauer a reconnu que les marbres disparus n'en avaient pas moins laissé des traces encore apparentes '. Il suit de h\ que Zeus, assis sur son tvCme, était placé de profil, et non pas au centre du fronton, mais à gauche de la hgne médiane. Athéna,dont la lance posait sur le sol, lui faisait lace dans la
Fig. 7. - La uai.saBce d'Athéna, bas-relief cVim putcal de Madrid.
partie droite. Enfin le torse d'Héphaistos, conservé à Athènes, nous donn. le mouvement de cette troisième figure; le dieu, les bras levés, le corps un peu rejeté en arrière, brandissait encore sa hache, et restait frappé de stupeur à la vue de la déesse qui avait brusquement l,ondi entre lui et le maître des dieux. Ainsi, par un procédé de composition tout nouveau, l'artiste avait supprimé la figure centrale qm, à Égine et à Olympie divisait rigoureusement le fronton en deux
sanee d'Eve s'est transformée. Dans un intéressant nrénrolre, H KeUul. a mo^ ^^^^;:; reliefs chrétiens les ivolr-es, les miniatures, les anciens imagiers représentent Eve sortant du co.p ^ïï^^ ri même réJusme .ui inspire les vieux céramistesgrecs. La -ncep^ ^e ^scen^ L.e au quinzième siècle avec Ghiberti ; et on sait comment Mrche -Ange et K^ b , d n d .eintures célèbres, montrent le moment qui suit la naissance de la P--- 7
1 Bruno Sauer, MitthcU. Mhe,i, SVI, 1891, PP- 59, 94, pi. IH. Cf. AnUk. Uen~ ^ ,
,d 5s B. M. J. Si. a mis à profit ces recherches pour proposer une restrtutron graphique de la partie centrale du fronton. Jahrbuch des arch. InsL, IS, 1894, p. 83-8 (.
parties égales. C'était une rupture compU-tc avec la loi de symétrie, encore étroite et rigide , si pieusement respectée par les maîtres archaïques.
Il serait téméraire d'insister sur une restitution dont les principaux éléments l'ont iléfaut. Placer à droite et à gauche du groupe central quelques-uus des grands dieux est une hypothèse qu'autorisent, il est vrai, les peintures de vases; mais ce n'est là qu'une conjecture. Tout au moins les statues conservées nous renseignent sur un fait important, d'oii doit découler leur interprétation. Le lieu de la scène est le ciel des Olympiens ; les figures d'angle sont celles d'Hélios et de Séléné. C'est donc une assemblée divine qui assiste au merveilleux ]>rodige de la naissance d'Athéna.
Sur le chifïre total des ligures que comprenait le fronton oriental, onze seulement, plus ou moins mutilées, sont parvenues jusqu'à nous; il faut y joindre les têtes de chevaux conservées à Londres, et qui proviennent des deux groupes des angles. Deux des morceaux du fronton se trouvent encore à Athènes ' ; les autres appartiennent au British Muséum. Ces statues sont celles des deux ailes du fronton, et le dessin de Carrey, qui les montre en place, permet d'en rétabUr sans peine l'ordonnance. Nos deux figures 8 et 9 reproduisent l'état actuel des statues, d'après la disposition adoptée au British Muséum ''. Si nous commençons par l'aile gauche, en nous dirigeant du centre vers l'angle gauche, nous trouvons d'abord, dans la partie la plus rapprochée du groupe central, une figure de déesse, probablement Iris, qui s'avance à grands pas vers un groupe de deux divinités assises (fig. 10) '. La jeune messagère s'élance vivement, comme pour annoncer l'événement qui tient en suspens les Olympiens. La tète encore tournée vers Zeus et Athéna, elle retient d'une main son manteau gonHé iiar le veut, et dans ce mouvement de marche rapide, presque de vol, les formes du corps s'accusent sous la sou-
1 . Le torse d'Hùplwistos, fig. H, pi. 3 de l'atlas de Michaelis, Der Partlieiion ; et le torse de Séléné, fig. N. ifciJ. Ce dernier est désigné par la lettre L sur notre figure 9.
•-'. La question des noms qui convieuneut aux figures a été maintes fois discutée. En 1871, M. Micliacli» no comptait pa8 moins de dix-ueuf systèmes d'interprétation pour les statues conservées. {Der Partheiion,^. 185). Cf. Petersen, DUKunst da Pheiilioi, p. lOû-150.
3. Calaluijueo/ Sculpture, par A. H. Smith, p. 110, n° 303 G. Cf. notre fig. 8. G.
LE l'A UT II EN ON.
)le étoffe de sou cliiton, qui so creuse de plis obliques, larges et irol'ouds. Avec cette allure impétueuse, l'Iris du Parthénou est couune
(' prolotype des ligures volantes que l'art grec va multiplier, et nul
Fig. 10. — Iris. Fronton orieutal du Parthénoa, aile gauche. (Britisli ilu.seum.)
doute que la Niké de l'Konios n'en dérive plus ou moins directement. Vient ensuite un admirable groupe, où l'on reconnaît sans trop de difficulté les deux grandes déesses d'Eleusis, Déméter et Coré (iig. 11) '.
' Catalogue, p. 108, n"» 303 E. F. Quelques énidits ont repris l'iiypolhcse de Brundsted {Voyages
SCULrlDKE GREiyUE. — T. II. 4
Assises sur des sièges très lias, recouverts de tapis repliés, toutes deux portent une longue tunique de laine, sur laquelle est jeté un manteau. Le nom de Déméter semble bien convenir à la figure de gauclie. Avec un geste plein d'abandon et une familiarité maternelle, la déesse s'appuie sur l'épaule de sa fille. Coré, assise plus haut sur une pile de coussins plus épais, se retourne à demi vers sa mère. Par un mouvement d'une magnifique ampleur, qui dégage le buste, et en l'ait valoir les fermes contours, son bras gauche étendu s'éloigne du corps pour s'appuyer sur un sceptre; de la main droite elle tenait un attribut aujourd'hui disparu, peut-être une pomme de grenade. Peu d'oeuvres dans la statuaire hellénique nous donnent mieux la sensation de la beauté simple et forte, telle que l'art grec sait la réaliser à ce moment unique de sou histoire. Ces draperies d'un jeu si riche et si libre, traitées avec une exquise souplesse; la robuste et fière élégance des formes qu'elles voilent, en les laissant deviner sous leurs plis ; le modelé large et pur des laras nus de Coré, tout cela révèle une maîtrise d'exécution qui n'a jamais été dépassée. Et quelle puissance de conception dénotent ces attitudes si tranquillement majestueuses, et qui semblent réalisées sans effort, sans recherche, tant les mouvements ont d'aisance et de naturel!
La figure suivante se rapproche de l'angle du fronton ; elle est à demi couchée, en raison de l'espace plus restreint que laisse, en s'abaissant, la corniche du tympan. Des observations faites par M. Bruno 8auer ', il résulte qu'elle était plus enfoncée dans le fronton qu'on ne le supposait jusqu'ici; le coude gauche touchait le mur du tympan et le buste se développait presque de face dans toute sa largeur. La figure est celle d'un jeune dieu, imberbe, complètement nu, et reposant sur un rocher que recouvrent, comme un moelleux coussin, une peau d'animal et la souple étoffe d'un himation. Le dieu s'appuie nonchalamment sur le bras gauche, qui tenait un attribut exécuté eu bronze ; la main droite soutenait un objet aujourd'hui disparu (pi. II).
et HccJieiches, 11, p. xi) et ont proposO d'y l'econnaître les Heures. Bnmn, BericJile iler bai/ei: Atiid., 1871, II, p. 15. Waldstein, Essai/t on tlie art of J'heidias, p. 117. Furtwacngler, Meislencerlv, p. 247. Ce groupe a ité étudié pur Rayet (J/oh. de l'art antirjiie, pi. 32) avec l'interprétation que nous adoptons. Outre l'héliogravure de Rayet, la meilleure reproiluction est celle de Brunn, DeuJcmacler, n" 188. 1. Mlllheil. Atlien, XVI, 1891, p. 82 ; cf. Catalogue of Sculj>ture, p. 107, n» 303 D.