‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 225 sur 380 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

LYSII'PE, 439

vehire. Et c'est encore li\ une des (jualitr.s ([ui rr;v])ii;uL'nt les connaissenrs romains.

Mais le style n'est pas tout. L'originalité de Lysippe, c'est d'avoir engage résolument lascnl[>ture dans la voie du natnralisnie. On est un pen surpris de voir Quiutilieii rapprocher dans nn éloge commun PraxitMe et Lysippe, en affirmant que tous deux ont atteint la vérité.' S'ils la poursuivent, c'est assurément avec un esprit trcs différent. Praxitèle reste le maître de la beauté juvénile et féminine ; c'est un charmeur, épris d'idéalisme. Lysippe cherche avant tout la vie. Sa gloire, dit un poète latin, « c'est de modeler des statues vivantes »', et ses prédilections vont à des sujets tout autres que ceux qui inspirent Praxitèle. Dans cette foide où le peintre Eupompos lui conseille d'étudier la natin-e, il observe surtout les manifestations de la vie physique ; son tempérament vigoureux lui fait choisir de préférence les types masculins, les sujets athlétiques, pour lesquels il saura encore, après tant d'autres, trouver des acceptions nouvelles. Ses scènes de chasse, ses hgures équestres, évoquent l'idée de compositions brillantes, hardies, pleines de fougue et de moiivement. Enfin, nous devons surtout nous souvenir de ses colosses de bronze, de cet Héraclès de Tarente, qui nous apparaît comme une grandiose création , comme une puissante apothéose de la force virile, où Lysippe avait donné la mesure de son robuste génie.

Surtout, le maître de Sicyone est un novateur. Indépendant de tout enseignement d'école, conscient de sa propre originalité, il brise les anciennes formules si longtemps respectées par l'école d'Argos; il s'insurge contre les principes établis par Polyclète, et il semble que plusieurs de ses oeuvres lui soient inspirées par un esprit d'antagonisme contre le glorieux niilitre du cinquième siècle. Au canon polyclétéen, il oppose un nouveau système de proportions ; réaction raisonnée et réfléchie, car, ail dire de Pline, Lysippe ne cesse pas de se préoccuper de la sijviétrie, c'est-à-dire des lois qui régissent les rapports des proportions.'' Mais ce nouveau canon n'impose pas à l'art une règle étroite;

1. et Ad veritatem Lysipinim ac Praxitelem accersifse cptime affirmant. )i Quinlilien. hmt. Oral., XII, 10, 9.

2. « Gloria Lysippi est animosa effingere signa, y. Properce, III, 7, 9.

3. « Non habet latinum nomen symmetria quata diligentissime custodivit. » Pline, Nat. Ifisl., 34, ôC.

il est fondé sur un jn-nicipe de liberté. Lysippe proclame le droit d'interpréter la nature, de forcer au besoin les proportions, de représenter riioninie <( connue il faut qu'il soit )i. On comprend très bien que le même artiste prête à une élégante figure de jeune liomnie une petite tête avec un corps élancé, et, pour traduire l'idée d'une vigueur snrliumaine, charge d'une puissante musculature le corps d'un héros. Voilà deux types bien différents, et jwurtant logiquement conçus. En exagérant la forme dans le sens de l'effet cherché, Lysippe reste conséquent avec lui-même.

Si indépendant que soit un artiste, il se rattache toujours par de secrètes affinités à quelqu'un de ses prédécesseurs. Peut-être les œuvres de Scopas ont-elles exercé sur Lysippe une certaine influence ' , car les deux maîtres ont un trait commun : le sens du pathétique. Un Héraclès accablé sous le poids de ses durs travaux, un Alexandre jetant au ciel un regard de défi, voilà des conceptions qui trahissent l'émotion dramatique, le désir d'agir sur l'âme par d'autres moyens que par la perfection de la forme. Naturahsme et pathétique, tels semblent bien être les caractères les plus saillants de l'art de Lysippe, ceux qui le désignent comme le principal promoteur de l'évolution hellénistique. Dans le concours d'infiuences qui préparent l'éclosion d'un art nouveau, sous le règne des successeurs d'Alexandre, celle de Lysippe est prépondérante ; elle se prolonge encore au siècle suivant, avec ses élèves. Un fait très significatif, c'est l'empressement avec lequel l'art industriel adopte son style, ses types, son système de pro- })ortions. Au troisième siècle, les fabricants de petits bronzes, les modeleurs de terres cuites font à ses œuvres de nombreux emprunts ; les coroplastes de Sniyrne, en particulier, vivent sur l'imitation des types créés par lui ou par ses disciples"; et comme les productions de l'art industriel donnent souvent la mesure de la popularité des grands maîtres, les terres cuites hellénistiques nous apprennent quel prestige exerce encore, longtemps après sa mort, le sculpteur attitré du conquérant de l'Asie.

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