‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 140 sur 380 · P.iusanias, I, 43, .'i · texte numérisé non relu

P.iusanias, I, 43, .'i

Fig. M9. — Torse de Satyre. (Musée d» Louvre.}

PKAXITÈLK. 201

avec rA|iolluii Sauructouc qui nous axitoriscut à lecoimaîtro ici iiiio œuvre de Praxitèle, et sans doute une œuvre de sa période de maturité.

Jus(|u'iri des copies nous ont seules renseignés sur le style du grand sculpteur athénien. Avec l'Hermès trouvé à Olynipie, nous jîouvons aborder l'étude d'un marbre original, portant encore la trace du ciseau de Praxitèle. Peu de statues ont plus rapideinent conquis la célébrité ; personne aujourd'hui n'en ignore l'histoire '. On sait comment, au mois de mai 1877, elle fut découverte par les explorateurs allemands au milieu des ruines de l'Héraion d'Olympie, un peu eu avant de la base où elle se dressait, c'est-à-dire presque à la même place où la vit Pausanias : « un Hermès de marbre , qui porte Dionysos enfant ; c'est l'ieuvre de Praxitèle '. » Couchée sur un lit de fragments de briques, la statue offrait, pour les parties intactes, un merveilleux état de conservation : les jambes et le Ijras droit avaient disparu. Il n'est pas besoin d'accompagner d'une longue description la planche gravée qui la reproduit (pi. V). Hermès porte sur le bras gauche le petit Dionysos, qui d'une main s'appuie sur l'épaule du dieu, et avance l'autre main, avec un geste de convoitise, vers l'objet qu'Hermès lui montre en manière de jeu. Le groupe est comme soutenu à droite par un tronc d'arbre, servant de support au bras gauche d'Hermès ; mais cet accessoire disparaît presque complètement sous les plis d'une draperie qui, jetée autour du bras d'Hermès, retombe sur le tronc d'arbre et le dissimule. Rien de plus sinq)le, on le voit, que la composition du groupe.

Tuutefuis, ou n'en détermine le sens que si l'on parvient à restituer dans la main droite d'Hermès l'objet qui excite la curiosité du petit dieu. Sur ce point, les hypothèses se sont donné lilire cours. Etait-ce une bourse, un vase, un thyrse, un paire de crotales"? Ou

1. Voir G. Ti-eu, Hermès mit Dionysoshiahen, Berlin, 1878. La statue a été maintes fois reproduite. Nous citerons surtout, parmi les reproductions, Ausij rabungen zii Ohjmpiu, III, pi. (>-!!, V, ijl. 9-10. Fuuile von Oli/mj>ia, pi. 17-18. /ici,-, (iick., 1888, pi. I. Laloux et Monceaux, la Reslaundion d'Oli/mine, planche en héliogravure à la page 100. Oli/mpiu, t. III, 1S|14, pi. XLIX-LIII.

2. Voir, pour l'exposé de ces différentes opinions, H. Rumpf, Phlloloijus, XL, 1881, p. 191 et A. H. Smith, On the Hennés of Praxitehs. Journal of Udlenic Stiidies, III, 1882, p. 81-90. M. Smith énumére dans cet article les monuments qu'on peut rapprocher de l'Hermès d'Olympie. On trouvera les principaux reproduits à la planche XII des Wiener VorlegeMaetter fur arclt. Uebuitffen, publié; par M. Beundorf, Série A.

bien, comuK' lavait proposé dans sa restauration le sfnl[)teur Scliaper, d'après l'hypothèse émise par M. Hirschfeld, était-ce une grappe de raisin? Cette dernière ojjinion a pour elle toutes les vraisemblances. Elle se fonde en effet sur le témoignage de monuments où l'on peut reconnaître des imitation:^ plus ou moins libres du groupe praxitélien. Nous citerons en première Hgne un petit bronze trouvé à Chanipdô-

tre-lez-Auxonne, oii la grappe de raisin est placée dans la main d'Hermès ' (tîg. 150). C'est une \ariante du type })raxitéHen; le petit Dionysos est assis dans un pli de la clilamyde qui s'agrafe sur l'épaule d'Hermès, comme dans un petit bronze grec du Louvre, dérivant, d'une manière moins directe, ilu même original '

Fis. 151. - Hermès portant (|^„. ]L51 ). piug cou-

Dionysos enfant. Petit ""

bronze du Mnsée du Louvre. cluaut eUCOre CSt le

témoignage de deux peintures pompéiennes, où le souvenir du groupe d'Olympie apparaît avec toute évidence ^ L'une reproduit assez fidèlement l'atti-

1. Héron de Villcfosse, Gazette arch., 1889, p. 95, pi. 19, 2. Cf. S. Eeinacli, Defcr. raisonnce du musée Je Saint-Gemiain-en-Lat/e, Bromes ^gurés de la Gaule rontaine, p. 78, n" 67. M. Héron de Villefossc compare au bronze de Cliampdùtre-lez-Anxonne deu.x autres répliques romaines, la palère d'argent du musée de Turin, portant en relief sur le manche une réduction de l'Hermès tenant la grappe de raisin, et une stèle trouvée en Lorraine près de Hatrize. Le bronze du musée de Péronne, trouvé à Marché- AUouarde (Tfep. arch., 1884, II, pi. XVI) est une réplique plus éloignée de l'original.

2. C. Waldstein, Journal of Ilellen. Sludies, III, 1882, p. 107, avec une planche. Gaz. arch., 188'.', pi. 19, fig. 3.

3. Peinture de la Casa del uavigliu, von Ilohden, Jahrb. des arch. Inst., II, 1887, pi. 0, p. 00. Pcin-

rig. 150. — Hcrmù» ponant Dionysos enfant. Petit bronze, trouvé à Champdôtre-lez-Auxonne.

Heliog P. Syaiè

isepot Imp.

Statue en ;

( Musée d'Oi

PRAXITELE. •.'H.î

tilde de l'Hermès et luêiiie la draperie fuiiibaute ; dans l'autre, le sujet a été comme déformé par une interprétation fantaisiste. Hermès est devenu un Satyre, et Dionysos un Eros ailé; on sent que le goCit alexandrin a passé par là. Mais le peintre, dans les deux cas, a eu soin d'indiquer la grappe de raisin, et cette concordance emporte la conviction. On n'hésite dune i)as ;\ replacer dans la main de l'Hermès nne grappe de raisin, et si l'on ajoute dans la main gauelie le caducée en bronze doré, dont la place est indiquée par le vide ménagé entre la paume et les doigts, on aura sans doute une idée exacte de la statue. Etait-ce là un simple sujet de genre? On a souvent relevé les analogies que présentent, pour l'esprit général de la composition, le groupe d'Olympie et l'Eiréné de Képliisodote. Ces ressemblances suffisent à dénoncer le caractère allégorique du sujet traité par Praxitèle '. Qu'on adopte, pour la dédicace, la date de 363 ou celle de 343, qu'on discute sur les événements historiques qui l'ont provoquée, un fait reste certain : les deux divinités symbolisent l'Arcadie et l'Elide, et leur union atteste la concorde établie entre les deux pays.

Dans la composition du groupe, Dionysos n'a qu'une importance secondaire. Visiblement l'artiste a sacrifié cette petite figure, devant laquelle passait le caducée d'Hermès; il en a réduit les proportions et comme esquivé l'exécution. La figure capitale est celle de l'Hermès, et c'est là qu'éclate toute la maîtrise du sculpteur. Si l'attitude fait encore songer aux statues accoudées, ce n'est plus la pose nonchalante du Satyre au repos, ou de l'Apollon Sauroctone. La beauté virile la plus achevée resplendit dans ce corps svelte et robuste, et l'attitude appuyée qui met en évidence la flexion du torse et la saillie de la hanche, détermine un jeu de lignes souples et fermes à la fois, sans mollesse ni langueur ■. La tête est un de ces morceaux qu'on ne saurait étudier de trop près. Une tête originale de Praxitèle, absolument intacte : c'est là une de ces bonnes fortunes dont on sent tout le prix. Avec sa chevelure aux boucles courtes et drues, son front légèrement

ture de la Casa Ji Sallustlo, Furtwaengler, Der Saiyr von Pergamon, pi. III, fig. G : meilleure reproduction donnée par A. Schneider, i^c's«sc7iri/i!/«r Johanues Orerbect, Leipzig, 1893, pi. V.

1. Voir les remarques de JI. S. Eeinach, Tici;. arch.j 1888, I, p. 1-4.

2. Le rythme des lignes a été étudié par il. Arthur Schneider, /iur Jlcrmes des PraxUcles, Fatschii/Ï fiir Johanues Ocerbech, p. 85.

saillant à la paitic inférieure, ses traits réguliers, la tête de rpleruiès fait songer aux types athlétiques traités par les prédécesseurs de Praxitèle (fig. 152). On en retrouve les formes essentielles dans la tête d'uue statue de Muuicli, l'athlète versant le contenu d'un flaeon d'huile : or c'est là une copie d'un original attique de la seconde moitié du cinquième siècle. Ces rapports, M. Kekulé les a mis en ])leiue lumière'; il a rattaché avec raison le type de IHerniès aux modèles attiques, et montré qu'il trouve sa première expression dans le Discohole de Myron. Mais à ce type en quelque sorte classique, Praxitèle a imprimé un caractère très personnel. Tout est en nuances dans le délicat travail qui modèle si finement les plans des joues, les saillies du front, et, par une particularit(' propre au style de Praxitèle, amortit doucement la saillie de la paupière inférieure. Grâce à une exécution aussi {joussée, le visage prend comme une expression un peu amljiguê, qui a provoqué des commentaires très subtils. Est-ce rêverie, ou même mélancolie, comme on l'a affirmé? En étudiant l'original, je n'ai pu y voir (qu'une expression sérieuse, tempérée jjar l'imperceptible sourire qui Hotte sur les lèvres, et traduisant seulement la condescendance un peu hautaine du dieu jeune et robuste qui se prête à un jeu d'enfant.

11 y a peu d'teuvres antiques que trahissent au même degré les moulages ou les reproductions. Seul, l'examen de l'original peut l'aire sentir l'art consommé de l'exécution, et lorsqu'il s'agit d'un maitrc connue Praxitèle, c'est dans l'exécution que résident les ([ualités les plus personnelles. Rien de souple, de fondu, comme le modelé du corps ; rien de savoureux comme les jeux tl'ombres qui glissent sur l'épiderme du marbre. Le soin apporté au rendu des chairs ressort mieux encore, grâce au travail de la draperie. Sur ces i)lis coupés d'ombres nettes, et imitant jusqu'aux froissements de l'étofte, la lumière se brise au lieu de caresser de délicats passages de plans. 11 y a là un parti pris évident de coloriste, et peut-être faut-il établir une corrélation entre ces procédés de style et l'enqjloi de la polychromie. Les traces de brunrouge observées sur les cheveux et sur les courroies des sandales per-

1. K. Kckulù, l'cber dett Kopfdes Praxikliiclien Hennés, StiiUgurt, lti»l. XoHS avons reproduit lu bt;ituc de Muaieb, t. I, p. 482, fig. i-19.

PIÎAXITELE.

mettent de croire que la statue ('tait peinte'. On connaît d'ailleurs le propos attribué à Praxitèle. Coiniue on lui deinandail (pielles étaient celles de ses statues de marbre qu'il estimait le plus : " Celles, répondit-il, auxiiuelles le peintre Nicias a mis la main. »

Nous ne reviendrons pas sur les raisons (]ui autorisent à ]ilacer

le groupe d'Olympie au temps de la maturité de Praxitèle. Si l'on considère la perfection du style, les progrès réalisés dans l'attitude, en regard des œuvres de jeunesse, ou trouvera des arguments nouveaux. Sans doute le sculpteur a pu, pour la donnée générale, se souvenir de l'Eiréné de Képhisodote et même de l'Hermès nourrissant Dionysos enfant, attribué par Pline au même artiste. Mais n'est-ce pas là une

1. Nou3 avons signalé ailleurs les essais tentés pour restituer la polychromie derHermi cJiiomie dans la sculpture ffrecque. lîerue des Devx-Mondes, 15 février 1805.

La poly-

pratique très fréquente chez les sculpteurs grecs, pour qui l'exécution prime l'invention? Au reste, l'Hermès a bien des droits à être placé ))armi les œuvres originales, qui, à leur tour, provoquent des imitations. Telle statue, par exemple l'Hermès du Belvédère au Vatican,

atteste que dans l'école de Praxitèle, la statue d'Olympie est restée comme un modèle et un enseignement '.

Si certaines analogies d'attitude peuvent fournir des éléments pour un classement chronologique, on sera tenté d'attribuer à la mêmepériode que mes le Dionysos exécuté par Praxitèle pour éens, et placé dans un temple voisin de 'ancien théâtre ■. Il nous est connu par une monnaie d'EHs frappée au temps d'Hadrien \ Le dieu, debout, est vêtu d'un himatiou qui laisse voir le torse nu, et recouvre les jambes ; la main gauche tient une phiale et un thyrse ; la main droite élève un rhyton ; à ses pieds est un tympanon, et de l'autre côté une panthère familière dresse la tête vers son maître. On reconnaît bien là le rythme de lignes appliqué à la statue de 'Hermès. Le témoignage de la monnaie éléenne permet d'écarter l'identification du Dionysos d'Elis avec un autre Dionysos attribué à Praxitèle, sur la fui du rhéteur CaUistrate^ Dans son style fleuri et verlieux, l'écrivain grec décrit un Dionysos de bronze, « au corps tendre et délicat,... que l'on sentait frémir sous les doigts ». « L'œil lançait des Hani-

1. Helbig-Toutain, Guide,!, n" 145. Voir pour les répliques, dont une des meilleures est le Jfercure Farnèse du British-Museum, Jtfi«/iei7., ^(Aen, III, 1878, p. 100-103. M. Furtwaengler .attribue l'Hermi-s du Belvédère à run des fils de Praxitèle. McUteiwcike, \i. 571.

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