Overbeck, Schri/UjuelUn
4. Pausaniaa, I, 8, 3, et les antres textes recueillis p-ir Overbeck.
groupe des douze dieux, puis une composition allégorique, montrant Thésée accompagné de la Démocratie et du Peuple. Plus loin, on voyait un combat de cavalerie, représentant rengagement cpii précéda la bataille de Mantinée et fut tout à l'honneur des armes athéniennes '. Après une rude marche de nuit, six mille cavaliers athé-
Fig. 179.
Hermès d'Eschine. (Rome, Musée du Capitole. ) D'apix'S Aiudt-Bnickmann, Griech, und rOm. Portrâts, ii°1191.
niens avaient fourni contre les escadrons théltains et thessahens une charge brillante, refoulé l'ennemi , et dégagé Mantinée. Cette page d'histoire contemporaine, l'artiste l'avait traitée avec un grand souci de la vérité, car on reconnaissait les principaux héros de l'action, Epaminondas et l'Athénien Gryllos, le fils de Xénophon. Voilà donc la peinture d'histoire qui fait son apparition, et l'on verra plus loin que cet enseignement n'est pas perdu pour la plastique. La « charge
1. Voir E. Bertrand, Etudes sur la peinture et la critique d'art dans l'antiquité, 88-93.
352 LE QUATUIÈME SIÈCLE.
de Maiitinée » aiinouco déjà les scènes de bataille que sculpteront plus tard Lysippe et Euthycratès, et la conij)ositiou en bas-relief, ciii, sur l'une des i'aces du célèbre « sarcophage d'Alexandre » un artiste inconnu représentera les cavaliers macédoniens et perses engagés dans une mêlée furieuse. Les peintures du Portique Royal nous fournissent, ])ar surcroît, une date certaine jiour déterminer la période d'activité d'Euphranor. Si le combat de cavalerie a pu être peint plusieurs années après l'événement, il est, de toute nécessité, postérieur à 362 ; et c'est ainsi que Pline est autorisé à indiquer cette date, c'est-à-dire l'année même de la bataille de Mautinée, comme celle où Euphranor est en pleine production '. D'autre part le maître corinthien travaille encore après Chéronée (338), puisqu'il met son talent au service de la cour de Macédoine, et représente Pliilippe et Alexandre sur des quadriges, peut-être à l'occasion du grand triomphe de Chéronée.
Par ses origines, comme par sou éducation, Euphranor se rattache à l'école pélopounésienne. Son maître est un Argien, Aristeidès, élève de Polyclète ", et il reste fidèle aux traditions de l'école en préférant le bronze au marbre. Pourtant il prend contact avec les Attiques, car une partie de sa période d'activité se passe à Athènes. C'est là qu'il exécute, pour le temple d'Apollon Patrûos, près de l'Agora, une statue de culte du dieu, qu'on a proposé de reconnaître, sans grande certitude, aur des monnaies attiques \ Nous ignorons où se trouvaient primitivement les œuvres d'Euphranor signalées par Pline, et dont plusieurs, comme la Clidouchos,h\ femme admirant et adorant, les quadriges et les biges, les deux figures colossales du Courage et de la Grèce échappent à tout essai d'identification. Les Romains, qui paraissent avoir eu un goût très vif pour le style du maître corinthien, conservaient dans le temple de la Concorde un groupe enlevé à une ville grecque, Latoue portant
1. Pline, J\'a(. Hist.,'ib, 128. M. P. Girard suppose que le combat de cav.ilerie a été exécuté sous l'administration de Lycurguc, après Chéronée. La Peinture antique, p. 233. Pourtant ou imagine difficilement que la commande officielle des Athéniens ait pu coïncider avec les travaux qu'Kuphranor exécute à cette époque pour la Macédoine.
2. G. Sobcrt a démontré que cet Aristeidès n'est pas le peintre thobain, mais le sculpteur d'Argos : AriHeidts und Euphranor, Philoiog. Unlcrsuchunr/en, X, p. 83.
3. Beulé, J/oiinaicj d'Athènes, p. 272. Imhoof Blumer et Percy Gardner, Xamism. Commentar;/ on Pauianiat,\)l. CC, XV, XVU. Cf. Ovcrbcck, Griech. Kunstmijthologie, V, p. 100, qui conteste l'idcnliticatiou.
(laus ses bras ses deux enfants. Il était fort séduisant de recherclier tout au moins le souvenir de ce groupe dans deux statuettes du musée Torlonia et du (Japitole, montrant Latone (jui fuit avec ses deux enfants devant le serpent Pytlion. Mais M. Reiscli a démontré, ]mr des arguments très plausibles, que l'original de ces deux répliques est beaucoup plutôt une œuvre du cinquième siècle '.
Faut-il donc renoncer à nous faire une idée exacte de la manière d'Euphranor, d'après les monuments? Tel n'est pas l'avis de M. Furtwaengler, qui dans un brillant chapitre des Met'sterwerke restitue au maître corinthien les originaux de plusieurs statues restées jusqu'ici anonymes ". Il est en eliet permis de croire que les iL'Uvres du sculpteur transportées à Rome avaient été souvent copiées, comme ce Bonus Eventus àoni parle Pline, et qui était sans doute un Triptolème. L'artiste l'avait représenté tenant un épi et un pavot de la main gauche, une patère de la main droite. M. Furtwaeuglerle retrouve, avec ces attributs, sur une pierre gravée du British Muséum, et sur des monnaies romaines de l'époque impériale. C'est une figure debout, conçue suivant le rythme familier à la jeune école argienne. Si le rapprochement est juste, on peut, sans trop de témérité, prononcer le nom d'Euphranor à propos de la belle statue de Dionysos découverte à Tivoli et conservée à Rome, au musée des Thermes de Dioclétien (fig. 180) ■'. Il y avait certainement à Rome un Dionysos d'Euphranor; une inscription, trouvée sur l'Aventin, fait mention d'une copie consacrée par un consul, Gallus '. Or, la statue de Tivoli est une excellente copie d'un bronze grec, et le soin avec lequel est détaillée la nébride su&irait à attester la fidélité du copiste. Le rythme de l'attitude est celui des statues argiennes, et l'arrangement un peu efféminé de la chevelure, retroussée en bandeaux derrière les oreilles, serrée par un lien sur la nuque, rappelle la coiffure de la tête de Héra du musée de Naples, inspirée par une œuvre
1. E. Reiscli., Ehi mrmeiiitlicJies Weri- des Eiiphranor, Innsbriick, 1893. Extrait du Fe.itgruss ans Tntishriicl- an die Philologenivrsammhmij la Wien. Les deux statuettes sont reproduites par Th. Schreibei-, Apol- Ion Pi/thottonos, ■pi. 1.
•2. Meisterwerhe, p. 578-597.
:î. Monumenti ined.,XI, pi. .'il. Micluelis, Anmi!:, 1S83, p. 13C. Helbiiç-Toutaiu, Guide, II, n» 907.
i. Loe\vy, Tnschr. gr. Bildh., n" 495. Fecerat Eufrauor Bacclium | fiuem G.ilUis honorât | Fastornm consul carminé | ture sacris.
SCULPTURE fiREt'yCE. — T. II. 45
354 LE QUATRIÈME SIKCLE.
célèbre Je Polydète. ]\Iais la .souplense juvénile des formes, la grâce
ilii mouvement, annoncent (]ue l'auteur a subi l'influence de la jeune école attique, et désignent nettement une œuvre du quatrième siècle'. Un statue de style argien, mais d'un style détendu, atténué, et mêlé d'atticisme, rien assurément ne répond mieux aux données que nous possédons sur les origines d'Euphranor, et sur le temps où il a vécu. Nous n'avons pas ici le loisir de discuter les autres identifications proposées par M. Furtwaengler. L'Atliéna de bronze placée par Q. Lutatius Catulus dans un tem]ile du Capitole, et surnommée par les Romains la J\Iinerva Cafiiliami, nous serait conservée par l'Atliéna Giustiniani du Vatican ■.
Le Paris, où l'on reconnaissait au dire de Pline, <(. le juge des déesses, l'amant d'Hélène et lo meurtrier d'Achille >', serait le prototype d'une statue de la collection Lansdowno •"■, et de
1. M. Fuitwaeiiglcr en rapinoche un Apollon (le lirou/e du British iruseiim, et une statue d ci)hèbe du Musée de Dresde qni offrent le même rythme, oiivr. dié, p. Ô85, fig. 113 et 114.
■2. Helbig-Toulaiu, I, n» .51. Dans l'édition anglaise de cet ouvrage Cl*9û), M. Helbig fait ses réserves sur l'identification de II. Furtwaengler, qui a reconnu ailleurs {I^xikuu do Uoscher, I, p. 702), dans la statue du ^■atic;lu, une copie d'au original ilu cinquième siècle
trouvée il Tivuli. (Koui;;, Muoet: des Thermes.)