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2. Voirie tableau drcBsé par JI. Michaelis, Dcr rarllieiimi, j). 181.

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l'analyse des figures cnnservres, nu connues seulement grâce aux dessins de Carrey '.

Considérons d'abord l'aile gauche du fronton, c'est-à-dire les personnages placés du côté du char d'Athéna. Voici d'abord un groupe de cinq figures placées dans l'ordre suivant, en se dirigeant du centre vers l'angle gauche : une femme debout, puis un jeune garçon qui se réfugie tout effrayé vers une femme assise ; enfin deux statues encore en place

Fig. 21. — Cécrops et Pandruse. Figures de l'aile gauche, fronton occidental du Parthénon. ( Athènes, au Parthénon. )

au Parthénon (fig. 21). Un personnage viril assis , les jambes repliées, les reins entourés d'un manteau, s'appuie sur la main gauche, et une jeune femme agenouillée se serre contre lui avec un mouvement de terreur ; entre les deux s'enroulent les anneaux d'un énorme serpent. Cet attribut ne laisse guère de doutes sur l'identité du personnage assis; on n'hésite pas à y reconnaître Cécrops, le premier roi légendaire de l'Attique; le serpent est le symbole bien connu de son carac-

(1) Le système que nous adoptons ici a été développé par M. Furtwaengler dans un remarquable chapitre des Meistermrhe iler griech. Plastik; W'estglelel der Parthénon, p. iiH-US. Le même savant avait donné une esquisse de sa théorie dans les Arch. Anzeiger, Jahrbuch des arch. fnst., 1891, p. 70.

tore .iTitoclitlione. Dès lors le sens des autres figures s'éclaircit. La jeune femme agenouillée aux côtés de Cécrops est sa fille Pandrose, honorée d'un culte dans l'Erechtliéion ; près d'elle sont les deux autres Cécropides, Aglaure et Hersé, qui rassurent le petit Erysiclithon, saisi de peur à la vue du luiiyant attelage d'Athéna.

Entre le groupe formé par la famille de Cécrops et la statue de l'angle , le dessin de Carre}' montre une lacune ; cet espace était occupé par une figure depuis longtemps perdue'. La suivante, celle de l'angle, est au contraire la mieux conservée du fronton; c'est la statue communément appelée rilissus, nom consacré par l'usage, et que la dénomination de Cépliise, souvent proposée, n'a pu faire oublier (fig. 22). Mais qu'est au juste ce personnage étendu nonchalamment, appu^-é sur la main gauche, et qui se tourne à demi vers le centre du fronton, comme pour écouter le bruit l(»intaiu de la lutte, et le choc des armes divines frappant le rocjier de l'Acropole? Aucun attribut ne justifie le caractère de divinité fluviale qu'on lui attribue d'habitude'; il est couché sur un rocher, et les prétendues vagues que certains archéologues ont cru distinguer sur la plinthe sont simplement les plis ondulés de son léger manteau. L'argument le plus plausible est encore l'analogie que présente cette figure, par son attitude et sa place dans le fronton, avec l'Alphée et le Cladéos du fronton oriental d'Ol3'mpie; mais si, comme nous avons de sérieuses raisons de le croire, le Cladéos et l'Alphée ne sont en réalité que des spectateurs, sur quoi se fonder pour conserver à la statue du Parthénon son nom d'Ilissus ou de Cépliise ? Au risque de heurter les idées reçues, nous y reconnaîtrons volontiers, avec M. Furtwaengler ', non pas un

1. C'est \-\ que Jf. Waldstein a proposé de placer un beau fragment conservé :Y la BibliothiM(nc do Saint-ifarc à Venise, et envoyé A, Venise au dix-liuitième siècle par l'ambassadeur de la République Vénitienne à Constantinoplc. C'est la partie inférieure d'une figure féminine assise. Waldstein. Aich. Zeitiing, 1880, pi. VII, p. 71. Cf. Kssai/s on the art 0/ riiàdiax, p. 131, pi. V. Mais j'ai pu m'assarer, d'après l'examen de l'original, que cette figure n'a pas les mêmes dimensions que les statues du Parthénon. Elle n'appartient donc à aucun des deux frontons.

2. 11 serait faux de prétendre qu'au temps de Phidias l'art .avait renoncé A l'ancienne conception qui représentait les divinités fluviales avec une tête de taureau. Un bas-relief attiqne postérieur à Phidias, et datant du début du quatrième siècle, montre un fleuve (Achéloos ou le Céphise) sous les traits d'un homme barbu dont la tête est munie de deux cornes. 'Eçtiia. ip-^., 1893, pi, X.

8. Mtiileriverie, p. 232. M. 'Wah avait déjà développé les raisons qui permettent de mettre en doute, pour les figures d'angles du fronton occidental du Parthénon, le caractère de divinités fl-tviales. Ai-

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fleuve, mais un héros attique, Boiizyg6s, le premier qui, au dire de la légende, eût attelé des biinifs à une cliarrue, l'ancôtre mythique de la famille sacerdotale à huiuelle était confié l'entretien du Palladion ; dans ce cas, la figure penlue serait celle de la femme de Bouzygès, et avec la famille de ("écrops, le couple aclièverait de personnifier les ])his anciens liabitants de l'Attique. Nous ne nous attarderons pas à ces questions d'exégèse érudite ; aussi bien, le soi-disant Ilissus sollicite notre attention à un autre point de vue. La statue est assez bien conservée pour (ju'on puisse la comparer au Dionysos du fronton oriental; or les dissemblances paraissent indiquer que des mains différentes ont travaillé aux frontons du Parthénon. l^e modelé est ici moins large et moins sobre que dans le Dionysos; le mouvement du torse plus accusé, la saillie des côtes, la dépression profonde creusée sous le sternum, traduisent une certaine recherche; ou n'éprouve pas au même degré la sensation de quiétude absolue que provoque le prétendu Thésée. Hâtonsnous de le dire : ce ne sont là que des nuances. Ce modelé si caressé a encore trop de franchise pour éveiller le moindre soupçon de mièvrerie. Des figures placées à la suite du char de Poséidon, dans l'aile droite, il ne subsiste que des fragments; ilfaut donc encore recourir au dessin de Carrey. Voici, derrière Amphitrite, un groupe correspondant à celui de la famille de Cécrops. D'abord une femme assise, dont on i)eut voir au Dritish Muséum le bas du corps, couvert d'une draperie aux plis profonds et tourmentés (tig. 18, Q) ' ; dans le dessin de Carrey, elle est groupée avec deux enfants, et en tient un sur chaque bras ■. Vient ensuite une femme demi-couchée, sur les genoux de laquelle est assis familièrement un jeune garçon ^ ; puis une autre femme assise, et enfin une place

hanilluug ucber die Eillttruwj Jer lichfirjuren am Oiltjkbel tics Ohjmpischcn Zciistempels, iinduin W'cstyiehil des J'uitlicmn. Pioijramm des Scmiimrs Maulbroiiti , Tubingue, 18f!7.

1. Catalogue : Sciilj>luies of Ihe Parthénon, 304, p. !>. C'est la figure souvent désiguoe sous le nom de Iiencothéa.

'2. JjC torse de l'cnfaut placé à gauche dans le dessin de Carrey a été retrouvé récemment au Britisli Muséum. Arthur-H. Smitb, Joitrnal uf llelleiiic Studies,Xin, 1892-181)3, p. 88, pi. V.

3. On a beaucoup discuté sur le sexe de cette dernière figure. 31. îlichaelis y rcconnait une femme et y voit Aphrodite assise sur les genoux de Thalas.sa. Sans doute, dans le dessin do Carrey, les formes très rondes peuvent faire hésiter, ilais il faut tenir compte des conditions où le dessin a été exécuté, et le prendre pour ce qu'il est, c'est-à-dire une esquisse. La même figure a d'ailleurs des formes plus sèches cl plus viriles dans le dessin de l'Anonyme de Nointel {Dcidmaeler des anh. /«.</., I, pi. (i.

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vide, où, par analogie avec l'aile gauche, on n'hésite gu^re à restituer une figure virile, répondant à celle de Cécrops. Ce respect si évident de la loi de symétrie, dans le groupement et la nature des personnages, peut suggérer une solution très plausible pour le problème, encore discuté, de l'identification des personnages. A la famille de Cécrops, étroitement liée au culte d'Athéna, le sculpteur ne pouvait opposer qu'une autre famille associée au culte de Poséidon. Et laquelle, sinon celle d'Erechthée, celle du roi légendaire qui partageait avec Poséidon un autel dans l'Erechthéiou ' ? Dès lors , les figures dessinées par Carrey trouvent une explication très simple : ce sont les filles d'Erechthée, et le groupe des Erechthéides correspond très naturellement à celui des Cécropides. La jeuae femme qui tient ses deux enfants est Orithyie, la mère de Zétès et de Kalaïs ; à côté d'elle prend place Créiisa, et le garçonnet assis sur ses genoux est Ion, né de ses amours avec Apollon, l'ancêtre des tribus ioniennes. Une troisième fille complète la triade ÇÇv->yj; TpiTrzpOevjv) des Erechthéides. Enfin la figure perdue ne peut être que celle d'Erechthée, opposée à celle de Cécrops. Restent les deux figures d'angle, dont l'une, un homme nu, aux formes vigoureuses, assis sur le sol, est conservée à Athènes, mais représentée par un moulage au British Muséum (fig. 18, V). De l'autre, une femme nonchalemment étendue, et se tournant à demi comme pour converser avec son voisin, il ne subsiste que la partie inférieure, encore en place au Parthénou (fig. 18, W). Pour lesérudits qui reconnaissent le Céphise dans la statue de l'angle opposé, celles-ci représentent l'Ilissus et la nymphe Callirrhoé. Mais nous resterons d'accord avec le système de M. Furtwaengler, en les interprétant comme nn couple héroïque, Boutés, fils de Pandiou, accompagné de sa femme Zeuxippe. On comprend facilement, sans longs commentaires, la présence du héros qui a, lui aussi, un autel dans l'Erechthéion. Et d'ailleurs Boutés est l'ancêtre de la famille athénienne qui possède la prêtrise d'Athéna Polias et de Poséidon Erichthonios. Si ces hypothèses sont justes, la concep-

1. Pausanias, I, 265. Nous suivons ici le système proposé par M. Furtwaengler, MeisterwerTce, p. 235. îl. LoescUcke a développé un autre système, suivant lequel les figures discutées seraient : l°Déméter Courotrophos, ayant auprès d'elle les enfants d'Héraclès et de la nymphe Mélité. 2» Héraclès jeune assis sur les genoux de llélité. Vermutungen zur griechisclien KimstgescUichte und zur Topographie Athens, Dorpat, 1884.

SCULPTURE GRECijrE. — T. II. 7

tiou du fronton occidental nous apparaît sous un jour nouveau. Les deux divinités qui se disputent l'Attique ne sont pas des ennemis irréconciliables. Atliéna triomphe ; mais Poséidon n'est pas expulsé de l'Acropole, et les Athéniens le savaient fort bien, eux qui sacrifiaient sur son autel. Dans les deux camps rivaux, Athènes reconnaissait ses héros nationaux, et ainsi, loin d'éveiller l'idée d'une invasion violemment repoussée, la scène était conçue dans un sentiment très large de conciliation et d'apaisement.

Kous avons dû analyser eu détail, ou plutôt déchiffrer pièce par pièce les débris mutilés des frontons du Parthénon. Mais ces vastes compositions ne prennent toute leur valeur que si on les replace dans leur cadre naturel. Subordonnées aux exigences de l'architecture, elles faisaient corps avec l'édifice; c'est là seulement, dans leur cadre triangulaire, que leurs lignes se déployaient avec leur harmonie savante. Si l'on essaie de les restituer par la pensée, combien d'éléments nous échappent! Il faudrait leur rendre le fond coloré, le ton uni, bleu ou rouge, sur lequel elles se détachaient, les accessoires en bronze, rehaussés de dorure, tels que les sceptres, les armes, les rênes des chevaux; il faudrait surtout délivrer ces marbres glorieux de la patine enfumée qui les déshonore, leur rendre les caresses de la lumière dorée qui les baignait d'une chaude clarté, et les replacer dans le radieux décor que font au Parthénon les lins contours des montagnes de l'Attique.

L'étude des frontons fait surgir une grave question. Quelle part revient à Phidias dans la conception et dans l'exécution de ces grands ensembles? Certes il serait chimérique de reconnaître partout la main du maître. Qu'on prête à Phidias une prodigieuse activité; l'imagine-ton néanmoins sculptant plus de quarante figures plus grandes que nature, alors qu'il exécutait la statue de la Parthénos, et que la surintendance effective, sinon officielle, des travaux de l'Acropole réclamait toute son attention? D'ailleurs nous avons noté dans les frontons des divergences de style qui attestent des mains différentes. L'auteur du groupe des Parques traite la draperie avec un raffinement qu'ignore l'auteur de la Déméter et de la Coré; celui du Dionysos a une facture large et simple qui manque au sculpteur du soi-disant Ilissus. Certains critiques ont été plus loin encore. M. Puchstein refuse à Phidias toute

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